LEVEAUX FAIT DES RONDS HORS DE L’EAU

Amaury Leveaux. SEXE, DROGUE ET NATATION. Un Nageur Brise l’Omertà. Fayard éditeur. 18€.

Par Eric LAHMY                                                       Mardi 21 Avril 2015

Les nouvelles arrivent trop vite. Tiens, par exemple, tout en apprenant qu’Amaury Leveaux vient de publier chez Fayard une autobiographie qu’il n’a sûrement pas écrite mais dont je présumais qu’elle intéressait sa vie de nageur, j’ai à peine le temps de penser : « il faut que je lise ça », on m’explique que ce farceur n’aurait retenu de ses années slip de bain que le triptyque sexe, cocaïne et… et quoi, déjà ? Et natation. Ah ! Quand même… Et du coup, ça m’intéresse beaucoup moins.

Pourquoi, pendant une demi-seconde, ai-je voulu lire ce pensum ? Parce que je me suis imaginé durant ce laps de temps très bref, mais bien employé (j’ai un cerveau comme des ailes d’oiseau-mouche, à 200 battements par seconde) que j’allais apprendre comment un enfant des quartiers de Belfort, abandonné tout gamin par son père, élevé par une mère seule et faisant des ménages, avait été sauvé (suis-je naïf) par ce sport. Comment il avait vécu ses années mulhousiennes, puis parisiennes. Ses joies, ses peines. Une réflexion sur le haut niveau en natation. Bon, je ne savais pas trop bien si ce genre de préoccupations atteignait son cerveau… Mais j’y ai cru, vous dis-je, une demi-seconde. Il y a peut-être cela, dans son livre, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils n’essaient pas de le vendre par ce bout-là…

Cela dit, j’ai tendance à me méfier, c’est toujours la même chose, avec les « sorties des presses ». On écrit 250 pages, et à l’arrivée, tout le monde retient trois lignes hors contexte qui portent à croire que l’horreur s’est installée au milieu de la pièce… Un exemple entre 1000 : quand Laure Manaudou sortit son bouquin, les critiques littéraires pressés qui hantent les media et n’avaient lu sans doute que le court texte concocté par l’attachée de presse, ont retenu que Laure avait « taclé » sa mère. Et sincèrement, je ne sais pas où ils sont allés pêcher ça. Je ne promets pas qu’elle n’a pas évoqué un ou deux différends avec sa chère maman, Laure, mais pour avoir lu son bouquin au laser, j’ai le souvenir d’une fille qui n’avait que de l’amour à rendre à l’auteur(e) de ses jours.

Bon, je referme la parenthèse de Laure, dont j’apprends qu’elle était l’égérie de ce grand dadais d’Amaury, qui la poursuivait de ses avances. Elle a bien fait de ne pas répondre, il lui aurait bu ses éconocroques.

La raison du livre ? Leveaux, parait-il, s’était fâché avec les media parce qu’ils ne respectaient pas ses paroles, qu’ils publiaient sous son nom des phrases qu’il n’avait pas proférées, qu’il ne leur parlait donc plus, et qu’il avait pris des notes pour écrire SA vérité. Voire. Compte tenu de l’efficience cérébrale de l’animal, ne pas respecter ses propos peut passer comme un acte d’altruisme, mais admettons. Un homme qui confond Nelson Mandela et Martin Luther King dans ses tweets n’est pas forcément un sot, il s’est trompé, c’est tout.

Or donc, entre mille et une nuits blanches au Queens, il a pondu LA vérité en un tome et au bout de tout cela, un, tous les media-avec-qui-il-est-fâché ont titré sur les deux « infos » soi-disant sulfureuses qui font vendre coco ; deux, c’est grâce aux media-avec-qui-il-est-fâché et à leur tam-tam qu’il va brocanter son périlleux chef d’œuvre ; et trois, il devra essayer d’en voir un maximum, des media-avec-qui-il-est-fâché, pour commercialiser ses écrits, bien fait pour lui.

Ce qui suit n’est pas une critique du livre que je n’ai pas lu, mais de ce qu’ont voulu en faire connaître Leveaux et son éditeur.

Il parait que les « vérités » qu’il dit vont émoustiller – mais qui, je ne sais plus. Pour moi, ce Leveaux qui ravigote, ça a fait une ligne ou deux, ça fait le buzz, ça va peut-être s’adjuger à quantités de lecteurs potentiels, soit, un peu, de la natation, désolés de s’imposer ça, soit, beaucoup, d’en dehors de la natation, frétillant d’apprendre enfin des « choses » sur des sportifs qu’on avait la faiblesse de croire propres mais qui ne seraient pas si bien lavés que ça.

