MONDIAUX 2017. MULLER, OLIVIER, FERS DE LANCE DE L’ÉQUIPE LUCAS

Éric LAHMY

Mardi 18 Juillet 2017

Trois courses, trois podiums pour la France, pas si mal, l’eau libre, n’est-ce pas ? Stéphane Lecat avait demandé à ses nageurs de l’audace, il n’a pas été déçu, parce que dans l’ensemble, ça s’est porté à l’avant des épreuves, et ça n’a pas attendu pour se mêler à la bagarre.

Bien entendu, Aurélie Muller emporte l’adhésion. Il y a deux ans, elle était venue à Kazan pour gagner. A Rio, elle a été salement déçue après son embrouillamini avec l’Italienne Rachele Bruni qui lui a valu une disqualification en lieu et place d’une médaille.

A Budapest, le 16, elle a évité le piège qui menace le champion installé, celui qui consiste à nager, non plus pour vaincre, en conquérante, mais pour ne pas être battue. Un distinguo qui n’a l’air de rien, entre ces deux attitudes, mais qui fait toute la différence. Se trouver en tête, sur dix kilomètres, pratiquement du début à la fin, et trouver les ressources pour contrer toute attaque (notamment celle, aux trois quarts de l’épreuve, de l’Italienne Arianna Bridi), scier une à une les provocatrices (Bridi, mais aussi Bruni), et finalement l’emporter avec quatre secondes, sans nul besoin de photo-finish, voilà qui vous donne une idée de chef d’œuvre.  

Derrière elle, Samantha Michelle Arevalo Salinas, une Equatorienne de 23 ans toute étonnée d’arracher l’argent devant une pléthore de nageuses de haute volée: Cunha, la Brésilienne, double championne du monde sur 25 kilomètres en 2011 et en 2015, qui retrouve d’ailleurs à Budapest la place qu’elle occupait en 2015 à Kazan, derrière Muller et Sharon Van Rouwendaal.

Ici, elle se bronze, Cunha, ex-aequo avec Bridi, laquelle, après s’être entraînée des années en compagnie de Grimaldi, a rejoint Bruni… et lui est passée devant… On n’est jamais trahi que par les siens.

Bruni qui devance de dix secondes l’Américaine Haley Anderson, autre étoile du marathon nautique, tendance 5 kilomètres. Peut-être la plus grosse déception frappe-t-elle Sharon Van Rouwendaal, qui s’est maintenue pendant près des trois quarts de la course en deuxième position, à quelques mètres de Muller, avant de subir un gros coup de pompe, lequel va lui coûter quinze places. La championne olympique va se voir passée par tout ce qui nage un peu vite à ces mondiaux, tandis qu’Océane Cassignol, deuxième Française, passée 22e à la première bouée, tente un retour en tête qui l’amènera en huitième position à la fin du deuxième tiers de course, mais se fera doubler par pas mal de monde et se retrouvera… 22e, comme au départ, ce qui n’apparait pas cher payé, après tous ces efforts.

Aurélie Muller a raconté (dans le Républicain Lorrain) qu’elle était arrivée décontractée, sans trop savoir ce qu’elle voulait. Philippe Lucas, son coach, lui avait donné pour mission de gagner, et lui avait donné quelques repères stratégiques. Mais Aurélie n’en a pas trop tenu compte, non par esprit de contradiction, mais parce que se sentant bien dans l’eau, à l’aise dans son rythme, elle est passée devant et s’y est maintenue : « je menais la course donc j’étais en confiance, mais je savais que les filles allaient accélérer aux 5 km, 7 km… Je sentais les accélérations derrière mais j’ai essayé d’être en contrôle et de garder un peu de jus pour la fin. Ça a vraiment fonctionné. » Quelquefois, il suffit de savoir s’écouter et de ne pas craindre d’improviser. 

Comme en outre, Marc-Antoine Olivier gagne les 5 kilomètres messieurs, et que ce sont les deux premières courses nagées à Budapest, cela fait deux titres aux Français pour deux courses, et l’on se dit que, d’ores et déjà, la bande à Stéphane Lecat a sauvé l’honneur de l’équipe de France. On l’espérait un peu, mais entre espérer et entreprendre, puis entre entreprendre et réussir, il y a des étapes assez compliquées.

On trouve aussi, une nouvelle fois, aux commandes de la réussite, Philippe Lucas, et le site Swim Swam, sous la signature d’Anne Lepesant, lui rend un hommage justifié et mérité, qu’elle intitule « la réémergence de Philippe Lucas ». Je dirais cependant que Philippe ne m’a jamais paru tellement immergé, si ce n’est un peu avant que Federica Pellegrini ne le rejoigne, en 2011, et que depuis ces cinq ans et demi, je le trouve particulièrement haut sur l’eau ! Quand un homme a passé les quarante dernières années de sa vie à se lever à cinq heures du matin pour entraîner ses équipes, sans trêve ni repos, je me dis aussi que cette ligne haute de flottaison qu’arbore Philippe Lucas n’est pas volée !!

Marc-Antoine Olivier, qui a gagné haut la main le 5 kilomètres, a ensuite réussi à enlever le bronze sur la distance olympique, les 10 kilomètres, retrouvant sa place des Jeux olympiques de Rio. Il n’a rien pu faire face au monstre de l’épreuve, le Hollandais Ferry Weertman, et à l’Américain Jordan Willimovsky, qui avaient passé la première partie de la course à somnoler dans les profondeurs du classement, entre la 20e et la 50e place, mais dont les réveils furent terribles… Comme chez les filles, on peut noter, d’une année sur l’autre une certaine ressemblance entre les podiums. Weertman et Olivier retrouvent leurs places de Rio, tandis que Willimovsky, 5e à Rio, passe 3e. Le Grec Giannotis, médaillé d’argent à Rio, a dû prendre sa retraite. A 37 ans, nul ne le lui reprochera ! 

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