LA DISQUALIFICATION D’AURÉLIE MULLER? UN SCANDALE

Nicolas Knap a été un nageur de longueur distance, que ses duels avec Philippe Lecat ont illustré. Il vit aujourd’hui à Charlevoix, au Canada, où il a traversé trois fois les 40 kilomètres du lac Memphrémagog, et a eu l’idée originale d’un concept, Aquatika, d’enseignement de la natation, mais surtout basé sur un tryptique formation – événementiel – conseils.

Il nous envoie une réflexion nourrie d’expérience sur le 10 kilomètres dames des Jeux olympiques de Rio, marqués, pour les Français, par le doublé des nageuses de Philippe Lucas, suivi par la disqualification d’Aurélie Muller. C’est à la suite de mon article du 8 septembre 2016, intitulé « coup d’œil tardif et navré sur une disqualification » qu’il a écrit ce qui suit. J’y ai noté cette idée que l’Italienne Rachele Bruni, quelques secondes avant l’arrivée, s’est volontairement déportée pour couper le chemin de Muller – idée qui m’avait effleuré lors de la course mais que je n’ai pas voulu mettre en avant, manque de certitude. Qu’un nageur du niveau de Knap – lequel admet qu’il n’a pu voir la course qu’à travers la diffusion télévisée qui en a été faite – l’utilise me semble intéressant. E.L.

Nicolas KNAP

Jeudi 8 septembre 2016


Je lis vos commentaires sur la disqualification d’Aurélie qui, pour moi, reste une erreur de jugement et un manque de professionnalisme de la FINA et des J.O. …

Quatre ans pour préparer une épreuve exigeante, pour installer une arrivée sécuritaire et aux normes, quatre ans pour préparer le quai de ravitaillement qui s’est retrouvé échoué et renversé sur la plage une semaine avant la course. Quatre ans pour préparer ça !

Aurélie, à la vue de toutes les images et surtout de l’arrivée est restée sur sa ligne, sa direction, sans se préoccuper d’autre chose que de nager, mais en portant son attention sur l’adversité.

L’Italienne, elle, se déporte, et vient la coller. C’est sûrement une action volontaire, car ce n’est ni une novice ni une imbécile, à ce niveau là et dans des courses où les « pardon, permettez que je passe » n’existent pas ; aussi croyez-moi ! Donc elle se déporte à gauche. Elle a sûrement bien vu l’arrivée. Je peux dire, et je suis formel sur le sujet, qu’en se déportant et en collant sur Aurélie, elle a utilisé une des tactiques habituelles qui permettent de dérouter un nageur et avoir le dessus au moment de toucher la ligne d’arrivée. C’est  surtout vrai si vous arrivez « en angle » ou si l’arrivée est mobile et se retrouve en angle. Le nageur qui utilise un tel stratagème y trouve son avantage.

Aurélie se fait déporter en étant en tête, elle oblique carrément. C’est sûr qu’elle ne souhaite pas bousculer son adversaire et se faire disqualifier pour « obstruction volontaire. » Du coup, elle se retrouve nez à nez à la bouée, la contourne « par miracle » et très habilement. Malgré ça, elle est toujours devant l’Italienne. Elle lève le bras, pensant toucher la plaque avec sa main, elle échoue, et, conservant l’inertie de sa vitesse et ayant toujours une « petite avance » sur Bruni, elle réussit à toucher la plaque.

Les commentateurs, disent qu’elle coule l’Italienne. Je dis non. En tout cas pas volontairement. Sa vitesse, sa légère avance, être coincée, la force de gravité et la position du nageur s’organisant pour toucher, un changement de direction, une recherche de la plaque qui est au-dessus des nageuses et implique donc une action verticale : tout cela fait qu’obligatoirement elle s’enfonce (pour actionner la poussée d’Archimède). Elle ne « coule » pas l’Italienne. Mais il lui faut s’y reprendre à deux fois avant de toucher.

