OU EST PASSÉ, ET COMMENT SAUVER, LE PLONGEON FRANÇAIS

Par Daniel CAOUS

 Mercredi 5 Avril 2017

La communauté du plongeon français – l’une des 5 disciplines olympiques de la natation – peut se réjouir particulièrement de l’arrivée du nouveau président de la Fédération française de natation, Gilles Sezionale, ainsi que du renouvellement de l’équipe dirigeante. Avec, dans la composition de ce nouveau comité directeur la présence de Messieurs Serge Brunet et Michel Boussard, tous deux gens de consensus :

– le premier, ayant infatigablement défendu historiquement les intérêts du plongeon en Bretagne (sa région de rattachement) et très sensible à la présence de cette discipline, en ayant particulièrement œuvré en 2007 et 2010 pour le maintien et la rénovation des installations de plongeon, à Rennes (l’une des trois piscines opérationnelles avec plongeoirs de 1 m à 10 m, couverts et clubs de plongeon en activité).

– le second, déjà présent dans les précédents comités directeurs de la FFN au fil des anciennes mandatures, particulièrement dévoué, compétent, excellent technicien ; il est à ce jour un homme de référence dans le plongeon international pour son concept de la discipline.

Toutefois, le président Sezionale et sa nouvelle équipe auront fort à faire pour redynamiser le plongeon français : celui-ci – en dépit de cadres fédéraux dévoués, d’entraîneurs de clubs et de bénévoles passionnés – a été laissé en jachère depuis 25 ans par désintérêt, négligence, absence d’une vision ambitieuse de la part du noyau décisionnaire de l’ancienne Présidence.

Quelques exemples :

– Sait-on que depuis 1990, le nombre de clubs où le plongeon est enseigné est passé d’environ 25 à une dizaine, à peine ?

– Sait-on que peu d’actions de lobbying ont été entreprises « de haut » pour contrecarrer les projets de destructions d’équipements de plongeon opérationnels dans le pays, et qu’il aurait fallu rénover ou reconstruire ? Dans certaines villes où des organisations de compétitions nationales de plongeon se sont soit déroulées par le passé, soit étaient possibles (Pau, Bordeaux, Massy, Montélimar, Condom, Brive, Dreux, Tours, Audincourt, et tout dernièrement Lille et Poitiers), les élus locaux gestionnaires ont fait le choix de supprimer les fosses à plongeon et les plongeoirs.

Ceci a pu se faire en parfaite connaissance de cause de la part de la FFN, sans que des actions de lobbying indispensables n’aient eu lieu pour limiter la casse. Absence d’actions ou d’incitations, cautionnant de fait les reconstructions / reconversions en centres aquatiques insipides avec toboggans ruineux et ambiance lisse, ennuyeuse, non sportive, (comme lu plus bas, sur l’excellent fil « Journal d’un nageur de l’ère post Trump », 19/3/2017), ceci au frais du contribuable.

Mais également absence ou manque d’actions de la FFN vers les élus locaux en vue d’inciter à compléter les projets et réalisations d’équipement nautiques à caractère sportif, où seule la discipline reine a / a eu sa place (Dijon, Chartres, Saint-Raphaël, Montpellier : établissements luxueux aux noms pompeux mais non dotés de plongeoirs ; identiquement pour des projets comme celui de Reims où « ce n’est pas prévu »). Honteux.

À L’INSEP LE PLONGEON S’ARRÊTE À CINQ MÈTRES

Sait-on, a-t-on conscience à ce jour que la reconstruction de la piscine de l’Insep s’est heurtée aux règlementations ubuesques du plan d’occupation des sols et qu’il n’a pas été possible d’y adjoindre une fosse à plongeon avec plates-formes supérieures à 5m ? Ceci dans l’institut national du sport français ?! Dans la capitale du pays France ?! Et que suite à pareil manque, nos athlètes plongeuses et plongeurs sont obligés continuellement à effectuer des navettes incessantes entre l’Insep et la le stade nautique de Montreuil-sous-Bois ? Honteux.

