LE BONSOIR DE CLEMENT MIGNON

Eric LAHMY

Vendredi 7 Décembre 2018

« Bonsoir à tous,

A 25 ans, j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière en compétition. Certains pourront dire que c’est tôt pour arrêter mais il était difficile pour moi de prendre du plaisir ces derniers mois. J’ai connu des victoires et des défaites, des joies et des peines mais je me retire sans regrets car la natation m’a beaucoup apporté 😌

C’est une page qui se tourne et je tiens à remercier toutes celles et ceux qui m’ont accompagné durant ma carrière : entraineurs, médecins, kinés, partenaires (particulièrement MP Michael Phelps France pour leur intérêt et leur soutien sans faille) et mes co-équipiers du Cercles des Nageurs de Marseille  également. Enfin je tiens à vous remercier, vous qui me suivez depuis le début de près ou de loin. Vous avez toujours été présents dans les bons, comme dans les mauvais moments 🙏

C’est donc loin des bassins et loin du chlore que j’ai décidé de nourrir de nouvelles ambitions et de nouveaux projets …

Merci à tous pour votre soutien 🤗 je ne l’oublierai jamais !

Clément. »

Tel est le texte par lequel Clément Mignon a annoncé sur son site officiel son abandon de la natation…

…Clément Mignon n’avait pas été aux mondiaux 2017,  Budapest. Mais on l’avait retrouvé aux championnats d’Europe de Glasgow, ou bien était-ce son fantôme, interrogeait Stefano Arcobelli, le chroniqueur italien qui s’est fendu d’un joli article le concernant : car, quand dans la série du relais quatre fois 100 mètres, il eut signé un bien triste temps de 50s07, à deux secondes de son record, il dut se sentir coupable de la non qualification de l’équipe de France.
La Grèce précéda de 27 centièmes le quatuor qui en d’autres temps régnait sur le monde, luttait avec les Américains, les Australiens et les Russes pour les honneurs ultimes.
Est-ce à cet instant que Clément Mignon décida d’arrêter, de dire stop, comme il vient de l’annoncer ? Quatrième sprinteur français de l’histoire avec un temps de 48s01, il avait nagé en séries des Jeux de Rio en 48s57, puis il avait joué sa partie dans la course qui allait donner l’argent aux Français. Un peu avant les Jeux, il avait obtenu le bronze individuel, en 48s36. Lorsque Manaudou, Gilot et tutti quanti se retirèrent du jeu, et quand Jeremy Stravius connut des hésitations et( des coups de moins bien, c’était sur Clément Mignon que l’on pensait devoir s’appuyer désormais, et assurer la transition.
A 24 ans, de nos jours, on n’est plus un jeune nageur. Mais on n’est pas encore assez vieux pour ne plus pouvoir envisager que la retraite. D’innombrables aventures personnelles le montrent et Jeremy Stravius, qui a cinq ans de plus, fait un audacieux pari en sens contraire après avoir donné l’impression de vouloir rayer les heures de piscine de son emploi du temps.
La natation au niveau où elle se pratique à l’international, est une ascèse, une forte exigence. Etudier l’informatique, la nouvelle direction qu’a décidé de prendre Mignon, cela aurait été jouable dans le cadre très entouré d’une université anglo-saxonne, mais la France a raté il y a trop longtemps ce virage de l’éducation où se sport joue sa partition. Mignon avait senti dans l’après Jeux olympiques, avec son long séjour australien et les résultats décevants qui suivirent, ce qu’il a appelé « une spirale négative. »
Maîtresse exigeante, la natation ne vous rend pas toujours les efforts que vous faites pour elle. En 2017, Mignon avait beaucoup nagé sous la férule de Mathieu Burban, augmentant largement son temps dans l’eau, son kilométrage, de 40-50 km à 70-80 km hebdomadaires. Gros effort psychologique et physique, mais qui eut un sens s’il avait préparé des courses de demi-fond. A l’arrivée, comme il l’avoua à Laurent Lahontan pour SwimSwam en décembre 2017, quoiqu’infatigable à l’entraînement, il nageait un 100 plus lentement. Comme disait l’Australien Mitt Nelms de ce type de préparation, ce chat avait été préparé comme un chien.
Ce genre d’aventures laisse des traces et Mignon n’a pas été la seule victime de ce type d’approche.
L’année suivante, après quatre ans de Cercle des Nageurs de Marseille, Mignon partait avec la bénédiction de son club en Australie, dans le Queensland, plus exactement à l’Université de Bond., et il semble qu’il ait beaucoup apprécié l’expérience auprès de l’entraîneur Richard Scarce et de nageurs de qualité comme Cameron McEvoy, Madeleine Wilson, Matt Stanley, Alex Graham
Sprinter de talent exprimé un peu tard, retraité un peu tôt, Clément Mignon aura connu une carrière trop courte, au regard de notre époque. Il rejoint ces grands nageurs trop vite éloignés des bassins pour exprimer durablement leur énorme potentiel comme Yannick Agnel ou Florent Manaudou, dans un type de scénario qui menace d’ailleurs de se reproduire avec Jordan Pothain et Damien Joly. Il part sans doute à un mauvais moment, pour la natation française, dont il aurait pu être le leader naturel – en sprint.

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