JEUX OLYMPIQUES DE RIO : LILLY KING ENTRE SAINTE COLERE ET MISSION SACRÉE

GAGNER CERTES MAIS AUSSI – SURTOUT – « EMPÊCHER EFIMOVA DE PASSER »

Éric LAHMY

Mardi 9 août 2016

Peut-on gagner les Jeux olympiques dans la colère ? Oui, à condition de savoir la gérer, la canaliser dans le bon sens. C’est semble-t-il ce qui est arrivé à Lilly King, la gagnante du 100 mètres brasse dames. King est une nageuse neuve, elle n’a vraiment fait son chemin que l’hiver dernier, quand elle est devenue l’une des trois étoiles – avec Olivia Smoliga et Kelsi Worrell – des championnats universitaires NCAA, gagnant les 100 et 200 yards brasse. Sur la plus courte distance, elle avait effacé à deux fois le record, l’amenant à 57s15 puis à 56s85, un mois après avoir nagé deux fois dans la même journée en 57s35 à Ann Arbor. La limite précédente appartenait à Breeja Larson avec 57s23 en 2014.

Sur 200 yards, sa marge était impressionnante. Elle s’était qualifiée à l’économie. Puis en finale, employant un style moiti rageur, moitié dédaigneux, elle avait touché en 2’3s59 (record, bien sûr) avec deux longueurs d’avance sur sa suivante.

 Mais d’ores et déjà, entre le 17 et le 20 mars à la piscine de Georgia Tech, à Atlanta, pendant qu’elle passait à sa moulinette les records américains en petit bassin, on la savait songeant à dépasser le petit bassin et dirigeant son regard vers les Jeux olympiques de Rio, pour lesquels elle voulait se qualifier avant de les gagner.

De son propre aveu, l’espiègle Lilly s’était efforcée de rester concentrée sur son sujet, les finales NCAA, mais, ajoutait-elle, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir une pensée pour les Jeux de Rio, via les sélections d’Omaha, Nebraska, du 26 juin au 3 juillet. En grand bassin, elle n’était encore « que » la 3e Américaine, et il fallait donc qu’elle déloge une nageuse pour obtenir son visa pour le Brésil.

LA RÉINSERTION DES NAGEURS DOPÉS, SUPERBE OPÉRATION DES CYNIQUES DU CIO ET DE LA FINA

Les trials s’étant bien déroulés, restait l’étape olympique finale.

LES ROUBLARDS ADORENT LE DIEU ROUBLE

Rio fut le théâtre d’un énorme coup de fouet mental pour les nageurs engagés. Une affaire de cynisme et de corruption incroyable, aboutissant à la réinsertion des nageurs du système de dopage russe, y compris les « dopés » avérés et récents du dit système. Poser la question du pourquoi de ces retours en grâce des tricheurs professionnels est en soi une naïveté : il s’agissait pour les escrocs qui gouvernent la haute compétition de ne pas tarir le flot de pognon sale qui irrigue le sport. Les Russes, les Chinois, plus que tous autres, paient cher pour organiser des compétitions qui leur servent comme supports de prestige. Leurs systèmes économiques, guère alourdis par des considérants de sécurité sociale et basés sur des comptabilités publiques qui ignorent les déficits, peuvent payer des prix extravagants qui correspondent à l’autre extravagance, celles des coûts olympiques (sous cet angle, il n’est pas interdit de penser que l’obtention des Jeux olympiques par Paris sera une catastrophe – sauf pour une caste de dirigeants et de fonctionnaires, soit dit en passant). Bref, pour ne pas dériver de notre sujet, disons que les roublards de la FINA et du CIO adorent le rouble. L’avantage de ce dernier incident est de nous montrer que le roi olympique est nu.

Pour la brasse, le résultat de ce blanchiment d’athlètes contre blanchiment d’argent était assez pharamineux. il s’agissait rien moins quedu retour assez hallucinant de la madone des intoxiqués, Julia Efimova, physique de déesse et psychisme ébréché récidiviste de la molécule interdite. Lilly King se montra outrée et promit de ne pas laisser la Russe l’emporter. En séries, elle la devança d’une centième (1’5s78 contre 1’5s79), ce qui veut dire de rien du tout, les deux filles nageant dans deux séries différentes. Même chose en demi finales, Efimova ayant enlevé la sienne en 1’5s72 (devant Ruta Meilutyte, la championne olympique sortante, un peu affadie depuis un an ou deux, 1’6s44), King trouva le moyen de la devancer de deux centièmes, soit trois théoriques centimètres, en 1’5s70, dans la seconde demi, devant elle, la Chinoise Shi Jingling. Mais surtout, elle se lança dans un commentaire assassin, une relative nouveauté dans le genre dans les compétitions olympiques en général et de natation en particulier, où la mode a été toujours plus ou moins de fleurir l’adversaire et de lui trouver toutes les vertus. King expliqua qu’elle ferait de son mieux en finale pour les Etats-Unis (certes) et pour empêcher miss Efimova de monter sur la plus haute marche.

