HOSSZU, GYURTA, FOLDHAZI : HONGROIS RÊVÉS

Par Eric LAHMY

31 décembre 2013

Finalement Katinka Hosszu a enlevé toutes les courses féminines du programme du meeting de l’Océan Indien (de samedi à lundi), à l’exception du 50 mètres brasse et du 100 mètres brasse. Julia Efimova, qui a gagné ces épreuves, n’étant pas aussi boulimique que la Magyare, n’avait pas cru bon de s’aligner sur 200 mètres brasse, une épreuve qu’elle aurait pu gagner avec les jambes attachées. Finalement, l’épreuve s’est réduite à une course poursuite entre Hosszu détalant droit devant et l’Ukrainienne Dzerkal lancée à sa poursuite et échouant de deux centièmes dans son retour. Côté garçons, on s’est montrés plus partageurs, même si Daniel Gyurta (trois victoires) et surtout David Foldhazi (huit victoires) ont marqué le meeting d’une empreinte profonde…

…Bien entendu, une nageuse comme Hosszu, son enthousiasme, son désir de tout rafler, ont quelque chose d’épatant (peut-être aussi en raison du professionnalisme et de la bonne humeur dont fait montre l’impétrante). Ce fut une belle opportunité que les Réunionnais ont eu de voir, entre autres, cette belle mécanique de natation, doublée d’une personnalité généreuse.

Mais il y a aussi une leçon que les gens de la natation ne perçoivent pas très bien, semble-t-il, dans son fonctionnement, ou plutôt dans sa réussite. C’est qu’elle ridiculise le programme de natation. Ou, pour ceux que ce verbe – ridiculiser – agresse, qu’il en démontre les failles. Ce n’est pas nouveau, certes. La natation est bien le sport dont le programme est bâti à 80 pour cent sur des épreuves qu’un seul champion peut remporter. C’est quelque chose que Mark Spitz, Michaël Phelps, (et Shane Gould, et Tracy Caulkins) ont déjà illustré dans le passé, quand ils ont remporté qui sept, qui huit médailles d’or aux Jeux. La gymnastique partage cette caractéristique.

La natation a voulu renforcer son statut de grand sport en multipliant les épreuves. Mais elle ne s’est pas penchée sur le sens de chaque épreuve ajoutée à son programme, sur sa spécificité et sa raison d’être. Tous ses choix n’étaient pas faux. La carence de courses de sprint était patente, et c’est une idée qui fut portée par la marque Arena dans les années 1970 qui a débouché sur l’adoption de cette course au programme (le chronométrage électronique qui permit enfin de juger des arrivées serrés y fut aussi pour quelque chose). L’absence d’une course de fond était une autre criante évidence. Fonder une épreuve en eau libre sur une très longue distance renouait en outre avec le caractère aventureux de la natation pré-compétitive, quand, pour des personnages hors-normes à l’audace étonnante, il s’agissait d’affronter le vent, les courants, le froid et au moins dans l’imagination, Dieu sait quels monstres aquatiques…

Au lieu de compléter le programme, on l’a enflé… Les courses, le plongeon, les ballets nautiques… Seul le water-polo a échappé à ce cafouillage.  Cela parce qu’on est parti dans l’idée que la grenouille de bassin devait devenir aussi grosse que le bœuf athlétique. Or en athlétisme, le plus grand champion du siècle, Carl Lewis, qui domina les épreuves du stade dans les années 1980 et remporta quatre titres olympiques consécutifs de saut en longueur, aurait été bien incapable d’approcher le palmarès d’un Spitz ou d’un Phelps. En athlétisme, pas de course à reculons (dos) ou en multi-bonds (brasse) ! Et en natation, pas de sauts, de lancers. Alors que le décathlon athlétique marie des épreuves aussi diverses que le sprint et le demi-fond, le plat, les haies, et à côté des courses, les sauts, les lancers, celui de la natation, le quatre nages, associe finalement des mouvements techniques de course assez proches.

