LE NEUVIÈME CANDIDAT – LES POSTULANTS À LA DTN SE MULTIPLIENT DE TROIS À HUIT… JACQUES FAVRE, QUI S’EST TOUT JUSTE RETENU D’AJOUTER SES PROPRES PRÉTENTIONS, SE SOUVIENT DE SES DEUX ANNÉES AU POSTE…

Éric LAHMY

Jeudi 30 Juin 2017

Le nombre des candidats à la Direction technique de la Fédération française de natation a bondi, qui est monté de trois à sept la semaine passée, huit aujourd’hui. Pourquoi ? Au Ministère, on prétend que Gilles SEZIONALE aurait été déçu de ne trouver que trois noms de candidats au poste et demandé de retarder les délais de candidatures jusqu’au 30 juin (et donc aujourd’hui). Par ailleurs, on suggère que c’est le ministère qui a manœuvré en l’occurrence, n’ayant pas été convaincu par les trois candidats.

On désirait nommer un DTN pour huit ans (sept si ça continue de piétiner) et l’âge de deux prétendants, 62 ans pour Philippe DUMOULIN, 59 ans pour Richard MARTINEZ, aurait troublé l’autorité de tutelle. Faudra-t-il envoyer Francis LUYCE à la direction des sports pour qu’il y explique qu’on peut être (plus ou moins) fringant à 70 ans ?

Ici, on ne sait plus trop bien où se trouve le souhait de SEZIONALE de vouloir Laurent GUIVARC’H, s’il lui suscite des rivaux pour s’assurer que le poste le plus risqué de la natation français attire encore les vocations. A méditer…

La farce serait qu’après avoir auditionné les nouveaux impétrants, le ministère proposerait une short-liste dans laquelle ne se trouverait pas le nom de GUIVARC’H, dont la prestation, décontractée jusqu’à la désinvolture, à la veille d’un départ pour le Japon, aurait indisposé le jury ministériel. Allons bon…

Parmi tous les postulants, un qui hésite quand même un peu, mais se juge digne de tenter le coup, je vous le donne en mille, c’est Jacques FAVRE. L’ancien tenant du titre, viré promptement par SEZIONALE après les élections du 2 Avril.

FAVRE s’est fendu d’une lettre à la directrice des sports, qui a dû bien se marrer (mais elle ne nous l’a pas dit).

QUAND L’ANCIEN DTN FAIT LA LEÇON

Il s’agit très certainement d’une entreprise qui, si elle était sérieusement envisagée, aurait le moins de chances d’aboutir, ne serait-ce que parce que FAVRE avait mené campagne pour LUYCE contre SEZIONALE, jusqu’au 2 avril, une action que l’actuel président élu ne lui pardonnera pas. Mais dans ce document, FAVRE se donne la liberté d’agacer ceux qui l’ont écarté, presque de faire la leçon.

« Évincé depuis le 2 avril dernier du poste de DTN de la Fédération Française de Natation après deux ans d’exercice,… suite aux élections fédérales, ma mise à pied est intervenue sans entretien de la part du Président et/ou de son premier vice-président, alors qu’à aucun moment ma possible éviction n’avait été évoquée, se plaint FAVRE. Cet usage brutal, d’un autre temps, met en exergue la précarité du statut des DTN et montre la limite de la continuité de l’action publique. En tant que représentant de l’Etat, le DTN devrait être protégé au regard de la responsabilité qui lui incombe dans l’orientation des financements publics et dans le management des cadres techniques dédiés aux fédérations. »

Jacques FAVRE estime ainsi avoir été victime d’un « procès en sorcellerie ». De quoi s’agit-il ? De sa non appartenance au corps des cadres techniques et de sa connivence forte avec le Cercle des Nageurs de Marseille.

…Autant le dire tout de suite. Publier le point de vue de FAVRE n’est pas y adhérer. Mais donner son opinion… en la prenant comme le produit d’un regard devenu extérieur, après avoir été privilégié, dans le monde de la natation, ou du moins de la fédération, me parait légitime.

