NCAA MESSIEURS 2018 (3): DRESSEL 17s63 SUR 50 YARDS, REJOINT LA LIGUE DES PHENOMENES, WEISSMULLER, SPITZ, LOCHTE, THORPE ET AUTRES PHELPS…

Eric LAHMY

Vendredi 23 Mars 2018

Vous le savez sans doute aussi bien que moi, Caeleb Dressel a encore frappé hier après-midi (la nuit dernière heure française) et fait passer son record des 50 yards de l’autre côté des dix-huit secondes. Nous l’avions laissé hier alors qu’il venait de faire passer le dit record de 18s20 à 18s11. On songeait voir un chef d’œuvre, mais ce n’était qu’un hors d’œuvre, une « mise en bouche ». Caeleb nageait 17s81, et 17s63!

Plus précisément, Dressel, dans les séries du relais quatre fois 50 yards, avait nagé 17s96 lancé. Puis dans les séries de la course individuelle, 18s11, premier record. Peu après, dans les séries des 4 fois 100 quatre nages, il terminait en crawl et en 40s27 lancé. En finale du relais quatre fois 50 yards, le soir, à 18h7, il passait sous les 18 secondes avec 17s81. A 19 heures précises, il enlevait la course individuelle en 17s63. Enfin, dans le relais de quatre nages, utilisé cette fois en brasse, il nageait en 50s62, et ramenait son équipe de Floride de la 16e place ex-aequo où la situait le parcours initial en dos de Bailey Main en 46s41, à la 5e, où ses équipiers en papillon et en crawl allaient la maintenir finalement…  

Ces perturbations des records montraient de la part de Caeleb Dressel un joyeux et tonique manque de respect vis-à-vis de l’histoire du sprint, où les progrès sont considérés voire admirés quand ils se comptent en centièmes de seconde et se voient à la loupe.

Là c’est 48/100e, une demi-seconde, de gagnés, ce qui est beaucoup sur une distance aussi rétrécie, et évoque un peu ce qu’Usain Bolt a réalisé dans un passé proche en course à pied sur 100 mètres ou 200 mètres plat : une sorte de révolution.

Pour Swim Swam, Coleman Hodges notait hier soir devant ce fait, ce coup double qui consistait à marquer l’histoire de ce sport en « passant sous les 18 secondes non pas une mais deux fois, que cela cimentait l’idée que se faisaient les fans de natation depuis au moins les finales NCAA en 2017, que Dressel était un talent générationnel unique et le plus grand nageur en yards de l’histoire. »

Laisser son second à plus d’une seconde dans une finale de NCAA réunissant tous les meilleurs sprinteurs universitaires, bien entendu, est assez étonnant, quoique cela pose une double question : Dressel est-il tellement supérieur ou bien est-ce que ce sont ses suivants qui sont un peu faiblards.

La réponse n’est pas simple, même si la « grandeur » de Caeleb ne laisse, de son côté, aucun doute… Mais Ryan Held, le deuxième de la finale à 18s64, effectue l’une des courses les plus rapides de l’histoire… Rappelons également qu’Ervin, champion olympique des 50 mètres en 2000 et seize ans plus tard devant Manaudou n’a jamais battu les 19 secondes…

Il est aussi frappant de noter qu’à travers l’ensemble séries-finales de ces 50 yards, la distance qui séparait Dressel d’Held, 1s01, équivalait à celle qui séparait Held de l’auteur du 40e temps enregistré dans cette journée, 19s64, Jack Smith, de l’Iowa !

Si tout le monde se concentrait sur l’idée que Dressel pourrait casser le « mur » chronométrique des 40 secondes aux 100 yards, personne n’aurait imaginé qu’il pourrait nager si vite sur la demi-distance. Ce qui parait sûr désormais, c’est qu’il pourra utiliser ce gros surcroit de vitesse pour parvenir à ses fins sur les 91,44m…

Si vous avez vu cette course en vidéo, vous noterez le vaste ascendant de Dressel sur ses adversaires dans tous les compartiments. S’il parait être avec tout le monde dans sa coulée de départ, le passage de la coulée sous-marine à la nage est l’occasion d’une surprenante supériorité (qui nous rappelle ce que pouvait faire Diane Buy-Duyet, particulièrement impressionnante dans ce secteur). Dressel, comme Buy-Duyet, opère un jaillissement vers l’avant au moment d’émerger, et accélère là où personne d’autre ne sait accélérer. Aussi remarquable, son virage, mais également la trajectoire de son retour aérien à l’« attaque » de bras, qui va chercher l’eau très loin devant.

