ET MAINTENANT ON FAIT QUOI (6) DES JEUNES EN MAL DE RÉSULTATS, ET DES PLANS OU L’ON DISTINGUE MAL LA COM’ DE LA RÉALITÉ

DES JEUNES EN MAL DE RÉSULTATS, ET DES PLANS OU L’ON DISTINGUE MAL LA COM’ DE LA RÉALITÉ

 Éric LAHMY

Mardi 4 octobre 2016

Dans le précédent article de cette série, j’essayais de mesurer le potentiel des jeunes nageurs français à l’aune européenne puis mondiale. Conclusion ? Il y a du souci à se faire.

Le tableau d’ensemble de notre natation dévoile d’un côté, une équipe de France menacée par la limite d’âge. De l’autre, une équipe de jeunes carencée en vitamines : voici vingt ans que notre élite ne s’est pas trouvée aussi démunie.

Depuis deux ans, Denis Auguin a été chargé d’orchestrer l’équipe de France des jeunes, autour d’un projet au titre parlant, Tokyo2020. L’homme est sérieux, il a montré avec Alain Bernard ce qu’il savait faire. Mais depuis quatre ans, à Antibes, il a pris du recul et n’est plus sur le bord du bassin.

« Au départ, nous avons réuni 80 filles et 80 garçons retenus sur des critères chronométriques et autres. Nous désirions opérer une revue d’effectifs et: intéresser ceux qui nous semblaient présenter des profils intéressants. »

Les entraîneurs n’ignorent rien de cette problématique : les jeunes ne sont pas tous entraînés de la même façon, et un qui n’aura pas été « poussé » pourra représenter un potentiel supérieur à un autre préparé précocement qui le battra parce qu’il suit un programme intensif… Voilà qui décourage de ne considérer que la performance pure chez un jeune nageur.

On ne peut donc être tout à fait sûr d’avoir bien écrémé la génération montante, ni de n’avoir raté personne. Mais « la fédération n’a pas les moyens de prendre en compte de 600 à 1000 nageurs. » Même au tout début de l’opération, on doit donc choisir…

DES ENTRAÎNEURS DE CLUB SURMENÉS

 « On n’avait pas voulu s’enfermer un peu stupidement dans des catégories d’âge, disons que le programme s’adresse au départ à des gens qui vont de 14 ou 15 à 20 ans, continue Denis Auguin. Dans nos réunions, il ne s’agit pas seulement d’entraîner ces jeunes, mais de mesurer où ils en sont, et de transmettre des comportements de haut niveau : aussi avions-nous réuni un gros panel d’entraîneurs ; nous avions d’un côté ce que nous appelions les experts – sans accorder une signification excessive à ce terme, il ne s’agissait pas de dire qu’ils étaient seuls possesseurs d’une expertise, disons seulement qu’ils disposaient d’une grosse expérience internationale, on avait là Begotti, Paparrodopoulos… ; nous avions aussi des entraîneurs spécialistes, et également et les entraîneurs des nageurs présents. Pourquoi avions-nous opté pour un tel fonctionnement ? Nous voulions avoir dans nos rassemblements les nageurs et leurs entraîneurs en raison de la difficulté de transmettre le savoir technique. Cette transmission se fait bien mieux quand elle s’opère directement, en situation. »

« Il ne s’agit certes pas de leur dire que ce qu’ils font est mal, mais de leur donner des informations, de renforcer les messages », avise Auguin. Il y a cependant, dans son esprit, un souci de formation des cadres. Plusieurs entraîneurs de clubs qui forment les jeunes peuvent avoir du mal à suivre les évolutions de la technique, de l’entraînement dans leur environnement immédiat ; dès lors, une opération comme Tokyo2020 doit constituer pour eux une opportunité d’échanges, de réflexions et d’ouverture sur l’extérieur.

Combien de fois, dans le passé, ai-je entendu un entraîneur qu’il avait été formé, et révélé, par son ou ses meilleurs nageurs!