« LES NOUVEAUX DIRIGEANTS DE LA FÉDÉRATION NE SONT PAS SI NEUFS »

FAVRE suggère – ce n’est pas faux –que les nouveaux dirigeants de la Fédération ne sont pas si neufs qu’on le prétend : « j’ai laissé s’exprimer les « nouveaux » dirigeants de la FFN sur leurs « nouveaux » projets, dit-il, et ses réserves concernant leur nouveauté se distinguent dans l’emploi des guillemets. Pourtant ces derniers avaient entériné par leur vote unanime tous les programmes techniques et sportifs structurants présentés par la DTN en assemblées générales de 2015, 2016 et 2017. »

Bien entendu, ce n’est pas forcément en contrepoint de ses programmes « structurants » que SEZIONALE and co l’ont écarté. FAVRE a orchestré le blog du président candidat, avant les élections du 2 avril, donc agi contre ses adversaires, lors d’une campagne très dure, marquée de quelques coups bas du pouvoir en place. Il avait donc quitté en l’occurrence la réserve à laquelle sa position aurait dû le contraindre. Bref, il s’était déporté un peu, beaucoup, hors des clous.

QUAND MARSEILLE CERCLE AUTOUR DE PANTIN

Dès lors, FAVRE a beau  s’élever contre « une forme d’omnipotence présidentielle dans la gouvernance des fédérations et … les tendances corporatistes du monde du sport », l’ « omnipotence » du président vient de sa situation d’élu (pas du peuple, je dois l’admettre dans le cas de la FFN), alors que le DTN est un contractuel nommé et donc révocable (1). Il n’est pas sûr, comme le dit encore l’ancien DTN, que «  le déploiement des actions de la Fédération Française de Natation soit altéré par l’incapacité des membres du Bureau fédéral et du Comité Directeur à mener et à assumer une politique commune, », mais il est certain qu’à l’avenir l’argument du « président Luyce qui pèse sur les dossiers » ne pourra plus être évoqué. Il s’agira, pour SEZIONALE et ses amis, passés en première ligne, de conduire LEUR barque habilement…

Mais bon, l’idée avec laquelle s’amuse FAVRE, c’est : « puisque le poste de DTN auprès de la Fédération Française de Natation est de nouveau ouvert », de présenter à nouveau sa candidature. La bonne farce jouée à la rue Scandicci serait même galéjade, plus, galéjade marseillaise, car à côté d’une candidature de Romain BARNIER, elle aurait fait deux prétendants phocéens au siège directorial de la rue Scandicci, à Pantin. Qu’est-ce qu’on s’amuse !

FAVRE ne se cache pas d’avoir beaucoup aimé ses années de patron des techniciens, où, « en rupture avec les mœurs séculaires de la FFN », il « essaie de poser les jalons d’un management différent dont les effets, comme dans toute conduite du changement, devraient porter leurs fruits à moyen terme. Mon engagement a été total et constant. Il correspond aux valeurs inclusives que je porte. Je n’ai pas pu aller au bout de mon action. »

La lettre de FAVRE survole bien trop les faits, selon moi, dans sa rédaction, planant à hauteur de concepts, pour qu’on puisse la rattacher indubitablement à certains épisodes connus de son action, même s’il parait vouloir se dédouaner d’avoir conduit l’équipe de France de Rio à son échec (assez prévisible et très relatif, quoi qu’on ait pu dire ici ou là) dans un mouvement de « c’est pas moi, c’est les autres » discutable. Il accuse « un défaut de solidarité de certains dirigeants en place et… un manque de relais dans les régions soit par défiance, soit par négligence, soit par défaut de synchronisation de la politique commune sur les territoires. »

LES REPÊCHAGES, RENVERSEMENT OU RENIEMENT ?

Oublions le désastreux épisode des repêchages, sur lequel il refuse toute contrition, ajoutant même : « Je ne me dédouane pas des sélections de Rio ! J’assume avoir « renversé la table » pour essayer de présenter la meilleure équipe de nageurs et d’entraîneurs de l’olympiade pour représenter la France. Je n’ai aucun regret sur la sélection », ce qui oblitère l’effet négatif sur les nageurs de ce « renversement », en fait un reniement !

Oublions donc… Et admettons, ou feignons d’admettre.

« Malgré le discours d’apaisement des « nouveaux dirigeants », continue FAVRE, les résultats des élections laissent une fédération divisée sur les territoires et une Direction Technique Nationale encore une fois fragilisée. Le projet de déconstruction aujourd’hui en œuvre à la FFN, sur le mode participatif porteur du renouveau dans la gouvernance sera, encore une fois, contre-productif. La Direction Technique de la Fédération Française de Natation a déjà sécurisé une grande partie des actions pour l’olympiade à venir et s’est organisée, sous mon initiative, en maillant les nouvelles régions avec une équipe de Directeurs Techniques Régionaux. »

Disons cependant que son successeur  (quoique simple intérimaire) s’est attelé illico à la tâche de détricoter certains détails de son action. Il faudra y revenir.

