LAUREN BOYLE, PASSEE COACH, ANALYSE LES FAIBLESSES DE LA NATATION NEO-ZELANDAISE

LAUREN BOYLE, PASSEE COACH, ANALYSE LES FAIBLESSES DE LA NATATION NEO-ZELANDAISE

Eric LAHMY

Mardi 26 décembre 2017

Le 22 décembre, une équipe néo-zélandaise de dix-neuf éléments (dont deux plongeurs) a été sélectionnée en vue des Jeux du Commonwealth. Malgré l’optimisme des entraîneurs et des accompagnateurs, on ne saurait s’attendre à plusieurs médailles pour les Kiwis. Depuis dix ans, les chances néo-zélandaises de podium avaient un nom, Lauren Boyle. A trente ans, suite à une blessure, elle s’est retirée de la compétition…

…Lauren Boyle, une ancienne championne du Commonwealth (sur 400 mètres en 2014), spécialiste du demi-fond et meilleur représentant néo-zélandais de natation des deux sexes, ces dernières olympiades, est passée entraîneur.

Boyle est une nageuse d’exception dans un pays qui, malgré sa proximité avec l’Australie, n’en produit guère beaucoup. Dans la lignée de Danyon Loader, double champion olympique, de Jean Stewart-Hurring et de Rebecca Perrott, rares médaillés dans les compétitions internationales, elle n’a pas attendu plus de quatre mois après sa retraite sportive pour replonger, non plus dans l’eau, mais le long de la plage des bassins de natation.

Trente ans, était-ce la limite d’âge ? On ne dirait pas. La cause de son départ à la retraite est une (assez rare chez les crawleurs) blessure à une hanche qui avait entravé sa préparation à l’approche des Jeux de Rio, exigé une opération et l’empêchait, a-t-elle expliqué, de nager au niveau qu’elle ambitionnait.

Boyle, en fait, est désormais une employée  de la Commonwealth Bank d’Australie, à Auckland ; elle reste en relation avec son sport de prédilection en tant que mentor de l’équipe « Jet Star Super Swim », qui accueille les jeunes nageurs les plus prometteurs de la plus grande zone urbaine de Nouvelle-Zélande.

Le terme de retraite, pour un nageur professionnel, n’a pas le même sens que pour un travailleur classique. La retraite à vingt-neuf ans ans ne laisse pas de moyens d’existence, sauf si l’on s’appelle Michaël Phelps, dont la fortune est estimée à 79 millions de dollars (source : David Long, Sunday Star Times), ce qui, à condition de ne pas dilapider et de judicieusement investir, permet d’aller jouer au golf et de voir venir.

Lauren Boyle n’était pas une nageuse précoce, un phénomène à la Katie Ledecky, Missy Franklin, Ian Thorpe ou encore Michaël Phelps. « Je n’ai jamais été si forte que ça », dit-elle, et a beaucoup nagé avant, à 14 ans, de battre ses records de jeunes néo-zélandais. Elle a construit l’essentiel de son palmarès à vingt ans passés, ce qui est rare en natation. Malgré son mètre quatre-vingt-trois, elle fait assez fragile (avec 67kg). Souvent malade ou blessée, elle admet avoir été poussée par sa passion.

Lui parle-t-on de l’ennui de nager ? Elle réfute l’argument. « Jeune, dit-elle à Stuff, un site néo-zélandais d’informations, tant de choses se passent, pas le temps de s’ennuyer. Au niveau de l’élite, l’intensité chasse tout sentiment d’ennui. Au plus haut niveau international, peu de choses séparent l’échec du succès. On est donc tout le temps dans l’intensité, en train de surveiller ce qui se passe, comment tu te meus dans l’eau, où en sont tes rotations. Quand ton cerveau fonctionne, pas de place pour l’ennui. »

Cette tête bien pleine qui ne pense pas qu’en nageant lui vaut d’avoir décroché un diplôme de business de l’Université de Berkeley, en Californie. Après les Jeux de Londres, à 24 ans, elle hésite au sujet de son avenir. Elle continue et, à 26 ans, elle obtint ses résultats les plus brillants, aux championnats du monde de Barcelone : trois médailles de bronze, sur 400, 800 et 1500 mètres. L’or étant enlevé les trois fois par Ledecky, l’argent par Melanie Costa sur 400, par Lotte Friis sur 800 et 1500 !

