OLIVIER NICOLAS, L’HOMME PAR QUI LE MORAL ARRIVE

Éric LAHMY

Vendredi 16 mars 2018

A peu de choses près, Olivier Nicolas pourrait titrer son parcours actuel en équipe de France : « vingt ans après. » Lui qui dirigeait les équipes de jeunes du temps de Claude Fauquet et de Christian Donzé, revient aux affaires aux côtés du directeur technique national Julien Issoulié et du directeur de la natation course, Richard Martinez. Il est désormais responsable des équipes de France A.

« Les choses sont un petit peu différentes aujourd’hui, dit-il. Je m’occupais alors des jeunes, pendant sept ans (2000-2007), puis des juniors, pendant quatre ans (2007-2012). Maintenant, je manage l’équipe de France, l’équipe A. Je m’efforce à l’année de rencontrer le plus de nageurs, pas forcément ceux qui se trouvent dans les pôles. Il y en a ainsi pas mal, qui ne sont pas dans ces structures avantagées. » Il cite des noms : « Fanny Deberghes, Margaux Favre, Pauline Mahieu – qui nage maintenant avec Philippe (Lucas) -, Camille Dauba. » On pourrait ajouter Jordan Pothain, Geoffroy Mathieu, Cyrielle Duhamel.

Ce week-end, il a profité de sa venue au meeting Camille-Muffat, à Sarcelles, pour rencontrer les nageurs, dont Marie Wattel et Jeremy Stravius, échanger avec eux, donner du petit matériel. Il fourrage dans son sac, tripote des bas de contention dont les nageurs sont friands dans les longs voyages en avion, ou encore pour récupérer.

Olivier, donc, « manage ». On lui demande s’il ne regrette pas le bord du bassin. Il donne l’air de s’amuser de la question : « je suis à un âge où, cette mission, je l’adore. Et puis c’est une reconnaissance que j’apprécie, après trente-six ans de bassin. Peut-être aussi ai-je montré avec Claude Fauquet que je savais faire ? »

D’ailleurs, pour commencer il manage son temps. « Employé de la ville d’Avignon, je jongle avec mon emploi du temps » explique-t-il.

Avignon, sans jamais produire un super champion, a joué sa partie dans notre sport ; ce furent, à partir des années 1970-80,  Charlie Mora, champion de France 1981 du 1500, Pascal Laget (sélectionné aux Jeux Olympique de Moscou, en 1980) qui remporte en 1984, associé à Olivier Orsoni, Eric Michel et Gil Dallenbach, le relais quatre fois 200 mètres des championnats de France. Plus tard, en 1996, Nicolas Granger, Antony Segui, Gérald Massin et Olivier Segura, feront 2es de ce même relais ; Granger sera 2e du 200mètres quatre nages et Antony Segui 3e sur 25 kilomètres. 

 « SI LES ÉQUIPES DE JEUNES SOUS SON COMMANDEMENT ONT BRILLÉ, IL ÉTAIT POUR BEAUCOUP DANS CES RÉSULTATS » 

Si l’on croit ceux qui l’ont sollicité au poste qui est le sien aujourd’hui, les collègues et ses amis (souvent les mêmes personnes), Olivier Nicolas est au poste qui est le sien pour ses « qualités humaines. » Le propos est signé Richard Martinez, l’actuel directeur de la natation, qui le connait depuis… quarante cinq ans : « on était ensemble, dans l’eau, à Font-Romeu, qui nagions sous la férule de Jacques Meslier. Il disputait le 200 et le 400 libre ainsi que le 200 papillon, et moi j’allais du 200 au 1500 libre. Nous étions des besogneux (rire). Cela  crée des liens mais ce n’est pas pour cette raison qu’il est à sa place. Mettre en avant l’humain, ce n’est pas  rabaisser chez lui ses incontestables capacités techniques ; il est depuis quarante ans dans la natation où ses compétences sont reconnues. Donc il n’est pas que cela. Il passe très bien autant auprès de ses confrères entraîneurs qu’auprès des nageurs, avec qui il a un très bon contact. Il a emmené de nombreuses équipes de France, juniors et A’, c’est un exercice qu’il maîtrise. Mais il est surtout le plus à même, par exemple, d’apaiser un climat délétère, comme cela peut arriver dans un déplacement, un stage. La vie en communauté n’est pas toujours facile et il est bon dans ce cas là de disposer d’un homme ressource. »

Marc Planche, qui fut pendant dix-huit ans l’homme de l’information de la natation française (celui qui a traduit sur Extra-Nat, dans le site fédéral, l’actualité des cinq disciplines), et pour qui rien de ce qui nage ou fait nager en France n’est étranger, confirme cette impression de Richard Martinez : « Olivier, m’explique-t-il, est un des rares entraîneurs de club qui continue de lutter avec ce que j’appellerai les aspirateurs de talents. Il fut un temps, seul Canet ’66 jouait ce rôle d’aimant pour les nageurs, mais ils ont eu tendance à se multiplier, aujourd’hui, dans sa région, Montpellier, Marseille… Avignon donc forme mais garde difficilement ses éléments. Outre ses qualités de technicien, Olivier est un enthousiaste. C’est l’homme qui va vous remonter le moral s’il arrive un souci, si un nageur est malade ou s’il a perdu un grand-parent. C’est un très bon animateur et dans une équipe il amène un plus extraordinaire. Dans les pires moments, il va pouvoir positiver. Si les équipes de jeunes sous son commandement ont brillé, il était pour beaucoup dans ces résultats. »

