LE VIRAGE LOCHTE PASSE A LA TRAPPE

L’INTERDICTION DU VIRAGE DE LOCHTE

UN COUP D’ARRÊT AUX INNOVATIONS

Les coulées dorsales de Ryan Lochte aux mondiaux de Kazan ont été interdites par la FINA dans un mémorandum. Le technicien et formateur Marc Begotti expose ses raisons de trouver la décision malheureuse. Derrière sa réaction, mon point de vue. E.L.

 

LE POINT DE VUE D’UN TECHNICIEN

« Le virage LOCHTE » vient d’être interdit par les dirigeants de la FINA.

Ce virage de crawl qui consiste à rester sur le dos pendant la coulée pour ne se retourner sur le ventre qu’au moment de la reprise de nage n’est pas en soi une innovation; d’autres nageurs l’ont réalisé avant le nageur américain.

Nombreux sont les nageurs qui ont remarqué qu’une coulée sur le dos permettait de couvrir une plus grande distance et plus rapidement qu’une coulée sur le ventre mais R. LOCHTE est le premier à tirer profit de façon optimale en compétition de ce constat.

La technique du « FOSBURY » et la technique du  « virage LOCHTE » ne sont pas de même niveau en terme d’innovation mais sont de même nature : la recherche « de solutions  techniques » toujours plus efficace.

Ce sont les athlètes qui inventent la technique et permettent à leurs disciplines d’évoluer. Laissons-leur quelque liberté pour s’exprimer en inventant cet aspect du sport, chose en soi magnifique. Que ceux qui, à une époque, ont autorisé l’utilisation de combinaisons plastifiées, mettent un coup d’arrêt au caractère novateur de l’activité individuelle d’adaptation est regrettable.

Imaginons qu’après le saut de FOSBURY les dirigeants de l’athlétisme aient interdit de franchir la barre de saut sur le dos, cela aurait été dommage pour la discipline, non ?

Marc BEGOTTI

 DEUX NAGES LIBRES, UNE EN 4 NAGES

L’AUTRE EN… NAGE LIBRE!

Eric LAHMY

Dans un mémorandum envoyé à ses fédérations membres, la FINA (Fédération Internationale de Natation) s’est efforcée de clarifier certaines règles concernant la natation. L’un des points spécifie que la technique de virage de Lochte, au passage de la brasse au crawl, utilisée aux mondiaux de Kazan sur 200 mètres quatre nages individuel, est interdite. Suite à la brasse, Lochte exécute une coulée sous-marine d’une dizaine de mètres sur le dos et se retourne ensuite en position ventrale pour achever son parcours de crawl.

Sans changer un mot à ses règlements, la FINA a publié une « clarification » – en fait un commentaire de son règlement, en spécifiant ce qui est autorisé en quatre nages après le parcours en brasse et la poussée sur le mur du virage du parcours en crawl.

« D’après la règle SW.9, explique cette « clarification », chacun des styles doit couvrir un quart (1/4) de la distance totale. Être sur le dos après avoir quitté le mur pour effectuer la portion de nage libre de la course de quatre nages revient à couvrir plus d’un quart de la distance dans le style de nage sur le dos, ce qui entraîne disqualification. La nage sur le dos est définie, pour le nageur, comme étant sur le dos. »

Dès les mondiaux de Kazan, des Russes s’étaient élevés contre le virage de Lochte, qu’ils estimaient délictueux. Lochte passa outre ces menaces, utilisa ses coulées dorsales en crawl et ne fut pas disqualifié. Sans le dire, la FINA a critiqué le choix des juges à Kazan, puisqu’elle n’a pas eu besoin d’ajouter un point de règlement pour signifier que Lochte aurait dû être disqualifié.

Or, l’interprétation par la FINA de ses propres règles semble être la source d’autres interrogations.

Premier souci dans cette affaire : si l’on a bien compris, Lochte pourra utiliser ce virage dans les courses de nage libre. Ce qui, donc, entérine le caractère de virage de nage libre de ce virage innovant. Dès lors, puisque c’est un virage de nage libre, pourquoi n’est-il pas licite en quatre nages ?

Bien sûr, dans la vie, on ne peut être tout à fait logique quand les choses se compliquent…

Mais… Ce n’est pas tout. La nage libre, comme son nom l’indique, est une nage plus « libre » que les autres, ce qui fait que sauf pour ce qui regarde la distance parcourue, et en-dehors du fait qu’il faut toucher le mur du virage avec n’importe quelle partie du corps, ses virages ne sont pas légiférés. C’est comme ça qu’on est passé dans le passé du virage demi-fond au Rawls-Weissmuller ou demi-culbute, puis à la culbute… Les crawleurs utilisent donc librement au sortir des virages de nage libre des mouvements de dauphin, qui « appartiennent » au style dit papillon. Sans trop chercher, j’ai trouvé de très jolies ondulations de dauphin de Phelps en finale après la brasse du 200 quatre nages des mondiaux 2003, sans que la FINA ne bronche.

Vu cette liberté de brancher un dauphin de papillon au départ d’un parcours de crawl, on comprend mal que la FINA vienne interdire ces dauphins de dos au départ du même parcours en crawl. La logique sort d’autant moins intacte de ces approximations quand on sait que la FINA a accepté qu’en nage sur le dos, le dossiste, avant de virer, passe dans une position ventrale avant d’effectuer son virage. Ce passage ventral dans les courses de dos crawlé me parait moins tolérable que des coulées de dauphin de dos en nage libre, puisqu’il va à l’encontre de la définition même de nage dorsale du dos ! Plus récemment encore, la FINA a établi que les nageurs de brasse avaient le droit d’effectuent un mouvement de dauphin après leurs départs et leurs virages…

Concluons. Si l’on comprend les clarifications de la FINA, elles ne clarifient rien, sauf à dire qu’il y a deux nages libres, une pratiquée dans les courses de nage libre, une autre pratiquées lors des épreuves en quatre nages, et que ces deux techniques s’excluent…

2 comments:

  1. lodewijk

    Bonjour et merci à tous deux pour vos réactions.