Au cours des stages, en effet, on nage, certes, mais pas seulement : « nous évoquions tous les problèmes rencontrés par un nageur, donc on communiquait sur le dopage, la diététique. Parfois, c’était les nageurs qui préparaient à manger. Ce n’est pas tout. L’un des buts était de former une équipe : faire ces jeunes se connaître, « créer du lien ».

 Même les « messages » transmis aux entraîneurs doivent être soigneusement distillés, selon Auguin selon qui « le premier réflexe d’un entraîneur à qui tu as dit ce qu’il faut faire est de mettre la tête sur le guidon. » Chose qui peut se révêler contre-productive. La plupart de ces entraîneurs n’ont pas la vie facile, témoigne Auguin : « l’entraîneur, qui doit tout faire, vit des impossibilités. J’ai vu des gens qui prenaient des jours sur leurs congés personnels pour venir, il y a des présidents de clubs qui ne les aident pas… »

ZÉRO MÉDAILLE AUX EUROPE, SIMPLE ANECDOTE ?

Le processus prévoyait une réduction du nombre des nageurs impliqués de façon à cerner ceux qui feraient partie de l’élite, de l’équipe de France en devenir. « Maintenant, nous avons réduit nos jeunes à vingt éléments, auxquels on continue de proposer la même chose, des stages, des rassemblements, des compétitions. Cette année, on les a réunis à Antibes fin mai, juin, puis ils ont disputé le Mare Nostrum de Monaco. Nous disposons d’un parrain d’action qui est Alain Bernard. »

Auguin ne trouve « pas très grave » que les derniers championnats d’Europe n’aient pas donné aux Français l’occasion de ramener ne serait-ce qu’une médaille. La chose lui semble anecdotique. Le relais quatre fois 200 mètres était en route vers le bronze quand il a été éliminé pour prise de relais incorrecte. « Mais après, ajoute-t-il, il faut en trouver les raisons. »

Pourtant, d’aucuns trouvent inquiétant que l’on « n’ait personne. Je ne dis pas ça, dit encore Denis Auguin. En vérité, on n’a pas un réservoir immense. Et après, ceux que nous tenons là, vont-ils faire du haut niveau ? Mais se dire qu’on ne va pas y arriver n’est pas la bonne réponse ; laquelle est pour moi qu’il faut travailler. »

PAS DE KANAZAWA, MAIS PASSAGE OBLIGÉ A CHARTRES !

Tokyo2020 prévoyait cette année un stage au Japon prévu en septembre qui a été annulé (la piscine qui devait recevoir l’équipe française était en travaux) et qu’Auguin annonce comme « reporté en janvier prochain. » Entre-temps, les jeunes étaient réunis au meeting Coupe du monde de Chartres (très mal placé en saison, sans doute la réunion la plus impopulaire de l’année, imposée aux nageurs français sous peine de sanctions financières et qui a permis entre autres joyeusetés de voir Damien Joly nager sur 50 et 100 mètres pour un déficit de seulement 250.000€, NDLR) où ils se sont débrouillés comme ils ont pu et qui remplaçait mal, j’imagine, dans leur esprit, le stage à Kanazawa…

Une autre réunion est prévue, à l’INSEP, du 16 au 21 octobre. Des rendez-vous sont ainsi programmés tout le long de l’année, réunissant nageurs et entraîneurs. Tokyo2020, mission impossible ?

Il y a trois ans, au début de l’opération, Denis Auguin avait sollicité Marc Begotti. Après avoir participé à trois ou quatre rassemblements « par amitié », ce dernier a prévenu Auguin qu’il ne continuerait pas : « je ne sentais pas derrière cela une vraie volonté ; cela n’avait rien à voir avec Denis, dont les stages étaient bien organisés. Mais il y avait un côté pas très construit, ça ratiocinait sur les moyens. A l’époque, Paparrodopoulos était au chômage et on l’avait utilisé sans le payer. Je trouvais ça inélégant. La Fédération a les moyens, mais pas pour les jeunes…, Bref, tout cela  me déplaisait. »

