GERARD GAROFF: BIOGRAPHIE NON AUTORISEE DU DTN DE TOUS LES ECHECS

Gérard GAROFF par Jean Pierre LE BIHAN

Vendredi 18 Mai 2018

Il y a quelques mois, en naviguant sur l’internet, j’ai trouvé cet article, signé Jean-Pierre Le Bihan, publié sur le site des Directeurs techniques nationaux créé avec Sport Régions. J’y vis une certaine ironie. Cet article avait été rédigé il y a quatre ans dans le but de paraître dans… Galaxie Natation. Le Bihan, ayant vu que j’avais rédigé à l’époque quelques biographies de DTN (Lucien Zins, Pierre Barbit, Patrice Prokop) me l’avait proposé. Il avait bien connu le personnage et l’appréciait, et avait été l’adjoint de son successeur Patrice Prokop.

Le Bihan savait que Garoff et moi avions nourri pendant des années une détestation réciproque, aussi avait-il voulu s’entourer de garanties. Je lui promis que je ne changerais rien à son texte, dans lequel, m’expliquait-il, j’en prendrais pour mon grade. Après des mois, je lui demandais des nouvelles de son travail. Jean-Pierre, ayant lu une réponse énergique que j’avais faite à un commentaire de lecteur,  y trouva la preuve de ma duplicité et en conclut que je ne lui laisserais pas le dernier mot en l’affaire. Je lui fis valoir que je tiendrais ma parole, que, quels que soient mes sentiments, je ne reprendrais rien de ce qu’il écrirait. 

Après avoir longuement interrogé plusieurs témoins de l’époque, et notamment l’épouse et le fils de Gérard Garoff, et ayant terminé son pensum, il m’annonça finalement… qu’il ne confierait pas son texte à Galaxie Natation. Madame veuve Garoff l’en avait découragé : « ne donnez pas cela à Eric Lahmy, » lui avait-elle dit.

Ce n’était pas très malin de la part de cette dame, parce que si elle savait ce qu’il me chatouillait d’écrire sur son défunt mari, elle aurait pris la parution du texte de Le Bihan dans Galaxie Natation comme un moindre mal, voire une bouée de sauvetage. A part cela, son interdiction montrait son peu de considération pour le long travail d’enquête et de rédaction de Le Bihan qu’elle condamnait ainsi à ne pas paraître…

Mais ainsi fut fait. Le Bihan se donna à lire à certaines personnes, et je ne fus pas censé en avoir pris connaissance. L’ayant trouvé trois ans plus tard sur le site des DTN, je m’en empare sans vergogne, mais non sans l’avoir « édité », ce qui n’est pas le cas dans le site des DTN, qui ne brille pas par la qualité de ses relecteurs.

Mais selon la promesse à laquelle je ne suis pourtant plus tenu, je n’y ai rien touché – ajouté ni retranché. D’ailleurs ce texte (de 2015) de Le Bihan ne dit rien de faux. Il ne dit pas tout, oublie certaines choses, en embellit d’autres, mais bon, Garoff lui-même ne me disait-il pas un jour : « l’objectivité n’existe pas ? » Guère en forme ce jour-là, je fus en peine de lui répondre que l’honnêteté, en revanche, existait bel et bien, et qu’on pouvait la respecter.

J’ai bien envie d’écrire une autre bio de Garoff. Peut-être quand j’arriverai à la lettre « G » des biographies publiées sur ce site? Mais rien n’est moins sûr. Certes, je retrouverai sans doute mon ton belliqueux. Mais…

Pourquoi vous ennuierais-je avec ces vieilles lunes, uniquement parce qu’alors qu’il se plaignait que je l’avais bien agacé, il avait très injustement attaqué mon intégrité, mis en cause mes capacités professionnelles, et systématiquement cherché à me nuire ?

Place au texte de Le Bihan…  E.L.

