NON-ENTRETIEN CHOC DE JACQUES FAVRE SUR SON NON-BILAN

Eric LAHMY

Jeudi 5 Mai 2016

Jacques Favre aime prendre des risques. C’est lui qui le dit. Dans une interview parue dans la revue officielle de la Fédération (mai 2016). L’intervieweur est bluffé. Favre n’annule ni ne retarde pas leur rendez-vous, programmé depuis longtemps, après « la bourrasque médiatique » des championnats de France de Montpellier. Mais il aime les risques, Favre, et celui d’être interviewé par le journaliste officiel de la revue officielle de la Fédération ne lui fait pas peur, bravo.

Il a raison de ne pas avoir peur, parce qu’en six pages illustrées de portraits en gros plan dont on ne saisit pas le bien fondé, il n’a droit à aucune question soit dangereuse, soit même impertinente, et encore moins pertinente – on comprend le questionneur, surtout ne pas heurter un des patrons – ; répondre à des clichés comme « d’une certaine manière on pourrait dire que vous cherchez à renforcer le lien entre le sommet de la pyramide fédérale et les clubs », et surtout pouvoir certifier ce qu’il veut sans être repris, par exemple son « non » à la question de savoir si « la Fédération a négligé ses clubs », ou encore pouvoir balancer que « le sport est désormais un levier aussi important que la culture pour entretenir la cohésion de notre pays », alors que ça fait quarante ans qu’on a eu à peu près tout faux dans le domaine (voir le pourrissement du foot). Mettre en avant tout ce que les poloïstes, les plongeurs, les nageuses synchronisées vont pouvoir faire aux Jeux olympiques (c’est certes bien qu’ils y soient) quand on sait qu’ils participeront sans plus et que ce sont les résultats des nageurs qui seront jugés. Se sortir un peu plus loin d’une question pourtant bien anodine sur la défense du bilan (lequel, d’ailleurs?) au sujet des vingt-huit qualifiés pour les Jeux de Rio par un cryptique « il ne suffit pas de se hisser au sommet d’une montagne et de hurler pour se faire entendre ! Je n’entends pas être jugé sur les résultats olympiques mais sur tout ce qui a été fait depuis un an », montre, un, qu’il prépare le parachute, deux, qu’il n’a sans doute pas bien pris la mesure de l’héritage d’excellence qui est le sien ?

Sommé poliment de développer au sujet de ce « tout ce qui a été fait », nous faire connaître les « microprojets qui mettent de l’air dans le système, à tous ces détails qui font évoluer les mentalités et libèrent les athlètes. Je pense au « lab des Lucioles », expérimentation sur les habiletés mentales et la lucidité, menée auprès des nageurs de l’INSEP, pour apprendre à mieux se connaître, je pense à Gavroche 2024, programme élargi et multi disciplinaire de détection et de suivi de la relève. Je pense à l’intégration de Philippe Lucas dans le staff de l’équipe de France olympique. Je pense au renforcement du suivi social des athlètes » – voilà qui n’est pas forcément anodin, mais soit reste bien elliptique, soit ne pèse pas bien lourd (1).

Il n’est pas bête du tout, le DTN. Il est même bien cérébré, et je crois qu’il pourrait apporter quelque chose à cette natation. Il faudrait quand même qu’il passe l’épreuve de Rio… Pas de la tarte.

En attendant, la preuve est faite que Jacques Favre parle bien. Il faudrait peut-être maintenant qu’il trouve quelque chose à dire.

_________ 

(1). La reconversion des athlètes, qui était à zéro dans le passé, a été prise en compte, et c’est Odile Petit qui s’en occupe à la Fédération. A mes yeux c’est rassurant. Elle fut une nageuse synchronisée épatante, puis est devenue une entraîneur exemplaire.

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