Je vous recommande aussi la vidéo où Ryan Murphy, le double champion olympique de dos, décrypte Dressel, décrit de façon assez amusante sa conformation physique « d’un trait; l’homme n’a pas de fesses, pas de sinuosités, rien où l’eau peut le freiner » ce qui, toujours selon Murphy, lui permet de trouver facilement le mouvement le plus efficient, alors que lui, Murphy, doit sans cesse se contorsionner pour effectuer le mouvement propulsif et la position la moins freinatrice.

Murphy explique aussi que Dressel combine les éléments de deux différents départs qu’il utilise très bien.

Ce document, publié par le site Flo Swimming, « Why is Dressel so fast ? w/ Ryan Murphy se trouve sur You Tube :

 

Dressel a emmené une équipe de Floride particulièrement inspirée, qui a gagné un relais, le quatre fois 50 mètres, grâce à l’avance initiale que ses 17s81 leur ont donnée. Derrière, les sprinteurs de North Carolina State et de California se sont échinés en vain, finalement battus de 11 et de 17/100e, les 200 yard quatre nages, où Jan Switkowski, vainqueur en 1’39s54, et Mark Szaranek, 3e en 1’40s27, remplaçaient avec talent l’absence de… Caeleb Dressel, vainqueur l’an passé et détenteur du record de la distance, 1’38s13.

Mais le système de points qui préside aux NCAA et attribue des points aux 16 premiers autant en individuel qu’en relais (doubles points pour les relais) n’a pas permis aux Floridiens de mener, comme on aurait pu penser que les exploits de son leader leur auraient permis.

Au plan des équipes, la nouvelle, c’est que Texas aura du mal à l’emporter comme son équipe le fit ces trois dernières éditions. Seul Texan à s’imposer, sur 500 yards, Townley Haas a ajouté à sa 2e place sur 200 une victoire en 4’8s60, tout près du record NCAA, 4’8s42, de Clark Smith, et assez proche du record américain établi en novembre dernier par Zane Grothe, 4’7s25.

Dans le relais quatre nages, Indiana l’a emporté en 3’1s07 devant North Carolina, 3’1s76 et USC, 3’1s83. Les meilleurs nageurs style par style ont été : en dos, Coleman Stewart, NC, 44s74, devant Javier Acevedo, Georgia, 44s90 ; en brasse, Ian Finnerty, Indiana, 50s33, devant Caeleb Dressel, Florida, 50s62 ; en papillon, Ryan Held, North Carolina, 43s88, devant Jan Switkowski, Florida, 44s11, et Joseph Schooling, Texas, 44s33 ; en libre, Blake Pieroni, Indiana, 40s62, devant Justin Ress, North Carolina, 40s82, et Robert Howard, Alabama, également 40s82.

Par équipes, un « match à cinq » se dessine, entre Indiana, 169 points, North Carolina, 165 pts, Texas, 159pts, Florida, 154pts et California, 152,5pts.


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21 comments:

  1. o

    « Townley Haas a ajouté à sa 2e place sur 200 »
    Pas vendre la peau de l’ours, le 200 c’est un peu plus tard aujourd’hui …

    1. Eric Lahmy *

      Oui, je suis le roi des hardis raccourcis, je faisais allusion au relais où Haas a été devancé par Blake Pieroni! Et vous ètes le lecteur le plus attentif que je connaisse, félicitations!!