    Techniquement, Il y a bien deux NL, l’une pour les épreuves de NL et l’autre pour les épreuves de 4N puisque l’on lit dans le réglement période 2009-2015 (et avant) :

    « SW 5.1 La nage libre signifie que dans une épreuve ainsi désignée, le nageur peut nager dans n’importe quel style de nage sauf dans les épreuves de 4N individuelles et de relais, où la nage libre signifie tout style de nage autre que le dos, la brasse ou le papillon »

    Mais effectivement, si l’on décide que des ondulations dorsales équivalent à du dos, on a du mal à comprendre en quoi des ondulations ventrales ne seraient pas du papillon. Faut-il s’attendre à ce que les ondulations soient bannies pour le crawl du 4N ?

    Pour le virage Dos Brasse du 4N, il me semble que « chaque partie s’achevant selon la règle de la nage concernée », il est toujours obligatoire de toucher le mur sur le dos avant de dépasser les 90 degrés et d’effectuer la culbute, même si en pratique cela semble très limite.

    Pour moi, le cas le plus emblématique de l’incurie de la FINA est la coulée de brasse. Il y a quelques années, quand les ondulations sont arrivées, plutôt que de réagir on a préféré les autoriser en expliquant qu’une ondulation était « naturelle » au moment de la traction. Dans le réglement ça donne ;

    « SW 7.1. (…) Un seul coup de pieds de papillon (sic) est autorisé pendant la première traction de bras, suivie par le mouvement de jambes de brasses »

    Seulement dans les têtes, ça a donné « une ondulation autorisée pendant la coulée », ce qui fait que dorénavant les meilleurs brasseurs dissocient clairement l’ondulation de la traction, et l’effectuent avant cette dernière. Evidemment, l’ondulation étant « naturelle » pendant la traction, ils la font bien souvent aussi, et voilà comment on passe magiquement à deux ondulations pendant la coulée de brasse. Sans parler du 50 brasse où des nageurs comme V der Burgh et França me semblent en faire beaucoup plus que 2. Mais une nouvelle fois, l’absence de disqualification pour ces motifs donne un sentiment d’impunité absolue aux nageurs et quand on sait à quoi se joue un titre ou un podium…

    1. admin *

      Je trouve tout ce que vous avez dit là extrêmement pertinent.
      La réglementation de la brasse, et la sorte de combat séculaire, incessant, entre l’autorité réglementaire et les couples nageurs-entraîneurs en vue de contourner ces règlements est un pan de l’histoire de la natation qu’on pourrait appeler « gendarmes et voleurs ». Le paradoxe de la brasse, disait François Oppenheim, vient de ce que sa réglementation va à l’encontre de la recherche de vitesse maximale, qui doit être la préoccupation majeure du nageur. Quoique nageur de brasse, je serais assez favorable à sa disparition pure et simple – chose qu’on ne peut évidemment pas faire pour des raisons évidentes que je n’ai pas besoin d’élaborer ici.
      D’où une bonne partie de tous ces tracas viennent-ils ? D’abord de l’histoire de la natation, qui commence par la tentative tâtonnante de maîtriser l’élément aquatique. L’homme n’est pas un mammifère marin, il explore la nage et commence par balbutier. La première nage un peu rationnelle, c’est la brasse. Puis il cherche à améliorer son déplacement et suite à des tas d’étapes, bingo, il développe à la fin du XIXe siècle la nage des Indigènes des mers du Sud, qui devient le « crawl ». Entre-temps, plusieurs personnes détestant mettre leur tête dans l’eau ont contourné la difficulté, et se sont mis à nager sur le dos. D’abord dos brassé, ensuite crawlé. Le papillon est une altération inventive de la brasse.
      Cela donne quoi à l’arrivée ? Des techniques « scories » d’une préhistoire du mouvement roi qui est le crawl. On a voulu conserver ces techniques scories, dépassées, pourquoi pas, et on leur a donné une importance grandissante dans le programme, importance qu’elles ne méritent pas. Sincèrement, je crois que la meilleure solution pour ces techniques était celle utilisée avant 1968, dans laquelle, chacune des « spécialités » avait une course individuelle sur 200 (dos, brasse, puis papillon) et entrait dans une course collective (relais quatre fois 100 mètres quatre nages). En crawl, en revanche, l’ajout de distances variées a bien répondu à une nécessité d’ouvrir le programme aux sprinteurs et aux nageurs d’endurance. Le programme olympique messieurs, 50, 100, 200, 400, 1.500, 5.000 ou 10.000, en crawl, cela me semble parfait.
      La seconde raison de ces tracas est l’existence de limites au champ de pratique de la natation: les piscines. Il n’y a pas de mur de virage dans une course en athlétisme, on court sur une piste circulaire (ou sur route), un point c’est tout. En piscine, négocier le mur est devenu tellement essentiel qu’il est désormais moins important de nager que de virer. Atteindre le mur et le quitter est devenu la pierre de touche du nageur. D’une certaine façon, c’est le mur qui a le plus changé ce sport. Est-ce un bien, est-ce un mal ?

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