SARAH SJÖSTRÖM ET CAELEB DRESSEL CHAMPIONS 2017 SELON SWIMMING WORLD

Samedi 2 Décembre 2017

La Suédoise Sarah Sjöström a été nommée nageuse mondiale de l’année 2017 par la revue Swimming World, mettant fin au règne de quatre ans de l’Américaine Katie Ledecky. « Ledecky et Sjöström enlevèrent toutes deux trois titres individuels et une médaille d’argent aux championnats du monde de Budapest, mais la Suédoise de 24 ans a éclipsé six records du monde pendant l’année », peut-on lire dans la justification de ce choix effectué par la revue. « A la suite des mondiaux de Budapest, Sjöström s’est illustrée ensuite dans les meetings de la coupe du monde. Nageant dans les courses de sprint contre d’autres “légendes” comme Ranomi Kromowidjojo et Cate Campbell, toutes trois entrebattirent en effaçant de nombreux records mondiaux.”

Caeleb Dressel a été élu, lui, nageur mondial de l’année. Indiscutable, en raison de ses exploits de sprinteur, autant en crawl qu’en papillon, vainqueur à Budapest avec de très grosses performances sur 50 et 100 libre, 100 papillon, et les relais 4 fois 100m, 4 fois 100 quatre nages et 4 fois 100 mixte…

Les meilleurs nageurs mondiaux de « Swimming World » sont à mes yeux plus crédibles que ceux élus dans la liste de la Fédération Internationale de Natation, laquelle est parfois lourdement entachée de politique. Cela a paru éclatant ces dernières années quand systématiquement Katinka Hosszu fut préférée à Katie Ledecky, laquelle était perçue en raison de l’énormité de ses exploits en nage libre et en demi-fond plus précisément comme la meilleure nageuse du monde. Bien sûr, il ne s’agit pas là de mépriser les performances étonnantes de l’Iron Lady hongroise, mais en général, celle-ci pouvait passer alors comme… la deuxième nageuse au monde. La FINA l’avait sans doute préférée en raison de sa présence constante dans les meetings de la Coupe du monde, que beaucoup de gens ne considèrent pas comme des rendez-vous importants, et que d’ailleurs une majorité de nageurs snobent pour ces raisons.

Autre exemple de l’absence de goût de la FINA, quand elle avait préféré l’Américain Ryan Lochte au Chinois Sun Yang comme meilleur nageur des Jeux olympiques de Londres en 2012, en raison, a-t-il été dit, de ses interventions dans les relais de nage libre américains. Sun Yang, lui, avait réalisé le doublé du demi-fond avec record du monde du 1500m, meilleure temps mondial maillot de bain sur 400m, et avait partagé l’argent du 200 mètres (derrière le Français Yannick Agnel).

Parfois Swimming World, dans le passé, avait effectué des choix difficiles (cela dit, ces classements des champions de l’année sont toujours discutables, c’est peut-être cela le plus amusant de l’histoire) mais jamais aussi grossièrement orientés que ceux, bien souvent commerciaux, de la FINA. Eric Lahmy

Les nageurs mondiaux et continentaux de l’année 2017 selon Swimming World :

Monde: Sarah Sjöström (meilleure nageuse européenne) Caeleb Dressel (meilleur nageur américain)
Nageuse américaine: Katie Ledecky
Nageur européen: Adam Peaty
Région pacifique: Emily Seebohm et Sun Yang
Afrique: Farida Osman et Chad le Clos

CHARLOTTE BONNET MUSELLE UNE CLOÉ HACHE D’ABORDAGE SUR 200 MÈTRES NAGE LIBRE

Éric LAHMY

Vendredi 1er décembre 2017

Charlotte BONNET, papillonnant entre diverses courses, a réussi la meilleure performance de la deuxième journée des championnats de France petit bassin de Montpellier. Sur sa meilleure distance, le 200 mètres, elle a réalisé un temps de 1’53s39 ; quoique dominée de bout en bout et devancée finalement par la Niçoise d’une longueur de corps, Cloé HACHE, qui ne nous avait guère donné de bonnes nouvelles (au plan aquatique s’entend) depuis les championnats de France grand bassin 2016, a nagé, elle, 1’55s17, performance dont la valeur intrinsèque surpasse celle de tous les autres vainqueurs de la journée. Techniquement, ce 200 mètres n’a pas eu de rival, à Montpellier…

Passant en 26s37 au 50, 55s03 au 100 et 1’24s15 au 150, BONNET faisait fi de l’opposition, et optait pour une course solitaire contre le temps. Le train qu’elle s’imposait l’amena à caler légèrement dans le dernier quart de course, avalé en 29s24, après trois 50 en 26s37, 28s66 et 29s12. Mais HACHE, qui avait adopté un profil de course équivalent quoiqu’à un rythme inférieur, ne lui reprenait rien, et descendait chaque quart de son effort en 27s36, 29s02, 29s38 et 29s41. Autant dire qu’elle ne put à aucun moment contrer l’allure de BONNET. Il faut dire que la veille, HACHE avait démontré ses limites relatives, en vitesse, en face de la Niçoise, avec ses 54s40 au 100 mètres, loin des 52s04 à la Niçoise.

