LE SPORT, L’ENNUI ET LA DISCIPLINE

Éric LAHMY

Jeudi 2 Novembre 2017

David Owen, dans le blog Inside the Games, a réservé sa dernière chronique (datée de mercredi 1er novembre) au champion du monde français du décathlon Kevin Meyer. Elle commence fort : « je n’avais jamais pensé que l’ennui puisse emmener un individu jusqu’à devenir le meilleur athlète complet de la planète. Et puis j’ai rencontré Kevin Meyer. »

Pour quelqu’un qui, comme moi, a toujours (enfin, depuis l’âge de vingt-cinq ans) estimé que l’ennui pouvait jouer un rôle non négligeable dans la carrière d’un champion, ces paroles étaient dignes de m’intriguer. Comment Owen, un journaliste expérimenté qui, après vingt années au Financial Times, écrit depuis des lustres  sur le sport, pouvait-il ignorer la relation intime entre l’ennui et la réussite sportive ?

Mais la preuve que des phrases peuvent prendre des significations différentes et méritent souvent d’être éclaircies, Owen, immédiatement après, donnait la clé du sens donné au terme ennui, en laissant la parole à Meyer : « j’ai pratiqué une quantité de sports, tennis, rugby, natation. Je me suis toujours ennuyé à l’entraînement. Quand je m’essayai en athlétisme, et que, chaque jour, nous travaillions une autre épreuve, je fus accroché parce que ce n’était jamais répétitif. »

L’ennui auquel je me réfère est différent de celui-ci. C’est ce type d’ennui qui fait que les grands champions sportifs, surtout dans des sports répétitifs comme la natation, sont si rarement issus de grandes villes. J’ai toujours pensé que Paris n’était pas le lieu idéal pour abriter un futur champion, il y a trop de distractions pour un jeune dans une capitale. En revanche, dans un patelin où il n’y a rien à faire…

J’étais encore étudiant quand je rencontrais John Konrads. L’Australien avait été le meilleur nageur du monde et détint à deux reprises, en 1958 et en 1960, les records du monde des 200, 400 et 1500 mètres. Il n’avait pas trente ans quand, travaillant en France, il était venu voir les nageurs universitaires qui s’entraînaient au centre Bullier, à Port-Royal, et je devais être assez au courant, déjà, à l’époque, des exploits des nageurs de son pays. Je dus lui demander pourquoi l’Australie régnait-elle sur la natation. Sa réponse ? « Mais c’est parce qu’il n’y a rien à faire dans ce pays. Les jeunes Australiens s’ennuient, et donc font beaucoup de sport. »

Le point soulevé par Konrads n’est pas faux. Si des tas d’activités encombrent vos journées, il ne vous restera jamais assez de temps pour vous investir dans une action nécessitant beaucoup de temps et un suivi comme, par exemple la natation. Dans le cas de Konrads, cette explication était fondamentale, et on le vit quand, étudiant à Los Angeles, ses performances s’en ressentirent. Alors qu’un Murray Rose, voire, dans une certaine mesure, un Tsuyoshi Yamanaka, dans les mêmes conditions, continuèrent de progresser et de se maintenir au sommet de la natation, Konrads disparut des radars. Et de raconter avec humour : « les Californiennes ont eu raison de ma carrière. »

Donc s’il est vrai que le rôle de l’ennui est fondamental dans la réussite sportive, celui de la discipline l’est autant.

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1 comment:

  1. LEPAGE

    c’est pourquoi je me suis toujours attaché en tant qu’entraîneur à être créatif dans la construction de mes séances. J’ai connu l’expérience de m’entraîner en solitaire une saison, c’est extrêmement difficile. Double peine, surtout quand les copains partent en sortie et qu’on seretrouve seul à enfiler une série raide. Alors faut s’adapter. varier les plaisirs sans quitter le thème. je n’ai pas vu le temps passer. et je regrette car c’est le domaine de l’imagination. Ne jamais faire 2 fois la même chose et atteindre son but.

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