GARDERONT-ELLES LEUR TITRE OLYMPIQUE (2)

KATIE LEDECKY BIEN SÛR! RANOMI KROMOWIDJOJO  QUI  SAIT ?  ALLISON  SCHMITT,  OUH  LA  LA!

Eric LAHMY

Mercredi 30 Décembre 2015

MALGRÉ TOUS LES DISCOURS DE CEUX QUI PRÉTENDENT QUE L’OR OLYMPIQUE NE REPRÉSENTE PLUS L’ABOUTISSEMENT D’UNE CARRIÈRE DE NAGEUR, LE TITRE OLYMPIQUE RESTE LE GRAAL, L’ACCOMPLISSEMENT SUPRÊME. IL EST PLUS IMPORTANT QU’UN RECORD MONDIAL, PARCE QU’UN RECORD PEUT ÊTRE BATTU, ET LA COURONNE OLYMPIQUE EST TAILLÉE DANS UN OR IMPUTRESCIBLE. SA VISIBILITÉ LE REND DE LOIN SUPÉRIEUR AU TITRE MONDIAL…

Ayant examiné précédemment les possibilités des champions olympiques en titre de nage libre individuelle de Londres, en 2012, de conserver leur titre quatre ans plus tard à Rio de Janeiro, je continue ici avec les nageuses de libre… Comme chez les garçons, les championnes olympiques de Londres se trouvent dans des situations fort différentes les une des autres. Mis à part le vide cruel que provoque l’absence de Camille Muffat, on voit que Katie LEDECKY est la mieux placée pour redevenir championne olympique pour quatre années supplémentaires sur 800 mètres et ajouter celle du 400 mètres (et du 200 !). Après cela, la sprinteuse néerlandaise Ranomi Kromowidjojo, qui réussit le doublé du sprint, reste dans le coup, mais on ne peut dire qu’elle survole. Enfin, sur 200 mètres, Allison SCHMITT se trouve dans une situation assez grave, sinon désespérée, proche en fait de notre Yannick AGNEL chez les hommes.

DAMES

 50 mètres : Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 24.05

Chances : 20%

Quand Ranomi KROMOWIDJOJO réalise son doublé 50 et 100 mètres à Londres, elle devance l’Allemande Britta Steffen (championne olympique et recordwoman du monde), l’Australienne Cate Campbell, et surtout la Suédoise Therese Alshammar, championne d’Europe 2010 à Budapest et du monde 2011 à Shanghai. Ranomi, à Shanghai, a fini 2e (24.14 contre 24.27) et les Jeux arrivent au bon moment. Elle gagne donc, et mérite diablement son nom, qui, en sanskrit (son père est javanais), signifie « victoire parfaite » ou « victoire bien ordonnée ». Depuis, la Néerlandaise s’est bien comportée. Championne du monde 2013 (24.05) devant Cate Campbell, 3e du 100 derrière Cate Campbell et Sarah Sjöström, à Barcelone, vice-championne du monde 2015 derrière Bronte Campbell (24.12 contre 24.22) et devant Sjöström, 24.32 et Cate Campbell, 24.36. En revanche, à Kazan, elle avait perdu une partie de sa résistance et n’a pu finir mieux que 4e du 100 mètres, dans le battement de jambes de Bronte Campbell.

Il semble qu’elle ait changé de rythme et repris le hard labour à l’orée de la saison olympique. Elle a égalé ce 12 décembre son record du monde du 50 en petit bassin (23.24) lors du Duel in the pool, où elle a nagé un 100 mètres, lancé, en 51.1, mais été battue sur 100 par Simone Manuel, 51.69, et Lia Neal, 52.08. A Netanya, championnats d’Europe petit bassin, elle gagne le 50 (23.56-23.63) et perd le 100 (51.37-51.59) devant Sjöström. C’est donc bien face aux sœurs australiennes et à Sjöström (et peut-être Ottesen) que Ranomi va trouver à qui parler. A 26 ans, l’âge qu’elle atteindra le 20 août prochain, Kromowidjojo reste une nageuse « neuve ».

 100 mètres : Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 53.00

Chances : 10%

A priori, Ranomi est plus mal placée que sur 50 mètres. Entre les sœurs Campbell, dominatrices de la course, et les nombreuses filles d’Europe du Nord, emmenées par Sarah Sjöström, la compétition est très forte. Les Américaines Manuel, Neal et Franklin apparaissent pour l’instant hors-course… Sa propre compatriote, Femke Heemskerk, supérieure en valeur chronométrique, n’est pas une bonne compétitrice. Ranomi l’a devancée de 0.41 en finale à Kazan alors que Femke, sur le papier, valait presque une seconde de mieux. Le titre olympique risque de se jouer autour de 52:00 et 52:50. Et le haut du panier est constitué de la Suédoise Sarah Sjöström, des deux sœurs Campbell, formidables championnes du monde 2013 et 2015, d’Heemskerk et peut-être des Danoises Mie Nielsen et surtout Jeannette Ottesen. Si le malheur des uns fait le bonheur des autres, les ennuis de hanche de Bronte Campbell sont une « bonne » nouvelle pour toutes et donc pour Ranomi… Pour l’emporter, Kromowidjojo doit améliorer son record personnel, 52.75 le 12 avril 2012 à Eindhoven. Il est sûr que bien des choses vont changer d’ici Rio. Et que Kromowidjojo est inspirée par l’ambiance olympique…