Mais ce peu de vitesse et ce bon 200 est peut-être un signe que Cloé peut aller vite sur 400 mètres, où elle est engagée. Son record sur la diatcne certes n’est que de 4’11s, mais il ne fait guère de doute selon moi qu’elle pourrait nager 4’1s ou 4’2s sur la distance si elle la prenait un peu au sérieux…

BONNET frôlait son record personnel, 1’53s17 à Angers il y a un an et treize jours, et on ne sait si l’on doit plus admirer sa régularité depuis quatre ans ou s’inquiéter du signal qu’une telle constance dévoile de limites techniques. Le cas HACHE est différent quoiqu’aussi mystérieux. A 18 ans, en 2014, Cloé, qui avait nagé la distance en 1’55s88, passait pour un espoir international, ou, à tout le moins, pour un atout en vue d’un quatre fois 200 mètres que la grande Camille MUFFAT, en humble guerrière du relais, avait médaillé de bronze, quasiment à elle seule, à Londres en 2012. On sait ce qu’il est advenu de ce relais à Rio : pas grand’ chose. Aujourd’hui, ayant grignoté 0s71 sur la distance, HACHE signe-t-elle un retour ambitieux ou une performance sans lendemain ? La parole est à elle !

Les autres courses n’ont pas été de ce niveau, mais ont donné à voir des duels intéressants.

L’Algérien Oussama SAHNOUNE a devancé Jeremy STRAVIUS dans un 50 mètres de valeur technique assez moyenne au plan mondial s’entend. Le sprinter maghrébin de Marseille (depuis deux saisons, après avoir appartenu à Talence) qui ne cesse de tomber ses records algériens avait été battu par l’Amiénois sur 100 papillon mais là il a battu son record personnel, 21s90, l’amenant à 21s26, soit en valeur très proche des 22s22 en grand bassin qu’il avait réalisé l’été dernier à Schiltigheim.

STRAVIUS, lui, six ans après son titre mondial du 100 dos, représente toujours la partie émergée de l’iceberg France sur la distance, mais avec une performance seulement honnête. David AUBRY, le plus rapide de nos nageurs d’eau libre, a réussi l’exploit de régler Damien JOLY sur 800 mètres. Jean DENCAUSSE a bataillé sur 200 brasse et dominé à l’énergie de « quatre nageur » suisse de Nice Jeremy DESPLANCHES, tout en battant d’un souffle son record, 2’6s34 contre 2’6s71 l’an dernier à Angers. Fanny LESAFFRE s’est surpassée pour devancer une Lara GRANGEON plus intéressée aujourd’hui par l’eau libre et restée à six secondes de sa meilleure valeur sur 400 quatre nages. Sur 50 papillon, une Marie WATTEL en constants progrès a manqué de deux centièmes le scalp de Mélanie HENIQUE ! Hugh !

MESSIEURS.-  50 libre : 1. Oussama SAHNOUNE, CN Marseille, Algérie, 21s26 ; 2. Jeremy STRAVIUS, Amiens, 21s50 ; 3. Maxime GROUSSET, Amiens, 21s68.

800 libre : 1. David AUBRY, Montpellier, 7’38s83 ; 2. Damien JOLY, Montpellier, 7’41s48; 3. Marc-Antoine OLIVIER, Denain, 7’48s16.

100 dos : 1. Jeremy STRAVIUS, 51s27; 2. Jordan POTHAIN, 52s75

200 brasse : 1. Jean DENCAUSSE, Marseille, 2’6s34 ; 2. Jeremy DESPLANCHES, Nice, 2’6s84 ; 3. Thibaut CAPITAINE, Cergy Pontoise, 2’7s84.

200 papillon : 1. Nans ROCH, Antibes, 1’53s71.

DAMES.- 200 libre : 1. Charlotte BONNET, Nice, 1’53s39 ; 2. Cloé HACHE, Marseille, 1’55s17 ; 3. Anna EGOROVA, Montpellier, Russie, 1’57s03 ; 4. Alizée MOREL, 1’57s91 ; 5. Margaux FAVRE, Aqualove Montpellier, 1’58s21

100 brasse : 1. Fanny DEBERGHES, PTT Montpellier, 1’6s29. En series, Charlotte BONNET, Nice, 1’6s30.

50 papillon : 1. Mélanie HENIQUE, Marseille, 25s59 ; 2. Marie WATTEL, Montpellier, Loughborough, 25s61.

