KATHLEEN LEDECKY ET MALLORY COMERFORD DANS LE MÊME CENTIÈME

Éric LAHMY

Samedi 18 Mars 2017

Ex-æquo. Entre Kathleen Ledecky et Mallory Comerford, sur 200 yards. Le temps ? 1’40s36. Un centième de mieux que le meilleur temps d’engagement, celui de Simone Manuel, réussi lors des PAC-12 il y a trois semaines.

Comerford, sa grande forme était évidente, depuis deux jours, elle alignait des performances comparables à celles de Ledecky et de Manuel. Si, en termes de fonctionnement, la valeur de Manuel s’organise à partir du sprint (victoire sur 50 yards, vitesse pure exigée) et celle de Ledecky s’enracine dans une capacité de résistance hors-normes, on ne sait trop où se trouve leur distance carrefour. Sur 200 mètres, Ledecky domine, c’est sûr. Mais sur 200 yards, avec les virages, on ne savait pas trop…

Le plus impressionnant, chez Ledecky, en dehors de sa supériorité physique évidente en demi-fond, est sa capacité à faire reculer ses limites…

Dans n’importe quel domaine, je n’aimerais pas avoir cette fille sur mes talons, je me sentirais mal barré… Elle me rappelle ce que me racontait le père de Tim Shaw quand ce dernier détenait tous les records du monde du 200 mètres au 1500 mètres. « Vous ne pouvez pas battre Tim. Vous lancez une bataille de polochons, il devra avoir le dernier mot. Gamin, à dix ans, il avait gagné comme ça un concours de manger de pizzas avec sa fratrie et nous ses parents, je ne sais pas comment il a pu distendre son estomac à ce point ce jour-là. »

Cette façon de se transcender de Katie lui a donné, sur 200 mètres, un titre mondial à Kazan et un titre olympique à Rio, sans qu’elle puisse se dire la plus rapide dans cette course (c’était surtout clair à Kazan, moins à Rio, un an plus tard, en raison justement de sa capacité de progresser un peu plus que les autres qui avait permis de faire le ménage entre-temps).

Au niveau où elle se situe, disons le, faire la différence est particulièrement ardu, car en face d’elle, elle trouve de sacrés tempéraments. Tout en haut de la hiérarchie, ce ne sont plus des nageurs qui gagnent, ce sont des bêtes d’entraînement doublées de fauves de bassins !

Manuel en est une, genre lionne. Melissa Franklin racontait l’an passé combien elle avait trouvé d’impressionnante assurance, de certitude, de capacité de se battre, chez la brune championne olympique du 100 mètres nage libre, alors qu’elle n’était qu’une très jeune nageuse en devenir.

La course fut limpide. Manuel la lança à belle allure, estimant sans doute avec raison qu’elle ne pourrait déborder Ledecky en fin de course, et prit l’ascendant. 23s28 au passage des 50 yards, un yard d’avance sur Ledecky et la Hongkongaise Siobhan Bernadette Haughey, 23s71. Fidèle pratiquante de l’égalité d’allure, Mallory Comerford, restait un peu en retrait, en 23s95. Comerford et Manuel illustraient dans cette finale les deux possibles stratégies de filles rapides en face d’une redoutable super-endurante (d’ailleurs elle-même fort rapide) à la Ledecky…

Du 50 au 100, Manuel continuait d’appuyer, 25s18, 48s46, mais ne gagnait plus rien sur Ledecky qui poussait les feux, 25s19, 48s90, pendant qu’Haughey, 25s93, 49s64, perdait deux places et se faisait passer par Comerford laquelle restait fidèle à son plan de course, 25s51, 49s46.

Manuel cependant caracolait toujours en tête aux 150 yards tandis que Comerford était revenue sur Ledecky, lui reprenant un yard, en 25s37 contre 25s84 et n’était plus devancée par elle que de onze centièmes. Mais au sprint, Manuel perdit pied, et Comerford reprit à Ledecky les 11/100e de déficit qui les séparaient. Le record américain de Melissa Franklin, 1’39s10 en 2015, resta debout. A distance respectueuse de ce monument, Ledecky et Comerford partageaient la 2e place du bilan américain en yards avec 1’40s36 ; Manuel, sur son temps de PAC-12, reste 4e en 1’40s37, qui passe Allison Schmitt, 1’40s62 en 2015. Le grand progrès est celui de Comerford, dont le record était de 1’42s54 (en 2016 à Atlanta)…

Ella Eastin remplaçait Ledecky pour Stanford dans le 400 yards quatre nages. Ses bras n’ont pas failli… Elle a gagné la finale, laissé derrière elle, dès le premier parcours de papillon les redoutables Sidney Pickrem de Texas A&M, 3’59s36, et Madisyn Cox, de Texas, 4’0s97, et battu d’une longueur de doigt le très récent record américain de Ledecky, 3’57s57 contre 3’57s68.

Immédiatement après cela, Farida Osman, l’Egyptienne de California, devançait Helene Moffitt, une des stars de Caroline du Nord. Son temps, 50s05, s’inscrit en 3e place dans le bilan américain tous temps derrière Kelsi Worrell – gagnante de l’année passée, seule sous les cinquante secondes de l’histoire avec 49s43 et quatre temps entre 49s81 et 49s88 – et Natalie Coughlin.

Moffitt, 50s37, améliorait son record de l’an passé, 50s67. La victoire d’Osman fut, d’une façon, celle du sang-froid et de la planification de course. Le papillon est de tous temps la nage qui échappe à l’idée d’égalité d’allure. On y part très vite et l’on finit sur un brancard d’ambulance. Michael Phelps fut le premier nageur de l’époque moderne de jouer différemment et de savoir « revenir » dans une course en papillon. Farida est passée en 24s04, en septième position de la finale (et moins vite que quatre nageuses de la finale B) et elle a ramassé tout le monde au retour…

Lilly King, comme prévu, n’eut pas d’adversaire à sa mesure sur 100 yards brasse, et, en 56s71, laissa sa seconde, Lindsey Horejsi, au niveau de son ciseau de jambes. Sur 100 yards dos, en revanche, la grande Olivia Smoliga, dernière année de NCAA, ne put assurer une sortie triomphale de sa saga d’universitaire NCAA ; elle s’est fait proprement sécher par une « sophomore », la Californienne Kathleen Baker – médaillée d’argent olympique du 100 mètres dos derrière Katinka Hosszu -, dont les 49s84 frôlaient son record personnel, 49s80, et aussi le record NCAA et américain d’Ally Howe, 49s69. Ally Howe fut plus que Smoliga la grande battue, car ses 49s69 avaient été établis il y a trois semaines. Ici, elle ne pouvait produire mieux que 50s58. La forme est une donnée instable !

http://www.sidearmstats.com/ncaa/swimming/index.htm

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