 

Gérard GAROFF

(Brest, 24 février 1934 – Paris, 26 février 1989)

Les Championnats du monde  de natation 2015 vont se dérouler à Kazan (Russie) à partir du 2 Août, et, à chaque  grand évènement aquatique je ne peux m’empêcher de penser à Gérard Garoff, disparu il y a vingt six ans. Dans l’histoire de la natation française Gérard Garoff a été le troisième DTN ,après Pierre Barbit et Lucien Zins. Pour ceux qui ne l’ont pas connu ou qui l’ont oublié voici ce que j’ai gardé en mémoire de sa forte personnalité.

 J’ai fait la connaissance de Gérard Garoff au printemps 1962 à la piscine Gambetta, à Rennes, où les élèves du C.R.E.P.S. de Dinard s’entraînaient à l’épreuve de natation (50 mètres) de la 1èrepartie du professorat d’EP.S. (P 1). Je m’étais présenté à l’examen pour devenir M.N.S. et j’avais une séance pratique à diriger, sur le thème « perfectionnement du plongeon ».  Quatre élèves m’avaient été confiés. Sûr de moi, je leur demandais de plonger du bord (côté grand bain) pour évaluer leurs niveaux. Aucun ne savait nager ! Et je dus sauter à l’eau pour les repêcher. Les membres du jury étaient pliés de rire…

Gérard Garoff, alors CTR, est venu me dire : « tu réussiras l’année prochaine. » Comme lui en 53 et 54, je mis deux ans à franchir les portes de l’E.N.S.E.P.S en 62 et 63.

Gérard avait obtenu son bac (philosophie) à 17 ans, et était un bon nageur du cercle Paul Bert (Rennes) : 1’7s6 aux 100 m libre, record de Bretagne cadet, réalisé la semaine suivant la réussite au bac… Au même âge Alain Gottvalles, qui deviendrait recordman du monde, nageait 1’6s9.

Après une première année au C.R.E.P.S. de Dinard, Gérard en fit une seconde au C.R.E.P.S. de Bordeaux (Talence), parce que le professorat d’E.P.S. demandait au futur généraliste d’être nageur, mais aussi athlète, gymnaste, joueur de sport-co. Reçu au concours d’entrée à l’E.N.S.E.P. (le  «S » final de Sport ne faisait pas encore son apparition dans les instructions officielles en 1954), Gérard, pendant les 3 années d’études, va, à la fois signer une licence au S.C.U.F  (Swimming Club Universitaire de France), dont les couleurs, le blanc et le noir, sont celles du Gwen an Du (le drapeau breton), et suivre des études de droit à la faculté de Paris.

En 1957, Garoff, son C.A.P.E.S. en poche, est nommé professeur d’E.P.S. à l’école des métiers du bâtiment à Rennes, où il exercera un an avant d’être rattrapé par le service militaire. Il passera (du 1er novembre 58 au 1er mars 61) 28 mois, dont 7 dans les Aurès, à servir la France sous les drapeaux. N’ayant pas voulu faire les E.O.R., il sera démobilisé avec le grade de sergent.

A son retour à la vie civile en mars 61, devenu C.T.R natation de Bretagne (2 piscines couvertes…mais une loi-programme ambitieuse de construction de piscines dévoilée par l’inspecteur Jeunesse et Sports Méheust ont convaincu Gérard) il va former des éducateurs, des dirigeants, des arbitres, et entrainer les nageurs du cercle Paul Bert de Rennes. Avec Henri Sérandour, moniteur de sports de 3 ans plus jeune que lui, il forme déjà l’équipe qui prendra plus tard le pouvoir à la F.F.N., la province (le grand Ouest et la Lorraine en particulier) mettant fin à l’hégémonie parisienne. Gérard D.T.N., Henri  Président, Bernard Rayaume Secrétaire Général puis Directeur, le casting imaginé à Bombannes en 79 lors d’un stage de l’équipe de France allait prendre forme.