En 1974, c’était le titre sur 400 mètres aux Jeux du Commonwealth. En 2015, à Kazan, elle se mélangeait les pinceaux sur 400, par manque flagrant de vitesse, mais enlevait deux fois l’argent, sur 800 et 1500 mètres, effaçant en outre deux records océaniens… La  blessure aux hanches suivrait de près.

Le départ de Boyle a été durement ressenti par la natation néo-zélandaise. D’abord parce que la fille, quand elle était en bonne santé, signifiait : espoir de médailles. Ensuite parce qu’ « une réduction financière significative » des fonds affectés à la Fédération néo-zélandaise de natation (Swimming New Zealand) a suivi presque directement la blessure à la hanche de Lauren Boyle et par les contre-performance olympiques qui s’en sont ensuivies, à Rio. Pour faire court, la dotation gouvernementale à la natation passa de $1,3 million à $900.000.

…Un seul être vous manque…

Interrogée au sujet de l’équipe néo-zélandaise actuelle, Boyle n’a pas caché que les succès n’étaient pas possibles sans aide financière aux nageurs… et que la façon dont cette aide fonctionne pose un problème complexe.

“On ne peut réussir sans argent – un bon nageur avec beaucoup de talent peut surgir des rangs dans le secondaire et recevoir une bourse d’études aux USA. Une fois que vous êtes 12e au monde dans votre épreuve individuelle, alors vous pouvez recevoir une aide, la PEG (Performance Enhancement Grant), que vous attribue le High Performance Sport de Nouvelle-Zélande. Il s’agit d’un fonds omnisport. Si vous regardez le mode de fonctionnement du High Performance Sport New Zealand, est-il imparfait ? Le concept est bon. La structure pyramidale est nécessaire. L’argent part du High Performance Sport NZ vers les organisations sportives nationales, et s’il y a des problèmes à ce niveau, comme un manque de managers de qualité ou de décideurs, alors, je ne sais pas, il peut y avoir là des problèmes. »

A ce second niveau, la question, ajoute-t-elle, est une question d’équilibre : « Si vous ne coupez pas les ressources destinée à l’entraînement, alors, devez-vous couper du côté des fonds de l’administration ? Le sport néo-zélandais semble avoir le chic pour bâtir une infrastructure qui sert l’institution au moins aussi bien que les « clients » que sont les athlètes. Selon moi, on devrait couper dans les ressources managériales, et non pas dans l’interface piscine, mais c’est difficile. »

Un autre souci, toujours selon elle, nait dans l’approche insulaire du sport Kiwi. « M’est avis qu’on n’est pas une meilleure nation de natation parce que la culture sportive n’est pas devenue globale. Même si le monde est devenu petit maintenant, en termes de portée technologique, au niveau du sport, la Nouvelle-Zélande est assez insulaire. Le sport au quotidien nous donne un assez bel aperçu de cette culture. Les jeux d’équipe sont plus prisés que les sports individuels. Je pense que les media de Nouvelle-Zélande ont une mentalité presque exclusive. Je ne regarde pas trop la télé, mais si je me tourne vers les nouvelles du soir, la couverture du sport, c’est, vous savez, Andrew Saville avec ses trois histoires de rugby. Ces infos sont dominées par ce qui se passe au niveau régional, et un peu par quelques nouvelles de rugby international. C’est très étroit et je pense que cela affecte les autres sports. La natation est un sport global extrêmement compétitif, j’imagine que les media ne s’y intéressent pas et les familles néo-zélandaises n’y sont pas exposées. » 

« Les Néo-Zélandais idolâtrent les rugbymen, beaucoup de gens veulent être de grands joueurs de rugby et cela draine beaucoup de talents en-dehors de la natation et des autres sports. Mon ambition de nageuse vint de ce que je vis Danyon Loader gagner ses médailles d’or aux Jeux olympiques, il y a donc eu là quelque chose né du fait de voir un autre Kiwi gagner. Quand les media ne couvrent pas les événements, il n’y a pas d’argent. Imaginez Lydia Ko (néo-zélandaise, phénomène du golf, numéro un mondiale à 14-15 ans) nageuse. Les choses seraient différentes. »

Lauren Boyle a sans doute raison. Cette grande nageuse n’a pas volé son diplôme de business. Mais l’expérience néo-zélandaise nous parait moins limitée qu’elle ne le dit. En changeant certains paramètres (et par exemple le mot rugby par le mot football), son analyse pourrait ainsi servir dans un pays qui affecte une forme hexagonale.


Also published on Medium.

0 comments:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *