LES RISQUES DE L’ENTRAINEMENT EN HYPOXIE

Mardi 3 Février 2015

L’Association Australienne des entraîneurs et des enseignants de natation (ASCTA, Swimming Coaches and Teachers) et la Fédération australienne de natation (Swimming Australia) ont publié conjointement un état des lieux concernant l’entraînement en hypoxie. Ce qui suit est une adaptation des développements publiés par ces deux associations

Selon elles, l’entraînement en hypoxie, particulièrement quand associé à certains exercices censés développer la capacité de nage sous-marine, présente un risque élevé qui peut devenir inacceptable. Ayant à l’esprit le bien-être et la sécurité des nageurs, l’ASCTA et Swimming Australia ont formalisé leur opinion, après une recherche approfondie.

Ce document articule les risques et liste les pratiques qui devraient être suivies par les entraîneurs, les parents et les autres associés avec l’environnement aquatique, afin de réduire les dangers d’un entraînement en hypoxie à un niveau acceptable. Les activités qui devraient être bannies sont aussi détaillées. De quoi s’agit-il ?

L’hypoxie (niveau trop bas d’oxygène) provoque une perte de conscience. La cause d’évanouissements, elle peut résulter d’une rétention de la respiration compétitive, répétitive ou prolongée, le plus souvent quand précédée par une hyperventilation. Une telle manœuvre peut conduire à une hypocapnie, amoindrissement du taux de gaz carbonique (CO2) dans le sang. Or c’est l’élévation du taux de CO² dans le sang qui déclenche le réflexe inspiratoire. Un taux bas de CO² dans le sang induit par une hyperventilation va donc retarder le réflexe inspiratoire, d’où risque accru de plonger dans un état d’hypoxie et de perte de conscience.

L’entraînement en hypoxie est censé améliorer la capacité de nager en dette d’oxygène. Dans la logique d’un entraînement compétitif en natation, on couple les séances de nage avec des distances de nage sous-marine. Le développement de cette capacité apparait indispensable aux départs et aux virages de compétition.

Dans tous les environnements aquatiques, précisent les Australiens : 1. On ne doit jamais nager seul ; 2. Ne jamais s’hyperventiler avant de nager ; 3. Ne jamais ignorer l’impératif de respirer ; 4. Ne jamais pratiquer des jeux ou des défis en apnée. L’entraînement hypoxique n’a pas de place dans l’environnement de l’enseignement de la natation, et guère plus dans la natation de loisir.

Si l’entraînement en hypoxie joue un rôle dans le développement de nageurs de compétition, il doit être conduit seulement dans le respect de protocoles appropriés, sous la stricte supervision d’un entraîneur dûment qualifié. Ces principes sont :

1. Les coaches doivent exiger des nageurs qu’ils n’ignorent jamais une urgence respiratoire ; 2). L’entraînement en hypoxie doit être progressif et correspondre aux capacités physiques et aux talents des nageurs – par exemple ; commencer par des efforts sur 5m, 10m, 15m, etc. – de façon que le nageur développe les talents appropriés et la capacité physiologique. 3) Les coaches doivent s’assurer que des temps de repos adéquats soient pris entre les parcours en hypoxie afin d’assurer une pleine récupération. 4) Les nageurs ne doivent pas s’hyperventiler (prendre des respirations multiples, profondes) avant tout effort sous l’eau ou hypoxique. 5) L’entraînement en hypoxie ne doit pas comprendre d’efforts de durée maximale ou de distances…

L’hypoxie étant définie comme une condition dans laquelle le corps ou une région du corps ne reçoit pas la fourniture adéquate d’oxygène, elle peut être soit généralisée, affectant le corps entier, ou locale, affectant une région du corps. Bien que l’hypoxie soit souvent une condition pathologique, des variations dans les concentrations d’oxygène artériel peuvent faire partie d’une physiologie normale, par exemple pendant un entraînement en hypoventilation ou un exercice physique épuisant.