De son union avec Marie-Paule GUEN (nageuse du C.N.Brest), il aura d’abord un fils, Patrice en 1960 puis une fille, Valérie en 1962.

Je retrouvais Gérard à Font-Romeu en 1969. Il avait fait l’ouverture du lycée climatique et sportif, où il avait été affecté  en tant que Censeur/Directeur des sports en 67. J’étais en stage de la « République des Sports » (un mouvement pédagogique initié par Jacques de Rette et soutenu par le colonel Crespin prônant entre autre l’autonomie des élèves), et je me trouvais à la piscine d’été pour des séances pratiques de pédagogie de la natation. Gérard était venu au bord du bassin et m’avait demandé si j’avais mon diplôme de M.N.S. !!

C’est en 1973 que j’ai vraiment découvert l’homme. Les Jeux olympiques de 1972, à Munich, n’avaient pas été une réussite pour la natation, Lucien Zins, le D.T.N. présenta sa démission, et le Comité directeur de la F.F.N. l’accepta.  Il fallut attendre mars 1973 pour voir arriver Gérard au 148 avenue Gambetta, Paris 20eme, adresse de la piscine des Tourelles et siège de la F.F.N.. Entre-temps, Henri Rouquet avait assuré l’intérim.

J‘étais alors professeur au C.R.E.P.S.de Montry (77) et, en septembre, j’obtenais ma mutation pour être C.T.R. natation en île de France. Le comité était situé au rez-de-chaussée de la piscine des Tourelles et la F.F.N. au 2éme  étage. Si bien que nous nous côtoyions fréquemment.

Lorsque j’ai rencontré Marie-Paule Garoff, son épouse, le vendredi 10 juillet 2015 à Nantes, celle-ci m’apprit que Gérard était également un excellent peintre, et un violoniste qui avait fait partie de l’orchestre symphonique du cercle Paul Bert de Rennes. Son admiration pour Gérard était intacte et sa fierté de me montrer les médailles de chevalier, et d’officier dans l’ordre national du mérite en était une belle preuve.

Il est vrai que l’homme était doué dans bien des domaines : un jour il m’avait lu la lettre qu’il avait adressée au directeur de l’hôpital où il avait été soigné pour des coliques néphrétiques. Il se plaignait de la qualité des repas : c’était un concentré d’Antoine Blondin et de Pierre Desproges !! Il n’avait pas « fait latin-grec » pour rien et jusque dans les petites choses, il faisait preuve d’élégance. Certains l’ont trouvé réservé, voire froid. Les Bretons sont comme ça… au premier abord.

D.T.N. à la F.F.N.,  il y sera 9 ans (1er avril 73 -31 Août 82). Fort de son expérience du lycée sportif et climatique de Font-Romeu, qui, en 68, servit de base de préparation pour les Jeux de Mexico (situés à la même altitude) il bousculera les habitudes des entraineurs de club, des C.T.R., des M.N.S., et des dirigeants fédéraux. C’est ainsi qu’il fut  à l’origine des sections-sport-études, puis des centres –pilotes (clubs support de formation de cadres), enfin du centre national d’entrainement de natation à l’I.N.S.E.P., qui lui valut une levée de boucliers de la part de dirigeants, d’entraineurs et … de journalistes qui voyaient dans ce centre la mort des « petits clubs », et une terrible concurrence aux grosses écuries.

Il faut dire que l’ouverture de ce centre, avec Guy Giacomoni et Michel Pedroletti comme entraineurs, avait été catastrophique en terme de communication. C’est ainsi qu’avec l’accord de Gérard, les coachs avaient décidé que les entraînements auraient lieus à huis-clos. Lorsqu’Alex Jany, de passage à Paris voulut voir « ses Marseillais » nager à l’I.N.S.E.P. et qu’il trouva porte close, c’est comme si une énorme sardine avait à nouveau bouché le Vieux Port !!