  2. EasySpeed

    C’est qu’il a eu du pain sur la planche, Dressel, pendant ce championnat. Entre les séries, les relais et les finales, sa semaine a dû être particulièrement éprouvante. D’ailleurs on voit bien qu’a la fin de son 100m NL, il n’a même plus la force de fêter sa victoire. Si il avait été plus frais il aurait probablement été plus vite.

    Au même temps je suis persuadé que ce genre d’émulation, imposé très tôt, permet aux nageurs américains de se vacciner contre la compétition. C’est pour moi l’explication du fait que l’on ne voit quasiment jamais un nageur US craquer en grande compétition.

    1. Eric Lahmy *

      Trop d’émotion tue l’émotion? Sans doute! Quant à la compétition, elle me semble en effet essentielle pour former un compétiteur. Si c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en guerroyant qu’on devient guerrier!?!?
      Ou encore, sous un angle différent, dire aussi: la compétition scolaire, universitaire et dans les clubs, forcenée, aux USA, écarte ceux qui ne savent pas lutter et ne garde que les gros bagarreurs?
      Peut-être en suivant ce fil nous pourrions dire que Cate Campbell, si elle avait nagé en université américaine, n’aurait pas failli aux Jeux olympiques de Rio? Mais d’un autre côté, pouvons nous supputer qu’elle aurait été écoeurée par la compétition, son caractère n’étant pas celui d’une battante? Mais je ne le crois pas: tellement forte physiquement et techniquement, elle aurait survécu et dominé dans cette bagarre permanente en raison de son talent…
      Bref, il y a de quoi moudre dans ce domaine, merci de cette intervention…

      1. EasySpeed

        Vous soulevez la des questions intéressantes…
        Concernant Cate Campbell je pense (et c’est très personnel) que sa supériorité que c’est justement sa supériorité physique et technique qui ont créé une certaines carence de sa résistance mentale.
        En d’autres mots elle est tellement au-dessus du niveau australien, voire mondial, qu’elle n’est tout simplement pas habituée à l’état émotionnel d’une course au coude à coude face à des filles qui pourraient se casser un bras plutôt que de perdre la face. C’est presque comme si on isolait un sportif tout au long de l’année, pour finalement l’exposer à la pression qu’une fois arrivé le jour J.

        J’insiste sur le fait que c’est une vision personnelle et qui peut donc être erronée, mais il semble tout de même que les stars australiennes aient eu du mal à nager à leur niveau en grande compétition depuis quelques olympiades.
        Regardez Eamon Sullivan, James Magnussen, James Roberts, Cameron McEvoy, Mitch Larkin, tout ces gars ont déjà ratés des titres qui leur tendaient les bras et j’ai tendance à penser qu’un Phelps, un Dressel ou une Lendecky auraient gagné dans les mêmes circonstances…
        En y repensant, peut-être que la force mentale de Thorpe venait du fait qu’ayant été si précoce, il nagea contre des adultes alors que lui-même n’avait que 15 ans, pouvant ainsi se frotter à une concurrence de classe mondiale durant une grande partie de sa formation.