400 4 nages : 1. Fantine LESAFFRE, Montpellier, 4’32s34 ; 2. Lara GRANGEON, Calédoniens, 4’33s90.

POTHAIN, STRAVIUS et CHARLOTTE BONNET MAITRISENT LA JEUNE VAGUE

Éric LAHMY

Jeudi 30 novembre 2017

Montpellier.- La première journée des France d’hiver, petit bassin, de Montpellier prend l’allure d’un petit meeting international. Rien de plus mais rien de moins non plus, et je crois que cela n’a rien d’inquiétant. Rien de réjouissant non plus ? Je vous l’accorde.

Déroulons le programme. Jordan POTHAIN a nagé son 400 à sa façon, décidée, autoritaire. Cela donne une course déséquilibrée, 1’47s35 suivi de 1’53s03, mais gagnante. 2e de la course, le benjamin de la finale, l’Amiénois Roman FUCHS, 19 ans, étale mieux son effort (1’49s31 et 1’50s93) tandis que David AUBRY réalise une perfection de train (1’51s09 plus 1’51s54).

Cette course est techniquement le top de cette première journée, qui offre des performances honnêtes et un peu de jeunesse donc, et d’espoir de renouvellement.

Le 200 dos, remporté par Maxence ORANGE n’a pas le niveau mondial, mais offre des potentialités de renouvellement assez intéressantes avec trois finalistes de 17 ans Yohann NDOYE BROUARD, Milan VLAOVIC et Souhaiel CHATTI, et même un natif de 2001, l’Amiénois Mewen TOMAC, originaire d’Evreux via Caen, lequel, 2e des séries en 1’55s92, paie son effort (ou se rate un peu) en finale, 4e en 1’56s52. Conclusions : 1) la valeur n’attend pas le nombre des années ; 2). Michel Chrétien ajoute un petit dernier à sa bande de jeunes du pôle d’Amiens, et il le concocte bien…

Deux doublés dans cette journée, de Jeremy STRAVIUS, sur 100 papillon et 100 quatre nages ; et de Charlotte BONNET, sur 100 libre et… 50 brasse. BONNET mène la danse en séries sur 200 quatre nages, mais laisse la place en finale. Sur 100, seule Marie WATTEL lui offre une confrontation sérieuse. Mais BONNET bat le record de France, (52s41, de Camille MUFFAT), avec 52s04, son précédent record étant 52s77. WATTEL, 52s56, ce qui pulvérise son record personnel, 53s54, ne démérite certes pas.

A l’arrivée, que dire? Que les tenants, POTHAIN, STRAVIUS, BONNET ont été bousculés par la jeunesse, mais ont encore une fois tenu bon.

MESSIEURS.- 400 libre : 1. Jordan POTHAIN, Alp’38, 3’40s38 ; 2. Roman FUCHS, Amiens, 3’41s24 ; 3. David AUBRY, Montpellier Métropole, 3’42s63.

200 dos : 1. Maxence ORANGE, Nantes, 1’53s15.

100 papillon : 1. Jérémy STRAVIUS, Amiens, 50s17 ; 2. Oussama SAHNOUNE, CNM et Algérie, 51s26 : 3. Nans ROCH, Antibes, 51s29.

100 4 nages : 1. Jérémy STRAVIUS, Amiens, 52s46 ; 2. Jeremy DESPLANCHES, Suisse et Nice, 52s83 ; 3. Jean DENCAUSSE, Marseille, 54s15.       

DAMES.- 100 libre: 1. Charlotte BONNET, Nice, 52s04 ; 2. Marie WATTEL, Loughborough et Montpellier, 52s56; 3. Léna BOUSQUIN, Marseille, 54s18; 4. Margaux FAVRE, Aqualove, 54s20; 5. Cloé HACHE, Marseille, 54s40.

1500 libre : 1. Adeline FURST, D. Obernai, 16’8s19 ; 2. Lara GRANGEON, CN Calédonien, Nice, 16’12s39.

50 dos : 1. Mathilde CINI, Valence Triathlon, 26s85; 2. Mélanie HENIQUE, CN Marseille, 26s92

50 brasse : 1. Charlotte BONNET, Nice, 30s34.

200 4 nages : 1. Fantine LESAFFRE, Montpellier-Marseille, 2’9s25. En séries, Charlotte BONNET, Nice, 2’10s24.

