DOPAGE, COÛT DES CONTRÔLES ET DROITS DE LA PERSONNE

PLUS DE QUESTIONS QUE DE RÉPONSES POUR UN SUJET QUI FÂCHE

Éric LAHMY

Mardi 20 Juin 2016

Dernière débarquée de la planète dopage, avec la tête éberluée qui va avec (« qui, moi, non, vous êtes sûr? Ce n’est pas possible. Je vous jure »), Etiene Medeiros, recordwoman du monde du 50 mètres dos en petit bassin et bombardée « meilleure nageuse brésilienne de tous les temps » (bon, derrière ce n’est pas terrible), qui s’est fait piquer avec un produit. On reviendra dessus, c’est toujours le même scénario dans ces cas là, elle ne sait pas comment c’est venu là, on suggère que ce serait l’opération du Saint Esprit, et comme elle est brésilienne et qu’elle préparait les Jeux à domicile, ça fait du foin.

Voici un an, John Coates, président du CO Australien, avait accusé le Sénat australien de ne pas avoir aidé assez dans la lutte contre le dopage dans le pays. Parlant à la réunion annuelle de l’AOC, à Sydney, il avait estimé que l’ASADA, l’autorité anti-dopage, s’est retrouvée mains liées derrière le dos après que le Sénat ait rejeté un texte d’amendement de cette institution en 2013.

Ce texte tentait de donner les pouvoirs coercitifs, par lesquels les athlètes seraient requis de se rendre aux convocations qui leur seraient faites afin de répondre aux questions, de donner des informations et de produire des documents concernant le dopage, même si cela pouvait mener à s’auto-incriminer. Le refus du Sénat d’entériner de tels textes proposés par le gouvernement n’a pas empêché l’ASADA d’introduire ses propres changements dans sa loi anti-dopage, en mai 2013, et d’inclure les pouvoirs qu’il avait vainement requis du législatif. Bref, la dictature!

« Malheureusement, nous nous trouvons avec une Loi qui permet aux individus de ne pas répondre à des questions ni donner des informations, si l’information ou la question tend à l’incriminer », avait expliqué Coates aux représentants des sports olympiques. « Quand il s’agit sur la plupart des neuf violations aux règles de l’anti-dopage qui ne sont pas basées sur la présence d’un produit interdit dans le (corps) d’un athlète, l’ASADA a pour ainsi dire les mains liées dans le dos. Ce que nos élus à Canberra n’ont pas fait pour nos sportifs, nous l’avons fait pour eux. »

Le Sénat avait cependant adopté en juin 2013 une loi donnant à l’ASADA de grands pouvoirs d’enquêtes sur le dopage. Selon Coates, « il est tout à fait faux, comme je l’ai lu, de dire que le Code WADA ne vise pas les sports d’équipes. Ces commentateurs oublient que les équipes très professionnelles du football, du hockey sur glace, du basket et du volley et autres sports d’équipes, handball, rugby à sept, hockey et water-polo ont toujours été tenus de respecter le code et sont sports olympiques. »

Le contrôle anti-dopage pas toujours sérieux. En natation, on essayait qinsi de contrôler ceux dont on est sûr qu’ils ne se dopaient pas. Des nageurs dont était sûrs de la « propreté » avaient droit à des contrôles à peu près à chaque compétition. Pendant qu’on poursuivait les honnêtes gens, on pouvait dire que le dopage,, en France, n’existait pas ! 

On essayait surtout de ne pas prendre d’athlètes, ça salissait le sport. C’était la politique qui consiste à faire disparaître la poussière sous le tapis… Le ministère, l’institution,  cachaient les noms des positifs. Je le savais bien parce que je côtoyais les haltérophiles, qu’un sur deux, en équipe de France, était aux stéroïdes (ils me le disaient), qu’ils se faisaient prendre de temps en temps et qu’officiellement, il ne se passait rien. Je me souviens, au cours d’une réunion, le docteur Maurice Vrillac, du Ministère des sports, devenu président honoraire de la commission médicale du CNOSF, vint littéralement me narguer : « Lahmy, j’en ai trois ici, dit-il en tapotant sa poche de veste ; et vous ne les aurez pas. » Trois sportifs dopés dont je ne saurais pas les noms.

