LE « SCANDALE » DU WATER-POLO, C’EST BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN !

Éric LAMY

Samedi 16 Avril 2016

Ayant battu les poloïstes français dans le cadre des sélections olympiques, les Canadiens, dans un premier temps satisfaits, hurlent maintenant  au voleur. Ils estiment que notre équipe a fait exprès de perdre ce match dans le but de rencontrer une équipe qui leur convenait mieux que celle qu’ils auraient dû affronter en tant que vainqueurs.

Au moment de leur rencontre, le 8 avril, Canadiens et Français étaient assurés de jouer en demi-finale. Leur match devait seulement déterminer l’identité de leur adversaire suivant. Le vaincu affronterait les Pays-Bas, le vainqueur l’Espagne. C’est ainsi que le lendemain la France se qualifia en abattant les Pays-Bas et que l’Espagne réduisit à néant les possibilités de qualifications des joueurs à la feuille d’érable.

Après coup, en y réfléchissant, les Nord-Américains furent pris du soupçon qu’ils s’étaient fait manœuvrer par plus malins, et qu’en perdant volontairement un match de poule, les Coqs l’avaient joué fine.

Au départ de ce mouvement pétitionnaire ayant ramassé des milliers de signatures, David Hart, 64 ans, un joueur et coach retraité de water-polo. Sélectionné olympique dans les équipe canadiennes entre 1976 et 1984, coach assistant de l’équipe féminine de son pays en 2000, ce brave garçon, ulcéré de voir son pays écarté des Jeux crie vengeance. Les Français ont laissé filer le match, c’est antisportif, ils ne doivent pas partir à Rio, dit-il.

Même si la FINA, dont le Directeur n’est autre qu’un ancien poloïste, M. Marculescu, qui n’en est pas à une roublardise près, a annoncé une enquête, on voit mal à quoi elle aboutirait. Tout le monde sait bien que pas une équipe n’ignore la composition de son tableau et ne suppute les rencontres suivantes en fonction du résultat du match en cours. Cette connaissance fait partie du jeu exactement comme un joueur d’échec prend le risque de perdre un pion pour prendre la reine de l’adversaire, etc.

Un précédent a été invoqué pour soutenir la demande d’Hart, celle de trois équipes asiatiques de badminton, Corée, Chine, Indonésie aux Jeux de Londres, en 2012, mais il ne tient certes pas la route. C’est la façon ostentatoire dont ces doublettes de badminton perdirent qui leur valut de copieux sifflets d’un public qui avait d’ailleurs payé fort cher les places sur les travées, puis la réprobation des télés qui avaient déboursé des millions pour retransmettre le spectacle affligeant de demoiselles qui faisaient exprès d’envoyer le volant dans le décor, enfin la réaction du CIO. Ces filles mal inspirées ne pouvaient par cette façon un peu idiote, disons-le, de déjouer, que s’attirer une sanction exemplaire.

LE PRÉCÉDENT DES HANDBALLEURS

Les poloïstes français ne se sont pas laissé, semble-t-il, compromettre dans une telle situation. Ont-ils laissé filer ? Ou se sont-ils abstenus de se placer avant le match dans une situation de « do or die » parce qu’il n’était pas essentiel de gagner ? Tout est dans le comportement, dans l’apparence.

Il est insolite d’entendre un coach canadien s’insurger au sujet d’un match perdu par son équipe, mais surtout cela semble être un mouvement désespéré, et voué à l’échec. Comme le souligne très justement Clémentine Blondet dans L’Equipe, « il n’y a pas de règle écrite obligeant une équipe à faire tout son possible pour gagner une rencontre. » On pourrait même ajouter qu’il est impossible de vérifier qu’une telle obligation a été respectée… Comment dire qu’un échec est dû à une contre-performance plutôt qu’à une décision volontaire de perdre ?

En fait le douteux précédent qui pourrait être invoqué en l’occurrence serait plutôt celui des handballeurs français qui avaient perdu volontairement un match alors que leurs emblématiques joueurs avaient fait parier leurs conjoints de fortes sommes… sur leur défaite ! On n’en est pas là avec nos poloïstes.

PERDRE PEUT ÊTRE BON POUR LA SANTÉ : L’HISTOIRE DE LITTLES ET TILLMAN

L’histoire des joyeux perdants dont je ne saurais dire si nos chers poloïstes sont, est moins exaltante que celle des vainqueurs, mais parfois beaucoup plus amusante! Je ne vous en raconterai qu’une, mais c’est de loin la meilleure. Elle concerne la boxe. Le 20 avril 1984, dans le tournoi des National Golden Gloves, sorte de championnat des Etats-Unis de boxe amateur, le tableau de 32 combattants des poids lourds de 200 livres (91kg)était réduit après quatre journées à quatre demi-finalistes (donc deux combats). L’un des deux vainqueurs de ces demis, Jonathan Littles, ayant éliminé son adversaire, Henry Tillman, aux points, crut bon de se livrer sur le ring à des manifestations de joie d’une bruyante exubérance. Le vaincu, Tillman s’approcha de Littles et lui dit alors : « veux-tu cesser de fanfaronner? Tu crois que tu as gagné parce que tu es le plus fort ? Non, tu as gagné parce que tu est un c.. et que je t’ai laissé gagner. Et tu sais pourquoi ? C’est parce que demain, c’est toi qui vas rencontrer ce gorille en finale. »

Et il désigna le gorille en question, Mike Tyson, qui venait de punir Richard Johnson dans l’autre demi-finale. Le lendemain, Littles, fut mis K.-O., et prit une telle raclée qu’il ne fut plus jamais le même homme. Tillman, lui, devint champion olympique des lourds la même année, disputa trois ans plus tard un championnat du monde professionnel contre Evander Holyfield et… fut finalement mis K.-O. par Tyson, en un round, en 1990, sans faire semblant cette fois, mais pour quelques millions de dollars!

Doit-on préciser que Littles n’a jamais protesté de la défaite volontaire de Tillman aux Golden Gloves?

Ces articles peuvent vous intéresser:

  • WATER-POLO: TRISTES VAINQUEURS ET HEUREUX PERDANTS Samedi 16 Avril 2016 AYANT BATTU LES POLOÏSTES FRANÇAIS DANS LE CADRE DES SELECTIONS OLYMPIQUES, LES CANADIENS, DANS UN PREMIER TEMPS SATISFAITS, HURLENT MAINTENANT  AU VOLEUR. ILS […]
  • POLOISTES FRANCAIS A RIO: LOGIQUE. L’appel de David Hart a été rejeté. Cet ancien membre de l’équipe canadienne de water-polo, avait demandé la disqualification de l’équipe de France de water-polo qu’il accusait d’avoir, […]
  • Enorrrme déception Billet. Hier, sur une chaine de télévision d’informations, cette présentatrice a évoqué une "énorme déception." Finalement, il s’agissait de la médaille d’argent de Renaud Lavillenie au […]
  • YANNICK AGNEL PROPHETE LIBERTAIRE Par Eric LAHMY Lundi 12 Janvier 2015 Et si aujourd’hui, on ne parlait pas de natation ? Alors que les terribles attentats de mercredi dernier ont décimé la rédaction de Charlie […]

0 comments:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


× 2 = huit