Les anciens,   regroupés autour de Lucien Zins, de Michel Rousseau et du collège des entraineurs, ont fait campagne pour critiquer Gérard et son équipe de la D.T.N.. Michel et Guy  ont été qualifiés de psychologues incompétents, etc.,  etc. Gérard avait pourtant des amis chez les journalistes :Jean Cormier du Parisien, Jean-Jacques Simmler grand reporter à l’Equipe, Serge Verfaillie, Ouest France, Paul Zilbertin, la Croix, mais le journal l’Equipe pesait beaucoup plus, et ses lecteurs toujours friands de polémiques, se régalaient en lisant les réquisitoires à charge du journaliste Eric Lahmy, spécialiste de la natation à « l’Equipe ».

Ainsi, lors d’un championnat de France aux Tourelles, Gérard avait invité son ami Michel Guizien à Saint Germain des Prés fêter la victoire des rugbymen du R.C.F. La soirée fût sans doute arrosée et Gérard et Michel se sont retrouvés au poste en garde à vue. De « bons amis » se sont empressés de prévenir les journalistes et l’Equipe pu titrer : « la natation française en prison ». Gérard avait pu téléphoner à son épouse pour lui expliquer la situation, en lui demandant de faire le maximum pour le sortir de cette situation burlesque et embarrassante à la fois. Pour la petite histoire, Jean Cormier raconte dans un de ses livres (Alcool de nuit) cette péripétie où paraît-il, c’est Pierre Mazeaud (le ministre) qui devait présider cette réunion. Mais il s’était fait remplacer par Gérard !

En 1982, Garoff rend les clefs de la D.T.N. au président de la F.F.N., et, au cours  de la réunion du bureau du comité directeur de la F.F.N. (2 juillet 1982 à Mulhouse) il déclare si l’on en croit le compte-rendu du bulletin fédéral officiel n° 1958 :

 « M. G. Garoff estime que M. Lahmy lui a fait perdre, par ses articles diffusés dans l’Equipe à l’échelon national, cinq ans d’effort sur neuf ans de présence à la direction technique de la natation française. »

Les membres du Bureau souhaitent qu’un communiqué à ce sujet soit présenté par le président aux membres de l’A.G. Le journal L’Equipe en réponse, ironise par un article d’un journaliste anonyme (1) :

 « Pitié pour Garoff »

« Tout de même, qui aurait pu imaginer une chose pareille ! Le tendre et débonnaire Eric Lahmy poussant un directeur technique national dans ses derniers retranchements au point de lui faire perdre tous ses moyens ou presque  …On note cependant avec un certain soulagement que Garoff est parvenu à travailler à peu près tranquillement pendant quatre ans, ce qui tendrait du reste à démontrer que le travail destructeur de notre estimé confrère souffre encore de quelques lacunes. La natation française a encore quelques beaux jours devant elle. Ouf ! »

Ce qui est vrai, à mon sens, si l’on regarde les résultats de l’équipe de France de natation (Jeux olympiques,  championnats du Monde) de 1973 à 1982, il n’y a pas de quoi pavoiser, malgré quelques belles performances de Guylaine Berger, Sylvie Le Noac’h , Pierre Andraca, René Ecuyer et bien d’autres, les médailles ne sont pas là, et les journalistes ont besoin des médailles. Et le titre de vice champion du monde de Michel Rousseau à Belgrade en 73, direz-vous ? Michel (Mickey pour les intimes) a été et est toujours un électron libre, s’entraînant sous l’autorité conjointe de Guy Boissière et de Lucien Zins . On ne peut mettre au crédit de Gérard Garoff le résultat de son prédécesseur.

Ce fut donc une longue traversée du désert sans médaille aux Jeux olympiques (de 76 et de 80) et aux Championnats du monde.  Les raisons sont multiples : l’amateurisme au sein de la F.F.N., la scolarité laissant peu de place aux sports, l’université condescendante vis-à-vis des sportifs, le manque de lignes d’eau d’entraînement, l’encadrement médical marchant sur la pointe des pieds, le vide créé par la retraite sportive de Christine Caron, d’Alain  Mosconi et bientôt de Michel Rousseau, les podiums où trois nageurs(ses) d’un même pays pouvaient faire 1,2,3, dans la même épreuve… et la concurrence déloyale.

