LA NATATION HEURTÉE PAR LA THÉORIE DU GENRE

QUAND LA FINA FINASSE

TOUT LE SPORT A L’AIR IDIOT

Éric LAHMY

Jeudi 13 août 2015

La théorie du genre est l’expression d’une forme d’aliénation mentale qui vient frapper de plein fouet les sociétés nord-atlantiques. Cette fascinante divagation est née d’un déni, celui des hommes qui se disent femmes, des femmes qui se veulent hommes. Bien entendu, qui ne s’est pas posé un jour la question : « pourquoi ne suis-je pas un homme », ou : « si j’avais été une femme » ? Pour la plupart d’entre nous, il s’agit certes d’un jeu. Mais pour un assez petit nombre, il s’agit d’un refus de ce que la nature nous a fait.

Ce sont des choses que le temps apaise, la psychologie soigne, ou, de nos jours, le scalpel arrange. En arriver à se haïr en raison de l’inadéquation entre ce qu’on est et l’idée qu’on a de soi est trop triste pour qu’on ne tente pas d’y remédier si possible.

L’étrange, ou du moins, économisons les grands mots, le curieux, c’est, partant de ces cas limites (estimés à 1% de la population), qu’un certain nombre de réflexions pour le moins hardies ont abouti à remettre en cause l’appartenance sexuelle de tout un chacun et à englober l’humanité entière dans la théorie du genre. Or, détricoter de cette façon les évidences de la nature pour imposer sa feuille de route, c’est n’avoir peur de rien.

La théorie du genre, initialement, avait été développée en linguistique dans le but relativement modeste mais finalement assez compliqué, de renouveler la façon dont on définit les choses ou les idées. On proposait l’adoption d’un pronom ou d’un article (défini ou indéfini) de genre neutre pour signaler les objets qui nous entourent : pourquoi en effet dire LA fleur, LE livre, LA page, LE navire, LA Barque, tous objets ou êtres qui ne sont en fait ni féminins ni masculins, et pourquoi ne pas promouvoir (ce que les Suédois ont fait avec le neutre « hen ») un appareil grammatical qui nous éviterait « madame la chaise » et « monsieur le fauteuil ».

Je vous passe les étapes théoriques de l’évolution du genre qui relèvent selon moi d’une thérapie ; comme je l’ai dit, l’axiomatique du genre reformate l’humanité dans le déni de la césure masculin-féminin. Le genre a totalement pris le pouvoir en Suède (je reconnais que je préfère ça au Califat en Iran) !

UNE MIXITÉ FACTICE CHARGÉE DE GONFLER LE PROGRAMME

En sport, les instances de la natation ont montré dans leur adhésion au genre un enthousiasme déconcertant, au point de conduire à quelques inepties de la plus belle eau (de piscine, bien entendu). La folie du genre a atteint gravement les dirigeants de la FINA, en fait pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’illumination de ses dirigeants. Ils y ont trouvé d’excellentes raisons d’ajouter au programme déjà pléthorique de la natation de nouvelles épreuves en se donnant un air de jeunesse et de modernité. On a eu ainsi les relais mixtes de natation, la course de 5 kilomètres mixte en nage de grand fond, les plongeons synchronisés mixtes, une épreuve mixte de natation synchronisée.

Il n’y a là pas grand’ chose d’intéressant ! De façon très subjective, je trouve des qualités sportives réelles au plongeon mixte où les filles, plus menues que les hommes, parviennent à compenser un déficit de force et de puissance par leur souplesse et leur grâce. En revanche, je ne vois aucune valeur dans les relais mixtes en piscines : les garçons comme les filles s’expriment parfaitement dans les relais existant déjà, le 4 fois 100m, le 4 fois 200m et le 4 fois 100m quatre nages messieurs, et dames, soit six relais, ce qui fait beaucoup. Le programme olympique de l’athlétisme n’en accueille que quatre avec les 4 fois 100 et les 4 fois 400 mètres.

L’ajout de relais mixtes permet de gonfler le programme, souci numéro un du Comité Directeur de la FINA, dans des exercices factices où finalement les relayeurs surpassent les relayeuses, lesquelles leur font perdre du temps.

De même, dans la course mixte du grand fond, on associe une fille qui, soit-elle WonderWoman en personne, est traînée pendant cinq kilomètres par ses deux équipiers… La mixité devient une course handicap, le handicap étant la nageuse. Je trouve ces courses presque insultantes pour les femmes. Je préfère que chacun des « genres » développe ses qualités chacun de son côté.