Adjoint au DTN, Patrick Deléaval, qui jouit d’un point de vue imprenable sur le passé du sport, insiste sur un point : « c’est un homme qui sait encadrer une équipe. Il a ce côté provençal, si tu vois ce que je veux dire, mais cela ne l’empêche pas d’être rigoureux, vu qu’il y a des choses qu’il ne faut pas laisser passer chez les jeunes. Il est gai de nature, il sait s’amuser quand il le faut, mais aussi c’est un homme très concret dans les projets d’action. Quand on mettait en place des projets, il apportait toujours de bons arguments ; il est très utile aussi sous cet angle, et Richard s’appuie sur lui. Quand tu regardes bien, Martinez, Auguin, Nicolas, c’est un peu l’ancienne équipe de Fauquet qui s’est reformée. »

RENCONTRER LES NAGEURS HORS-PÔLES POUR NE PAS PERDRE LE NORD

 « Je ne suis pas venu pour prendre, mais pour donner », insiste Olivier Nicolas. Il note aussi la diversité du petit groupe technique fédéral dont il fait partie : « Denis est un entraîneur qui a formé un champion olympique ; Richard un entraîneur de centre national et de pôle qui a formé des dizaines de nageurs ; et moi, un entraîneur de club. Ce sont trois parcours différents. »

Manager, c’est effectuer aussi tout un travail de préparation et de repérage, guère spectaculaire mais indispensable, et qui a sans doute été à la base de bien des succès français des époques Fauquet-Donzé. « Il convient d’aller avant les compétitions sur les lieux, afin de s’assurer que tout se passera bien. Que le logement, les repas, les déplacements entre l’hôtel et la piscine, que les salles de musculation seront au point. »

Olivier, en prenant son poste, a trouvé « la transition facile. Je connais 80% des nageurs. On a commencé par les Euro en petit bassin, et quoiqu’au creux de la vague, on a existé. Mais il faut reconnaître que notre niveau est plus européen que mondial. »

Olivier Nicolas se dit « à la disposition des nageurs. Je les appelle, me tiens au courant de leurs soucis. En même temps, il me faut gérer certains egos. Egos indispensables à la réussite dans le haut niveau. Maintenant, j’espère que cela se passera aussi bien avec les entraîneurs. »

Qui doit-il contacter ? « J’essaie de maintenir la palette la plus large possible. Dans l’année, je suis allé voir les trente meilleurs nageurs juniors hors pôles. On dit que mon point fort c’est le relationnel, alors voilà. »

Pourquoi les nageurs hors pôles méritent-ils plus d’attention ? « Parce que, dit-il, se trouver dans un pôle, c’est être avantagé. Ne pas s’y trouver, cependant, peut ne pas être un handicap. Mais si vous allez dans un club et ils ne font que six heures de natation hebdomadaires, on leur explique que ce sport demande plus de temps !

D’un autre côté, un Philippe Lucas, par exemple, avec sa structure professionnelle à Montpellier, n’est pas désavantagé par rapport à un pôle. Il y en a d’autres qui n’ont pas de moyens extraordinaires mais qui travaillent bien. Ainsi, à Charleville, ils sortent des nageurs, ce sont des pourvoyeurs, et de ce fait, on les respecte. » Charleville, président Didier Favero, entraîneur Sébastien Rémy,  a encore sorti avec Emilien Mattenet le dernier champion de France du 400 mètres quatre nages, et dispose avec Charles Rihoux d’un espoir du sprint. Cette tendance du club à trouver des perles rares remonte aux années 1980, à Pascaline Louvrier et à son entraîneur Barnard Albin…

Rendre visite aux clubs, comme Richard Martinez et Olivier Nicolas l’ont fait à Charleville est une chose. Tenter de leur apporter, le cas échéant, un plus, en est un autre. « On s’assure que les conditions de la réussite existent. Et on les aide s’il le faut. D’ailleurs, il faut bien comprendre que tous les nageurs ne sont pas faits pour vivre en pôles, et qu’il serait de mauvaise politique de débaucher tout le monde et de vider les clubs pour remplir les pôles. »

Olivier sait ce qu’il faut faire. Mais il sait qu’il faut aussi faire la part des choses : « si tu n’as pas les nageurs… En 2008, j’étais responsable de l’équipe de France des jeunes pour Helsinki, et on a rapporté dix-huit médailles. J’étais alors un cador. L’année suivante, on a fait une médaille. »


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1 comment:

  1. Eric Lahmy *

    Merci pour votre papier très agréable pour moi, mais je voudrais juste préciser, dans le palmarès de mon club d’Avignon, à qui il faut attribuer les premiers noms que vous avez cités. Je n’étais alors que l’adjoint de Michel Amardeilh. Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Michel avec qui j’ai travaillé 10 ans ; en revanche, j’aurais aimé vous dire ce qui me rend le plus fier dans mon parcours d’entraîneur. C’est d’avoir entraîné Julien Sauvage jusqu’à deux titres de champion de France junior. C’est moi qui lui ai dit d’aller au TOEC avec Lucien Lacoste et 1). il a terminé 11e des Jeux olympiques de Londres sur 10 km ; 2). Il est devenu ingénieur. Donc il a été tout ce que j’aime comme exemple de double projet réussi. Dans mon palmarès, j’ai eu 8 internationaux junior et j’ai entraîné pendant 8 ans Oleg Garasymovytch qui, deux mois après être arrivé au pôle de Marseille, est devenu champion de France en bassin de 25 m du 200 dos et s’est sélectionné aux championnats du monde de Windsor – grande fierté pour notre club . Voilà quelques précisions que je tenais à vous transmettre.
    Olivier Nicolas

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