Martina Grimaldi sur un air de Rihana

27 juillet 2013

Barcelone, 15e championnats du monde.

Après plus de cinq heures à poser un bras devant le corps, à tirer derrière en ramenant l’autre bras devant, à avancer dans cette nage économique dans laquelle le battement jambes réduit à sa plus simple expression se contente de servir de stabilisateur au corps, on ne doit plus savoir où on est. Ou peut-être même qui on est. C’est ce qui est arrivé à Martina Grimaldi, l’Italienne, tout à l’heure, sa course achevée sur le plan d’eau du Port Vell (le Vieux Port) de Barcelone. Elle ne savait pas trop quelle était sa place. Une certitude seulement. Elle était “sur le podium”. Mais deux ou trois?

Martina avait gagné. A la photo-finish, ce qui ne s’invente pas, après vingt-cinq kilomètres de nage, mais bon, tous ceux qui ont suivi le Tour de France connaissent ça, quand les écarts s’abolissent, quand les meilleurs se rejoignent au point qu’ils ont la (rageuse) impression qu’ils n’arriveront pas à décoller les importuns (“ils sont encore là, ceux-là?”). Un type de proximité créé par ces parcours en “couloirs” fabriqués sous la FINA, réduisant les raids de pleine mer,seul face aux éléments, en courses en bocaux, avec des stratégies, des accélérations, des suceurs de roue, des repérages, et même quelques fois de discrets réglements de compte en-dessous de la ligne de flottaison … L’avantage est que l’eau du port, habituellement très abîmée, a été délivrée de ses méduses et de ses détritus, oxygénée artificiellement, tandis que les polluantes activités habituelles des embarcations à moteurs y ont été stoppées depuis des semaines.

Martina, avant la course, était inquiète. Sur 5 comme sur 10 km, elle n’avait pas obtenu les résultats qu’elle escomptait, elle, cheffe de file d’une eau libre italienne florissante et qui, à Barcelone, sentait la déconfiture: les deux fois, ç’avait été la même chose; dans le coup jusqu’avant le sprint, il lui avait été impossible de “changer de braquet”. Là, dans les mille derniers mètres, elle a repéré ses compagnes et adversaires, Fabian qui ramait tout près d’elle, Maurer aussi. Elle ne voyait plus la redoutable Brésilienne Cunha. Mais c’est qu’elle la suivait comme un squale, planquée, collée à  »six heures », sous son battement de pieds. Alors elle a mis la gomme. Un sprint long et cruel, six cents cycles de bras, les poumons à éclater, le coeur qui dérape, les muscles qui agonisent. Vai, Grimaldi, vai! Mais les autres ont compris que les vingt-quatre kilomètres accomplis n’auront aucun sens si celui qui commence n’est pas maîtrisé, que maintenant LA course démarre… Et c’est l’arrivée, le sprint dans le sprint, la touche dans une sensation d’égarement. Elle regarde le tableau. Il indique que Maurer, l’inusable Allemande, championne du monde 2006, 2009, toujours là à 38 ans, a gagné.

Médaillée. Argent content. Sa seule préoccupation, son urgence, c’est maintenant de sortir de l’eau, oxygénée ou pas. En s’approchant, légèrement titubante, de la zone mixte où une triple population – athlètes, public et media – se donne rendez-vous, elle prend conscience que quelque chose est en train de se passer. Elles rencontre les visages des fans italiens, des gens de l’équipe nationale, et ces visages exultent. Que serait-ce si elle avait gagné?

Elle n’interprête pas clairement ces expressions, un peu trop joyeuses à son goût. Il y a des attitdes pour la « gagne », d’autres pour une médaille, ce n’est pas la même chose. Et elle a vu, sur l’écran géant, qu’elle était 2e; et elle n’a pas demandé son reste; elle a mis ses sentiments au diapason « joie forte mais mesurée », celui qui convient à l’argent. L’argent qui revient au fond à la première des battues. C’est bien mais ce n’est pas un miracle. L’or, c’est un cri. L’argent, un grand sourire. Alors elle sourit, et disserte posément sur ce morceau de métal couleur d’argent, avec des mots superbes, “médaille de la tête, du coeur, des poumons et des sacrifices.”“Mais tu as gagné”, lui lancent les journalistes. Elle regarde, surprise par le verdict de la photo-finish qui fait d’elle la championne du monde. Elle n’en revient pas.
Et voilà. Martina Grimaldi, championne du monde, 5h7’19’’7. Le temps de l’Allemande Angela Maurer s’affiche, au dixième supérieur, et celui de l’Américaine Eva Fabian, à sept dixièmes. La deuxième Italienne, Alice Franco n’est que larmes et frustration. Elle est 4e à 3’’2, et n’ira pas sur le podium avec Martina, comme l’an passé, aux championnats d’Europe.

Martina avait décidé qu’elle nagerait les trois courses aux Mondiaux. “J’avais l’entraînement pour ça.” Avant la course, elle ne songeait qu’à une chose: porter en elle la carte mnémotechnique du parcours. Les hommes partaient à huit heures, les femmes quinze minutes plus tard. Lui est alors venue une image de ski. “Suivre la trace.” La trace des garçons, quinze cent mètres devant. “Suivre la trace, est ma caractéristique.” Vers la mi-course, la course s’est décantée d’elle-même. Elle est restée en sixième position, sachant qu’elle pourrait avoir sa chance dans le final. Cinq heures à penser. A se chanter ‘’Man Down’’, le tube de Rihanna (Rum pum pum pum rum pum pum pum rum pum pum pum Man Down), à se dire de ne pas refaire les erreurs des jours précédents.

DAMES.- 25 KILOMETRES.- GRIMALDI Martina, Italie, 5h7’19’’7 ; 2. MAURER Angela Alexandra, Allemagne, 5h7’19’’8 ; 3. FABIAN Eva Mariel, USA, 5h7’20’’4 ; 4. FRANCO Alice, Italie, 5h7’22’’9 ; 5. CUNHA Ana Marcela, Brésil,  5h7’23’’4 ; 6. JENNINGS Christine Elizabeth, USA, 5h7’32’’3 ; 7. DOMINGUEZ CABEZAS Margarita, Espagne, 5h11’55’’5 ; 8. KIDA Yumi, Japon,  5h16’25’’7 ; 9. SHAN Lei, Chine, 5h16’54’’3 ; 10. SOKOLOVA Alexandra, Russie, 5h18’14’’4 ; 11. DANDAN Yang, Chine, 5h19’13’’7; 12. BARROT Celia, France, 5h20’31’’8 ; 13. PEREZ Paola, Venezuela, 5h22’40’’1 ; 14. RYBAROVA Silvie, Tchécoslovaquie, 5h22’42’’4 ; 15. ARINO Julia Lucila, Argentine, 5h22’47’’ ; 16. NAVARRO Vicenia, Venezuela, 5h23’31’’8; 17. 17. WILLIAMS Nadine, Canada, 5h42’17’’9 ; 18. ROMANCHUK Xeniya, Kazakhstan,  5h43’40’’5.

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