NCAA (1) : BATAILLE NAVALE POUR COLLÉGIENNES

CAL BERKELEY SOUS LA MENACE D’USC, TEXAS A&M, TENNESSE ET STANFORD

Éric LAHMY

Samedi 12 Mars 2016

Du 16 au 19, au McCauley Aquatic Center d’Atlanta, en Georgie, lequel s’appelait encore le Georgia Tech quand il accueillit les épreuves des Jeux olympiques de 1996, se dérouleront les championnats NCAA féminins, sommet de la saison universitaire 2015-2016, selon un programme intangible, comme inscrit dans le bronze (ou dans l’eau lustrale) depuis des décennies. Ne pas oublier que ce championnat oppose des équipes universitaires dans des épreuves de natation et de plongeon. Comme il y a beaucoup plus d’épreuves de nage, et donc de nageuses (481 cette année) que de plongeuses (41), plusieurs équipes négligent le deuxième secteur, tandis que d’autres, pour lesquels il n’est pas de petits bénéfices, comptent sur les sauts du tremplin pour faire basculer la chance ou seulement s’octroyer des points supplémentaires. Les meilleurs classés marquent des points en fonction de leur place, et LE match est donc un choc collectif, un match par équipes forcément très soudées, très solidaires, habitées par un esprit, un engagement fanatiques.

Cette passion natation, traversée par une vie universitaire intense, a fait plus ou moins pendant un demi-siècle, sans discontinuer, de la natation américaine la première du monde. Innombrables à travers le siècle passé furent ceux qui triomphaient en mars aux NCAA puis en septembre aux Olympiques ! Le système universitaire US était le plus performant au monde : plus que la plupart des systèmes (ou des non-systèmes) étatiques. Il assurait un avenir personnel par le biais d’un diplôme assez prestigieux et un présent natatoire à ses membres.

Aujourd’hui, le professionnalisme en natation fait qu’il en va quand même différemment.

Un nageur universitaire ne peut accorder autant de temps et d’attention à sa pratique sportive qu’un nageur à plein temps. Alors que, dans toutes les organisations qui pèsent au plan international, la préparation d’un nageur peut demander jusqu’à huit heures par jour, les règlements de la NCAA se sont gendarmés contre la tendance (sinon naturelle, du moins inévitable) des coaches universitaires de suivre le mouvement, dans le but de permettre aux nageurs de suivre leur programme académique. Les règles de l’institution interdisent qu’on puisse exiger d’un nageur plus de vingt heures de macérations aquatiques par semaine ; cela ne constitue pas un butoir indépassable, mais signifie que si une fille ou un garçon passent plus de vingt heures à l’entraînement, cela ne peut se faire que de façon volontaire. Le coach ne peut rien exiger de lui ou d’elle au-delà de la limite…

J’imagine que de nombreux éléments sont volontaires. Je serais par exemple très étonné qu’une marathonienne de la classe de Leah Smith, championne du monde universitaire, et qui devrait conserver ici ses titres, acquis l’an passé, en demi-fond (500 et 1650 yards) se contente à Virginia State d’un programme aussi étriqué. Le head coach, Augie Busch, n’a pas dû batailler pour convaincre son élève de mariner beaucoup plus que ça…

LE TITRE DE TERRI MCKEEVER EN DANGER

La question du jour, concernant ces championnats, revient donc à savoir si California Berkeley de la coach Terri McKeever va conserver le titre par équipes remporté l’an passé. En 2015, Berkeley disposait d’un gros atout dans sa manche, Melissa Franklin, qui avait fait le plein de victoires individuelles et boosté les relais. Mais cette « locomotive » a stoppé sa carrière universitaire pour entrer dans le rang professionnel et préparer les Jeux olympiques et n’a pas été remplacée.

 WORRELL ET NEAL FACE AU BOULEVARD OSMAN

L’Égyptienne Farida Osman – qui a claqué 21s32 aux Conférences et frôlé les 21s27 (2009) de Lara Jackson, record NCAA, mais reste plus loin des 21s12 d’Abbey Weitzel réussis ce 5 mars 2016 – et la dossiste Amy Bilquist sont les seules nageuses de Cal-Berkley en tête des « psych lists » ; Osman pourrait bien ressortir d’Atlanta en reine du sprint US, mais elle sera à la tâche, sur 100 mètres (2e derrière Lia Neal de Stanford), comme sur 100 mètres papillon, face à Kelsi Worrell (de Louisville, n° 4 sur 50 libre en 21s85 devant Béryl Gastaldello). Worrell, détentrice du record national et NCAA avec 49s81, mène cette année la danse en seulement 50:06, certes, mais une demi-seconde devant Osman, 50:53.

Sur 500 yards, Leah Smith, junior (3e année) de Virginie, 4:30s74, à l’assaut de son record NCAA, 4:30s37, assez loin du temps US de Katie Ledecky, 4:26s58. La même Leah Smith, a effacé le record NCAA avec 15:25s30 le 20 février dernier, mais reste à distance des 15:13s30 de Katie Ledecky, en 2014 à l’US Open.

Du neuf sur 100 yards brasse, avec une freshman (1ère année) d’Indiana, Lilian King, 57s35, à une main du record de Breeja Larson, 57s23 en 2014.

Des temps qui pourraient résister aux assauts, ce week-end, les 46s09 (2015) de Simone Manuel au 100 yards libre, les 1:39s10 (2015) de Missy Franklin sur 200, les 1:47s84 (2013) d’Elizabeth Pelton sur 200 dos, les 2:4s06 d’Emma Reaney (2014) sur 200 brasse), les 1:49s92 (2009) sur 200 papillon d’Elaine Breeden, les 1:51s77 (2012) Caitlin Leverenz sur 200 mètres quatre nages ; les 3:56s54 (2012) de Katinka Hosszu sur 400 mètres quatre nages.

PERSONNE POUR SUCCÉDER A NATALIE COUGHLIN

Même si l’on peut penser que les 49s97 de Natalie Coughlin, réussis un 23 mars 2002, ont fait leur temps après quatorze ans, il ne se trouve personne pour les menacer, sauf bien entendu dans l’hypothèse aléatoire qu’un sextet d’ondines que ne sépare qu’un tiers de seconde – Amy Bilquist, Californie, 50s50, Courtney Bartholomew, Virginia, 50s55, Ally Howe, Stanford, 50s71, Rachel Bootsma, California, 50s76, Olivia Smoliga, Georgia, 50s80, Kim Toussaint, Tennessee, 50s85 – ne permette, au bout d’une sévère explication, à la meilleure d’entre elles d’effacer Coughlin.

Il est possible que les relais jouent un rôle essentiel, comme souvent. Berkeley mène au départ dans le quatre fois 50 yards ; Southern California jouit d’une minuscule avance sur Georgia, tandis que Stanford dispose d’une belle marge autant sur 4 fois 50 quatre nages que sur 4 fois 100 quatre nages. Sans dire qui l’emportera, le match pourrait se jouer entre Georgie University, du coach Jack Bauerle, le plus capé des entraîneurs de filles NCAA en activité, vainqueur en 1999, 2001, 2005, 2013 et 2014), et Cal Berkeley de Terri McKeever, qui l’a emporté en 2009, 2011, 2012 et 2015. Cependant, on note que Georgia a été devancée, à la conférence du sud-ouest (SEC), par Texas A&M (où nage Béryl Gastaldello) dont l’équipe a été renforcée, et Tennessee. La conférence de la Côte Pacifique a vu la Californie du Sud triompher devant Stanford et Cal Berkeley.

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