L’opération Gavroche (étrange nom de baptême) continue à connaître des difficultés de mise en route. Après avoir annoncé un stage de trois semaines au Japon (sans doute à Kanazawa, ville jumelée avec Nancy), qui avait fortement excité l’intérêt des jeunes impliqués dans l’aventure, la déprogrammation du voyage (et son report, nous explique Denis Auguin, en janvier prochain) en a déçu plus d’un. « Je connais un peu la Fédération et j’avoue, quand j’avais entendu parler de tels projets, j’avais eu du mal à y croire, m’a expliqué un parent de nageur plutôt sévère et désabusé. Ces beaux projets n’ont donné, jusqu’ici, qu’un déplacement foireux. »

L’opération manque-t-elle d’ambition, et de moyens ? Certains ne se gênent pas pour le dire, qui se souviennent dans le passé d’une politique de stages de jeunes assez volontariste.

Olivier Nicolas, aujourd’hui coach de l’élite du Cercles des nageurs d’Avignon (CNA), occupait la position actuelle de Denis Auguin dans ces années où Camille Muffat, Yannick Agnel et compagnie enlevaient des titres européens juniors. Il apprécie son successeur au poste, et refuse de le charger des fragilités d’aujourd’hui : « Guy Giacomoni, dit-il, le beau-père de Denis, était aussi, je dirais, mon père spirituel. Denis est un ami. Je n’aime pas trop qu’on l’attaque. Quand, à Rio, Alain Barnier agresse Alain Bernard, c’est Denis Auguin qu’il vise, à travers ça. Maintenant, le plan Gavroche… Ce n’est pas facile avec le lycée. Et puis, dans l’équipe nationale, vous êtes obligés de faire avec ce que vous avez. C’est facile d’être porté aux nues, ou bien d’être récusé sans qu’il n’en aille de votre faute. Le meilleur exemple, c’est moi. Une année, je suis revenu des Europe junior avec 17 médailles. Mais j’avais Agnel, Bourelly, Metella. Deux ans plus tard, avec les mêmes plans, le même système en place, je n’en ai plus eu que deux… »

A ce sujet, Frédéric Delcourt (dont l’heure de gloire fut celle où il enleva la médaille d’argent du 200 mètres dos des Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984) qui entraîne à Montpellier, rappelle a juste titre que « la France n’est pas un pays avec tant de nageurs. Une Laure Manaudou, on n’en aura pas tous les quatre ans. Il est ainsi impossible de faire du haut-niveau avec notre système scolaire. Aux USA, il est beaucoup plus facile de mettre en place un emploi du temps qui permettra de nager, d’être motivé pour ça tout en poursuivant des études supérieures. Chez nous, les parents, qui pensent à l’avenir de leurs enfants, ne sont pas favorables à un gros investissement en natation. Par ailleurs, aujourd’hui, on a commis pas mal de fautes et après dix ans à construire une natation, on met dix ans à la détruire. La solution qu’on avait trouvée, les pôles, c’est très bien, mais ça ne convient pas à tout le monde. Il y a beaucoup de jeunes qui ne s’en sortent pas. Regardez Jordan Pothain : lui n’a pas fait l’erreur de partir de chez lui.  Marseille a les meilleurs résultats, mais Marseille n’a pas formé grand monde. »

Olivier Nicolas met l’accent sur une autre caractéristique des pôles : ils auraient tendance à effectuer leur marché sur les nageurs qu’on leur envoie.

Plus inquiétant peut-être encore, « on perd énormément de terrain sur les autres sports, signale Frédéric Delcourt. Beaucoup trop de contraintes pèsent sur les clubs, les piscines, et cela ne nous pousse pas vers le haut. Et à l’école, c’est un handicap de faire du sport. Et puis, au niveau fédéral, au budget conséquent pour le haut niveau correspond un budget limité pour les jeunes. Les budgets ne sont pas extensibles, et par ailleurs, les subventions ne font que baisser. »

Maintenant, il y a le tissu d’erreurs fédérales. Quand quarante nageurs sont envoyés aux championnats d’Europe de Londres sous prétexte d’apprentissage, on peut penser que c’est une erreur. Et le contraire de ce qui avait été défini comme la bonne approche : n’envoyer dans les grandes compétitions que des nageurs capables de se mêler à la « gagne ».

