LA FRANCE OLYMPIQUE, C’EST 9e ET PAS 5e.

L’EQUIPE DE FRANCE, POINT DE VUE OLYMPIQUE,

CE N’EST PAS VRAIMENT ÇA.

Eric LAHMY

Mercredi 19 août 2015

Il est un temps pour se congratuler, et un temps pour remettre les choses à plat.

Les Français prétendent être la 5e natation du monde, à l’issue des mondiaux de Kazan. On ne va pas chipoter là-dessus. C’est le classement des médailles donné par la FINA.

Maintenant, que vaut notre natation dans l’optique de Rio et des Jeux olympiques ?

Plus exactement, qu’aurait-elle valu à Kazan sur le programme olympique, puisqu’à Rio, il y aura dix épreuves de moins en natation de course qu’à Kazan, et seulement deux courses d’eau libre au lieu de sept.

Or deux titres français ont été obtenus dans ces courses qui disparaissent : le 50 mètres dos et le 50 mètres papillon, par Camille Lacourt et Florent Manaudou…

J’ai attribué à chaque vainqueur de course du programme olympique de Kazan 9 points, 7 au deuxième, et jusqu’à un point pour le dernier des huit finalistes. J’ai associé l’eau libre (le 10 kilomètres) aux courses de bassin olympique : c’est bien de natation qu’il s’agit.

J’ai hésité à aller plus loin, par exemple jusqu’au 16: le tassement toujours plus accentué des valeurs fait que parfois, le 16e nageur au monde est très près ; cela aurait valu la peine si chaque nation avait droit à trois nageurs (un par place de podium), comme dans le passé. A deux nageurs par nation, les entrées en finales sont facilitées d’autant. Et le 16e des championnats du monde peut se trouver beaucoup plus loin dans le bilan de l’année…

Les classements par nations que j’ai obtenus selon ce système :

Classement général (messieurs et dames) : 1. USA, 215pts (106+109) ; 2. Australie, 133pts (43+90) ; 3. Grande-Bretagne, 112pts (74+38) ; 4. Chine 102 (45+57) ; 5. Japon, 74pts (35+39) ; 6. Hongrie, 67pts (33+34) ; 7. Russie, 66 pts (38+28) ; 8. Pays-Bas, 52pts (13+39) ; 9. FRANCE, 50PTS (38+12) ; 10. Canada 50pts (19+31) ; 11. Italie, 45pts (20+25) ; 12. Allemagne, 43pts (28+15) ; 13. Suède, 42pts (1+41) ; 14. Brésil, 33pts (24+9) ; 15. Danemark, 30pts (4+26) et Pologne 30pts (30+0) ; 17. Afrique du Sud, 26pts (26+0) ; 18. Nouvelle-Zélande, 11pts (0+11) ; 19. Lituanie, 10pts (3+7) ; 20. Espagne, 9pts (0+9) ; 20. Grèce, 9pts (8+1) ; 22. Kazakhstan, 8pts (8+0) et République Tchèque, 8pts (0+8) ; 24. Argentine, Belgique, Singapour et Ukraine, 6pts (6+0), et Jamaïque, 6pts (0+6) ; 29. Egypte, 5pts (5+0) ; 30. Islande, 4pts (0+4) ; 31. Bahamas, 3pts (0+3)

Messieurs : 1. USA, 109 pts ; 2. Grande-Bretagne, 74 pts ; 3. Chine, 45pts ; 4. Australie, 43pts ; 5. FRANCE et Russie, 38PTS ; 7. Japon, 35pts ; 8. Hongrie, 33pts ; 9. Pologne, 30pts ; 10. Allemagne, 28pts ; 11. Afrique du Sud, 26pts ; 12. Brésil, 24pts ; 13. Italie, 20pts ; 14. Canada, 19 pts ; 15. Pays-Bas, 13 pts ; 16. Grèce et Kazakhstan, 8pts ; 18. Argentine, Belgique, Singapour et Ukraine, 6pts ; 22. Egypte, 5pts ; 23. Danemark, 4pts ; 24. Lituanie, 3pts ; 25. Suède, 1pt.

