L’ART D’AVOIR LA MAIN LESTE ET LES ALÉAS DE LA MANIERE FORTE

Éric LAHMY

19 Octobre 2017

Un club de natation canadien, le Keyano Swim Club (Edmonton), qui avait engagé un entraîneur britannique, a décidé de réviser sa position. Le coach en question, Rob Greenwood, aurait présidé à un « scandale » lié à la « culture de la peur » instaurée à la Fédération britannique, British Swimming. Viré avant d’être enrôlé !

Selon Liam Morgan, qui détaille l’affaire pour le site Inside the Games, le Greenwood en question est l’ancien patron (head-coach) de l’équipe nationale de natation handicapée. La BBC, la grande chaîne britannique d’information, a révélé que le programme de performances des paralympiques avait été affecté par un certain nombre de brimades et d’intimidations. En conclusion, le rapport confidentiel sur lequel s’appuyait la BBC estimait que Greenwood était le responsable de ce climat de peur.

Greenwood aurait aussi utilisé des termes péjoratifs pour décrire certains jeunes athlètes, et divulgué des informations médicales confidentielles à un psychologue de l’équipe. Toujours selon la BBC, il exigeait d’athlètes des performances que leur handicap les empêchait d’atteindre (on se demande bien comment), et agissait de manière intimidante. Quelques paralympiques du programme étaient « visiblement stressés » en s’adressant aux enquêteurs chargés de mettre en lumière ces accusations.

Une partie de cette affaire illustre le paradoxe de la haute compétition dans le sport handicapé. Un handicapé peut-il faire de la compétition ? Oui. Doit-il le faire comme un valide ? Oui et non. Peut-on le soumettre à un effort maximal ? Oui, dit le compétiteur. Non dit l’invalide.

Il est remarquable qu’à l’issue de cette saison où le coach utilisa des termes jugés répréhensibles, les nageurs paralympiques britanniques ramenèrent 47 médailles dont 16 d’or et finirent deuxièmes au tableau par équipes. A l’issue de la saison, Greenwood fut élu entraîneur de l’année. Alors?

Des entraîneurs qui houspillent leurs nageurs pour en tirer le maximum, voilà qui entre totalement dans la culture de la  natation. Je ne parle pas seulement de l’Asie, où l’on va plus loin encore, parce que le châtiment corporel fait partie du jeu Le nageur adhère souvent à une telle philosophie, dont il peut estimer qu’elle va lui permettre de progresser.

La frontière est mince entre l’exigence et l’abus. D’après la BBC, Greenwood l’avait traversée…

Chaque natation, chaque génération, ont connu leurs brutes à têtes de coachs (coachs à têtes de brutes ?). Autour des bassins, on nous contait parfois que tel, ou tel, se comportait de façon bizarre, abusive, violente, avec ses nageurs. Les comportements limites étaient rares. D’ailleurs, relevait à ce sujet Catherine Grojean, ex-championne de France et ancienne directrice d’Arena, « ce sont généralement de mauvais entraîneurs. » On m’a récemment fait suivre une vidéo d’entraînement où un entraîneur fait une grosse voix pour virer son nageur de demi-fond. Il semble que plus d’une personne en a été choquée. Moi un peu seulement. Cela ne me parait pas aller loin. Pas plus qu’une faute de goût, ou qu’un certain folklore dans l’abus de langage alimenté par Philippe Lucas, lequel respecte plus ses nageurs et ses confrères entraîneurs qu’il n’aime le faire paraitre.

Dans le passé, un coach de Villeparisis était considéré comme assez sévère, et un ami m’affirme qu’il se couchait le long du mur de la plage du virage et expliquait à sa nageuse (championne de France) qu’elle ferait mieux de plonger vite sa tête dans le virage, vu que dans le cas contraire, elle prendrait sa main (celle de l’entraîneur) sur la figure.

Plonger vite dans sa culbute pour ne pas se prendre une baffe en pleine poire, c’est une méthode comme une autre, n’est-il pas vrai ? Dans la joute moyenâgeuse, déjà, le lancier qui percutait la quintaine devait lui aussi faire vite, pour ne pas recevoir sur sa tronche l’arme accrochée sur le mât rotatif !

Il était « un peu difficile » d’intervenir pour empêcher ce fonctionnement de coach trop énergique, se souvient Jean-Pierre Le Bihan, qui était directeur technique adjoint à la Fédération française de natation. Pourquoi? Parce qu’à Villeparisis, les parents admiraient le coach en question et approuvaient la méthode : quelqu’un faisait ce qu’ils n’osaient plus, filer le cas échéant un bon coup de pied au gras de leur progéniture. Laquelle ne mouftait pas. C’était le bon temps !

Las, le coach de Villeparisis fut finalement rattrapé par un autre souci, parce qu’assez spartiate avec les nageurs, il pouvait se montrer aussi un peu trop caressant envers ses ondines ; deux jeunes nageuses ayant fait l’objet de son intérêt appuyé, leurs parents portèrent plainte. Il avait dû aller assez loin dans cette autre façon d’avoir la main leste, car elle lui valut sept mois de prison.

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