ET AU-DESSUS, IL Y A HOSSZU : RECORD D’EUROPE DU 400 4 NAGES

DES QUATRE NAGES À TOUS LES ÉTAGES

Éric LAHMY

Vendredi 4 Mars 2016

Katinka Hosszu représente un phénomène à part dans la natation. On aurait pu se douter qu’étant engagée dans toutes les épreuves féminines de la première journée du « Camille Muffat » de Marseille, et ne s’étant présenté à aucune avant le 400 mètres quatre nages, la femme de fer autoproclamée avait une idée derrière la tête. Une idée de grosse performance sur la course des nageuses complètes. Ce fut le cas. Un record d’Europe en l’occurrence. Hosszu a battu son record « polyuréthane, 4:30s31, vieux de cinq ans et demi puisqu’établi à Rome, en championnats du monde. Elle a nagé 4:29s89, dans les temps de passage qui suivent, papillon, 28s54, 1:1s19 (32s65) ; dos : 1:35s61 (34s42), 2:10s35 (34s74), brasse : 2:48s50 (38s15), 3:28s35 (39s85) ; crawl : 3:59s41 (31s06), 4:29s89 (30s48). On peut imaginer qu’elle avait en tête de bousculer le record du monde de la Chinoise Shiwen Ye, qui est raisonnablement proche (ou éloigné) : 4:28s43…

De vous à moi, je n’ai pas un respect immodéré pour le record du monde, beaucoup trop éloigné de celui, remarquable, du colossal Michael Phelps chez les hommes. Il devrait se trouver vers les 4:25s ou 4:26s pour mériter la plus haute estime. Mais enfin, c’est tout de même un record du monde ! Il est possible que Katie Ledecky, qui, pour l’instant, s’y amuse parfois (elle a de ces jeux, des 400 quatre nages !!) s’y intéresse après Rio, faudra suivre ça de près.

Derrière Hosszu, Fantine Lesaffre réalisa une performance intéressante, 4:38s88. Neuf secondes derrières, vous me direz, ne crions pas au miracle, mais bon ça parait un net progrès, et comme Hosszu a cinq secondes d’avance sur sa seconde, ça fait que la nièce à tonton Bruno (son oncle, ancien international) n’est plus très loin… La Nordiste entraînée à Mulhouse eut le mérite de devancer une Belmonte certes encore un peu convalescente, mais qu’elle se permit même de mener de près de quatre secondes à l’issue de son parcours en brasse après avoir creusé un joli « trou » en dos. Belmonte dut pousser les feux en crawl, mais ne put jamais totalement combler l’avance de Fantine. Celle-ci manqua seulement d’un peu de maestria ou de fraicheur dans son parcours de crawl, sans quoi elle aurait mis à mal le record de France que Lara Grangeon a installé il y onze mois à 4:37s55.

LE 400 QUATRE NAGES? COMME LE GOULASCH, UNE SPÉCIALITÉ HONGROISE MAIS PLUS DIFFICILE A AVALER 

Cela fait bien un demi-siècle maintenant que la natation hongroise vit une histoire d’amour avec les quatre nages. Depuis qu’une petite armada conduite par un coach assez original, voire iconoclaste sur les bords, et peut-être même farfelu, se lança vers 1965 à l’assaut des records. Le coach, autodidacte jusqu’à l’os (ancien haltérophile, il n’avait passé aucun diplôme d’enseignant de la natation) mais diaboliquement fort techniquement, s’appelait Tamas Szechy. Il avait une figure rubiconde et l’œil malicieux d’un Zéro Mostel qui se serait échappé d’un film de Mel Brooks mais qu’on aurait pu prendre quand même un petit peu pour Benito Mussolini, vu ses méthodes, euh, directives, si vous voyez ce que je veux dire, sur le bord du bassin.

Szechy, ignare ou pas en natation (il avait été racolé en 1962 par une légende du water-polo hongrois, Deszo Gyarmati), s’inspira des Américains, mettant en place les groupes d’âge, fut l’un des précurseurs du bien nager d’aujourd’hui, et m’affirma que s’il avait entraîné Michael Gross, il l’aurait fait nager 3:40s00 au 400 mètres, sept secondes de mieux que le record mondial de l’époque. Il aurait bien entendu fallu d’abord que Gross, un Allemand au talent assez monstrueux mais qui aimait rigoler, accepte de le suivre !

Tamas, d’ailleurs, avait sa méthode. Elle consistait à maîtriser une technique aboutie dans chaque style, avec quand même une forte ouverture dans trois directions : dos, brasse, et demi-fond. Pas de sprint ou si peu… Mais aussi, moins avouable, il ne prenait sous sa coupe que des enfants de pauvres, des petits gars du peuple, qu’il pouvait maintenir sous sa coupe parce qu’ils n’avaient pas d’autre issue dans la vie que le type de réussite qu’il préconisait. Il ne craignait pas d’aller loin, et on a parlé de « passage à tabac » à coups de balais sur le dos de celui qui avait fauté… Ah ! C’était le bon temps.

DE ZOLTAN A DAVID : CE VERRASZTO EN CACHAIT UN AUTRE

Comme il détestait affûter ses nageurs en dehors de la compétition, il était coutumier d’inventer des performances totalement bidon que ses nageurs avaient soi-disant réalisées afin qu’ils soient qualifiés aux Jeux olympiques. En fait, il ne dtestait pas griller un feu rouge ou franchir une ligne jaune! L’affaire faillit finir un peu mal quand Szechy lui-même se vit bordurer par un dirigeant un peu loufdingue, pas mal tordu qui ne détestait pas tenter de soutirer des nageurs (filles ou garçons d’ailleurs) de l’équipe des faveurs un peu particulières (comme le raconta un nageur français qui avait eu la bonne idée de s’entrainer à Budapest). Ce dirigeant un peu fêlé sur les bords (que j’ai rencontré à Canet-en-Roussillon, une année où je m’étais littéralement collé aux Hongrois, avec l’assentiment de Szechy) finit par s’enfuir avec la caisse, à l’approche des Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984, avant d’avoir le bon goût de succomber à une crise cardiaque qui régla pas mal de problèmes…

Ces plaisanteries n’empêchèrent pas Tamas de recevoir six années le prix du meilleur entraîneur, et tout un fatras de médailles au nom de la patrie, du drapeau, et l’hymne national, et de donner son nom au nouveau complexe aquatique de l’île Marguerite…

Parmi les élèves de Tamas, il y eut d’abord Andras Hargitay, champion du monde 1973, Sandor Wladar, champion olympique à Moscou, puis surtout Tamas Darnyi, quadruple champion olympique et multi-champion du monde, Attila Czene (ministre des sports entre 2010 et 2012, vice-président du Comité olympique hongrois), mais aussi Joseph Szabo, un certain Csaba Sos et un non moins certain Zoltan Verraszto, et, côté filles, il joua un rôle dans l’éclosion de Krisztina Egerszegi et de quelques autres. Aujourd’hui, la Hongrie, c’est, bien sûr Katinka, ou, par intermittences, Zsuzsanna Jakabos, (également l’un des plus jolis ornements qu’on puisse trouver au bord d’une piscine), mais aussi le fils de Zoltan, David Verraszto (en-dehors de Laszlo Cseh, bien entendu) qui assurent la suite. Et David, vice-champion du monde des 400 quatre nages derrière le Japonais Daya Seto à Kazan, qui vient de marquer son terrain, à Marseille, avec un temps honorable de 4:12s63.

MANAUDOU, SERIAL KILLER, LACOURT, FINAL WINNER

J’avoue avoir un peu de mal à évaluer les performances de sprint pur en dehors de la nage libre, mais c’est sûr, quand Florent Manaudou arrache une demi-seconde à Camille Lacourt sur 50 mètres dos, cela doit signifier quelque chose. Le Camille en question est champion du monde de la distance… Liam Tancock, il y a longtemps qu’il ne fait plus rien de bon, mais est recordman du monde de la distance non-olympique avec 24s04. Ayant marqué son territoire, Manaudou laissa Camille Lacourt gagner la finale, pas si facilement d’ailleurs.

DAMES.- 800 mètres: 1. Mireia Belmonte Garcia, Espagne, 8 :29s70 ; 2. Martina De Memme, Italie, 8:32s49 ;

50 mètres dos : 1. Anastasia Fesikova, Russie, 28s16;… Georgia Davies, GBR, 28s28;…5. Mathilde Cini, Valence, Marseille, 29s08 (en séries, 28s96).

50 mètres brasse : 1. Martina Carraro, Italie, 31s13

400 mètres 4 nages : 1. Katinka Hosszu, Hongrie, 4’29s89 (record d’Europe, ancien record par elle-même, 4:30s31) ; 2. Fantine Lesaffre, Mulhouse, 4’38s88 ; 3. Mireia Belmonte, Espagne, 4:39s55 ; 4. Catalina Corro Lorente, Espagne, 4:44s32 ; 5. Africa Sanz Zamorano, Espagne, 4:45s21 ; 6. Lara Grangeon, Calédonie-Font Romeu, 4:46s41

MESSIEURS.- 1500 mètres : 1. Damien Joly, Antibes, 14:58s18 ; 2. Daniel Jerves, GBR, 15:22s71.

50 mètres dos : 1. Camille Lacourt, Marseille, 25s20 ; 2. Jan-Philip Glania, Allemagne, 25s31 ; 3. Benjamin Stasiulis, Marseille, 25s61. En séries, Florent Manaudou, Marseille, 24s92.

50 mètres brasse : 1. Giacomo Perez Dortona, Marseille, 27s62 ; 2. Kiril Prigoda, Russie, 27s91 ; 3. Demir Atasov, Turquie, et Fabio Scozzoli, Italie, 27s92.

50 mètres papillon : 1. Mehdy Metalla, Marseille, 23s95 (en séries, 23s72) ; 2. Steffen Deibler, Allemagne, 23s98 (en séries, 23s80) ; 3. Matteo Rivolta, Italie, 24s01. Clément Mignon, en séries, 24s14.

400 mètres 4 nages : 1. David Verraszto, Hongrie, 4:12s63 ; 2. Jacob Heidtmann, Allemagne, 4:16s39; 3. Xavier Mohammed, Pays de Galles, 4:21s46.

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