Preuve de sa réactivité au regard de l’Italienne. Rachele Bruni en effet a mal jugé son arrivée et est arrivée plus doucement. Elle ne respirait pas à ce moment et donc était obligatoirement la tête dans l’eau. 1+ 1 = 2.

On trouvera tous notre interprétation… Voici donc la mienne.

Ce n’est pas tout. L’Italienne ne dit rien. Elle ne provoque aucune polémique, immédiatement, à l’arrivée ; pas de plainte, elle ne chiale pas, ne montre par aucun geste son désaccord ou une révolte contre un « abus de position dominante » de la part d’Aurélie. Rien ! A ce moment là, elle ne trouve rien à dire.

C’est seulement après, ou au moment de l’affichage, qu’elle déclare s’être fait couler. Normal. Il faut fabriquer de la valeur ajoutée pour donner une crédibilité à cette place inattendue de 2e, qu’elle justifie, trop heureuse, a posteriori.

En-dehors de cette arrivée, pendant la course, combien de nageuses j’ai vu monter sur les épaules d’une adversaire et, s’appuyer franchement sur elle au point que la nageuse de dessous avait disparu et devait s’arrêter de nager. J’ai cru voir une Brésilienne sur la Française (je n’ai pas l’enregistrement de l’intégralité de la course). Combien de coups bas volontaires n’ont pas été sifflés. Le juge, « le costaud », n’a jamais rien dit ; il a vu certainement,  mais jamais sifflé. Soudain, on disqualifie la Française. Comment était-il placé et où et pourquoi autant de temps après l’arrivée ? Et pourquoi pas deux médailles d’argent ? Et pourquoi n’a-t-il pas levé son drapeau et sifflé ? Il faudra le lui demander, mais ce sont des « experts » non ?

Experts au point que le lendemain, l’arrivée a subi des modifications, comme par hasard !!

La FINA fait couper les ongles des nageurs, mais laisse les nageurs se couler, se tirer, se donner des coups, elle installe des arrivées non conformes, des ravitaillements presque inaccessibles et dangereux, mais ce n’est pas grave… place au « spectacle ».
Demain c’est la combinaison Néoprène obligatoire que devront porter tous les nageurs pour leur soi-disant sécurité personnelle. Demain on va donc nager avec un chauffage personnel et même marcher sur l’eau. Qui sera le vrai champion, avec ou sans combinaison ?… Mais hier il y a eu un mort, un Américain, en eau chaude, lors d’une coupe du monde FINA, avec une combinaison-maillot. Est-ce qu’on va encore une fois arriver au même scandale que les combinaisons en « polymère de machin truc » ?

Ce genre de problème de disqualification ne serait pas arrivé si, le drafting était formellement interdit (je rappelle qu’il y avait la fameuse règle des 3 mètres avant l’imposition de la FINA), si aucun contact physique volontaire n’était autorisé, si les juges faisaient preuve de discernement, si c’était un « mano à mano » du début à la fin. On verrait les vrais nageurs et champions et Aurélie comme d’autres auraient leur place. Tout le monde serait au même niveau.

Je pense que nous sommes tous tristes de cette médaille perdue ou volée. J’imagine bien la grande déception d’Aurélie en premier, de son entraîneur personnel, de tout l’entourage sportif et celle de Stéphane Lecat qui à mené une belle équipe.

Il me parait très décevant que rien n’ait pu faire changer la position des juges.

En attendant la prochaine aventure…

 

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2 comments:

  1. Baigneur

    « On trouvera tous notre interprétation… Voici donc la mienne »

    Oui pour le plaisir de la discussion, je réagis à vos commentaires (la vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=UQcjsOY2gdw)

    13:52 à 14:07 : les deux nageuses nagent côte à côte et l’écart se réduit entre elles.