L’haltérophilie française organisa le dopage, moins par goût que par conviction qu’elle n’y arriverait pas sans. Quand elle importa un des premiers entraîneurs russes, celui-ci réunit l’équipe de France et demanda qui « prenait » des produits. Ils étaient une moitié environ. « Niet Dianabol, niet résultats », dit le coach. Les stéroïdes étaient un passage obligé vers l’excellence ! Une autre fois, j’interrogeais un ancien champion olympique (en 1964) soviétique, ukrainien d’origine allemande, Rudolf Plyukfelder. Il entraînait  Vassiliy Alexeev, David Rigert, et une quantité des plus fameux haltérophiles des années 1970-80. Je lui demandai ce qu’il pensait des anabolisants. Indispensables ! Je lui suggérais qu’ils pouvaient être dangereux. Il me rassura : « mais non, pas du tout. Est-ce que vous mangez de la viande ? C’est comme la viande, c’est bon pour la santé. »

Si l’on trouve toujours autant de dopés en Russie, en Chine et dans plusieurs autres pays, c’est en fonction de cette certitude ancrée du caractère à la fois anodin et indispensable de la potion magique dans la soupe de l’athlète. Chez certains esprits, cette conviction est telle qu’ils n’imaginent pas une autre voie. En bodybuilding, activité totalement pervertie par de telles idées, certains fanatiques, incapables de tolérer une certaine réussite (en l’occurrence un certain développement physique) en dehors de leurs chers produits vont jusqu’à soutenir mordicus que des champions de l’ère pré-stéroïdienne, Steve Reeves ou Reg Park, étaient aux anabolisants alors que les produits n’existaient même pas, et montent pour prouver ces fantasmes les scenarii complotistes proches de celui selon lequel les extraterrestres ont visité Roswell !

L’haltérophilie, les lancers en athlétisme, puis toutes les disciplines ont été touchés, puisqu’il suffit qu’un athlète s’y mette pour affecter (infecter) sa discipline.

Et les autorités françaises ? Il y avait autant d’avis et de politiques que de dirigeants. Au ministère, on savait (puisqu’on prenait des dopés) mais on ne lâchait pas les noms. Comme j’étais, avec le patron de la rédaction Robert Parienté, l’un de ceux sinon celui qui réprouvait le plus le dopages, j’étais assez mal vu. Je me souviens de l’agacement, presque de la colère, de Catherine de Foligny, une responsable du service médical du ministère, avec qui je nourrissais pourtant des relations sympathiques, parce que j’essayais de savoir. Bien entendu, ce n’est pas que le ministère organisait le dopage, on ne peut même pas dire qu’il le couvrait au sens qu’il l’encourageait, loin de là,, mais il ne voulait pas que ça se sache et tentait de préserver l’anonymat de ceux qui étaient pris. Car c’eut été un beau scandale, vu les noms ! Les choses n’ont changé qu’à l’arrivée de Christian Bergelin (1986-88), un homme intègre, passionné et courageux que je compte parmi les meilleurs titulaires du poste et qui prit une position ferme en face du dopage. Il a préparé une loi qui porte le nom de Roger Bambuck (lequel n’a eu qu’à la signer à son arrivée).

Combien coûte… un contrôle anti dopage : 568 €

Un demi Smic.

En 2008, l’Agence française de lutte contre le dopage a effectué 10 349 contrôles anti-dopage. Compétente pour prélever, analyser et sanctionner, l’AFLD a réussi en 2008 à faire baisser le coût d’un contrôle anti-dopage pour la collectivité. Il en coûte désormais 568 euros par contrôle anti-dopage. Dans cette démarche, le contrôle lui-même coûte 127 € tandis que l’analyse revient à 441 €. Moralité : en plus de décevoir les amateurs de sport, le dopage coûte de l’argent aux Français.

 La Cour des Comptes recommande à l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) de mieux cibler ses contrôles dans un souci de réduction des coûts, selon son rapport annuel dévoilé mercredi 11 février. La Cour juge « large » le champ des contrôles réalisés par l’AFLD, et invite l’instance à « redéfinir ses modalités ».

Actuellement, l’AFLD effectue des contrôles sur trois groupes différents: un premier constitué des 17 millions de sportifs licenciés en France; un deuxième regroupant 20.700 sportifs d’élite; un troisième dénommé « groupe cible » qui regroupe en substance les meilleurs sportifs français. Ce groupe comptait 429 personnes en 2013.