En natation, l’entraînement hypoxique est utilisé pour améliorer la tolérance des nageurs à une dette d’oxygène. Pour ce, on nage de courtes distances sans respirer.

Les nageurs se trouvent aussi en hypoxie dans un environnement aquatique quand ils effectuent des blocages respiratoires, retenant leur souffle de leur propre initiative ou sur demande, ou lors d’activités subaquatiques.

Comme toute activité, les exercices en hypoxie génèrent des risques inhérents, qui augmentent à mesure que les limites sont repoussées.

RISQUES

L’évanouissement en eau peu profonde, ou évanouissement de la rétention de souffle ou encore évanouissement hypoxique. Il s’agit d’une perte de conscience survenant à la suite d’une privation d’oxygène provoquée par une rétention de souffle prolongée, souvent associée à une hyperventilation pré-submersion.

L’évanouissement hypoxique a initialement touché les plongeurs en apnée qui perdaient conscience en rejoignant la surface après une longue apnée. Cependant, il peut survenir sans submersion : le réflexe inspiratoire, on l’a dit, est  déclenché par le niveau corporel de gaz carbonique (CO²), un déchet métabolique. Des senseurs, dans le cerveau mesurent l’élévation de son niveau dans le sang et déclenchent le réflexe respiratoire quand ce niveau s’élève suffisamment. Dans le même temps que le CO² s’élève, le taux d’oxygène s’affaisse ; la montée du CO² stimule la respiration avant que l’hypoxie s’empare de la personne. Dans la nage et la plongée en apnée, l’hyperventilation volontaire, survenant quand le nageur prend intentionnellement une série d’inspirations profondes, dégage le gaz carbonique par des expirations plus profondes que la normale.

Autant dire que cette manœuvre revient à réduire le niveau de CO² du sang (d’où une hypocapnie) en ne provoquant qu’une augmentation marginale de la concentration d’oxygène dans le sang, ce qui accroit les chances d’évanouissement. Une hyperventilation involontaire peut être provoquée par un effort ou un exercice physique pendant un entraînement qui pousse le nageur au-delà de sa capacité maximale aérobique (VO²max)). On tombe dans un évanouissement hypoxique, quand on a en général retenu son souffle et perdu conscience par manque d’oxygène avant que le niveau de gaz carbonique ne se soit relevé au point critique qui déclenche le signal de la respiration. Si un tel incident survient sur terre, la personne se remettra à respirer une fois le taux de CO² restauré. Mais dans l’eau, réflexe respiratoire involontaire égale noyade ! De bons nageurs ont perdu la vie suite à un évanouissement hypoxique. Ils augmentent les risques en bloquant leurs poumons ou en nageant sous l’eau, spécialement sur des distances ou dans des temps d’apnée qui dépassent leur zone de confort.

ACTIONS

Le danger de l’évanouissement hypoxique de nageurs par ailleurs accomplis et en bonne santé doit être considéré par tous, nageurs, maîtres nageurs sauveteurs, coaches de natation, superviseurs aquatiques, managers de programmes aquatiques dans la mise en place des programmes incluant des entraînements en hypoxie. Ces programmes doivent respecter une approche des risques incluant l’évanouissement hypoxique. Cette évaluation des risques doit précéder toute stratégie, et bien différencier les exercices subaquatiques et en surface. Ces deux types d’exercices peuvent conduire à un évanouissement hypoxique, on doit donc évaluer les risques de telles occurrences.

VARIATIONS

Entraînement hypoxique – en surface et /ou sous l’eau.

Le risque pour un nageur de perdre conscience est moindre quand il est en surface que sous l’eau. En surface, les nageurs sont mieux à même de respirer si besoin est ; immergés, ils peuvent résister à l’urgence de respirer. Toute perte de conscience d’un nageur en surface peut être plus vite appréhendée par les entraîneurs et les sauveteurs, ce qui permet d’intervenir plus tôt. Si un nageur perd conscience dans l’eau, on peut ne pas le remarquer tout de suite.