Dames : 1. USA, 106pts ; 2. Australie, 90pts ; 3. Chine, 57pts ; 4. Suède, 41pts ; 5. Japon et Pays-Bas, 39pts ; 7. Grande-Bretagne, 38pts ; 8. Hongrie, 34pts ; 9. Canada, 31pts ; 10. Russie, 28pts ; 11. Danemark, 26pts ; 12. Italie, 25pts ; 13. Allemagne, 15pts ; 14. FRANCE, 12PTS ; 15. Nouvelle-Zélande, 11pts ; 16. Brésil et Espagne, 9pts ; 18. République Tchèque, 8pts ; 19. Lituanie, 7pts ; 20. Jamaïque, 6pts ; 21. Islande, 4pts ; 22. Bahamas, 3pts ; 23.Grèce, 1pt.

Tous ceux qui s’intéressent à la natation en France s’inquiètent de ce que les chances françaises s’appuient presque exclusivement sur deux éléments, Manaudou et Lacourt. C’est vrai. Mais c’est vrai pour une quantité d’autres nations…

Les pays de natation, cela n’existe pas. Enfin, presque. Disons que c’est une vue de l’esprit. L’Espagne sans Belmonte, blessée, a tout juste existé au niveau de quelques finales, la Hongrie sans Hosszu eut respiré avec peine, même les Etats-Unis, sans Ledecky, dégringoleraient de leur Everest au camp de base, et l’Australie, c’est deux Campbell plus une Seebohm et un Larkin. Mackenzie Horton rate ses mondiaux et c’est toute la natation masculine australienne qui trinque et se fait dépasser par la Grande-Bretagne et la Chine (une première). La difficile sortie de Melissa Franklin de ses saisons universitaires a coûté deux, peut-être trois titres mondiaux aux USA. Et la blessure de Kosuke Hagino est revenue très cher à la formation japonaise. Si Sarah Sjöström prenait demain sa retraite, la Suède redeviendrait le pays moyen de gamme qu’elle a souvent été. On pourrait dire d’ailleurs que les soucis permanents de Yannick Agnel ont fortement dévalué la France. Un grand nageur fait grandir son équipe. Voyez le quatre fois 200 mètres dames sans Camille Muffat pour le ramener vers l’avant.  (1)

La natation mondiale, c’est quelques arbres, et aucune forêt. C’est le principe de l’élite.

Quoiqu’il en soit, il vaut mieux ne pas s’attendre à des miracles à Rio de Janeiro. Dire que les médailles viendront de Florent Manaudou, de Camille Lacourt et d’Aurélie Muller, c’est faire de la prédiction en regardant dans le rétroviseur. Certes, Florent a une marge sur 50 mètres, mais qu’en sera-t-il dans douze mois ? Lacourt aura un an de plus et il est des époques de la vie où l’âge joue contre vous. Il est revenu très fort de ses ennuis de santé, Mais sur 100 mètres dos, il a été devancé par l’Australien Larkin et on a vu le temps, 52.18, réussie par Ryan Murphy, USA, au départ des séries du relais quatre nages mixte. Il y aura du monde au départ, dans la capitale brésilienne !

Il est important que ces deux garçons ne soient pas esseulés. Derrière et à leurs côtés, l’équipe comptera certes sur Jérémy Stravius, sur Fabien Gilot, sur Gregory Mallet. C’est une formation vieillissante, dont « on » espère de ses éléments qu’ils tiendront encore une saison. Quelques hommes arrivent à point nommé, comme Mehdy Metella ou, de plus loin, Jordan Pothain et Nicolas D’Oriano, Damien Joly et Joris Bouchaut, et en dos Oleg Garasymovitch (qui a fait 2e du 200 mètres aux championnats du Canada)… tout comme Matthias Marsau, sur 200 papillon. Bien entendu, sauf surprise et étapes brûlées, ces derniers nommés ne seront guère compétitifs aux Jeux de Rio. Seuls Metella, et peut-être Joly et Pothain, peuvent être considérés pour les Jeux.

Côté filles, chacun sait que les choses se présentent plutôt mal. Pour l’instant, l’équipe s’appelle Aurélie Muller; En-dehors d’elle, pas de nageuse de gabarit olympique. Maintenant, si ces demoiselles n’ont pas brillé à Kazan, rien ne dit qu’il en sera autant aux Jeux. Fabrice Pellerin? Le plus qu’il était censé amener à l’équipe féminine ne s’est pas manifesté.