        1. Eric Lahmy *

          Il y a sûrement de cela. Et il y a quelque chose comme un problème psychologique chez les nageurs australiens… Maintenant, il y a quand même le facteur individuel. Pendant longtemps, la natation australienne a fabriqué des profils de conquérants. Et cela remonte au début du siècle dernier, à l’époque où Boy Charlton se frottait à John Weissmuller et à Arne Borg. Cela a continué avec la grande époque de Dawn Fraser, Jon Henricks, John Devitt, Murray Rose, David Theile, Ken Berry, puis ensuite avec Stephen Holland, et longtemps après les modernes Kieren Perkins, Ian Thorpe et Grant Hackett
          La France avait vécu un traumatisme du genre que vous décrivez quand Alain Gottvalles eut le tort de battre le record du monde des 100 mètres un mois et demi environ avant les Jeux olympiques de Tokyo, où il termina 5e de la course.
          Il y aussi un fait, c’est, petit pays en termes de population, où la natation est un grand sport, l’Australie a toujours organisé un tamtam autour de ses nageurs. Ce tamtam a son revers, il inonde le nageur d’un sentiment de responsabilité qui peut lui nuire fortement, et je crois que c’est le cas de Campbell… Par ailleurs, une Campbell n’a pas d’adversaires en Australie, si ce n’est sa sœur, ce qui ne joue pas entre elles puisque quand l’une gagne, l’autre estime avoir gagné. Et la 3e Australienne est une longueur de corps derrière. La finale olympique, c’est le plongeon dans l’inconnu ! Maintenant, juste pour vous faire saisir à quoi je pense, je dis : si Campbell avait eu le mental de Dawn Fraser, mythique australienne s’il en est, elle eut été très probable championne olympique du 100 mètres à Rio, comme à Londres et peut-être même à Pékin ! Et si McEvoy avait été le conquérant qu’était Henricks, il aurait peut-être battu le record du monde à Rio…
          Et là donc, ce n’est pas une question d’Australien ou de pas Australien, c’est une question d’individualité…
          Par ailleurs, je mettrais un bémol à ce que vous dites, et je ne prends pas un nageur médaillé d’argent à un dixième de seconde de son record type Sullivan, voire Magnussen, comme un loser. Il y a l’aléa, Mc Horton attendu sur 1500 gagne le 400 des Jeux… Et je dirais que généraliser n’explique pas tout, car quand Cameron se plante en 7e place en finale des 100 mètres, c’est le junior australien Kyle Chalmers qui gagne, donc là attention. Et doit-on tirer des conclusions néfastes sur le mental de Caeleb Dressel qui finit 6e à Rio ?

          1. EasySpeed

            Il est effectivement difficile de savoir si les faiblesse psychologiques de certains nageurs australiens soient un facteur individuel ou collectif, car nous n’avons tout simplement pas assez « d’échantillons » à traiter, pour parler en termes statistiques.

            Concernant Sullivan ou Magnussen, je n’ai bien sûr jamais dis qu’il s’agit de losers. Ce sont tous les deux d’immenses champions et 99.99% des nageurs rèveraient d’avoir la moitié de leur palmarès. Je dis juste qu’eux et leurs camarades ont laissé filer des titres qui leur semblaient promis, vu leurs performances durant les nationaux.
            Pour Dressel je pense que sa sixième place (à 17 centièmes de la médaille) correspondait à son réel niveau de l’époque, peut être que s’il avait mieux géré ses séries et demi-finales, il aurait été plus frais pour la finale où il nagea moins vite que dans les élimlinatoires… Mais avec des « si »…

