GLASGOW: CHARLOTTE BONNET SE BRONZE ET LE DOS RUSSE NE CESSE DE SE DORER

Éric LAHMY

Jeudi 9 Août 2018

Deux grandes finales de nage libre se jouaient à Glasgow ce mercredi, avant-dernier jour des courses en piscine des championnats d’Europe de natation. Le 800 mètres messieurs et le 100 libre dames. L’épreuve du 800 est en soi superflue, selon moi, car entre le 400 et le 1500, elle emprunte des deux épreuves, et il est pratiquement impossible qu’elle ne tombe pas dans l’escarcelle du vainqueur de l’une de ces deux courses.

Elle n’a jamais été disputée dans les Jeux olympiques ni ailleurs, sans doute parce que le mouvement olympique, qui cherchait à contenir le programme dans certaines limites, veillait et peut-être aussi que la FINA notait son ambiguïté, ou, si vous préférez, sa double appartenance technique et physiologique.

Bien entendu, ces limitations si, comme je le crois, elles existent, ne concernent pas les nageurs. Ou du moins elles ne remettent pas leur valeur en jeu.

Mais dès avant la course, je savais, non pas parce que je suis malin, mais parce que cela ne représente aucun mystère, que le vainqueur du 800 serait soit Mykhaylo ROMANCHUK, soit Florian WELLBROCK, qui avaient triomphé respectivement sur quatre et quinze.

A la vérité, quelqu’un a un peu brouillé les cartes, et c’est l’Italien Gregorio PALTRINIERI, tenant du titre européen (7’42s30 à Londres le 20 mai 2016). Gregorio, après son échec du 1500 mètres ici même à Glasgow, trois jours plus tôt, avait expliqué qu’un rhume l’avait diminué. A-t-il partiellement retrouvé la santé ? Toujours est-il que les médaillés du 1500 se sont retrouvés dans un certain désordre dans le 800.

ROMANCHUK l’a emporté, et on peut donc dire que l’Ukrainien est le grand vainqueur du demi-fond à Glasgow, avec deux succès, sur 400 et 800, et une deuxième place sur 1500m.

La course a commencé par un magnifique baroud signé Henrik CHRISTIANSEN. Derrière chaque nageur, se niche une histoire et il est dommage de ne pouvoir conter les plus belles. Stéphane LECAT nous en parlait l’hiver dernier, et estimait avec raison, je pense, qu’elles devraient être connues.

La natation est une aventure humaine. Pour résumer celle de CHRISTIANSEN en deux anecdotes, on dira qu’il a préféré la natation au théâtre, son autre hobby ; et qu’il a refusé des bourses d’études de Stanford et de Berkeley pour nager en Norvège, où il estime disposer des meilleures conditions de succès…

Déjà médaillé de bronze européen à deux reprises, sur 400, en 2015 et à Glasgow en 2018, le Norvégien a fait preuve de panache, et il a conservé les commandes jusqu’après le virage des 400 mètres. PALTRINIERI lui tenait compagnie et en vérité, CHRISTIANSEN n’avait alors lâché aucun des gros bras.

ROMANCHUK accéléra imperceptiblement et passa en tête. WELLBROCK changea également de rythme mais ne put maintenir la pression, et se retrouva à une longueur de PALTRINIERI qui alignait quatre longueurs consécutives en 29s09, 29s08, 29s08 et 29s09. Mais à moins cent cinquante mètres, ROMANCHUK enclencha la vitesse supérieure. Il l’emportait de trois mètres, en 7’42s96. PALTRINIERI, 2e en 7’45s12, devait défendre jusqu’au bout son argent des griffes de WELLBROCK.

PALTRINIERI équilibra parfaitement sa course en deux moitiés de 3’52s77 et 3’52s35, mais ROMANCHUK effectua un negative split plus accentué, 3’52s44 et 3’50s52. Damien JOLY, pour sa part, ne put décrocher de la 7e place.