Les stratégies de réduction de risques : il est prudent de ne pratiquer un entraînement hypoxique qu’à travers un développement linéaire des qualités et talents physiques du nageur – débuter par des efforts de 5, 10, 15 mètres ; une surveillance adéquate, présences de maîtres-nageurs (un nageur ne doit jamais être seul dans l’eau) ; ne pas s’hyperventiler avant un effort hypoxique ou une plongée en apnée ; minimiser les hyperventilations involontaires dans l’entraînement à l’approche d’une séance en hypoxie ou subaquatique ; encourager les nageurs à respirer quand nécessaire et à demeurer près de leur zone de confort ; assurer un repos suffisant et adapté aux besoins du nageur entre les séances hypoxiques ; s’interdire dans les séances en hypoxie les efforts compétitifs de durée maximale, ou des distances en apnée. Les activités subaquatiques qui peuvent conduire à l’évanouissement hypoxique comprennent les séries de distances subaquatiques ou de battements de jambes subaquatiques, les compétitions de durée en apnée. Dans tous les cas, les risques sont élevés. Une fois ramenés à la conscience, les accidentés peuvent souffrir de dommages cérébraux ou d’infections respiratoires. Enseignants et entraîneurs devraient être informés des dangers et comprendre les risques de l’entraînement en hypoxie. Et les nageurs de la nécessité de  remonter en surface et de respirer, de ne jamais résister au besoin de respirer. Une seule inspiration profonde devrait être permise avant une submersion. L’évanouissement hypoxique est relié à l’hyperventilation. Les exercices subaquatiques devraient débuter les séances quand les nageurs ne sont pas près de leur pleine capacité aérobie (VO²max). Une récupération, variable selon les nageurs, toujours supérieure à deux minutes, devrait être allouée avant un autre parcours subaquatique. Aucune compétition, aucun défi de distance ou de temps passé sous l’eau ne devraient être effectués.

L’hypoxie et l’âge. La capacité pulmonaire diminue avec l’âge. L’entraînement en hypoxie ne convient pas à l’athlète plus âgé dans la mesure où aucun entraînement en hypoxie n’améliore ses capacités respiratoires. L’effet hypoxique de respirer une fois tous les sept temps pour un jeune est similaire à une respiration sur trois coups de bras pour une personne âgée.

Pour avoir accès au texte australien, riche notamment de nombruses références : http://www.swimming.org.au/visageimages/1_SAL/Coaching_hub/Hypoxic_Training_Policy_Position.pdf

2 comments:

  1. papito

    bonsoir ! selon vous quelle est la différence entre un entrainement en Apnée et un entrainement en hypoxie pour un nageur ? merci

    1. Eric Lahmy *

      Attention, je ne suis ni un entraîneur, ni un scientifique, seulement un littéraire doté apparemment d’un cerveau. Pour moi l’entraînement en apnée, absence de respiration, permet d’atteindre un état d’hypoxie, carence en oxygène. Comme tout entraînement, il est censé provoquer une réaction de l’organisme, en l’occurrence, une possibilité, en compétition, de résister plus longtemps à la carence d’oxygène induite par un grand effort. L’entraînement en apnée est assez ancien. François Oppenheim, en 1965, dans son livre « Natation », exposait la théorie et la pratique, par les nageurs australiens, du travail en apnée. Les entraîneutrs, conduits par Cureton et Carlile dans les premières années d’après la Seconde Guerre mondiale, estimaient que ce type d’entraînement développait le coeur droit. La triple championne olympique du 100 mètres nage libre Dawn Fraser réalisait ainsi des séries de 50 mètres nagés en apnée… Comme chez les nageurs de compétition, la première fatigue est asphyxique et non cardiaque, il semble que la capacité de résister à cette asphyxie soit « stratégique » dans la réussite du nageur…

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