          2. Eric Lahmy *

            Bien d’accord.
            Dans les dernières compétitions des Australiens, je dirais qu’il y a un certain échec collectif contrebalancé par des réussites individuelles. Mais ce qui est sûr, c’est qu’en l’absence d’éléments précis et détaillés, on a tendance à englober les résultats sous les vocables de collectif ou d’individuel.
            Il y a des échecs patents comme celui de Cate Campbell, si vous regardez sa carrière, elle fait presque toujours moins bien que ce qu’on attend d’elle. Il est vrai qu’on attend beaucoup, et elle s’en est expliquée après les Jeux. Même chose avec leur dossiste Emily Seebohm. Si vous analysez les résultats des Jeux olympiques de Londres, elle est plus forte en séries qu’en demis et en demis qu’en finale et c’est Missy Franklin qui gagne. Les temps ? Seebohm, 58s23, 58s39 et 58s68 ; Franklin, 59s33, 59s12, 58s33.
            Il y a aussi un phénomène qui tient à l’analyste, qui peut être en l’occurrence vous, ou moi – c’est l’incapacité où il se trouve à saisir deux choses : l’état de forme exact du nageur le jour même de la compétition, et l’aléa total que représente une arrivée au centième de seconde entre deux nageurs – nageuses qui se valent. J’ai tenté de développer sur ce sujet quelques fois. L’aléa est quelque chose dont on ne tient pas compte, les entraîneurs n’en tiennent pas compte parce que l’aléa ne débouche pas sur une morale transmissible au nageur. Les coaches l’écartent donc, ils le réfutent, ils trouvent ça, semble-t-il, inacceptable. Je les comprends. Vous voyez l’entraîneur qui donne au nageur des conseils, avant la course, du genre : « bon alors maintenant, aies de la chance ? »
            Or moi je l’accepte, parce que je n’ai pas le point de vue d’un entraîneur (même si je l’adopte, quelques fois seulement) et que je me place après la course. La morale de l’entraîneur, son point de vue moral, c’est que tout est mérité dans le résultat. C’est simpliste et ça marche comme ça, il a besoin de cette idéologie pour faire travailler ses nageurs, et aussi pour se rendre le matin et le soir à la piscine au lieu d’aller au café et jouer aux cartes avec des potes. Si on n’y prend garde, ça finit par une caricature : le vainqueur mérite totalement de gagner, le deuxième ne méritait pas mieux parce qu’il n’a pas absolument tout fait pour gagner, le troisième, etc. Mais comme observateur, ou journaliste, je n’y crois pas du tout parce que le talent, lequel n’est pas distribué également entre tous, mais aussi l’aléa, faussent les résultats. Ils faussent les résultats parce que c’est la vie, la vie fausse les résultats, la chance et la malchance entrent en jeu.
            De façon marginale ? Peut-être, mais la différence entre le nageur à 47s11 et celui à 47s15 est marginale… Quand il devait nommer un général, et qu’on lui proposait un nom, Napoléon demandait : « est-ce qu’il a de la chance ? » Ce n’était pas scientifique, c’était même irrationnel, mais cela pouvait aller à l’essentiel, de la part d’un homme qui avait passé sa vie à la jouer – à pile ou face…

  3. Aigues

    Je ne sais pas si Cate Campbell a souffert à un moment du manque de compétition au niveau national : le 100m NL femmes est quand même justement la course la plus dense en Australie, avec un relais au dessus du lot depuis 2013 (quand il est au complet), et une McKeon qui en 2015 (ou 2016?) nage en 52.8 pour ne faire que 3eme, c’est à dire 10 centièmes à peine moins vite que Manuel et Oleksiak quand elles font dérailler Cate à Rio. Enfin c’est juste une remarque.

    Concernant l’Australie, je continue quand même toujours de penser que la situation géographique si particulière de l’île continent doit jouer dans l’incapacité des nageurs à « surperformer » au bon moment. Il faudrait comparer leurs résultats à domicile (Sydney, Melbourne, Gold Coast cette année) à ceux à distance et jetlag modérés (Fukuoka) et à ceux à 20 heures d’avion (Londres, Biudapest, etc.) mais c’est difficile puisque l’équipe envoyée n’est jamais la même…

    1. Eric Lahmy *

      N’oublions pas non plus que l’Australie a 25 millions d’habitants, deux fois et demi moins que la France, 13 fois moins que les USA. Quand elle a dominé la natation mondiale, il y avait 7 courses individuelles messieurs et 6 femmes, maintenant 17 et 17. Difficile de remplir les cases. Et il y a dans le monde des dizaines de systèmes qui fonctionnent à plein. Quant au jet lag peut-être, mais les Britanniques n’ont jamais aussi mal nagé qu’à Londres chez eux en 2012.

      1. Aigues

        Ah je suis tout à fait d’accord sur le fait que l’Australie avec son petit réservoir de population est condamné à perdre des parts de marché si le reste du monde travaille bien.

        Oui les Britanniques ont mal nagé à Londres, mais ils n’avaient pas une équipe dont on attendait monts et merveilles, et Londres ne représente pas un grand dépaysement pour les européens et les nord-américains. Vous savez qui a un bilan comparable à l’Australie sur les JO de Londres avec beaucoup de places d’honneur mais peu ou pas d’or? Les Japonais…

        Sinon, j’aime beaucoup ce que vous dites sur l’aléa, il faudrait en parler aux dirigeants (et aux journalistes) de certains « grands » sports qui espèrent naïvement le faire disparaître en revisionnant des images au ralenti et à la loupe.