LE SEXE A VINGT ANS, QUELLE HORREUR

Je ne sais pas comment le sexe peut encore fasciner à ce point, tant on l’a démystifié, mais c’est comme ça. Je vais finir par croire qu’en cette époque soi-disant libérée, on en cause plus qu’on ne le pratique. A ce sujet, dans ses pages, Leveaux nous expliquerait, parait-il, que dans le monde de la natation, qui réunit pour l’essentiel des jeunes gens et des jeunes filles de dix-huit à vingt-cinq ans, souvent supérieurement beaux, en tous cas attirants, au sommet de leur vigueur physique et donc hormonale, il y a du sexe. Quoi ? Ai-je bien lu ? Du sexe ? Ces gens là ont une vie amoureuse ? Pas possible. A vingt ans, une vie érotique, mais où va-t-on ? Que fait le Vatican ! Que font Bénarès, Jérusalem, la Mecque ! C’est un scandale. Merci Leveaux. Ça c’est de l’info…

Comme me le rappelait un ami, cette divulgation devrait d’autant plus surprendre que le Comité International Olympique avait fait distribuer 150.000 préservatifs rien que pour les sportifs aux Jeux de Londres, record battu (70.000 à Sydney, 140.000 à Athènes, 80.000 à Pékin). 150.000 préservatifs, pour 10.000 sportifs, donc 5.000 couples potentiels, cela fait trente opérations du Saint-Esprit possibles par couple pour la quinzaine, soit deux par jour et par couple, ce qui s’appelle avoir la santé. On se demande comment ils ont eu le temps de faire séries et finales. Les vainqueurs des Jeux de l’Antiquité étaient appelés olympioniques, je sais maintenant pourquoi, et ça continue ! Mais, bien entendu, jusqu’ici, dans notre candeur, nous avions cru que ces jeunes rassemblés aux Jeux ne les utilisaient, les capotes, que comme ballons qu’ils lançaient en l’air les jours de cérémonie d’ouverture et de clôture… Il faudra remercier Amaury de nous avoir dessillé les yeux : les nageurs vivent dans le péché !

Maintenant, si je puis mettre en avant une minuscule expérience personnelle, arrivant à Paris d’Aix-en-Provence, je signais au Paris Université Club et une semaine après avoir défait mes bagages, j’avais quarante amis que je ne connaissais pas la veille. Le sport, ce n’est pas des performances, c’est des copains. Et des copines. Et après cela, la vie trouve le chemin. Rien de sale là-dedans…

Sujet suivant?

DU CRETIN DE LA CREATINE, AU COQUIN DE LA COCAÏNE

Amaury Leveaux n’accuse pas Florent Manaudou de sniffer de la créatine, l’intéressé s’est déjà auto-incriminé. Il nous raconte comme s’il y était qu’un « beau gosse » (hé hé hé, suivez mon regard, a-t-il l’air de nous dire) de l’équipe de France de natation (faites votre choix, presque tous répondent à cette description un peu courte) était allé renifler de la cocaïne entre les seins accueillants d’une attachée de presse aux Jeux olympiques. Passionnant, mais si je me fiche bien du nom du nageur, quelqu’un aura-t-il l’amabilité de me filer le numéro de l’attachée ?

Ensuite, voici qu’il accuse (attention, faites sortir les enfants, ça va être terrible), il accuse, dis-je, Camille Lacourt de rouler des mécaniques et d’avoir un « melon » pas possible. A moins que ce soit Yannick Agnel ? En tous cas, c’est pas Leveaux ! Avant d’avoir le melon, il faut disposer d’une certaine estime de soi, et de ce côté-là aussi, Leveaux ne sera pas champion olympique ! Bon, doit-on continuer ? En fait, n’ayant lu de son chef d’œuvre que ces extraits d’extraits moulus extra-fin par quelque attachée de presse, et des interviews de l’intéressé, il est difficile d’en dire plus. Il y a peut-être autre chose, mais – je ne promets rien – sincèrement, ai-je envie de l’acheter ?

Dans la natation, des gens se demandent : pourquoi il a fait ça ? Je m’en fiche un peu mais… On a tous des éléments…

Par exemple, Amaury allume, toujours d’après ses revues de presse, les nageurs du Cercle.

