MANDATS PRESIDENTIELS, AGE LIMITE, SCRUTIN DE LISTE ET AUTRES REFORMES

Eric LAHMY

Mercredi 13 Décembre 2017

Dans un communiqué, la Fédération française de natation a annoncé ce mardi 12 décembre que « l’Assemblée Générale Extraordinaire de la Fédération Française de Natation, réunie le 9 décembre 2017 à Paris, a entériné à une très large majorité (plus de 73 % des voix) l’intégralité des dispositions statutaires et financières qui lui ont été présentées. »

« Désormais, continue le communiqué, il convient de retenir l’entrée en vigueur des mesures institutionnelles suivantes :

  1. Les mandats du Président de la Fédération Française de Natation sont limités à deux, qu’ils soient consécutifs ou pas.
  2. L’âge maximal de tout candidat à un poste de membre du Comité Directeur est limité à 70 ans au 1er janvier de l’année de l’élection.
  3. Le Comité Directeur est élu par chaque club affilié à la Fédération Française de Natation, au suffrage direct selon le principe : 1 licencié = 1 voix.
  4. L’élection du Comité Directeur se déroule au scrutin de liste mixte à un tour.
  5. La Fédération Française de Natation a désormais la possibilité de consulter les clubs affiliés sur tous sujets en lien avec la mise en œuvre de sa politique et/ou ses choix stratégiques. De même, plusieurs aménagements financiers entrent désormais en application avec, entre autres, la restauration des tarifs des transferts de la saison 2015-2016, plus avantageux, et surtout leur réversion intégrale au club quitté pour les athlètes en liste « Elite ».

L’ensemble de ces dispositions converge très nettement vers un objectif unique : remettre les clubs au cœur du dispositif fédéral en réformant la gouvernance de la Fédération Française de Natation et en assouplissant, à l’avantage des clubs, les règlements financiers. »

La première nouvelle importante de ce samedi est que la Fédération dispose d’une majorité pour gouverner et que l’opposition, si tant est qu’elle existe, est bien fourbue…

Les différentes décisions qui ont été prises sont d’importances diverses, certaines étant fondamentales, d’autres moins bien venues. La limitation à deux mandats présidentiels consécutifs ou pas (détail important, voir ce que la Russie a fait de cette limitation, permettant à Poutine et Medvedev de se relayer depuis 18 ans au poste suprême) évitera à l’avenir les présidences interminables. Francis Luyce, après six mandats et vingt-quatre années au poste, revendiquait une septième élection. Son successeur, Gilles Sezionale, n’espérant pas se présenter plus de deux fois (il a été élu à cinquante-neuf ans), était bien placé, pour des raisons personnelles autant qu’éthiques, de proposer une telle limitation.

La limite d’âge à 70 ans pour l’élection des membres du bureau répond au vieillissement irrésistible du bureau fédéral de Luyce, qui ne paraissait pas admettre facilement l’entrée de jeunes dirigeants et se plaisait à être entouré d’un comité directeur de sa génération. Tant et si bien qu’en mars 2017, la moyenne d’âge du Comité directeur était de l’ordre de 70 ans.

Il s’agit donc d’une réaction à ce qui ne fut peut-être pas un abus, mais représentait quand même une dérive. Je ne sais si l’art de faire des omelettes sans casser des œufs existe, mais si un comité directeur de 70 ans en moyenne n’est pas une bonne chose, la présence de quelques dirigeants de 70 ans et plus dans un panachage de générations ne m’eut pas paru néfaste. A son poste, Francis Luyce paraissait cuit, mais quelques-uns des anciens qui l’entouraient avaient toujours de la répartie…

Les élus de la chambre des représentants américaine ont en moyenne 58 ans, dans une fourchette allant de 28 ans à 84 ans, et leur job n’est pas plus facile que celui de membre du comité directeur de la FFN. En France, au Sénat, la moyenne d’âge, depuis septembre, est de 61 ans : Christine Lavarde, la benjamine, a 32 ans, le doyen d’âge, Gérard César, 82. Mais le Sénat n’est peut-être pas exemplaire ?

Si la limite d’âge reste donc à mes yeux discutable, en revanche, l’élection par les clubs selon le principe un licencié égale une voix change pour le meilleur le mode de scrutin fédéral. Jusqu’ici, le comité directeur (l’actuel comme les précédents) reste l’émanation d’une poignée de dirigeants régionaux à la fragile légitimité.