        1. Eric Lahmy *

          Je dois de temps en temps me prendre les pieds dans ce travers, mais je trouve que le commentateur est dans une situation facile. Je m’énervais quand j’entendais des copains téléspectateurs traiter de « con » tel joueur rater une balle à Roland Garros. C’était tellement gros ! Moi le m’étonnais qu’il en avait repris tellement et pas des moindres juste avant…
          Sans nier l’avantage du terrain, qui a une expression dans tous les langages, les Russes disent que chez vous, l »es murs vous aident », je ne sais pas qui n’attendait pas monts et merveilles de l’équipe britannique, mais après les résultats des Jeux et des mondiaux 2013 de Barcelone les budgets olympiques de la natation de l’organe qui gère l’argent des paris ont été nettement revus à la baisse.
          Le jet lag me semble moins important pour un athlète international aujourd’hui, les trois quarts des meilleurs nageurs ne cessent de se déplacer et toute une stratégie a été mise en place pour le combattre. Il y a 30 ans, j’ai vu Thierry Vigneron devenir en quelques jours champion des Etats-Unis, champion du Japon et champion d’Europe dans je ne sais plus quel ordre. Bas de contention, électrostimulation pendant le vol, boissons, etc., c’est pas les mesures qui manquent pour effacer de décalage. Récemment, Ruck Taylor a fait des étincelles sans cesser de se déplacer en Europe, Marie Wattel et quelques autres ont battu leurs records l’été dernier à l’US Open, etc… Le jet lag pour les Australiens, à mon idée, ça doit être aujourd’hui tangentiel à zéro, il y a trop longtemps qu’ils l’ont expérimenté.

          1. Aigues

            Ah mais clairement on est tangentiel à zéro, mais les 0.01 qui ont manqué à Magnussen en 2012 sont justement tangentiels à zéro. J’aime l’explication « jetlag » (en englobant tout les effets de l’éloignement géographique) parce que c’est clairement un problème qui va impacter différemment chaque nageur, et donc expliquer que même au sein d’une équipe globalement sous-performante, des Chalmers ou des McKeon fassent un bon meeting. Après évidemment, ce ne peut être qu’une petite partie d’explication.

            L’impression que me donne la natation britannique, c’est d’avoir récolté à partir de 2014 les fruits qu’elle aurait aimé cueillir en 2012.

          2. Eric Lahmy *

            Je ne sais pas le rôle joué par le jetlag dans la défaite de Magnussen d’un centième. Mais je ne suis pas sûr que vous ayez trouvé le vrai coupable. J’imagine par exemple ce que le stillnox, ce somnifère qu’ils avaient consommé malgré l’interdiction formelle édictée par leur comité olympique, et qui leur était procuré par deux d’entre eux, Sullivan et Targett, a eu comme un effet négatif sur les performances des relayeurs australiens aux Jeux de Londres.
            Je ne parlerai pas plus de leur comportement professionnel et humain fort peu exemplaire vis-à-vis des filles de l’équipe qu’ils ont harcelées à l’approche des Jeux en les réveillant la nuit en tambourinant leurs portes et autres joyeusetés. De rage, Emily Seebohm, a balancé l’affaire à la presse parce que le head coach haussait les épaules quand elle lui a demandé d’intervenir…
            A l’arrivée, Magnussen 2e du 100 et le relais 4e, battu de façon on ne peut moins marginale. Et Seebohm battue aussi…
            Le comportement de cette joyeuse équipe vu par Swimming Australia qui les a fait passer en jugement ? Je traduis : « Ebriété, mésusage de drogues interdites, non-respect du couvre-feu, mensonges, brutalités. » Alors vous me dites que c’est le jetlag, je vous laisse l’explication. Dire que le décalage horaire a provoqué les défaites de Magnussen et du relais quatre fois 100, c’est ignorer d’autres causes pourtant évidentes et qui ont fait un foin du diable en Australie, où le head coach Leigh Nugent a été sanctionné et viré pour « manque de leadership ».