Maintenant, qui m’expliquera ce paradoxe : un stage prévu au Japon, avec le coût que cela peut représenter, quand à côté on lésine sur les moyens ? Quelquefois, les associations qu’on peut faire dans les actions fédérales ont un goût étrange.

Tout cela n’est pas très clair, mais peut-être une logique se révèlera-t-elle au fur et à mesure ? Comme dit le poête, acceptons-en l’augure.

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17 comments:

  1. Marc Begotti

    Avant de préciser les raisons pour lesquelles je n’ai plus souhaité participer à l’action « Tokyo 2020 », quelques mots pour dire en quoi cette idée était séduisante.

    Sollicité par Denis AUGUIN j’ai accepté à la fois par amitié pour Denis et parce que le projet était ambitieux et intelligent.
    Objectif ambitieux affiché par le DTN adjoint de l’époque Patrice CASSAGNE : « Des finalistes dans toutes les épreuves aux J.O à moyen terme »
    Intelligent selon moi : le projet associait des entraîneurs d’expériences et d’âges différents qui devaient « se frotter » et identifier des problèmes afin d’atteindre un objectif clairement défini. Il se trouve que c’est ma conception de la formation et de l’entraînement (se poser les bonnes questions et expérimenter pour trouver des solutions)

    Les stages se sont bien déroulés on travaillait bien et en bonne relation mais il fallait surtout créer les conditions pour que l’objectif puisse devenir réalité.
    Comme par exemple retrouver les mêmes nageurs sur plusieurs stages et rester en relation étroite avec leurs entraîneurs, ce n’était pas le cas.
    Il aurait fallu que l’équipe d’entraîneurs soit toujours composée des mêmes personnes afin de poursuivre un nécessaire travail sur nous-mêmes permettant d’échanger, de partager et de travailler ensemble et non pas les uns à côté des autres. Ce n’était pas le cas, l’équipe était composée en fonction des disponibilités de chacun. Il est vrai que les entraîneurs non CTS n’étaient pas rémunérés, la formule n’était donc pas pérenne.

    Pour résumer, le décalage entre l’objectif affiché « des finalistes dans toutes les épreuves aux J.O » (dont je mesurais rationnellement les difficultés) et l’investissement fédéral était trop grand. A cela venait s’ajouter qu’en même temps ce qui selon moi avait permis l’émergence d’une natation de bon niveau était oublié et abandonné.

    Cordialement

    1. Eric Lahmy *

      Merci de votre témoignage de première main. Je comprends l’enthousiasme de tous ceux qui s’étaient attelés à ce chantier pour répondre à une telle ambition. J’espère que tous les techniciens qui poussent à la roue derrière Denis et lui-même ne seront pas abandonnés en rase campagne et qu’avec la nouvelle olympiade, tout cela s’orchestre…

    2. Olivier

      Surprenant de lire que les entraineurs non CTS n’étaient pas rémunérés. Cela parait en décalage avec l’idée d’organiser un stage au Japon qu’on imagine relativement couteux.

      1. Eric Lahmy *

        Mais tout ça est plein de paradoxes et bourré de décisions illogiques. Question de gouvernance, je crois : les maîtres du monde et les autres.

  2. Marc Begotti

    Nous avons du travail « en rase campagne » dans nos grandes régions respectives !

    Merci à vous pour vos articles qui nous informent et mettent en lumière les dessous pas très chics de notre fédération (même si parfois cela pourrait aussi donner envie de s’intéresser pendant quelques temps au fonctionnement d’un sport comme le handball 🙂

    1. Eric Lahmy *

      Je me souviens, quand j’ai ouvert ce site, du plaisir de parler natation après tant d’années de silence, d’évoquer un sport qui ne cessait de progresser au niveau mondial, emmené par des dirigeants inspirés et des techniciens pointus et qui en voulaient. Quatre années ont salement douché mon enthousiasme, balayé mes naïvetés et convaincu qu’Yannick Agnel n’était pas Murray Rose, que ni Horter ni Favre n’étaient Fauquet, et maintenant, je me demande même si Pellerin est toujours Pellerin. Alors quoi? Alors je me donne l’impression de de m’être transformé en père fouettard; et quoi d’autre? Je ne dirai qu’un mot. Zut!! C’est fichu pour l’actualité heureuse.