Ce qui est vrai aussi, à mon sens c’est, avec Gérard, la construction d’une politique de formation de cadres ouverte à des publics parfois divisés (M.N.S., profs d’E.P.S., sportifs(-ves) de haut niveau, éducateurs sportifs, qui aboutira à professionnaliser les entraineurs de clubs, grâce aux nouveaux brevets d’état (B .E.E.S.A.N.) et au professorat de sport qui permettra de mieux identifier les compétences requises pour exercer les fonctions technique et pédagogique.

La détection et l’évaluation ont été aussi un domaine que Gérard  a mis en avant. Avec le Dr Jean-Pierre Cervetti et  le professeur Georges Cazorla, la connaissance de la physiologie de l’effort se vulgarisait  au sein des clubs ; à quoi il faut ajouter les travaux de recherche en liaison avec les UFR STAPS (biomécanique avec Didier Chollet et Patrick Pelayo).

L’aide aux sportifs de haut niveau, mais aussi aux « espoirs » par l’inscription sur des listes ministérielles à ouvert une brèche vers un futur statut de sportif professionnel (actuellement en cours de discussion).

Des milliers d’étudiants(-tes) en E.P.S. ont été formés par des professeurs qui se sont largement inspirés des écrits techniques et pédagogiques de Raymond Catteau et Gérard Garoff intitulés : « l’Enseignement de la Natation ».Tous les deux, C.T.R. à l’époque, ont bousculé par cet ouvrage les habitudes professionnelles des M.N.S., basées sur une méthode analytique de l’enseignement de la natation.

Lors de ma rencontre avec son fils, Patrice, le 16 juillet 2015, celui-ci m’a rappelé le rôle joué par Gérard dans le renouveau de la revue « Natation » (créée en 1921 par Emile-Georges Drigny secrétaire général de la toute jeune F.F.N.S. et journaliste à l’ « Intran »). Sous la Présidence d’Henri Sérandour et avec le soutien de Lucien Gastaldello ( Président de la F.N.M.N.S. et du comité de Lorraine F.F.N.), il prend la direction de la publication et fait appel à Jean Cormier et à Jean-Jacqsues Simmler, journalistes, pour la rédaction. La revue, sponsorisée par la très chic marque italienne « Diana », est diffusée à 8000 exemplaires.

Autre cheval de bataille : la lutte anti-dopage. Avec le professeur Rieu , il mènera une campagne auprès des pouvoirs publics pour vaincre ce fléau. Christian Bergelin, Roger Bambuck, puis Marie-George Buffet inscriront cette lutte dans la loi sur le sport.

Gérard, devenu président de L’Association des DTN, mènera un autre combat contre la direction des sports du Ministère: celui de la reconnaissance d’une fonction et d’une qualification (DTN et Entraineur national) justifiant des indemnités. Son collègue et ami Bernard Bourandy (aviron) m’a dit comment les DTN, en présentant collectivement leur démission, avaient fait plier le ministère et surtout Bercy. Garoff était breton, et n’abandonnait jamais.

Gérard, au lendemain de l’élection de François Mitterrand en mai 81, s’était rallié au R.P.R. de Jacques Chirac, à mon grand étonnement; tout dans son comportement, ses idées, ses relations me laissait penser qu’il était « à gauche ». Un soir de juillet 81, après avoir examiné les candidats à l’agrégation d’E.P.S., nous avions, avec  Gérard et Jean-Paul Clémençon « philosophé » sur la politique. Trente-quatre ans plus tard, il se confirme que Gérard, même dans ce domaine, était un visionnaire.