200 mètres : Allison SCHMITT, USA, 1’53.61

Chances : 5%

Allison SCHMITT a souffert d’une remarquable conjonction de faits. Devenue championne olympique à Londres, puis passée professionnelle, elle n’a plus dominé, pas même participé aux grandes compétitions. Ses 1’53.61 représentent toujours le « record du monde » en maillot classique, à presqu’une seconde du « polyuréthane » en 1’52.98 de Federica Pellegrini, mais elle absente de toutes les compétitions internationales qui comptent, mondiaux 2013 et 2015, Pan Pacifiques 2014. Ses résultats aux championnats US 2014 parviennent cependant à la qualifier aux Jeux Panaméricains 2015 de Toronto avec une équipe B des USA, et elle remporte le 200 mètres nage libre en 1’56.23. Nagé aux mondiaux de Kazan, ce temps lui aurait donné la 6e place de la course individuelle et une position dans le relais US derrière Ledecky (championne individuelle à Kazan) et Franklin vainqueur en 2013 à Barcelone). La course olympique, pour ce qu’on puisse en suggérer à huit mois de distance, est ouverte entre Ledecky, Pellegrini, Hosszu, Franklin, voire Heemskerk si elle parvient à se dominer en compétition, ou Sjöström, si elle consent à nager la distance au cœur d’un programme compliqué pour elle, ou encore une Chinoise qui pourrait être Duo Shen, 18 ans, ou la toute jeune Yanhan Ai, 16 ans.

 400 mètres : Camille MUFFAT, France, 4’1.45

Le cruel décès de Camille Muffat, laquelle, de toute façon, avait abandonné la natation, remet le titre en jeu. Katie Ledecky, a condition de garder la santé, est bien entendu favorite de l’épreuve avec près de 100% des chances. Il faudrait un scénario catastrophe du type faux départ pour la priver du titre.

800 mètres : Katie LEDECKY, USA, 8’14.63

Chances : 99,9%

Victorieuse de la course longue du bassin olympique, devant l’Espagnole Mireia Belmonte, Ledecky a depuis empilé les exploits sur la distance et quelques autres, réussissant un quadruplé, 200, 400, 800, 1500 (cette dernière distance non-olympique) aux mondiaux de Kazan, voire un quintuplé si l’on ajoute le relais quatre fois 200 mètres. Sur 800 mètres, Ledecky na cessé de reculer les limites de l’espèce humaine, s’emparant du record du monde (Rebecca Adlington, 8’14.10), le portant à 8’13.86 en gagnant le titre mondial 2013 à Barcelone, avec 8’11.00 en juin 2014 au meeting de Shenandoa, aux USA, puis à 8’7.39 en enlevant le titre mondial 2015 à Kazan. Invaincue, portant toutes ses courses à un rythme qu’aucune autre ondine au monde ne peut suivre, elle est une nageuse à part, un peu comme Shane Gould le fut en 1971. Différence avec l’Australienne, nageuse amateur, qui avait pris sa retraite à 17 ans, début 1973 : avec elle, cela dure…

(à suivre)

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10 comments:

    1. admin *

      Cela va de soi, Nelson. Le parcours qui mène au titre olympique passe par la sélection nationale, et les nageurs des pays « forts » (Etats-Unis, Australie) ne sont pas avantagés dans cette affaire, pour eux chaque course des sélections est un guêpier ! On le verra par exemple dans le 100 mètres dos féminin, pour les Australiens, qui ont trois concurrentes aux médailles (certes avec Hosszu, Nielsen, la Chinoise et les Américaines je ne dis pas qu’elles finiraient à coup sûr dans les trois, mais rappelons qu’elles ont fait une – Emily Seebohm – et deux – Madison Wilson – à Kazan. La trois est bien sûr la « petite » Minna Atherton). Donc trois supers pour deux places, on prépare les mouchoirs ! Pour ce qui concerne Allison Schmitt, on se rappelle comment elle s’était qualifiée pour les Panaméricains 2015 dont elle a gagné la course de 200 mètres : c’était lors des championnats US 2014. Elle avait gagné… la finale B (!) du 200 mètres dans le temps de 1’58.36, ce qui faisait d’elle la neuvième Américaine en raison de sa place en séries. Comme ces championnats étaient sélectifs pour les mondiaux de Kazan, les PanPacifics et les Panaméricains, et qu’il fallait désigner trois équipes différentes, on est allé puiser assez loin pour récupérer, entre autres Schmitt. Il est certain qu’elle ne pourra aller aux Jeux olympiques aux mêmes conditions !