  3. HUOT-MARCHAND François

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour l’intérêt que vous portez aux jeunes. J’adhère parfaitement aux propos de Marc Begotti et de Denis Auguin, notamment sur l’importance du partage entre entraineurs. Ce partage qui évite toute forme de « pensée unique » et qui évite surtout de trouver d’inventer des causalités là où il n’y en a pas (par exemple : « une nation qui veut être forte chez les seniors doit être forte chez les jeunes »).

    Valoriser le travail souvent excellent réalisé dans les clubs, se retrousser les manches et trouver des solutions pour les accompagner est un objectif noble pour la fédération, me semble-t-il. Reste à savoir ce que c’est, la fédération ?

    Si elle se réduit à « deux étages de la tour Essor » et que ses moyens se limitent à ceux octroyés par le ministère aux actions nationales, même si la somme n’est pas négligeable, il est vrai que cela implique des choix parfois cornéliens (ou stupides, je vous laisse juge).
    Par contre, si l’on entend la « fédération » (d’un point de vue institutionnel) comme l’ensemble des comités régionaux, départementaux et des « conseils des interrégions », alors le champ des possibles est (très) nettement plus important.

    J’ai eu la chance de côtoyer les entraineurs et les jeunes nageurs lors du stage à Antibes avant d’aller à Monaco. Je crois qu’ils mettent en oeuvre des solutions innovantes et intéressantes pour permettre l’émergence de performances chez leurs nageurs. Et je suis convaincu que ces jeunes comme leurs entraineurs préfèreraient les encouragements sincères aux prophéties pessimistes de certains… Mais bon, comme on dit « quand on a une poutre dans l’oeil, on a souvent tendance à chercher la brindille dans celui des autres ».

    Merci encore pour ces messages qui, je crois, veulent respecter une certaine objectivité et ont l’ambition de soutenir le travail que beaucoup font quotidiennement, sans qu’on en parle (et sans souhaiter que l’on en parle, d’ailleurs).

    Bien cordialement,

    1. Eric Lahmy *

      Merci de votre intervention… ça me fait souvenir que vous étiez responsable des jeunes, vous aussi! J’aurais pu vous interroger, c’est bien que vous vous introduisiez dans le débat.
      J’avoue que ce n’était pas mon sujet, mais votre assertion concernant la nécessité pour une nation forte d’avoir (ou pas) une jeunesse forte mériterait approfondissement. Je crois qu’il faut de toute façon avoir une jeunesse forte. Mais pas n’importe comment. Toute la finesse est là. Jacky Brochen m’en a longuement parlé, et il a des idées très intéressantes sur la question. Il m’a ainsi indiqué un document passionnant, que vous connaissez sans doute, publié par « Natation Canada ». L’enjeu consiste à travailler avec les jeunes en connaissance de cause des enjeux physiques qui les affectent et psychologiques qui les motivent, à mesure qu’ils grandissent, de façon différenciée. Pour résumer, ne cherchez pas à motiver un enfant de onze ans comme un adolscent de seize ans, etc. Cela me semble éclairant…
      Si j’ai le temps je me pencherai là-dessus, et essaierai de mettre à plat tout ça, mais de chic je pourrais partir de quelques exemples bien choisis, par exemple Missy Franklin et Ruta Meilutyte, championnes olympiques à 15 et 16 ans et moins fortes (nettement pour Franklin) à 19 et 20 ans; ou encore Penny Oleksiak, petite remplaçante du Canada à 15 ans, championne olympique à 16. Les garçons c’est un peu plus vieux, mais Kyle Chalmers et autres…
      Pour le reste, il faut toujours nuancer: pour chaque exemple ci-dessus je puis trouver le contre-exemple… La diversité de la vie surprendra toujours ceux qui veulent ancadrer les « vérités ».

