NAGEURS PRÉCOCES ET DÉBUTANTS TARDIFS

Éric LAHMY

Vendredi 27 Juillet 2018

La natation nous offre des réflexions divergentes. D’aucuns affirment qu’on ne peut réussir en natation sans des débuts précoces. Contre-exemple ? ZACHARY APPLE, lequel a commencé à nager à 16 ans. Cinq ans plus tard, à 21 ans, le voilà dans le relais 4 fois 100 américain. Compte tenu de la densité de la natation US, on peut être sûr que ce n’est pas un truc à la portée de tout le monde.

Qu’est-ce qui a permis à APPLE de réussir au rebours de la doctrine qui exige la précocité

en natation ? Si APPLE n’a pas nagé sérieusement avant seize ans, il a pratiqué de nombreux sports et il suffit de voir sa planche abdominale et ses épaules pour se convaincre que le gaillard en a.

On en sait assez aujourd’hui pour mesurer la part de l’athlète dans le nageur pour se persuader QU’APPLE, quand il pratiquait les sports co’, fabriquait sans le savoir le nageur qu’il allait devenir.

Il y a un demi-siècle, François OPPENHEIM, qui était au niveau mondial l’un des journalistes de références du sport, différenciait deux types de nageurs, le nageur poisson et le nageur athlète.

Ces deux formats, tels que formulés, apparaissaient contradictoires ; mais ils étaient sans doute plus faciles à concevoir intellectuellement qu’à différencier nettement… Souvent les « nageurs poissons » étaient des « athlètes » ignorés. Une année, Claude MANDONNAUD (championne d’Europe du 400 mètres nage libre en 1966) et son entraîneur d’alors, Heda FROST, disputèrent un cross du Figaro. Elles terminèrent respectivement seconde et quatrième de la course des non-licenciées, une épreuve réunissant plus de mille concurrentes. Jean-Paul BERJEAU, finaliste olympique du 200 mètres dos en 1968, courut au débotté un 1.000 mètres plat en 2’40s (le record de France se situait autour de 2’20s). Quand Catherine POIROT, médaillé olympique du 100 brasse en 1984, effectua un test de Cooper, son résultat fut si probant que Robert BOBIN, directeur de l’INSEP et ancien DTN de l’athlétisme, voulut l’attirer vers son sport de prédilection. Florent MANAUDOU, qui joue au handball après avoir été champion olympique en natation, n’a pas rejoint le même niveau, mais semble se défendre à un niveau proche les professionnels.

Maintenant, certains très bons nageurs ne sont pas des « athlètes » au sens spécialisé du terme. Christine CARON, de par sa souplesse articulaire, détestait courir, et se tordait fréquemment les chevilles en marchant. Sylvie CANET (finaliste olympique du 100 dos en 1968) s’amusait à « désemboîter » ses genoux, et ce n’est pas une blague, elle l’avait fait devant moi. Sylvie était une nageuse athlète sans aucun doute, mais son hyper-laxité (bien utilisée plus tard quand elle enseigna le hata-yoga) faisait merveille dans l’eau…

Je n’ai pas trop d’exemples hors de France, mais Mike BARROWMAN, champion olympique  du 200 mètres brasse, se recycla à 26 ans et devint l’un des meilleurs kayakistes US. Plusieurs grands nageurs furent aussi de bons joueurs de water-polo. L’Allemande de l’Est Roswitha KRAUSE fut médaillée olympique en natation (1968) et en hand-ball (1976 et 1980).

Il n’y a pas eu beaucoup de partants tardifs parmi nos champions, et la natation reste un sport qui avantage la précocité… S’ils avaient démarré tard, jamais Kathy LEDECKY, Missy FRANKLIN, Michael PHELPS n’auraient rejoint les sommets entre quinze et dix-sept ans. Cette évidence une fois établie, seize ans peut être un âge tardif pour débuter en la natation, mais précoce ou « normal » pour se lancer dans la course à pied ou dans n’importe quelle épreuve de l’athlétisme. Mais on ne peut pas dire qu’existe une malédiction… Et d’ailleurs, la part plus importante donnée au sprint ces dernières années pourrait favoriser les éclosions tardives.


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