    14:07 à 14:09 : suite à un contact (ou pressing comme vous voudrez) de l’italienne c’est Muller qui se décale et change d’angle (un V se forme entre les deux). Jusqu’à l’impact sur le boudin, elles auront 1 bras d’écart..

    –> Vous admettez vous aussi que c’est A.M qui change de direction : « Aurélie se fait déporter en étant en tête, elle oblique carrément. C’est sûr qu’elle ne souhaite pas bousculer son adversaire et se faire disqualifier pour « obstruction volontaire. ».
    Je ne vois pas comment en étant « en tête » elle peut faire obstruction.. Dans l’arrivée Homme, c’est bien le néerlandais coincé dans le pack et derrière le grec qui s’échappe qui s’est déplacé de la droite à la gauche de celui-ci (pour le coiffé sur le poteau) et non l’inverse !! De plus jusqu’à ce que A.M touche le boudin, elle ne sont plus en contact !

    14:12 : le pied, que dis-je, la jambe en l’air de l’italienne trahit le fait qu’elle disparaît littéralement dans l’eau sous le poids (ou sous la glisse comme vous voudrez) de la française..

    –> Reconnaissez que cette position n’est pas commode pour nager. Vous dites « Elle ne « coule » pas l’Italienne »… nous nous accorderons sur le fait que l’italienne avait sans doute autre chose à faire que de s’improviser un piqué en canard quelques mètres avant l’arrivée !

    14:12 encore : cri de la française (l’italienne ne peut pas elle est sous l’eau ;)) : main en avant, elle réalise qui lui manque 50 cm pour toucher et que la situation est plus compliquée que prévue (on peut la comprendre coincée contre le boudin et l’italienne).

    –> A mon sens ce n’est donc pas l’italienne qui a manqué de jugement contrairement à ce que vous dîtes (cf. « Rachele Bruni en effet a mal jugé son arrivée ») mais bien la française au regard de sa première touche ratée pour ne pas dire désespérée).
    En passant, 14:11 et 14:12 : A.M est stoppée par le boudin et ressort bien derrière l’italienne et non pas devant .

    14:14 et 14:17 : explications entre les 2 nageuses sur et après la ligne d’arrivée

    –> Vous dîtes « Ce n’est pas tout. L’Italienne ne dit rien. Elle ne provoque aucune polémique (..) A ce moment là, elle ne trouve rien à dire. »). Nous n’avons pas vu les mêmes images ! loin de continuer sa nage comme si de rien était après avoir touché, elle s’arrête par 2 fois pour s’adresser à A.M avant et après la ligne, pas sûr qu’il y ait besoin de sous-titres !

    En fin vous ajoutez à propos des juges et de la FINA : « Experts au point que le lendemain, l’arrivée a subi des modifications, comme par hasard !! ».
    Oui le dessin a été modifié d’un côté, mais les boudins étaient toujours à l’intérieur de l’entonnoir donc toujours susceptibles de gêner un nageur.

    Sans être spécialiste comme vous il me paraît évident que la française aurait du garder sa corde, en se décalant de son propre chef, elle s’est mise dans le décor, en revenant elle a provoqué la faute.

    Viennent seulement après les points de l’appréciation des conséquences de la faute (disqualification vs reclassement en 3ème) et de la responsabilité (AM vs tracé d’arrivée / FINA) avec l’étude des règlements.

    « Je pense que nous sommes tous tristes de cette médaille perdue »

    Oui, moi aussi pour cette belle personne, mais pour la championne qu’elle veut être, nourrie comme tout champion des leçons ses succès et ses échecs, il serait dommage de laisser croire qu’elle fût simplement « volée ».

    1. Eric Lahmy *

      Réponse transmise à son auteur. A ce que je vois, il est encore des interprétations diverses. En revanche, on peut en se trouvant légèrement devant quelqu’un dans une course, la gêner dans la nage et faire de l’obstruction. Pour le reste, Bruni est en argent et Muller en chocolat.

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