FEMKE HEEMSKERK NE VEUT PLUS ÊTRE MALHEUREUSE ET BAT CHARLOTTE BONNET POUR L’ARGENT

Les Français attendaient avec intérêt le 100 mètres libre dames, où ils espéraient un exploit de Charlotte BONNET. La Niçoise est connue pour sa régularité, son ambition et par son remarquable comportement en compétition. Donc de ce côté-là, on eut été étonné de la voir défaillir. Mais les capacités des meilleurs compétiteurs ne vont pas jusqu’à contrôler leurs adversaires. Les événements semblaient favoriser une médaille française. Ranomi KROMOWIDJOJO, la double championne olympique du sprint des Jeux de 2012, anxieuse de ne pas retrouver sa grande forme de l’été dernier, quand elle s’en venait chatouiller de près la grande SJÖSTRÖM, avait abandonné ses chances sur l’épreuve reine afin de poursuivre une chance qu’elle jugeait meilleure sur 50 papillon. Et Pernille BLUME avait grillé ses atouts dans une étrange tentative de record du 50 dans la première partie de son 100 mètres de la demi-finale.

Bien entendu, SJÖSTRÖM, sauf tremblement de terre ou chute de météores sur Glasgow, était à peu près imprenable. Il restait Frederike HEEMSKERK. La charmante Néerlandaise, on le sait, eut été l’une des meilleures nageuses de son temps si elle n’avait pris l’habitude d’être trahie par ses nerfs. C’est sans doute vachard à dire, mais on comptait un peu là-dessus pour que BONNET s’argente.

Sans doute à tort. Federica PELLLEGRINI, il y a trois jours, citée par la presse de son pays, expliquait que désormais elle donnait, dans sa profession de nageuse, la priorité au plaisir. « Même HEEMSKERK me disait qu’elle ne voulait plus jamais finir une course et sortir de l’eau sans être heureuse, » ajoutait « la divina », prenant exemple sur la Batave.

Est-ce pour cette raison que Charlotte a fini 3e? SJÖSTRÖM gagnait nettement, en 52s93, tandis que la Néerlandaise (25s55, 53s23) et la Française (25s63, 53s35) restèrent sur la même ligne quasiment tout du long… Sur la fin de sa course, BONNET fut accrochée par la Britannique Freya ANDERSON, 16 ans, dont les 53s61, record d’Europe junior, restent assez distants du record du monde junior de Penelope OLEKSIAK (52s70).

Les commentateurs n’ont pas manqué de noter que SJÖSTRÖM domina moins ce 100 mètres que prévu. Mais ils n’avaient pas, eux, à nager, vingt-sept minutes plus tard, une demi-finale de 50 mètres papillon. SJÖSTRÖM, elle, devait la nager, et il se pourrait bien qu’elle n’a dominé le 100 « que » de 0s30 et sa demi de papillon, devant Mélanie HENIQUE, de « seulement » dix-sept centièmes pour cette seule raison…

Evgeny RYLOV est le champion du monde en titre du 200 mètres dos. En 2017, il a battu l’Américain MURPHY (1’54s21) et s’est emparé du record d’Europe (1’53s61). Ce record, il l’a amélioré dans une course où il s’est donné à fond. Au virage des cent mètres, en 54s78, il disposait de 2s45 d’avance sur le Polonais Radoslaw KAWECKI, qui allait enlever l’argent. Ses temps cassés, 26s89, 27s89, 29s34 et 29s24 pour un temps final de 1’53s36 donnent une indication sur sa fatigue terminale. Au bout du compte, le dos russe est très impressionnant : tous les titres masculins, or du 100 dos et argent du 50 dos féminin (le 200 dos, dont USTINOVA est une des favorites,  n’est pas joué).

Difficile de faire mieux…

Après son triomphe sur 400 quatre nages, Fantine LESAFFRE représentait une équation inconnue, avant la finale du 200 quatre nages. En fait, dépassée autant en papillon qu’en dos, elle passa la première moitié de sa course en 7e position. Elle parvint à reprendre une place en brasse, une autre en crawl, ne perdant plus rien sur HOSSZU à l’addition dans ces secteurs, mais c’était remonter de trop loin. HOSSZU devança d’un rien (2’10s17 contre 2’10s25) Ilaria CUSINATO, que LESAFFRE avait battu dans son 400. La Française améliorait son record personnel en 2’11s71 contre 2’12s26, et on l’imagine très satisfaite de son comportement à Glasgow.

Toujours côté français, Mélanie HENIQUE et Mehdy METELLA gagnaient des places de finalistes respectivement sur 50 et 100 papillon…

Ah ! Oui, La France remportait le quatre fois 100 mètres mixte devant les Pays-Bas et la Russie. Cocorico !


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