C’est que si une activité se prête mal aux théories du genre que produit notre culture épuisée, c’est bien le sport. Simone de Beauvoir remarquait avec justesse, quand on suggéra qu’elle avait développé une idée quelconque parce qu’elle était une femme (et donc parce qu’elle avait des ovaires) qu’on n’avait jamais accusé un romancier d’écrire avec ses testicules. Si j’adhère d’enthousiasme à l’idée qu’Emilie du Chatelet ou Marie Curie furent d’éminentes scientifiques, Germaine de Staël le plus grand penseur de son temps, loin devant sa majesté Chateaubriand en personne, ou que Beauvoir se comparait à Sartre, j’aurais du mal à soutenir que Bronte Campbell est plus fort nageur que Cesar Cielo.

La seule façon d’admirer pleinement la force de Sarah Sjöström ou de Katie Ledecky n’est certes pas de les opposer à Florent Manaudou ou à Gregorio Pellegrini. Ranomi Kromowidjojo, qui s’y était essayée, a promis qu’on ne l’y reprendrait plus. Et donc les relais mixtes représentent pour moi une régression ou encore une diversion. J’y vois l’idée tordue de camelots sans culture.

Le sport s’est développé non pas sur les fantaisies d’institutions internationales aussi dévoyées et sans vergogne que les roublards qui gèrent la FINA aujourd’hui, mais par des élaborations enthousiastes de longue haleine d’une base de pratiquants. C’est pourquoi la natation synchronisée mixte, autre finasserie, création ex nihilo, est aussi peu justifiée qu’on puisse l’être.

On n’a qu’à voir les garçons qui ont été conviés à se produire dans les ballets nautiques aux championnats du monde de Kazan: intermittents du spectacle fourbus récupérés au Cirque du Soleil ou à je ne sais quel Casino de Paris, pour saisir la faiblesse d’appel d’air que cette invention a suscitée. Pendant que les nageurs, plongeurs, poloïstes, devaient se qualifier pour Kazan par des performances exceptionnelles, le duo de synchro mixte était formé dans des arrangements à la va vite, en petits comités, dans des scénarii proche de l’immaculée conception: miracle, encore une nouvelle épreuve en natation synchronisée !

Bien entendu, avec les fantasmes du genre, tout est désormais permis, mais si j’ai toujours été frappé par l’attrait immédiat que l’expression ballets nautiques pouvait susciter chez des toutes jeunes filles, autant je puis vous dire que les garçons ne répondaient pas du tout d’enthousiasme à l’idée de pratiquer une telle activité… Les nageurs synchronisés tels qu’on les a vus à Kazan, plus de poil aux pattes que sur la tête, ça n’est qu’une idée showbiz qui va avoir du mal à diffuser…

Au bout du compte, c’est toujours, sous couvert de modernité et d’ouverture d’esprit (1) la même rengaine : susciter le plus grand nombre d’épreuves, tenter de forcer l’entrée aux Jeux olympiques, agiter, faire de la démagogie, pomper le maximum aux organisateurs des compétitions, ramasser une part toujours plus grande des droits télé. Le but ? Permettre à de « grands » dirigeants avides et que n’étouffent pas les scrupules, de vivre sur un grand pied, de se déplacer en première classe de par le monde, de tester un maximum d’hôtels cinq étoiles à l’année à travers la planète, de s’octroyer des remboursements de frais babyloniens, et ceci si possible jusqu’à leur mort puisqu’ils s’ingénient en outre à reculer sans arrêt l’âge de leur retraite…

C’est pourquoi je crie avec force : vive le sport.

 

(1) Cette grande modernité des autorités suprêmes de notre sport se signale par le fait que, pour un sport majoritairement féminin (en France plus de pratiquantes que de pratiquants) on trouve une seule femme parmi les 35 membres du comité directeur de la FINA, la japonaise Zihong Zhou.

 

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7 comments:

  1. Aigues

    Ca ne m’étonnerait pas qu’ils créent tôt ou tard une competition de relais uniquement, sur le modèle du challenge mondial des relais de l’athlé.

    Même si je serai toujours curieux de regarder un 4×200 4 nages (pourquoi pas après tout?) ou un 4×400, tout ceci est en effet clownesque. Les relais mixtes ne m’ont pas franchement emballé à Kazan non plus, les forfaits n’ont pas aidé – cela nuit clairement à un d’un championnat du monde que certaines épreuves soient carrément snobbées par les nageurs.

