FRED VERGNOUX A L’INSEP, CELA SE PRÉCISE… PEUT-ÊTRE !

Éric LAHMY

Mardi 8 Novembre 2016

Fred Vergnoux, a été reçu à la mi-octobre par Francis Luyce. Tout semble indiquer que les deux hommes ont évoqué la possibilité pour Vergnoux de prendre la direction technique du pôle France de l’INSEP. Vergnoux, qui était passé justement à l’INSEP le mois d’octobre 2015, a l’occasion du colloque Nager Vite, ne m’avait pas caché, alors, qu’il serait preneur du poste. L’INSEP dispose d’installations sportives exceptionnelles, mais d’une capacité d’hébergement réduite, ce qui préviendrait, jusqu’à plus ample informer, la présence en internat d’une pléthore de nageurs. Il n’empêche. Il semble que Vergnoux ne verrait pas d’un mauvais œil un retour en France…

Aujourd’hui, Eric Braize et Eric Rebourg sont en charge de l’entraînement des effectifs dont le niveau technique est celui d’un pôle espoirs, mais ils ne seront pas trop à trois si l’on parvenait à faire tourner la piscine de l’INSEP à plein régime. La présence d’un grand nom de l’entraînement, quelqu’un qui ne transige pas avec l’exigence et demande à ses nageurs un engagement total, est susceptible d’attirer les meilleurs nageurs, ou en tous cas les plus courageux.

Tel est le profil de Vergnoux, dont le contrat avec la fédération royale espagnole n’a pas été reconduit, du moins jusqu’ici, et qui se trouvera libre à partir du 1er décembre, dans trois semaines. Rien ne dit certes que les Espagnols ne le reprennent, après la médaille d’or de Mireia Belmonte Garcia, qui est en quelque sorte la Laure Manaudou transpyrénéenne, et qui l’a emporté à Rio sur 200 mètres papillon. Il faudra que la France se décide et vite si elle désire profiter de l’opportunité…

Vergnoux a été jusqu’ici plus reconnu à l’étranger qu’en France, ayant été élu deux fois coach de l’année en Grande-Bretagne (il entraînait l’équipe d’Edinburgh) et, à plus d’une reprise, en Espagne. Il a également hanté les plages de piscines, chrono en mains, aux USA, en Afrique du Sud et en France où il a entraîné le Lagardère… Son intransigeance avait alors paru excessive, mais depuis Vergnoux a pris de l’expérience, de la bouteille, et il semble avoir appris à être plus décontracté… sans rien perdre de son inflexible exigence.

La dernière question qui devra être tranchée sera celle de ses émoluments. On ne paie pas un entraîneur de championne olympique comme un technicien lambda, Vergnoux est marié (avec Alena Popchanka, qu’il porta, voici plusieurs années, aux titres mondiaux du 200 mètres nage libre 2003 et (d’hiver) 2006) et père de famille. Et le coût de la vie à Paris n’est pas donné…

 SIGNÉ VERGNOUX OU COMMENT SE PRÉPARE UNE VICTOIRE OLYMPIQUE

Ci-dessus, traduit du site de la Fédération Royale Espagnole de Natation, l’essentiel des propos d’une interview de Fred Vergnoux par Rodrigo Gil-Sabio.

L’entraîneur français Frédéric Vergnoux a reçu le prix du meilleur entraîneur de l’année, en Espagne, décerné par l’association espagnole des techniciens de natation (AETN) suite à l’or olympique de Mireia Belmonte à Rio. Après l’argent remporté à Londres en 2012, les conditions de travail de haut niveau et les efforts consentis par eux-mêmes et la Fédération espagnole de natation ont permis, dans un processus enclenché immédiatement après les Jeux 2012 de Londres, à Mireia et Fred de surpasser le niveau de l’argent olympique pour atteindre à l’or.

Interrogé sur son prix, Vergnoux a déclaré qu’il le dédiait « aux autres entraîneurs et à tous les professionnels qui furent impliqués dans la préparation olympique. La clé du succès est l’implication maximale de tous les nageurs dans tous les aspects de la préparation. C’est aussi de prendre en compte tous les aspects d’importance, depuis le premier jour de la programmation jusqu’au dernier jour des Jeux olympiques. Grâce à cette attitude, nous avons obtenu des résultats extraordinaires. La natation est un sport collectif de réalisation individuelle…

… Je ne vois pas comme un sacrifice de pouvoir préparer l’or olympique. C’est une décision qui implique un mode de vie. C’est exactement ce que nous avons envisagé dès le début du chemin en 2012…

… Voir Mireia nager à Londres aux Jeux de 2012 a suffi à me convaincre que je pouvais attendre de grandes choses de sa part. J’ai eu la chance de vivre mon rêve, qui est de préparer la plus haute réalisation existante dans ce sport. Partager ces quatre ans avec Mireia a été un privilège. Nous avons planifié ce qui devait nous permettre d’atteindre cet objectif avec l’aide de beaucoup de gens, et l’accomplir a été quelque chose de merveilleux.