Faut savoir quelque chose…

…Amaury Leveaux n’aime pas le Cercle des Nageurs de Marseille. Il a ses raisons : ils ne l’aimaient pas trop. Et eux aussi avaient leurs raisons. Quand, ayant épuisé ses cartouches, snobé les jeunes de Mulhouse avec ses voitures grand sport à la gomme, montré ses limites au Racing (Lagardère), usé ses entraîneurs (Horter, Lucas), et prouvé qu’égaré entre les lignes d’eau, il appartenait bien au monde de la nuit où il s’en allait tâter du côté obscur de ses faiblesses, il s’est proposé pour nager à Marseille, les nageurs ont dit : garde là. Surtout pas ce plouc ! Faut comprendre. Avec la présence d’un tel noceur, on était sûr que le niveau allait baisser grave. Il y a des mecs qui vous tirent un groupe vers le bas. C’est comme ça…

 Il avait ensuite essayé d’allécher son entraîneur de Mulhouse devenu DTN (un grand moment, c’est passé en direct à la télé) par des propositions du style : si je reviens je casse tout, mais connaissant le personnage, son vis-à-vis a eu l’air de ne pas comprendre. Et pour cause, tout comme Leveaux n’avait pas besoin du Cercle, mais avait besoin de ronds, Leveaux n’avait pas besoin de nager, il avait besoin de liquide (1).

Il y a des nageurs, nous signale donc notre dépendeur d’andouilles, qui ont la grosse tête. Cela peut n’être qu’une comparaison avec sa propre petite tête, mais enfin… C’est vrai, ça, ils sont champions du monde et ils se prennent pour qui ? Et puis Yannick Agnel, par exemple, n’est pas si gentil que ça. Ah ! Heureusement que Leveaux nous le dit, on ne s’en était pas aperçu ; Agnel, il est cultivé, il parle bien, il a passé son bac S avec mention en étant champion d’Europe juniors, il a continué à nager en maillot de bain quand Leveaux était vice-champion olympique du 50 mètres avec deux combis l’une sur l’autre, et donc, il est rigoureux, il dit des choses intelligentes, il lit des livres difficiles, des grands romans, il se sort des difficultés par des pirouettes au millimètre, il est marrant, joyeux, bien élevé, il positive tout le temps, il chante la Marseillaise sur les podiums, il donne une prime à des victimes d’attentats, il encourage les jeunes par le biais d’actions prônant les sports-études, bref, il a tout compris, il a l’air parfait, mais c’est un masque, nous dit Leveaux, il faut pas croire ces belles images, ce mec est douteux. Merci Leveaux…

Donc, les Marseillais, Leveaux leur a rendu la monnaie de leur pièce. Sur le fond, tout est possible, et surtout que des « Marseillais » aient goûté à des produits festifs, ou encore qu’il y a quelque chose d’un peu dérangeant, de mal posé, ou de mal étayé, dans le professionnalisme tel qu’il se niche dans un sport comme la natation. Mais en faire des dopés ? J’imaginais mal un garçon plus gentil que Leveaux. Jusqu’ici, il ne faisait de mal qu’à lui-même. Ce nonchalant oiseau de nuit, pour éponger ses dettes de jeu ou le Diable sait quoi, a vendu ses mémoires et un peu de son âme avec. S’il se croit de bonne foi, c’est sans doute qu’il cache bien ses 2,02m derrière son petit doigt. Son livre participe du pompier pyromane et de la projection paranoïaque. Car si les autres ont fait des bêtises, il avait quelques longueurs d’avance. A la fin, c’est celui qui le dit qui l’est. Je crois que son urgent besoin de ne rien foutre et de vivre d’expédients lui a fait tenter le coup : faire des vagues en restant vague, en dire un minimum et ramasser le maximum.

Au fond, tout cela ne me parait pas bien méchant. Même qu’il s’est fait des amis, Amaury, à balancer. Mais des amis dans ses soirées imbibées… Saint Amaury, toujours représenté avec une pelle, est devenu le patron des fossoyeurs. Son très éponyme nageur s’est un peu enterré lui-même. J’espère qu’il va bien le vendre, son opus, mais pas d’inquiétude, il n’aura rien perdu au change. Il y a longtemps qu’il a brûlé ses vaisseaux.

(1) La technique du come-back a été très bien utilisée par Ian Thorpe en Australie pour s’offrir deux années de fastes aux frais de la princesse. Dix-huit mois avant les Jeux de Londres, ce charmant garçon, habitué à vivre sur un grand pied (il chausse du 54), a annoncé au Directeur de la haute performance australienne son retour. Après avoir brûlé cinq cent mille dollars payés par sa Fédé en billets d’avion et chambres d’hôtel, parce qu’il lui fallait écumer tous les meetings de la planète, cette phase 2 de sa carrière s’est fracassée en demi-finales des championnats d’Australie. Quand Thorpe a fait connaître un peu plus tard ses préférences sexuelles, un coming-out réussi a suivi ce come-back raté. Bien entendu, Swimming Australia avait été entre-temps délesté d’un lourd investissement qui aurait été imagine-t-on mieux utilisé ailleurs…

 

 

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