« L’agence ne différencie pas suffisamment sa stratégie de contrôle pour chacune des trois cibles », est-il écrit dans le rapport de la Cour des Comptes. « La mise en place d’une véritable stratégie de contrôle par cible devient indispensable à la fois pour des raisons d’efficacité mais aussi pour des raisons de coût », note le rapport.

Les pistes de la Cour des comptes

Il parait qu’un radar automatique coûte 67.500€, bien plus cher qu’une bagnole…Je ne sais pas ce qu’en pense la Cour des comptes, mais pour ce qui est du dopage… La Cour des Comptes suggère à l’AFLD quelques pistes. Pour le groupe des 17 millions de licenciés, elle suggère l’abandon des contrôles en compétition. Pour les 20.700 sportifs d’élite, la Cour des Comptes recommande d’avoir recours « aux méthodes de renseignement visant à contrôler mieux plutôt que contrôler plus ». La Cour des comptes a dû trop entendre dire qu’un renseignement ne coûte rien. Ce qu’elle ne dit pas, c’est combien vont coûter ces renseignements…

Enfin, pour le groupe cible, elle suggère à l’AFLD de « tirer les conséquences de la mise en place progressive » du profil biologique, qui permet de suivre tout au long de l’année un individu et de détecter d’éventuelles anomalies liés à la prise de substance interdite.

Pour le moment, le volet hématologique (EPO, notamment) fonctionne, en attendant la mise en place prochaine des volets endocrinien (hormones de croissance) et stéroïdien (anabolisants). Dans sa réponse à la Cour des Comptes, le président de l’AFLD (Bruno Genevois) n’avait pas manqué de souligner que c’est « l’Agence qui avait donné l’impulsion » dans le domaine du profil biologique.

En 2013, l’AFLD a réalisé 11.040 contrôles antidopage en France. Le coût moyen d’un contrôle et de l’analyse était de 541 euros dans le cadre d’une compétition et 235 euros hors compétition. L’AFLD dispose d’un budget annuel d’environ 8 M EUR, abondé principalement par une subvention de l’Etat à hauteur de 7 M EUR, et complété par des ressources propres (travaux d’analyses sur commandes par exemple) pour 1 M EUR. Si on rapporte le nombre de contrôles, 11.000, au budget de 8 millions, on s’aperçoit qu’en fait chaque contrôle revient autour de 730€…

 

CONTRÔLES ET DROITS DE LA PERSONNE

En 2006, dans une étude concernant la politique anti-dopage, trios auteurs, Bengt Kayser, Alexandre Mauron et Andy Miah en conclurent que l’investissement de la profession médicale dans le dopage et l’anti-dopage défiait les principes de non-malfaisance et de protection de la vie privée. Telles qu’elles sont, les mesures anti-dopage introduisent potentiellement de plus gros problèmes qu’ils n’en résolvent, et placent les médecins qui travaillent avec les athlètes ou dans des structures anti-dopage dans une position éthiquement difficile. En réponse, concluaient-ils, nous proposons des pratiques de renforcement dans les sports dans une structure de supervision médicale.

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2 comments:

  1. LEPAGE

    dans les années 90 la lutte anti dopage donnait lieu à des contrôles à tous les niveaux, dans les compétitions régionales et chez de très jeunes nageurs. Je pense que c’était surtout un coup politique pour marquer les esprits. Pour quel résultat? On en revient aux sanctions. le coupable viré définitivement et éventuellement les responsables fédéraux et consorts. Lorsque la discipline présente un nombre de cas significatif. Sinon c’est inutile. comme on le constate.

    1. Eric Lahmy *

      Bonjour Claude, merci pour cette intervention.
      Ce qui a rendu la politique anti-dopage inutile concernant la natation, c’est d’avoir à la tête de la FINA des affairistes qui donnent la prééminence à deux pays organisateurs (et donc dispensateurs d’argent), la Russie et la Chine et ne veulent surtout pas leur faire la moindre peine. La FINA a organisé avec la complicité silencieuse et agissante du CIO l’impunité des dopés à Rio de Janeiro.
      Demande de précision: quand vous évoquez les contrôles « à tous les niveaux » comme étant « un coup politique » qu’entendez-vous par là? Ce coup était-il dirigé vers l’opinion ou vers les nageurs (et leurs entraîneurs) qu’il s’agissait de décourager de se doper??

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