Tout cela donne au programme de natation ce côté dinde obèse farcie. Maintenant, non seulement on sprinte, mais on sprinte en dos, en brasse, en papillon et c’est toujours le même qui gagne. On n’a pas une épreuve de grand fond, mais trois (imaginez l’athlé avec trois marathons). On n’a pas conservé les deux plongeons traditionnels, on a multiplié les fausses bonnes idées. Et le programme de synchro est une pure plaisanterie…

Certes, direz-vous, qui cela dérange-t-il ? Puisque ça marche comme ça. Mais enfin, peut-être un jour les gens se lasseront-ils de ces one-man-shows où c’est toujours le-la même qui monte sur le podium et se diront-ils que derrière sa fausse luxuriance, le programme de natation se révèle être d’une ennuyeuse uniformité.

DAMES.- 50 mètres : 1. Katinka Hosszu (Hongrie), 25’’12 100 mètres: Katinka Hosszu (Hongrie), 54’’38.  200 mètres : Katinka Hosszu (Hongrie), 1’57’’38. 400 mètres : Katinka Hosszu (Hongrie), 4’10’’30. 800 mètres : Katinka Hosszu (Hongrie),  8’49’’88. 50 mètres dos : Katinka Hosszu (Hongrie),  27’’24. 100 mètres dos : 1. Katinka Hosszu (Hongrie),  1’1’’08. 200 mètres dos : Katinka Hosszu (Hongrie),  2’7’’04. 50 mètres brasse : 1. Julia Efimova (Russie), 29’’49. 100 mètres brasse : 1. Julia Efimova (Russie), 1’3’’88. 200 mètres brasse : Katinka Hosszu (Hongrie),  2’24’’11. 50 mètres papillon : 1. Katinka Hosszu (Hongrie), 27’’13. 100 mètres papillon, Katinka Hosszu (Hongrie),  59’’88. 200 mètres papillon : Katinka Hosszu (Hongrie),  2’11’’43. 100 mètres quatre nages : Katinka Hosszu (Hongrie),  59’’88. 200 mètres quatre nages : Katinka Hosszu (Hongrie),  2’5’’03. 400 mètres quatre nages : Katinka Hosszu (Hongrie),  4’34’’44.

MESSIEURS.- 50 mètres : 1. Bradley Vincent (CAMO, Maurice), 23’’18. 100 mètres : 1. Bradley Vincent (CAMO Maurice), 50’’16. 200 mètres : 1. Benoit Debast (Sarcelles), 1’48’’59. 400 mètres : 1. Gregorio Paltrinieri (Italie), 3’48’’09. 1500 mètres : 1. Gregorio Paltrinieri (Italie), 15’5’’62. 50 mètres dos : 1. David Foldhazi (Hongrie), 25’’70. 100 mètres dos : 1. David Foldhazi (Hongrie), 54’’67. 200 mètres dos : 1. David Foldhazi (Hongrie), 2’3’’31. 50 mètres brasse : 1. Daniel Gyurta (Hongrie), 27’’34. 100 mètres brasse : 1. Daniel Gyurta (Hongrie), 58’’42. 200 mètres brasse : 1. Daniel Gyurta (Hongrie), 2’7’’12. 50 mètres papillon : 1. David Foldhazi (Hongrie), 25’’15. 100 mètres papillon : 1. David Foldhazi (Hongrie), 54’’65. 200 mètres papillon : 1. David Foldhazi (Hongrie), 2’1’’25. 100 mètres quatre nages : 1. David Foldhazi (Hongrie), 55’’44. 200 mètres quatre nages : 1. David Foldhazi (Hongrie), 2’1’’97. 400 mètres quatre nages : 1. Gregorio Paltrinieri (Italie), 4’20’’54.

Ces articles peuvent vous intéresser:

0 comments:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


deux × 4 =