La succession de Gérard au poste de D.T.N. fut longue à se dessiner. Henri Sérandour, le président, semblait hésiter. Plusieurs candidats s’étaient présentés: Marc Menaud, Michel Pedroletti, Gilbert Seyfried, Gérard Hugon, Jacques Lahana, Jacques Vallet, Pierre Loshouarn, Patrice Prokop…  Ce fût Patrice Prokop, lui aussi professeur d’E.P.S. issu de l’E.N.S.E.P.S. (66-69)  et adjoint de Gérard Garoff pendant huit ans (74-82) qui  lui succèdera jusqu’en 1994.

On oublie trop souvent que le DTN de la FFN est le patron de la natation, mais aussi du water-polo (champion olympique en 1924 à Paris), de la natation synchronisée, du plongeon,  de la longue distance… et que les journées n’ont que 24 heures ! Heureusement, Gérard était secondé par Jean-Paul  Clémençon au water-polo, Françoise Schuller à la synchro, Bernard Pierre au plongeon et Patrice Prokop, DTN-adjoint. Martine Ripoche et Christiane Wiles, assistantes, complétaient cette équipe. François Oppenheim dit « Oppi », journaliste spécialisé, avait un petit bureau près de la DTN et apportait sa compétence dans le domaine de la statistique, des classements des nageurs(-euses) et de l’analyse de course.

Mais revenons en 1983. Jacques Chirac est Maire de Paris, et Paris se lance à la conquête de l’organisation des Jeux olympiques de 1992. Gérard devient chargé de mission pour défendre la candidature de Paris. C’est  Barcelone qui l’emportera, et Gérard est appelé auprès du Secrétaire d’Etat de la jeunesse et des Sports Christian Bergelin, en tant que conseiller technique. Nommé Inspecteur Général le 23 juillet 87, il décède le 26 février 1989. Hospitalisé une première fois en juillet 1987 à l’hôpital Claude Bernard à Paris (spécialisé dans les maladies tropicales), au retour d’une mission dans le Pacifique sud, Gérard décède quelques mois plus tard à l’hôpital Rothschild, à Paris.

Aujourd’hui Gérard aurait eu 81 ans et serait grand-père de cinq petits-enfants : Valentine, Ariane, Marine, les filles de Patrice, et Fanny et Martin les enfants de Valérie.

Le 6 mars 1989 au cimetière du Père Lachaise, Gérard, par un beau soleil de fin d’hiver est parti fauché par l’Ankou. Ses successeurs, Patrice Prokop, Jean-Paul Clémençon, Claude Fauquet, Christian Donzé, tous professeurs d’E.P.S. de formation, l’ont connu, et ont hérité du capital que Gérard a laissé à la F.F.N.

Un timide renouveau de la natation a surgi aux Jeux olympiques de 1984 avec les médailles de bronze de Catherine Poirot (100 mètre brasse) et d’argent de Frédéric Delcourt (200 mètres dos), tous deux issus de l’I.N.S.E.P. 

Stéphan Caron, Catherine Plewinski, Franck Esposito ensuite, porteront haut les couleurs de la France, jusqu’à l’arrivée de Roxana  Maracineanu et de Laure Manaudou. La suite, vous la connaissez : c’est l’embellie 2008-2012 avec Alain Bernard, Camille Muffat, Yannick Agnel, Florent Manaudou et les relayeurs et relayeuses.

 Gérard n’était pas croyant ; moi je crois qu’il est pour quelque chose dans ces résultats.

Avec ses amis, Jacques Meslier, Michel Guizien, Patrice Prokop, nous avions proposé au maire de Concarneau de donner le nom de Gérard Garoff à la piscine du Porzou. Le stade de rugby étant nommé Henri Sérandour, cela était pour nous une évidence. La piscine a pris le nom d’une cité engloutie! (2) 

Que nous réserve Kazan ?

Jean-Pierre Le Bihan

(1). Si mes souvenirs sont bons, ce texte avait été rédigé par Jean-Jacques Vierne : note d’E.L.

(2). L’Atlantide : E.L.


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