FAVRE évoque son programme des jeunes (Gavroche), son projet de performance fédéral (PPF) dont il estime qu’ils « offrent une stabilité à l’institution. » Et d’ajouter : « La philosophie inclusive que j’ai préconisée pendant deux ans, en rupture avec les archaïsmes d’exclusion liée à la pratique du haut niveau est le cœur du débat. Le sport ne doit pas être vécu comme un sacerdoce expiatoire et personnel, comme une forme d’ascétisme du moine athlète, mais comme une expérience singulière et duale vers la réalisation créative du duo entraîneur/entrainé. »

INSCRIT EN CREUX DANS LE PROGRAMME DE SEZIONALE

« Au-delà de la pratique compétitive, une fédération ne se dirige pas comme une PME, le résultat ne se mesure pas uniquement au nombre de médailles olympiques ou de nouveaux licenciés, il devrait se mesurer aussi à l’aune [de] son impact sur la société. La prise en compte de l’impact social et citoyen du sport, en particulier à travers le plan « j’apprends à nager » ne se résume pas à la multiplication d’opérations sur des plages et à des incitations financières pour les clubs mais plutôt par des actions visant à accompagner des publics en difficulté plus éloignés de nos associations, il en va de la cohésion sociale de notre pays et non pas de la croissance du nombre de licences nouvelles. »

Les enjeux que propose ici FAVRE s’inscrivent parfois un peu trop clairement en creux dans ce que le programme sportif de SEZIONALE a eu l’air de négliger ou n’a pas voulu aborder, comme la formation de dirigeants, et d’entraîneurs, ou la refonte de la loi de 1901 (vaste débat), mais il parait persuadé que « les DTN au cœur des fédérations, pourraient être la clé de voûte au service de cette grande ambition commune, leur position est centrale, leur statut ne devrait pas être fragile. À quelques semaines de l’attribution des JO de 2024 à la France, notre pays est aujourd’hui une nation de sportifs, mais pas encore une nation sportive ; elle le deviendra certainement avec l’effet accélérateur des JO mais surtout en inscrivant le sport dans notre schéma sociétal à travers le sport santé, le sport en entreprise et en installant des politiques volontaristes fortes luttant contre toutes les formes de discrimination. Le chemin est encore long, pour la FFN, je pense être apte à le tracer en mettant en partage des idées novatrices issues de différents modèles de pensée, c’est aujourd’hui la seule méthode pour dépasser les limites de notre système qui appartient à l’ancien monde. Mais l’absurdité de la situation actuelle et la violence de l’interruption de ma mission pour des motifs, semble-t-il, « politiques » par les nouveaux élus de la FFN me pousseraient à reprendre à mon compte la réplique célèbre de Bartleby (2) : « je préférerais ne pas…»

Bien sûr, d’aucuns pourront songer qu’à travers une telle production littéraire, FAVRE rend au « système » la monnaie de sa pièce. Il semble prendre en riant le Ciel à témoin : « Je ne fais pas de règlement de comptes je note l’absurdité du système. Perdre un an encore c’est perdre 4 ans… »

 

(1). Il n’y a pas d’omnipotence, il y a la position de l’élu, intouchable pendant la durée de son mandat, plus forte que celle du contractuel. On sait ou on se sait pas (mais j’aime trop le raconter pour ne pas le raconter à nouveau), que le premier DTN de la natation française, nommé par le Ministère contre la volonté de la Fédération, Pierre BARBIT, ne put jamais ne serait-ce qu’entrer au siège de l’avenue Gambetta où les « fédéraux », comme dans tout bon western qui se respecte, ne lui attribuèrent jamais de bureau. En 1962, le Ministère jeta l’éponge et Lucien ZINS fut nommé.

(2). Personnage tragi-comique, super-héros de la passivité, d’une nouvelle d’Herman MELVILLE.

 

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1 comment:

  1. LEPAGE

    De par son vocabulaire, il est tout à fait dans l’air du temps. Quant à Gavroche, malheureux symbole car ce personnage finit une balle dans le buffet sur une barricade.
    Le peu que je sais sur le progrmme sportif en cours, est que pour les jeunes nageurs c’est un peu la pagaille, si j’en crois les entraîneurs. Je ne connnais pas de manière douce de virer quelqu’un. Il suffit de voir les entraîneurs et dans les entreprises.
    Nous avons raté notre intégraton dans la natation scolaire et la disparition de l’E.N.F. première mouture qui fut un réel succès après le reste c’est du blabla.

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