MONDIAUX JUNIORS À SINGAPOUR (12)

LE DOUBLÉ DE VIKTORIA ZEYNEP GUNES,

UNE UKRAINIENNE FORTE COMME UN TURC

Éric LAHMY

Vendredi 28 août 2015

 A moins d’une heure de distance, la Turque Viktoria Zeynep GUNES, a empoché ce vendredi soir ses deuxième et troisième titres de championne du monde junior à Singapour, sur 100 mètres brasse et 200 mètres quatre nages.

Être spécialiste de brasse et briller, à partir de là, dans les quatre nages, n’est pas exceptionnel, mais reste, relativement, rare. C’est que la brasse se situe à part, en natation, ne serait-ce que parce que les bras effectuent leur retour sous l’eau. Il y a aussi (surtout) que le mouvement de jambes est un ciseau et non un battement comme dans les autres techniques du programme olympique… En général, les « quatre nageurs » avouent un point faible en brasse, comme Michael PHELPS qui peste à longueur de temps contre cette nage… PHELPS et LOCHTE, forts de leurs temps phénoménaux dans les nages crawlées, peuvent se permettre des carences en brasse, mais un brasseur, s’il parvient souvent à faire le trou, se fait déposséder partout ailleurs.

On a vu cependant, aux récents mondiaux seniors, la Japonaise WATANABE exceller dans les deux spécialités, et gagner le 200 mètres brasse, puis rafler la médaille d’argent sur 200 mètres quatre nages.

Qu’est-ce qui fait que la Turquie, qui n’a jamais brillé en natation, ait pu produire une perle d’eau de cette qualité ? La réponse est que GUNES est née (le 19 juin 1988) à Poltava, en Ukraine. Si sa nationalité sportive est turque depuis 2014, Viktoria est née ukrainienne, détient les records de brasse de ce pays, et porte un autre nom de Gunes : Soinceva. Sa famille a fui le pays d’origine pendant la guerre et s’est installée à Istanbul.

Sur 100 mètres brasse, Viktoria n’avait pas d’adversaire à sa mesure, et a laissé la Suédoise Sophie Hansson a une seconde. Elle-même a approché le record des championnats juniors de Meilutyte (une référence s’il en est) de 16/100eme.

Moins d’une heure plus tard, malgré un parcours presque catastrophique en dos, elle a faussé compagnie aux autres finalistes du 200 mètres quatre nages. Il faut dire que dans le parcours de brasse, elle a récupéré cinq mètres en cinquante mètres sur toutes les concurrentes à l’exception de la Japonaise Runa IMAI, elle-même remarquable brasseuse – IMAI avait nagé elle aussi le 100 mètres brasse gagné par GUNES. IMAI finissait 5e dans les deux courses, preuve qu’au fond, la brasse n’est pas une si mauvaise pioche, quand on fait des quatre nages !

A part ça ? Le colosse australien Kyle CHALMERS a dompté sur 50 mètres libre Michael ANDREW qui a gagné, lui, le 50 mètres dos. Le Russe Anton CHUPKOV a ajouté le titre du 200 mètres brasse à celui du 100 mètres brasse, dans une course où toutes les grandes écoles de brasse, à défaut de la hongroise, étaient représentées, la Russe, la Britannique, la Japonaise, l’Américaine et l’Italienne.

Sur 400 mètres, Tamsin COOK l’a emporté, tandis que la Canadienne Taylor RUCK s’est faite éliminer en séries sans trop défendre ses chances. Sur 200 mètres, ces deux jeunes filles vont s’opposer, au carrefour de leurs domaines physiologiques respectifs. Quand une super sprinteuse et une super stayer comme ces deux là se rencontrent, ça fait comme un remake, toute proportions gardées, de Katie LEDECKY contre Sarah SJÖSTRÖM (ou Melissa FRANKLIN) chez les « grandes ». Avec des étincelles au programme !

 

MESSIEURS.-

50 mètres : 1. Kyle CHALMERS, Australie, 22.19 ; 2. Michael ANDREW, USA, 22.36 ; 3. Giovanni IZZO, Italie, 22.55 ; 4. Felipe SOUZA, Brésil, 22.58 ; 5. Pedro SPAJARI, Brésil, 22.59 ; 6. Oszkar Peter LAVOTHA, Hongrie, 22.71 (demi-finale, 22.55) ; 7. Huseyin Emre SAKCI, Turquie, 22.79 (demi-finale, 22.71) ; 8. Vladislav KOZLOV, Russie, 22.85 (en série, 22.83, en demi-finale, 22.72).

50 mètres dos : 1. Michael ANDREW , USA, 25.13 ; 2. Javier ACEVEDO, Canada, 25.48 ; 3. Mohamed SAMI, Egypte, 25.54.

200 mètres brasse : 1. Anton CHUPKOV, Russie, 2:10.19 ; 2. Matthew WILSON, GBR, 2:11.23 ; 3. Ippei MIYAMOTO, Japon, 2:11.59 ; 4. Reece WHITLEY, USA, 2:12.71 ; 5. Nicolo MARTINENGHI, Italie, 2:13.05 ; 6. Chandler BRAY, USA, 2:15.00 (en série, 2:14.13) ; 7. Charlie ATWOOD, GBR, 2:15.04 (en série, 2:14.48) ; 8. Christopher ROTHBAUER, Autriche, 2:16.53 (en série, 2:15.34).