Sans vouloir tirer sur l’ambulance qui vient d’évacuer certaines « élites fédérales » – mot bien galvaudé – usées par l’effort du pouvoir (mais guère par l’effort de leurs actions) : qui peut citer des initiatives incitant les élus des villes à valoriser le plongeon ? Au moins autour d’une table lors des projets connus, encore sur plan, qu’il aurait été possible de modifier, compléter, avant que les budgets afférents de ces constructions ne soient ficelés ?

Et surtout qu’à ce jour en France, désormais seules 3 installations de Plongeon à la fois couvertes avec plates-formes de 10 mètres (Rennes, Schiltigheim, Montreuil-sous-Bois) permettent l’organisation biannuelle des Championnats nationaux de Plongeon ? Ceci en regroupant les Championnats des jeunes par catégories d’âges avec le Championnat de Plongeon « Elite » pour éviter les contraintes d’absence de lieux et de mise à disposition ?

Sait-on que ces 3 installations ne sont même plus aux normes internationales (largeur des plates-formes de haut-vol), interdisant de facto toute compétition internationale dans le pays ? A-t-on conscience que si la France décide un jour d’organiser un Championnat d’Europe ou du Monde de Natation, elle ne le pourra pas : en effet les 4 disciplines de piscine doivent être présentes sur une même ville et le plongeon doit y être représenté avec des installations aux normes exigées par la FINA ?

Tout ceci, en comparant avec nos amis allemands, anglais, italiens, espagnols, nous place hélas bon derniers parmi les pays dits « riches », tant en terme d’infrastructures de plongeon et de clubs où cette discipline est enseignée, pratiquée. La France, candidate aux jeux olympiques de 2024 n’est guère crédible si l’on s’en tient à ces points : elle fait pâle figure ! Et finalement encore plus pâle figure à l’heure où des rumeurs font état d’une fosse à plongeon… démontable  (!!!) pour le futur centre aquatique J.O. Paris 2024, de Saint-Denis.

Alors, à partir du moment où les équipements de plongeon manquent et où ceux qui existaient sont détruits, comment est-il possible d’y installer des clubs de plongeon et des « encadrants » ?

Et pourtant, par la succession des différentes directions techniques du plongeon français très compétentes et efficientes, adossées à des cadres professionnels et bénévoles dévoués et passionnés, le plongeon français peut s’enorgueillir d’avoir eu et d’avoir encore des athlètes, plongeuses et plongeurs, qui obtiennent des performances internationales intéressantes. Mais ces résultats constituent à ce jour un cache misère au regard du constat de la disparition des clubs de plongeon en France. Des bouts de ficelle pour faire fonctionner le peu de clubs de plongeon restants.

Les professionnels et bénévoles du plongeon français – qui depuis des années sacrifient beaucoup de leur temps libre – ont besoin d’être rassurés. La nouvelle mandature de Monsieur Sezionale aura fort à faire en matière d’idées, comme force de propositions, et en termes de lobbying en faveur du plongeon français. La natation, au sens des instances fédérales et quels que soient les pays, est constituée de 5 disciplines dont le plongeon. Il convenait, dans cet article un peu long, de repréciser les choses dans le contexte français.

Daniel CAOUS, Officiel fédéral et Juge national de Plongeon à la FFN, Encadrant BF2 / ENF3 Plongeon, Pratiquant la discipline en niveau « Maîtres 50-59 ans », à Rennes, Dirigeant du CPB Plongeon de Rennes (Président de ce groupe de 2000 à juin 2016), Membre de la Commission nationale de développement du Plongeon 2013-2017,


Also published on Medium.

1 comment:

  1. AMAND Marc

    Merci pour ce coup de gueule, au moins ça c’est dit !
    Heureusement que le plongeon est un sport de passionnés sinon il n’existerait plus en France.
    Il serait bien que chaque centre nautique équipé de plongeoirs s’impose un créneau horaire pour de nouvelles structures de clubs de plongeon car à ce jour très peu en disposent.
    Vive le plongeon Francais
    Bravo à l’équipe de France pour ses résultats dans ces conditions !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *