L’ABANDON DE LA RIGUEUR DANS LES MINIMA FRANÇAIS EST BIEN CONFIRMEE

Éric LAHMY

Samedi 9 Décembre 2017

Les minima français pour la saison prochaine sont connus. Pour résumer, ils sont assez faiblards pour les championnats d’Europe de Glasgow, en Ecosse (3-12 août 2018), sommet de la saison pour l’équipe nationale. Si on les compare aux résultats des Europe 2014, des Europe 2016 ou des mondiaux de Budapest, on s’aperçoit que l’idée de minima durs, l’une des croyances de Claude Fauquet, a été proprement bazardée.

Vue d’ici, l’équipe de France sera nombreuse et peu compétitive. Le niveau moyen demandé lors des épreuves entrant dans la sélection varie entre une possibilité de finale et une possibilité de demi-finale. Pour une raison que j’ignore, les courses où l’accès à la sélection seront les plus difficiles (et proches des caractéristiques voulues par Fauquet dans le passé) sont les 400 libre, 800 libre, 1500 libre, 50 dos, 50  brasse et 50 papillon messieurs et le 50 brasse dames. Ils sont en revanche assez relâchés sur 50, 100 et 200 libre, 100 brasse, 100 papillon et 200 quatre nages messieurs, et sur 50 libre, 200 libre, 100 dos, 100 brasse, 100 papillon, 200 papillon et 200 quatre nages dames.

DES MINIMA EN DENTS DE SCIE !

Ces minima semblent voyager entre une possibilité de finale (rarement) et un espoir de demi-finale (souvent) et ils devraient donner lieu à sélection d’une équipe de France aux valeurs incertaines, au regard du haut niveau mondial.

Les minima des relais, assez laxistes, rajouteront à cette impression d’une équipe qui sera présente certes, mais pas dans la compétition. On peut parier que tous les relais iront aux Europe de Glasgow, mais pas qu’ils seront de bonne valeur. Dès aujourd’hui, j’imagine nageurs et entraîneurs, ayant regardé ces minima, se dire : bon, c’est fastoche, on va se qualifier sans peine…

L’abandon de la politique des minima forts voulue par Claude Fauquet n’est pas une nouveauté. Beaucoup trop de petits intérêts personnels allaient à son encontre. Tel nageur que son club voulait emmener pour faire croire à son sponsor que son argent avait bien été investi. Le nageur ne valait pas le déplacement ? Il avait été sélectionné : mot magique…

Fauquet en faisait une pierre angulaire de sa politique : ne qualifier que les compétitifs, les finalistes, les « médaillables », c’était, pour lui, à la fois « dire la vérité aux nageurs » et produire une natation conquérante ; et qualifier plus facilement, c’était tourner le dos à une politique ambitieuse. Depuis 2009, on a patiemment détricoté tout cela, par faiblesse, par calcul ou par démagogie. On n’a peut-être pas volontairement menti, ou triché, mais le résultat est pareil.

On continue de biaiser, en promettant qu’on sera plus durs en 2019 pour les mondiaux, et intraitables en 2020 pour les Jeux olympiques. Vous y croyez ?

En conclusion, si ces minima pourraient convenir à la valeur actuelle de la natation française, ils ne constituent pas une réponse aux objectifs de compétitivité. Ils permettront de qualifier une équipe de France, certes, mais ne garantiront pas qu’elle sera pertinente.

Ci-dessous les minima pour les championnats d’Europe 2018 de Glasgow et la place qu’ils auraient donné aux championnats d’Europe de Berlin en 2014.

MESSIEURS

50 libre  22s35            13e

100 libre  49s17          13e

200 libre  1’48s29       12e

400 libre  3’49s46        6e

800 libre  7’57s62        8e

1500 libre  15’7s71      7e    

50 dos 25s20               7e

100 dos  54s86           10e

200 dos  2’0s42          14e

50 brasse  27s64         6e

100 brasse   1’1s30    13e

200 brasse   2’12s75  10e   

50 papillon   23s60       8e

100 papillon  52s78    15e

200 papillon  1’58s11 11e           

200 4 nages  2’1s34   12e   

400 4 nages  4’19s82 10e

4 fois 100 m  3’18s65  7e  

4 fois 200 m  7’15s84  5e

4×100 4 n       3’39s      8e

DAMES

50 libre  25s33            14e

100 libre 54s91             9e

200 libre  2’00s06       13e

400 libre  4’10s48       10e   

800 libre   8’34s96      10e  

1500 libre  16’28s       10e  

50 dos  28s48               8e  

100 dos  1’1s44           11e   

200 dos  2’13s03           9e            

50 brasse  31s14          7e

100 brasse  1’8s79      15e

200 brasse  2’28s59    12e     

50 papillon  26s14        7e

100 papillon  59s11     12e

200 papillon  2’11s85  12e       

200 4 nages  2’14s99  15e

400 4 nages  4’43s42   8e

4 fois 100 m  3’43s07   7 engagés, d’où finale directe

4 fois 200 m  8’1s02   8 engagés, d’où finale directe

4 fois 100 m 4 n  4’5s15  10e

Dans les relais mixtes 4 fois 100 quatre nages et libre, les minima sont à 3’50s29 et 3’28s76. GAG : les minima donnés par la DTN sont inversés, 3’50s29 pour le relais libre et 3’28s76 pour le relais quatre nages ! Les lecteurs auront rectifié d’eux-mêmes…


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2 comments:

  1. Marc

    Ces minimas sont à réaliser en série. En finale les nageurs qui ont fait ces temps doivent se classer dans les quatre premiers pour être sélectionnés.

    Cette précision change quelque chose à votre analyse ?

    1. Eric Lahmy *

      Oui, Marc, ça va changer que je vais appeler Richard Martinez, il voudra peut-être m’expliquer ces choix, parce que si vous me connaissez, je peux trouver plein de trucs et remplir dix pages, mais rien ne sert de supputer. En fac de droit, on nous encourageait à comprendre quel était « l’esprit du législateur. » C’est mieux quand on l’a pas très loin.

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