 DAMES.-

400 mètres : 1. Tamsin COOK, Australie, 4:6.17 ; 2. Sierra SCHMIDT, USA, 4:7.47 ; 3. Linda CAPONI, Italie, 4:7.73 ; 4. Hanna COX, USA, 4:8.69 ; 5. Holly HIBBOTT, GBR, 4:11.29 ; 6. Fuwai DONG, Chine, 4:11.32 ; 7. Arina OPENYSHEVA, Russie, 4:11.54 ; 8. Chloe FINCH, GBR, 4:12.73.

100 mètres brasse : 1. Viktoria Zeynep GUNES, Turquie, 1:6.77 ; 2. Sophie HANSSON, Suède, 1:7.77 ; 3. Kaie MATTS, GBR, 1:7.96 ; 4. Mariia ASTASHKINA, Russie, 1:8.12 ; 5. Runa IMAI, Japon, 1:8.13 ; 6. Daria CHIKUNOVA, Russie, 1:9.03 ; 7. Giulia VERONA, Italie, 1:9.12 (en série, 1:8.96, en demi-finale, 1:9.97) ; 8. Yukino MIYASAKA, Japon, 1:9.27 (en demi-finale, 1:9.24).

50 mètres papillon : 1. Rikako IKEE, Japon, 26.28 ; 2. Penny OLEKSIAK, Canada, 26.45; 3. Mariia KAMENEVA, Russie, 26.47.

200 mètres 4 nages : 1. Viktoria Zeynep GUNES, Turquie, 2:11.03 ; 2. Mary-Sophie HARVEY, Canada, 2:12.37; 3. Georgia COATES, GBR, 2:12.74; 4. Ilaria CUSINATO, Italie, 2:13.04; 5. Runa IM            AI, Japon, 2:13.19; 6. Hiroko MAKINO, Japon, 2:14.03 ; 7. Tatum WADE, USA, 2:15.22 (en série, 2:14.86) ; 8. Brooke FORDE, USA, 2:15.68 (en série, 2:15.10).

Passages de GUNES : 28.64 ; 1:3.82 (35.18) ; 1:39.42 (35.60), 2:11.03 (31.61). GUNES, qui s’est emparée du record mondial junior en séries avec 2:11.46, est en tête à l’issue du papillon, 5e après le parcours en dos, lâche tout le monde en brasse qu’elle conclut avec deux secondes d’avance, et rebat le record junior.

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4 comments:

  1. lodewijk

    Il semblerait qu’à force de travailler leur faiblesse, Phelps et Lochte l’ aient transformée en force. Locht a signé le 2e meilleur temps en brasse en finale du 200 4N à Kazan (33 »34, contre 33 »21 pour Daniel Wallace ). Lors des précédents mondiaux, en 2011, dans la course « record du monde », Lochte (33″03) et Phelps (33″13) réalisent largement les deux meilleurs temps du parcours de brasse (personne d’autre sous les 34 »).

    1. admin *

      En effet, c’est intéressant. Mais bien entendu, tout est relatif Phelps se jugerait faible en brasse s’il était seulement le deuxième mondial!!! Il a fait cinquième du récent championnat des Etats-Unis sur 200 mètres brasse en 2’11., ce qui est quand même un très bon temps… Les temps de passage restent un peu trompeurs, parce qu’on ne sait pas si un Phelps ou un Lochte ne nagent pas cool sur leurs trois nages fortes et ne mettent pas le paquet en brasse pour compenser et ne pas se mettre en danger dans ce style, deuxièmement ils sont meilleurs que les autres mais y a-t-il un autre finaliste qui est un nageur de brasse? Mais certes, même ce disant, 33’’ en brasse dans un 200, il faut le faire ! Les brasseurs qui ont fait de grands nageurs de quatre sont en fait plus nombreux que je ne l’ai dit, je ne citerai que David Wilkie, Grande-Bretagne et Steve Lundquist, Etats-Unis, recordmen du monde dans les deux disciplines, Graham Smith, Canada, brasseur qui a amélioré un record du monde en quatre nages, Bill Barrett, USA, recordman du 4 nages et qualifié en brasse pour les Jeux de Moscou, et chez les filles Anita Lonsbrough, Grande-Bretagne, Lynn Vidali et Claudia Kolb, USA, et Ute Geweniger, RDA. Il y a aussi Tracy Caulkins, mais elle a été recordwoman des USA en dos, en brasse, en papillon et en crawl, autant dire qu’elle est hors-normes. En fait, les brasseurs ne sont pas toujours sans défense en quatre nages, ne serait-ce qu’en raison de la base de quatre nages de beaucoup d’entraînements. Ils font ce que vous nous dites de Phelps et Lochte, mais dans l’autre sens :ils progressent ailleurs que dans leur point fort.

      1. lodewijk

        Merci pour la réponse détaillée ! Oui je pense aussi que la maîtrise globale dans les trois autres nages leur permet de « surperformer » en brasse. Ceci dit, il faut être capable de le faire : Stravius, potentiel finaliste mondial sur les 200 P/D/NL n’y parvenait pas quand il s’essayait au 4N (Thorpe fournissant un autre exemple)

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