  4. Marc Begotti

    Si je peux me permettre
    Je crois que la question à poser est « que faut-il faire pour avoir des finalistes aux JO dans toutes les finales ? » plutôt que « comment faire pour avoir une natation de jeunes forte ? »
    En effet je pense que les stratégie à mettre en œuvre seront différentes selon la question.
    S’interroger à partir de la première question me semble urgent et incontournable ‘et passionnant).
    Dans cette perspective je tiens à réaffirmer que j’ai la conviction que vouloir « détecter les talents » c’est faire fausse route et d’une certaine façon éviter de se poser la question

    Cordialement

    1. HUOT-MARCHAND François

      Je suis parfaitement d’accord avec Marc. Je crois en l’idée de Saint-Exupery qu’il ne convient par pas de prévoir l’avenir, mais de le permettre.

      La détection des talents est une perte de temps car elle repose sur un paradigme, aujourd’hui considéré comme erroné par la communauté scientifique, qui imagine que les qualités sont prédéterminées et permanentes dans le temps (il s’agit alors de les découvrir et de les révéler…). Or il s’avère que si les dispositions génétiques ne sont pas négligeables pour expliquer la performance experte, les compétences acquises avec l’entrainement (et avec le temps) le sont encore moins (les travaux en épigénétique, en psychologie du développement cognitif et en pédagogie ne cessent de le démontrer).

      A l’inverse, une forme de « détection » des potentiels et de leurs capacités à apprendre et à se développer semble plus intéressante et passionnante, effectivement. Je renvoie ici à l’excellente analyse de Norbert Krantz visible sur son site internet, et à la majorité des études sur le développement à long terme de l’expertise (dont le concept candaien fait partie).

      « Que faire avec les enfants et les jeunes pour créer les conditions d’émergence du plus grand nombre d’adultes au plus haut niveau mondial ? » me semble bien plus riche de sens et de réflexions que la question « Qui sont les champions de demain ? » (que je considère, pardonnez-moi mon insolence, absurde et stupide)…

      La thématique est ancestrale. Je crois que beaucoup se posent ce genre de questions. Et je suis convaincu que beaucoup appliquent déjà leurs réponses avec brio et intelligence.

      Je ne livre ici que mon modeste avis.

      Bien cordialement

      1. Eric Lahmy *

        Je trouve plus de questions que de réponses dans ce que vous dites là.
        Et moi, ce sont les réponses qui m’intéressent, elles ne sont pas d’ordre technique, ou scientifique, mais basiques, affectives et suggérées par le bord du bassin. La grande réponse est tout simplement ceci: il faut faire aimer la natation aux jeunes et faire pour que cet amour de la natation résiste dans la durée. Après avoir réalisé une telle adhésion, faites le nageur arriver tôt, faites-le arriver tard…
        Je n’ai rien contre tous vos psychologues, mais neuf fois sur dix, une grande réussite est le produit d’une grande rencontre. Zins-Gottvalles, Boissière-Caron, Begotti-Plewinski, Auguin-Bernard, Berlioux-Caron, et à l’étranger Touretski-Popov, Bowman-Phelps, etc.

  5. Marc Begotti

    Bien d’accord Eric, l’essentiel est de « faire aimer la natation », je l’ai d’ailleurs affirmé à plusieurs reprises sur votre site.
    Et faire aimer la natation consiste bien souvent en une action qui permette au nageur d’avoir le sentiment d’apprendre.
    Se poser de bonnes questions permet de prendre les problèmes par le bon bout, c’est compatible avec faire aimer

    Concernant le commentaire de HUOT-MARCHAND F. Je ne saisis pas où se trouve la différence entre « la détection des potentiels et de leurs capacités à apprendre » et la « détection des talents » ?
    Dans les 2 cas on postule bien que « quelque chose » préexisterait qu’il suffirait de détecter.

