ÉPAULE RECONSTRUITE, ANNA SANTAMANS N’EN A PAS FINI AVEC LA RÉÉDUCATION

Éric LAHMY

Jeudi 22 Février 2018

Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai fait un mouvement de crawl niveau loisirs piscines. » Anna Santamans s’esclaffe. Depuis neuf semaines, la nage de la multi-championne de France du 50 mètres était réduite à zéro.

Opérée le 11 décembre dernier d’une épaule (la gauche), suite à une série de luxations handicapantes (« je n’avais plus le choix, en octobre dernier, je ne pouvais plus nager », dit-elle), Anna Santamans, à la veille d’un stage des Marseillais à Antalya, en Turquie, où le groupe de l’eau libre s’est rendu la semaine passée, est bien contrainte de prendre son temps, et son mal en patience.

L’incident qui acheva cette malheureuse coiffe de l’épaule, nom que l’on donne au point de rencontre de tout un entrelacement de tendons qui se réunissent au sommet de la ceinture scapulaire se tint alors que, sur une machine TRX (comme Total Resistance Exercise), elle effectuait un truc assez périlleux : des pompes, épaules en avant. La musculation est devenue indispensable aux nageurs, depuis qu’ils ont découvert l’utilité d’être forts, mais parfois on ne sait pas trop comment la pratiquer sans risques de traumatismes ! Des études commencent par exemple à tomber sur les effets secondaires des Battle Ropes, un « must » dans les programmes de musculation de certaines équipes, mais qui prédisposeraient à certains soucis d’épaules. Les tirages « en bascule » à la barre fixe, mais aussi les pompes aux anneaux, l’exercice qu’était en train de réaliser Santamans ce jour d’octobre sont dans le collimateur. Selon Scott Abel, de TNation, effectuer ces types de pompes, en raison de l’instabilité du mouvement, serait, si le corps est lesté, « aussi con qu’effectuer des squats lourds sur un ballon suisse. » Bref, il vaut mieux prendre garde et peut être, comme dit encore Abel, retenir qu’en termes d’exercices de musculation, ce qui est « essayé et démontré » est mieux que ce qui est « nouveau »…

Passons. Avec son épaule toute neuve, Santamans galère quand même, quoique le moral paraisse bon.

 « Le chirurgien m’avait dit qu’au bout de six semaines après l’opération, je ferais des pompes, explique Anna, je me suis donc figurée que je re-nagerais fin janvier ; et en effet, je refais des pompes, mais après deux mois de rééducation, je ne peux toujours pas nager. Les pompes et la nage sont deux choses différentes : les pompes, c’est des poussées, nager, c’est effectuer un tirage ; il y a en outre la souplesse aérienne, pour le retour du bras. Et en plus, j’ai des douleurs annexes à l’épaule qui sont handicapantes. »

Donc, depuis plus de deux mois, notre sprinteuse n° 1 se rééduque, et pas qu’un peu : deux heures chaque jour, avec les kinésithérapeutes du Cercle, qui disposent d’un cabinet en ville avec piscine où, dit-elle, « la portance de l’eau aide » ; pas mal de travail spécifique, du vélo, de la musculation. Et du repos, essentiel. Elle note quand même « pas mal de progrès.

Elle qui ne met pas la souplesse articulaire parmi ses qualités premières, tente d’en retrouver suffisamment pour effectuer ses mouvements. Il lui faut aussi reprendre de la force, perdue après l’opération et l’immobilisation qui a suivi. Elle qui, sprint oblige, avait développé une sacrée musculature, s’est retrouvée avec des bras « comme des allumettes. »

Anna retrouvera-t-elle son niveau ? Elle fait tout pour. Cela ne sera pas facile. Pour la première fois depuis six ans, on ne trouvera pas, en 2018, son nom au sommet du générique du 50 libre, elle qui avait atteint, sur la distance, une classe à part, en quelque sorte. En juillet dernier, elle avait battu avec 24s54 le record de France de la distance, achevant une longue quête. Elle avait fini première du bilan français de l’année en 2017, donc, mais aussi en 2016 (24s59), 2015 (24s76), 2014 (24s81), 2013 (24s81), 2012 (24s94), 2010 (25s36). Tout ce temps, pas une autre nageuse française n’est passée sous les 25 secondes, seuil qu’elle a franchi à trente reprises dans sa carrière…


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