Le scrutin de liste mixte me parait être une innovation sans l’être. Au fond, il a toujours existé des listes de par le passé, à la différence qu’elles n’avaient rien d’officiel. C’étaient des dirigeants qui partageaient les mêmes idées, faisaient corps et se présentaient ensemble. Disons qu’on a formalisé quelque chose qui fonctionnait peu ou prou de façon naturelle. Autant dire qu’il s’agit d’une réforme passablement inutile dont la seule qualité est de se situer dans l’air du temps.

En revanche, la possibilité de consulter les clubs (sa base) par la fédération devrait permettre aux huiles fédérales de vérifier que leur politique a l’assentiment de tous.

Et l’abandon par la Fédération et les comités régionaux de la part du lion qu’elles captaient sur les transferts des « élites » est une mesure symbolique qui répond à une promesse de l’équipe actuelle.


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2 comments:

  1. BERTHE Dominique

    Pourquoi écrire « reste l’émanation d’une poignée de dirigeants régionaux à la fragile légitimité ». Pouvez vous me dire quel est votre passé dans la vie d’un club, d’un comité départemental ou d’un comité régional. A part écrire derrière votre écran je ne vous ai jamais vu ailleurs. Je suis licencié depuis 1964 et délégué de mon comité régional depuis 1988. Et vous? Et pour mon âge je n’ai que 66 ans. Dans l’attente de votre réponse

    1. Eric Lahmy *

      Je crois que vous confondez certaines choses. Je suis journaliste, je ne suis pas dirigeant de natation et je pense que si j’étais dirigeant il y aurait une sorte de conflit d’intérêt, une gêne, entre ce que je vivrais et ce que j’écrirais.
      Je n’ai aucun passé, aucun présent ni aucun avenir dans la fédération française de natation, et je m’en félicite. Ma position de journaliste me permet d’avoir une totale neutralité puisque je ne fais partie d’aucun camp ni d’aucun clan.
      Par ailleurs, je ne suis pas seulement derrière mon écran, je suis en contact avec des dizaines de gens qui font et sont la natation, je ne vais pas vous les citer tous, et écrire sur la natation, c’est le seul rôle que je me suis assigné. Mais hier, je me trouvais à Sarcelles à deviser pendant des heures avec Guy Canzano, et le matin, j’échangeais des points de vue avec Philippe Hellard, le responsable de la recherche en France depuis près de vingt ans…
      De ce fait, je trouve presque aussi incongru que vous me questionniez sur mes fonctions dirigeantes en natation que si je vous demandais pourquoi vous m’écrivez alors que vous n’êtes pas journaliste.
      Je vous félicite d’avoir été un nageur puis d’être devenu un dirigeant, ce qui ne vous donne aucune propriété sur les idées qu’on peut se faire au sujet de la natation. Je puis vous dire que malgré votre passé et votre travail, je connais beaucoup mieux la natation que vous et je me ferais un plaisir de vous le démontrer quand vous voudrez.
      Que cela ne vous interdise pas de me donner vos idées sur la question. Je suis ouvert à ce sujet, mon mail est ericlahmy@yahoo.com, mon portable 0631882857.
      Ensuite je crois qu’il y a malentendu, ou incompréhension. Je dis que la Fédération aujourd’hui n’est que l’émanation d’une poignée de dirigeants régionaux à la fragile légitimité parce que c’est comme ça que se sont passées les dernières élections. 70 personnes environ sur 300.000 licenciés choisissant le comité directeur, le bureau, le président, c’est ce que j’appelle une fragile légitimité…
      Le fait d’avoir réformé l’élection de 2020 n’enlève rien au fait que celle du 2 avril dernier était une votation « censitaire » faiblement démocratique. Il n’y a pas d’effet rétroactif dans la décision du 9 décembre.
      Cette légitimité, je ne la tiens pour fragile que par rapport à l’élection du comité directeur, je ne la questionne pas par rapport au travail effectué par ces dirigeants à la base dans leur région ; c’est d’ailleurs pour cette raison de « fragile légitimité » que l’équipe actuelle au pouvoir à Pantin a décidé de « redonner la parole aux clubs » en changeant le mode électif.
      Si vous êtes en désaccord avec cette démocratisation du mode électoral, vous avez donc sûrement en toute logique voté contre la réforme du 9 décembre dernier qui s’efforçait de donner une réelle « légitimité démocratique » à la Fédération. Dès lors, vous avez été battu par 73% des votants. Ce qui pourra vous consoler, c’est que leur légitimité est aussi fragile que la vôtre.
      Quant à moi, je ne m’octroie aucun pouvoir autre que celui des vérités que je dis, ni ne revendique aucune légitimité: seulement un droit à la parole
      Si je n’ai pas répondu à vos questions ici, alors vous m’en excuserez, c’est que je ne les ai pas comprises…

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