    Cordialement

    1. Eric Lahmy *

      En toute amitié et respectueusement, je crois que M. Huot-Marchand lance un débat dans lequel on peut s’engloutir, sans aucune chance raisonnable d’aboutir.
      D’ailleurs, il s’embrouille dans ses propos. A quelques lignes de distance, il commence par décréter que la détection est une « perte de temps » sous prétexte que « la science » a « démontré » que ce que j’appellerai le talent est la résultante d’un tricotage de « dispositions génétiques » disons innées et de « compétences acquises par l’entraînement. » Puis trois lignes plus loin, il avance qu’ « une forme de « détection » des potentiels, […] est plus intéressante et passionnante. » Or il réintroduit le terme tabou, qu’il vient de condamner : détection. Cela veut dire quoi? Qu’a-t-il démontré ? Que le terme détection n’est légitime qu’entouré de guillemets ? Si la détection est si disqualifiée, que n’emploie-t-il un autre terme !
      Or le tissage inné-acquis est un total cliché, c’est banal, c’est éculé, Georges Brassens le chantait très bien : « le talent sans travail n’est qu’une sale manie. »
      Quant à la détection, c’est un faux problème.
      La détection se fait dans le mouvement, naturellement. La détection, c’est quand Philippe Lucas a l’œil attiré par Laure Manaudou et dit à tout le monde qu’il fera de cette fille une championne olympique du 400 mètres dans quatre ans.
      Quant à la génétique, vis-à-vis du sport, elle sert à quoi ? A remplacer l’expression « ce garçon à de longs bras », par l’expression « ce garçon a le gène des longs bras. » Tant qu’on ne tripotera pas le gène, ce que je ne souhaite pas, ça ne servira à rien.

  6. marc

    Le débat n’a aucune chance d’aboutir et pour en comprendre la raison j’’invite vos lecteurs que le sujet intéresse à lire « la performance Humaine : trois univers de compréhension » de François BIGREL.
    Cordialement

  7. Francois Huot-Marchand

    Les mots sont des étiquettes que l’on pose sur des boites que chacun remplit comme il l’entend…
    Je pense que la problématique ne se pose pas dans la détection mais dans le déterminisme qu’on lui associe trop souvent.
    Le sujet est effectivement vaste et complexe et il ne peut probablement pas se traiter en quelques lignes de commentaires.
    Les travaux de Monsieur Bigrel sur les univers de l’entraîneur sont également une saine lecture à mon avis.
    Je suis navré que mes propos provoquent de telles incompréhensions de la part d’aussi grands esprits que les votres. Je vais donc retourner à mes contradictions et à ma faiblesse d’esprit.
    Pardon d’avoir tenté de m’immiscer dans un débat qui, apparemment, me dépasse.
    Bien cordialement

    1. Eric Lahmy *

      Il ne s’agit pas de « faiblesse d’esprit » ou d' »esprit supérieur », mais d’une sorte de fascination chez vous de l’explication chantournée. Vos propos ne provoquent pas d’incompréhension. Ils sont incompréhensibles. Vous n’êtes pas un philosophe, pas un penseur. Inutile d’inventer des abstractions là où il n’en est nul besoin.
      A un moment, vous nous dites que toute volonté de détecter est ridicule; deux lignes plus loin, vous dites qu’il est une façon de détecter intéressante, donc vous disposez de moins d’étiquettes que de boîtes. Le langage ce n’est pas d’utiliser des mots-étiquettes qu’on colle sur des boîtes « comme on l’entend », mais comme le sens l’exige. Sinon vous utilisez un langage pour vous tout seul et personne ne comprend…
      Je pense que vous cherchez à intellectualiser en compliquant, alors que « ce qui se conçoit bien s’énonce simplement ». Vous citez à tout bout de champ des tas de gens sans avoir trop digéré ce qu’ils disent. J’ai lu un Bigrel que m’avait offert Claude Fauquet, okay. J’en ai parlé dans une « critique » de ce livre parue sur ce site… Le sens du sport est simple. On aime ça, la jeunesse aime ça. Tout part de là… Toute recherche d’un sens métaphysique du sport est une illusion. Cessez de citer et utilisez votre bagage…
      …Bref: laissez tomber la métaphysique qui ne vous convient pas, soyez concret. C’est peut-être là que vous serez bon.

  8. Marc

    Ne nous « asticotons » pas !
    Militons pour un enseignement de la natation de qualité (+de 25% d’élèves non nageurs en sixième!). Tentons d’impliquer et de former des entraîneurs qui fassent aimer ce sport en considérant les jeunes qui leurs sont confiés à priori comme des talents en puissance, sans apriori !
    Cordialement

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