L’AFFRONTEMENT DE DEUX COLERES

J’imagine que la finale opposa deux colères, la sainte colère de la Sainte Russie et celle des USA, retour de guerre froide aux dimensions de deux lignes d’eau centrales d’un bassin olympique, car je ne puis croire qu’Efimova ne fut pas informée des déclarations belliqueuses de l’Américaine, ni que ses accompagnateurs ne lui aient pas monté le bourrichon avant la course.

De ce combat de béliers, King sortit gagnante. Efimova, deuxième à un mètre, subit l’assaut de la seconde américaine, Katie Meili, laquelle échoua à une main de l’argent et sortit de la course joliment bronzée. Meilie, c’est une histoire en elle-même, celle d’une fille qui s’est épanouie sur le tard, sourire adorable certes, quoiqu’il ne fasse pas avancer vite, et moyens physiques juste normaux (1,70m, 60kg), mais dotée d’une passion que rien ne déraille ou ne submerge. Je vous conseille de lire son histoire parue dans le Charlotte Observer, intitulée « la nageuse olympique qui venait de nulle part » et qui, de vous à moi, présente une fille assez craquante : http://www.charlotteobserver.com/sports/spt-columns-blogs/scott-fowler/article93942052.html

UNE VERITABLE ETUDIANTE DU SPORT

Mais revenons à Lilly King, que j’ai longuement présentée cet hiver. Ses vœux olympiques, elles les a prononcés voici assez longtemps, quand, à douze ans, élève de l’école secondaire Reitz et licenciée au club des Newburg Sea Creatures, et fille d’un athlète devenu dessinateur industriel et d’une nageuse devenue enseignante,  elle se présenta à ses premières compétitions de groupes d’âge de l’Indiana. Record US junior du 100 yards brasse battu en en 1973, 58s67, puis 6e des championnats nationaux (adultes) 2014, double médaillée d’or des Pan Pacific juniors à Maui en 2014, 3e des Jeux universitaires l’été passé, la jeune fille de 19 ans, née le 10 février 1997 à Evansville n’a cessé de progresser.

Son coach du temps des Newburg Sea Creatures, John Hart, notait l’intérêt que Lilly portait à son sport : « je pense, disait-il, qu’elle a les instruments nécessaires pour devenir une des meilleures nageuses du pays, et même internationale. Elle semble toujours savoir ce qui se passe dans le monde de la natation. Elle est curieuse de la technique utilisée par les bons nageurs. C’est une véritable étudiante du sport. » Ce n’est pas tout, ajoute son père, Mark : « c’est une fille positive. Une chose que j’admire chez elle, si quelque chose ne va pas, elle la met de côté. Elle n’est pas dans la négativité. Elle sait ce qu’il faut pour avancer. » Quant à David Baumeyer, son coach à Reitz, il note son sérieux, son implication : « c’est l’athlète que vous rencontrez une fois dans votre vie. Elle est toujours en avance, jamais en retard. Elle travaille bien avec les autres jeunes, elle les améliore. Elle aime prendre du temps, après son entraînement, pour aider les autres avec leur technique. C’est un plaisir de l’avoir autour. »

Sa mère, Ginny, raconte la première expérience de Lilly dans une grande compétition. En janvier 2012, elle se trouve à Austin, au Texas. Quelques-uns des plus grands noms de la natation étaient là. « Tous ces grands fauves nageaient ? Ce fut une expérience amusante. Lilly a beaucoup de confiance en soi. Nous sommes arrivées tôt, nous nous asseyons dans les gradins, et voilà que Michael Phelps, Missy Franklin, Ryan Lochte arrivent, s’assoient à côté d’elle. Et là elle se met à paniquer, et a tout l’air de se dire : je ne suis pas supposée être assise ici. A la fin du week-end, elle avait assimilé la situation. Il lui a juste fallu deux jours pour s’habituer. » Lilly elle-même se souvient de l’anecdote : « les internationaux avaient une place pour eux, limitée par une corde, ils n’étaient pas arrivés et je m’étais assise près de cette corde. Contente d’être là. Et puis ils sont arrivés, et là, je suis devenue nerveuse, je me disais, il faut que je m’éloigne. Je n’ai jamais été aussi frappée que par ces légendes. Il y avait plein de jeunes dont d’étaient le premier meeting. Ils voulaient des autographes. Moi non. C’était des nageurs, ils étaient là pour nager, et on devait respecter leur espace. »

« Je n’ai jamais vu une nageuse détester autant perdre », explique un autre de ses entraîneurs, Michael Chapman. Sa première victoire, a douze ans, a été un signal pour elle, de la qualité qu’elle peut atteindre. »

 Elle a choisi d’être Hoosier parce qu’elle avait été frappée par l’amitié qui courait entre les filles. “Il y a un risque de fortes jalousies entre les filles qui me parait ne pas exister. Elles sont compétitives mais liées. » Entre l’école et l’Université, elle a noté une différence: alors qu’elle nageait beaucoup, Ray Looze, le coach d’Indiana, fait beaucoup travailler aux poids et au rameur. “Lilly est très douée, surtout de par ses qualités athlétiques, son explosivité. C’est aussi une compétitrice sans peur. Elle ne craint de rencontrer personne, quand et où que ce soit. »

On l’a vu cet hiver à Atlanta. Et cet été à Rio de Janeiro. 

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