  1. Aigues

    On peut aussi penser qu’avec son 53.32 de l’an dernier nagé en compétition mineure, McKeon pourrait être une médaillable sur 100m NL. Au moins une finaliste en tout cas. Les USA ont eux 3 nageurs dans les 6 meilleurs nageurs de 50m NL de l’an dernier.

    Personnellement, je ne comprend pas du tout qu’on limite le nombre de qualifiés par pays, surtout sur des JO. Les nageurs présents doivent être les meilleurs, ni plus ni moins, sans distinction de nationalité.

    1. Teodor Dobrinescu

      Au contraire et surtout pour des JO, il est important que tous les pays participent. Il en va de l’universalité des Jeux.
      Aussi, leur esprit va au-delà des performances chronométriques: on se rappelle tous d’Eric Moussambani qui s’entraînait dans une piscine d’hôtel et n’avait pas d’équipement. Son 100m NL de Sydney est incroyable .

      1. Aigues

        Justement, comment une compétition prétendument universelle peut exclure des médaillés potentiels à cause de leur nationalité.

        Moussambani c’est juste un mauvais nageur qui a obtenu une place aux jeux olympiques par un procédé absurde et injuste qui n’a rien à voir avec l’universalité. Il n’avait pas plus sa place aux JO que moi.

        1. Teodor Dobrinescu

          Je comprends votre déception Aigues quant à la non-qualification de certains excellents nageurs qu’on souhaiterait voir nager aux JO.

          Mais Imaginez qu’on fasse sauter la limite des 2 nageurs par pays. On la porterait à 3,4, ..à combien au juste ? Il y aura forcément des limites de participation et à ce titre, forcément d’exclus.

          Ou alors admettons qu’on fasse une sélection purement sur critères chronométriques : on aurait alors non plus des Jeux Olympiques mais des Jeux des États-Unis, Australie, Europe et quelque autres nations fortes de la natation. Je ne pense pas que le principe d’universalité soit respecté dans ces conditions.

          Au risque de me répéter, les Jeux Olympiques ne se résument pas aux performances sportives.

          1. admin *

            Au début, les Jeux olympiques étaient ouverts aux individualités. Puis les nations ont mis en place des systèmes de sélection. En natation, on a eu jusqu’en 1980 trois engagés par preuve et par nation (sauf en 1960 à Rome, deux nageurs) et après 1980 on est passé à deux par nation.

          2. Aigues

            En 2012, il y avait 36 qualifiés sur 200 4 nages chez les hommes, une course assez exigente et pas aussi « démocratisée » que le 50 ou le 100 NL.

            Si on se fie aux bilans 2015 sur la distance, pour lesquels je n’ai que les 25 premiers, il y aurait déjà des nageurs de : USA, Japon, Brésil, Chine, Royaume-Uni, Suède, Pologne, Hongrie, Australie, Allemagne, Israël, Grèce. 12 pays déjà, ça n’a rien d’un championnat national (et quand bien même il y aurait 25 américains, je ne vois pas en quoi ça serait moins universel, il y a autant de diversité* dans un groupe de 25 américains que dans un groupe de 25 européens de nationalités différentes).

            On peut très bien imaginer, si vous tenez à avoir des « petits » pays représentés, un système où les 25 meilleurs performers de l’année sont qualifiés, et où les 11 places suivantes sont reservées:

            – soit au meilleur nageur de chaque pays n’ayant pas déjà un représentant sur cette distance, ça assure 11 nouvelles nationalités représentées

            – soit aux meilleurs nageurs de chaque continent (hors ceux déjà inclus dans les 25)

            – on peut aussi considérer que les JO récompensent 3 nageurs par course et que la limite de 3 nageurs par pays est du coup la plus cohérente (celui qui termine 4eme des sélections dans son pays ayant trouvé 3 nageurs au-dessus de lui, il ne peut plus prétendre à une médaille, ça se tient.

            * diversité de culture, mais aussi et surtout diversité de morphotype, de technique, de personnalité, de stratégie…. bref la diversité qui enrichit vraiment la compétition, pas la diversité des passeports qui peut vite être trompeuse dans certains sports où on naturalise beaucoup.

          3. admin *

            En 1976, sept des huit meilleurs nageurs de 400 mètres du monde étaient américains. Et j’avoue que je me suis parfois demandé ce que Bruce FURNISS et surtout John NABER auraient fait en finale olympique. Mieux que Vladimir RASKATOV, le médaillé de bronze russe, propulsé par une incroyable contre-performance du troisième Américain de service, Casey CONVERSE!! Si l’on excepte les deux premiers, Américains, Brian GOODELL et Tim SHAW, toutes les autres places de cette finale olympique furent gagnées avec des temps moins bons que ceux de la (monumentale) finale des trials US!

          4. admin *

            Il faudrait faire l’historique de tous ceux qui ont été lésés par l’application de cette règle des deux représentants par pays. Elle est encore plus complexe et plus restrictive donc plus aberrante en eau libre.

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