La raison ? Je crois que Pellerin l’a bien cernée dans une interview de l’AFP parue dans la Nouvelle République du 9 août, et qui se résume en une phrase : « on a sélectionné des filles qui n’ont pas le niveau. »

On se demande qui a bien pu faire une chose pareille !

________________________________________________

(1) C’est très exactement ce qu’explique Fabrice Pellerin dans l’interview citée ici. En réfléchissant à cette question, on pourrait se demander s’il ne faudrait pas purement et simplement abandonner tout classement des nations, dont Coubertin, je crois, disait qu’il était contraire à l’esprit olympique.

Ces articles peuvent vous intéresser:

  • CAMILLE MUFFAT, TIMIDE FEE DES EAUX Par Eric LAHMY                  Mercredi 11 Mars 2015 C’était les Jeux olympiques de Londres. Invité par un copain dans sa maison de campagne, je lui répondis que je voulais suivre les […]
  • QUELLES CHANCES OLYMPIQUES POUR YANNICK AGNEL? AGNEL, LES CHAMPIONS DU PASSÉ ET LES MÉDAILLES À VENIR Éric LAHMY Samedi 15 août 2015 Alors que son protégé, retour d’une pleurésie, reprend l’entraînement dans un lieu exotique, […]
  • COMMENT LA NATATION FRANÇAISE SE REMETTRA-T-ELLE DU PASTIS DES SÉLECTIONS ? BIEN / MAL / JE NE SAIS PAS: RAYER LES MENTIONS INUTILES Éric LAHMY C’est un article assez bizarre paru sur le site SwimSwam, signé Chris De Santis. Le titre est alléchant : qu’est-ce […]
  • Jacques Favre, le bon feeling Par Eric LAHMY Dimanche 15 Février 2015 Ne frappez plus, j’avoue. Je ne me souviens absolument pas de Jacques Favre, le nageur ! Bon, c’est comme ça, à l’époque, j’essayais de […]

3 comments:

  1. admin *

    Commentaire de M. Marc Begotti
    Ah les critères de sélections !
    Certes, les critères de sélection ont vocation de sélectionner des nageurs d’un niveau donné pour une compétition donnée mais pas seulement…
    Des critères de sélection exigeants – qui posent problèmes aux nageurs mais aussi à leurs entraîneurs (mais qui restent réalisables)- peuvent constituer une stratégie, mais pas la seule, pour élever à moyen terme le niveau des nageurs et des entraîneurs.
    Ce n’est pas le collège des entraîneurs qui peut décider d’une telle stratégie qui va mettre les entraîneurs qui le composent en difficulté mais le DTN !
    Saluons Fabrice Pellerin qui en faisant savoir qu’il est favorable à des critères exigeants adopte une attitude courageuse en qualité d’entraîneur de pôle France et responsable en qualité d’entraîneur national.

  2. Aigues

    La remarque sur le fait que la limite de 2 nageurs par nation biaise la classement est très pertinente. Même en se basant sur les finales, il y a plusieurs n°3 de leur pays qui auraient pu au moins postuler à une finale à Kazan. Rapidement, je pense à Wright et McKeon (100NL), Schmitt (200NL), Izotov (100NL), Hackett et Wallace (400NL), etc.

    Du coup on a un petit décalage avec ce qu’on pourrait observer sur la base des bilans mondiaux.

    Après, il n’y a que 2 nageurs par pays aux JO aussi…

    1. admin *

      Oui, en 1960 à Rome et depuis 1984, les Jeux olympiques n’accueillent que deux nageurs par nation. Il est vrai qu’avant ça, quand les Américains et les Australiens, voire les Allemandes de l’Est fortement anabolisées, étaient passés, il n’y avait plus de place pour grand monde ! Or les troisièmes Américains faisaient parfois des dégâts. En 1960, l’absence du 3e des sélections US sur 100 mètres, Jeff Farrell, qui avait été opéré de l’appendicite huit jours plus tôt, coûta le titre olympique du 100 mètres aux USA. En 1968, si j’ai bonne mémoire, c’est le 3e du 200 papillon des « trials », Carl Robie, qui devint champion olympique à Mexico, etc., etc. Si le passage de 3 à 2 nageurs par nation a aidé à l’universalisation, cela a été aux dépens des USA, qui ont souffert de ce passage de 3 à 2 : leur puissance de feu a été considérablement réduite après 1976. J’y verrais là facilement une forme d’injustice…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


− deux = 7