          3. Aigues

            Le Stilnox est justement un somnifère indiqué dans la lutte contre les effets liés au décalage horaire. Ils ne s’en seraient sûrement pas procuré si les jeux avaient eu lieu à Sydney, Auckland ou même Tokyo.

            Je me méfie de ce qui a été dit sur Magnussen and co en Australie. Quand une équipe échoue lourdement, il est de coutume de chercher des boucs émissaires (ici, les membres du relais 4×100) et des failles morales. Nous avons bien connu cela en France avec Knysna. Les nageurs australiens n’ont jamais nié les faits, mais on n’a pas fait d’enquêtes équivalentes dans les autres délégations, et je ne suis pas sûr que des groupes de jeunes américains, français ou italiens se comportent tellement mieux que leurs homologues australiens. Enfin on ne sait pas.

          4. Eric Lahmy *

            Là je ne comprends plus. Les Australiens n’ont jamais cherché de boucs émissaires, ils ont remonté les bretelles à des jeunes gens qui ne se comportaient pas bien… Qu’est-ce qui vous permet de remettre en cause les voix des nageuses australiennes, des dirigeants australiens et les aveux des nageurs coupables eux-mêmes? Pouvez-vous mettre en avant quelque chose de plus solide que votre intuition? Vous donnez l’impression que les Australiens sont coutumiers du fait. La presse à sensation, oui, mais la Fédération, quel intérêt aurait-elle à bousculer ses champions?…
            Le Stilnox a été interdit par le CO australien à cause de l’accoutumance et des catas que cela provoque (Hackett).
            Les sprinteurs n’ont pas pris du stilnox pour combattre le jet lag, mais pour créer un lien de solidarité de leur groupe contre la hiérarchie.
            Ce n’est pas le décalage horaire qui rend insomniaque, c’est le stress. On a enquêté sur les nageurs du relais de 2012 parce que les filles se sont plaintes de ces garçons qui n’étaient pas concentrés sur l’objectif, et non pas parce qu’on a cherché des coupables.
            En 2008, Alain Bernard en plein jet lag, à Pékin, a été champion olympique du 100 mètres devant Sullivan qui ne souffrait pas du jetlag. Votre jet lag est un leurre. Michael Phelps a remporté ses plus belles médailles avec jet lag.Même chose pour Lochte. D’ailleurs comme dans plusieurs Jeux olympiques, ils faisaient disputer les finales le matin, même ceux qui étaient dans leur fuseau horaire étaient obligés de s’acclimater. Dans le sport de haute compétition actuel, le jet lag ne devrait poser aucun problème. Surtout dans une natation aussi pro que l’australienne!

            Cela fait cinquante ans que les pilotes et les hôtesses de l’air ont développé des techniques qu’empruntaient les athlètes français que j’accompagnais aux championnats aux USA. Et depuis cela n’a fait que progresser.

          5. Aigues

            Notez d’ailleurs qu’un an plus tard à Barcelone, le même relais supposément assagi et sans somnifères se rate encore complètement (4ème) et Magnussen – bien que vainqueur en individuel – ne nage pas mieux qu’à Londres (il réalise d’ailleurs assez étrangement un 47.71 en séries du matin avec une superbe nage qu’il ne fera qu’égaler en finale, et qu’il n’approche ni en demies, ni en relais).

            Londres, Barcelone, même jetlag, mêmes interminables voyages en avion quelques petites semaines avant la compétition. Par contre ce relais est champion du monde en 2011 à… Shanghai. Mais certes ils n’étaient pas favoris et les attentes, donc la pression, n’étaient pas les mêmes.

          6. Eric Lahmy *

            Vous y tenez. Avant les Jeux c’est pas les Jeux et après les Jeux c’est plus les Jeux. Pour les Australiens, la hiérarchie, c’est 1, les Jeux olympiques, 2 les Commonwealth, 3 les Mondiaux. Après les Jeux de Rio, Cate Campbell n’a même pas nagé. L’audience des mondiaux en Australie c’est pas terrible. Et après les Jeux de Londres, les sprinteurs australiens ont été au pain sec et à l’eau.
            Allez parler du jet lag à Katinka Hosszu

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