J.O. A RIO : SJÖSTRÖM A BIEN JOUÉ MAIS LEDECKY ÉTAIT TROP FORTE

Éric LAHMY

Mercredi 10 Août 2016

Ce n’est sans doute qu’une idée personnelle, mais jusqu’ici, la course la plus remarquable de ces Jeux a été le 200 mètres nage libre dames. On connait le résultat. L’Américaine Katie Ledecky l’a emporté devant la Suédoise Sarah Sjöström. Mais le niveau de cette finale olympique et le comportement de Sjöström en face de Ledecky, cette honnête et talentueuse tentative de l’emporter a rehaussé le statut de l’épreuve.

Ces deux candidates au statut de légendes de la natation s’étaient présentées au départ des séries, chacun avec une médaille d’or individuelle adornée d’un record du monde. Autant dire qu’elles faisaient monter les enjeux. Bien entendu, par rapport au 200 mètres, les exploits de Sjöström sur 100 mètres papillon et de Ledecky sur 400 mètres représentaient avant tout la certitude que les deux filles n’avaient pas raté leurs rendez-vous avec la forme.

L’Américaine, parce qu’elle avait été championne du monde un an plus tôt à Kazan et qu’elle n’avait cessé de progresser depuis, qui plus est à un niveau qui outrepassait de loin ce que les autres nageuses ont pu offrir ces derniers temps en termes d’excellence, était bien entendu la favorite.

Si le terrain de chasse privilégié de Ledecky reste le demi-fond – 400, 800 et 1500 mètres, cette ultime épreuve étant « non-olympique », Ledecky avait suffisamment apprivoisé la distance inferieure pour l’ajouter à son pré carré. Elle avait en outre montré d’importants progrès en termes de vitesse, sur 100 mètres, fait qui la rendait pratiquement imbattable sur 200.

Sjöström, elle, était à la fois tout aussi éclatante mais aussi un peu plus fragile. Disons que le 200 mètres représentait la distance limite supérieure où elle peut exister au niveau le plus élevé. Elle apparaissait comme capable d’un exploit, mais ne s’intéressait guère à se présenter dans une épreuve de championnat, en raison de l’exigence de nager non pas un mais bien trois fois l’épreuve en l’espace de 36 heures. Sous cet angle, le défi de Sjöström se présentait de façon compliquée, et c’est sans doute parce qu’elle était consciente de cela que, nageuse mondiale numéro un en 2013, 2014 et 2015. Cette dernière année, elle avait réalisé 1’54s31 au départ du relais national des mondiaux de Kazan, contre 1’55s64 lancée à Ledecky, à qui elle avait laissé le champ libre dans la course individuelle. Un an plus tôt, en 2014, quoique devançant Federica Pellegrini sur le papier, 1’55s05 contre 1’55s69, elle n’avait pas tenté l’aventure, et avait laissé le champ libre à l’Italienne aux championnats d’Europe de Berlin. Or dans le relais quatre fois 200 mètres, Sjöström avait nagé, lancée, 1’53s64, presque trois secondes plus vite que « la divina. »

On comprend ses entraîneurs, en Suède, qui la travaillaient au mental pour qu’elle tente une aventure qui pouvait lui valoir de belles satisfactions !

C’est en la voyant nager son 200 mètres des demi-finales, puis en notant ses passages qu’on se dit que Sjöström avait une stratégie. Elle n’utilisait pas d’entrée sa vitesse de base, et nageait une course équilibrée. Il lui fallait rester au contact de Ledecky puis après, disons les 150 mètres, tenter d’utiliser ce qui resterait de sa puissance de sprinteuse pour la déborder.

Certes, Ledecky a gagné, Sjöström n’a jamais pu la déborder. Elle a d’abord suivi Emma McKeon qui tentait énergiquement sa chance, mais a dû ensuite laisser Ledecky, que la Chinoise Shen Duo essayait de suivre, placer une accélération meurtrière, 28s43 entre 50 et 100 mètres, et s’est laissée devancer d’un mètre. Reprendre un mètre à Ledecky se révéla tâche impossible.

Passages :

Ledecky, 27s00, 55s43 (28s43), 1’24s55 (29s12), 1’53s73 (29s18)

Sjöström, 26s84, 55s86 (29s02), 1’24s95 (29s09), 1’54s08 (29s13)

McKeon, 26s64, 55s37 (28s73), 1’25s17 (29s80), 1’54s92 (29s75)

Pellegrini, 27s09, 56s45 (29s36), 1’25s84 (29s39), 1’55s18 (29s34)

Shen Duo, 27s07, 55s90 (28s83), 1’25s67 (29s77), 1’55s25 (29s58)

Barratt, 27s35, 56s40 (29s05), 1’26s02 (29s62), 1’55s25 (29s23)

Charlotte Bonnet, 8e, 26s95, 56s43, 1’2628, 1’56s29.


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