    1. admin *

      Je ne sais ce que pensent les nageurs, il y a tant de cas de figures, mais quand dans un championnat du monde on a trois relais messieurs et trois relais dames, pourquoi ajouter ces relais mixtes dans lesquels ce seront de toute façon toujours les hommes qui vont faire gagner et les femmes qui feront perdre (ce ne sera pas ça, mais ça paraitra, c’est tellement dévalorisant pour les nageuses). Et puis regardez le programme des championnats du monde de TOUS les sports, ils n’ajoutent pas de disciplines de cette façon. Le programme de l’athlétisme masculin est le même depuis plus d’un siècle, ils ont seulement mis les filles à parité avec les hommes. L’aviron a ajouté les poids légers ce qui est discutable mais les a aidés à s’universaliser en s’ouvrant à des gabarits moyens. Une épreuve est quand même accréditée par deux choses, la tradition, née d’une certaine ancienneté, et une universalité. Avant de mettre le 200 mètres libre puis le 50 au programme, il y a eu un appel vers ces distances. il n’y en a pas eu vers les sprints de spécialités ou les doublons 800-1500 voulus par la FINA. La FINA, c’est du n’importe quoi, c’est de la décision venue d’en haut, c’est le fait du roi!

      1. Aigues

        A la limite, le relais mixte peut être vu comme une incitation à développer une certaine parité. Des pays comme le Brésil, la Pologne ou l’Afrique du Sud présentent des équipes très masculines et pourraient se dire qu’en poussant un peu plus du côté des filles, il y aurait vraiment de quoi faire des médailles sur les relais mixtes (d’autant que ces pays plafonnent quand même sur les relais masculins). L’épreuve pourrait être améliorée en fixant l’ordre des relayeurs pour rendre la course plus lisible, et pour éviter cette désagréable impression que la fille qui nage face à 7 hommes est à la limite de la noyade.

        Note: en réalité, ce seraient plutôt les filles qui font gagner ces relais, parce que les écarts entre nageuses sont plus grands que chez les hommes. Je parierais toujours sur les Pays-bas face au Brésil sur un 4×100 libre mixte.

        Je dis tout cela sans conviction, la raison profonde est évidemment liée aux retombées financières esperées par les dirigeants de la FINA. Les autres sports ne touchent pas à leurs programmes, mais alourdissent nettement leurs calendriers (création de competitions ou augmentation du nombre de participants). Comme la FINA n’arrive pas à créer plus d’un ou deux évènements majeurs par an (le peu d’attrait de la coupe du monde l’illustre encore), elle compense en alourdissant les programmes de ceux-ci. La natation dans son ensemble n’y gagne probablement rien du tout.

        1. admin *

          Non, non, je crois que vous avez raison sur tout. Mais je crois surtout que le programme de la FINA est devenu totalement fou, 42 épreuves dans le bassin, 7 en grand fond, plus tous ces plongeons, toutes ces synchros; je crois qu’il manque une dizaine d’épreuves au water-polo, on pourrait créer un mondial des tirs au but, un mondial de palombelle rosse, un mondial de tirs inversés et dos au but, un championnat où on mettrait plusieurs ballons, de tirs de précision sur la tête de Marculescu, un championnat mixte (prévoir un hôpital pour les filles);l’imagination serait au pouvoir. En effet, il est temps que le water-polo rattrape son retard en nombre de médailles

  2. Aigues

    On peut aller à l’extrême et même considérer qu’un titre de champion du monde sur une épreuve donnée ne devrait pas dépendre du temps de récupération laissé par les autres épreuves. A ce sujet, je crois que Franklin aura un gros dilemme aux JO, j’ai entendu parler d’un 100m dos très très proche du 200m nage libre.

    Mais en effet, à partir du moment où des vainqueurs potentiels zappent des épreuves, c’est qu’il y en a trop, tout simplement.

    1. admin *

      Je n’étais plus trop sur la natation à l’époque, à L’Equipe, mais j’ai ouï dire que la FINA avait préparé un programme olympique aux petits oignons pour Michael Phelps, en raison de l’importance médiatique de son pari (les télés US ont peut-être poussé dans ce sens) mais n’ont pas eu les mêmes égards pour Katie Hoff, qui, je crois que c’est elle, avait aussi des ambitions pluridisciplinaires. Selon que vous serez puissant ou misérable!!

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