…J’ai revu plusieurs fois la finale du 200 mètres papillon [que Mireia emporta], comme d’ailleurs toutes les finales de Rio ;  lors du virage des 150 mètres, quand j’ai vu que non seulement elle virait devant, mais qu’après le parcours subaquatique, elle se mettait à accélérer, j’ai dit à Richi : « elle le tient. » Mais jusqu’au dernier mouvement de bras, il y avait une tension énorme, parce que Maddy (Madeline Groves) ne lâchait rien et je savais que la Japonaise (Natsumi Oshi était très forte dans les vingt cinq derniers mètres…

 

[Au sujet des aléas qu’a connu sa nageuse, double tendinite aux épaules, absente aux mondiaux de Kazan, reprise difficile, et à la question de savoir si, sachant comment se sont passés les Jeux, il aurait changé quelque chose à la préparation de Mireia] : « Non, le haut niveau signifie pouvoir surmonter des difficultés, et sans ces moments difficiles, ce ne serait pas de grands succès. La dernière saison a été la plus compliquée du cycle, mais c’est cette difficulté qui explique que certains ont pu franchir la dernière étape, d’autres non. Rio a été une leçon de réalisme pour tous… »

[Au sujet de la dureté des entraînements] : « Entraîner dur n’explique rien, n’importe quel entraîneur peut proposer une session quasiment impossible à réaliser. Le « dur » pour l’entraîneur se situe dans la façon de travailler et le niveau d’exigence de la séance d’entraînement. Après, il y a la façon dont le sportif s’approprie cette exigence, et dans quelle mesure il ou elle disposera des capacités mentales, de la volonté de surmonter cette exigence sans ne rien lâcher. A Rio, les finalistes sont tous préparés, tous au point techniquement, chacun a un plan pour gagner, mais la victoire n’appartient qu’à un seul…
…Tout le monde veut être champion olympique, mais un très petit nombre est prêt à en payer le prix. Gagner les Jeux est une possibilité pour certains, les statistiques nous enseignent que le niveau ne bouge plus beaucoup et que dès lors s’ouvrent des possibilités pour les gens déterminés à investir dans ce qui importe. Mais la différence se fait jour après jour, dans une donnée qui s’appelle la discipline personnelle…

…Dans une telle aventure tout compte, tous les aspects sont déterminants. C’est la gestion de tous ces paramètres qui a permis à Mireia d’atteindre au titre olympique, par le biais d’une préparation meilleure que toutes les autres. Mental, nutrition, physiothérapie, sommeil, force, etc.

…Mireia n’a pas atteint son sommet aux Jeux. Si elle a battu son record personnel sur 800 mètres, elle dispose d’une marge de progression sur les distances plus courtes, dans lesquelles c’est la vitesse et la puissance qui s’expriment…

…La moyenne d’âge d’une championne olympique de Rio est de 23 ans, mais cela n’enlève rien à Mireia, en termes d’avenir, malgré ses 29 ans. Avant Rio, on avait remarqué qu’une nageuse de vingt-cinq ans n’avait gagné les jeux olympiques. Cela n’a rien empêché. Mireia est comme elle est, ce n’est pas une question d’âge ou un sujet de statistique, c’est une fille qui rompt tous les schémas L’avenir est ce qui advient dans le cadre d’une action, et dans le cas de Mireia, tout dépend du défi qu’elle se lancera à elle-même. Mireia peut se donner beaucoup plus de joie dans ce nouveau cycle olympique…

(Katie Ledecky et Katinka Hosszu] sont deux extraterrestres, mais je crois plus comprendre comment s’explique la progression de Ledecky. Elle s’entraîne avec les garçons de son club, elle dispose d’une puissance énorme, d’une technique de crawl semblable à celle des meilleurs nageurs de fond et une force de jambes incroyable. J’arrive moins à cadrer la réussite d’Hosszu, parce que je ne sais pas comment il est possible de nager aussi rapidement tant de fois en cours de saisons. Mais elle a une formule de travail qui fonctionne…

(Fred Vergnoux par Fred Vergnoux] : « l’exigence est ce qui marque la différence, et pour parvenir au plus haut niveau, il y a quelque chose de fondamental qui est la discipline personnelle. Les sportifs comme les techniciens, nous avons besoin de cette discipline dans le travail quotidien. J’essaie d’être exigeant en ce que je me propose à moi-même et en ce que je veux respecter avec mes nageurs ; je suis ainsi à la recherche de l’harmonie avec le projet, c’est-à-dire avec les objectifs à long terme. »

(Traduction Éric Lahmy)

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