CHAMPIONNATS D’ITALIE À RICCIONE, FEDERICA PELLEGRINI SUR CINQ FRONTS

Éric LAHMY

Jeudi 30 Novembre 2017

Week-end de championnats italiens « absolus » d’hiver, à Riccione, sur deux jours (1er et 2 décembre), retransmis en direct par Rai Sport, canal 227 de Sky et 57 plateforme terrestre, avec des directs sur les quatre sessions de 9h30 à 11h30 et de 16h30 à 18h30 vendredi et de 17 à 19 heures samedi. Médiatiquement, avec « la divine » Federica Pellegrini et le roi du 1500 mètres Gregorio Paltrinieri, la natation italienne est une affaire qui tourne. Gabriele Detti, autre cador, est blessé en revanche…

Moins peuplés que les France de Montpellier, le même jour, ces championnats réuniront à Riccione 122 clubs représentés par 489 nageurs, 246 garçons et 243 femmes, engagés à 1179 reprises sans compter 63 équipes. D’ultimes qualifications européennes se décideront à l’issue de ces courses.

Pellegrini est inscrite sur 100 et 200 dos, 100, 200 et 400 libre (d’habitude, elle ne nage plus le 400m, mais en petit bassin, elle doit trouver la distance moins éprouvante. Nicolo’ Martinenghi, le recordman du monde juniors de brasse et Fabio Scozzoli. Simona Quadarelli, qui s’efforce de remplacer en demi-fond Pellegrini et Alessia Filippi, mais qui ne cesse de progresser et de s’approcher des eaux mondiales, est attendue sur 1500 mètres, et s’est engagée aussi sur 400 et 200 mètres.

Une certaine densité de performances est espérée avec les présences d’Ilaria Bianchi, Martina Carraro, Arianna Castiglioni, Aglaia Pezzato, Stefania Pirozzi, Carlotta Zofkova, Luca Dotto, Luca Pizzini, Matteo Rivolta, Simone Sabbioni, Federico Turrini e Filippo Magnini. En revanche, outre Detti, « SuperGreg » Paltrinieri ne sera pas là. Si Detti, avec son mal d’épaules, ne nagera pas à Copenhague, aux Europe petit bassin, en revanche Paltrinieri, retour d’Australie où il s’est entraîné avec Mackenzie Horton, sans passer par la case Riccione, se rendra à Carpi, sa ville natale, avant d’attaquer sa préparation terminale pour Copenhague au centre fédéral d’Ostia, avec Stefano Morini.

2017 : L’ANNÉE DE TOUS LES… (3) PROJETS.

2017 : L’ANNÉE DE TOUS LES… PROJETS : AUX FRANCE PETIT BASSIN DE MONTPELLIER, UNE NATATION FRANÇAISE À LA DÉRIVE ?

Éric LAHMY

Jeudi 30 Novembre 2017

Après la relative sortie de route des Jeux de Rio (Florent Manaudou, 2e sur 50 mètres, le relais quatre fois 100 mètres 2e  Pothain et Joly finalistes sur 400 et 1500 mètres), et surtout après les départs à la retraite de la génération des Agnel, Gilot, Stravius – d’aucuns particulièrement usés – on ne pouvait s’attendre à une grande année 2017. Mais il faut admettre qu’elle a été pire que prévu. Le club phare, Marseille a grillé quelques spots, Pothain et Joly se sont plantés aux championnats de France de Schiltigheim, et n’ont pas été sélectionnés aux mondiaux de Budapest, sommet de la saison; et le relais quatre fois 100 mètres a été victime de minima trop élevés pour sa valeur actuelle.

Les jeunes ? Ils n’ont pas plus été là.

Il est impossible, à la veille des championnats d’hiver petit bassin de ce week-end à Montpellier de mesurer les dégâts, la révision des systèmes informatiques et leur adaptation aux nouvelles régions ont empêché la parution de statistiques qui auraient permis de connaître ce qui pourrait marcher, ce week-end aux championnats de France de Montpellier.

Pour des raisons d’adaptation au calendrier mis en place par les phénomènes qui dirigent la natation mondiale, lesquels ne se sentent jamais aussi inventifs que quand ils ne respectent rien, pas même les saisons, et concluent l’hiver sportif avant qu’il ne démarre au calendrier, les championnats d’hiver se tiennent donc début décembre, alors que pratiquement aucun nageur en dehors des quelques-uns qui suivent un programme de professionnels, lequel consiste à ne rien faire que nager, ne peut se trouver en forme à ce moment et espérer s’en sortir lors de la saison estivale dont le sommet, pour ce qui concerne le vieux continent, se tiendra à Glasgow, en Ecosse, les 12-20 août prochain.

Et les Européens d’hiver ? Ils se dérouleront du 13 au 17 décembre à Copenhague, au Danemark, dans deux semaines. C’est dire qu’ils se terminent, je me permets d’insister, quatre jours avant le début officiel de l’hiver !

Si je lis bien le site fédéral, les 26 nageurs qualifiés pour Copenhague sont déjà désignés, mais quand on répond à l’invitation du système d’avoir plus d’info, rien n’apparait.

Bref, pour présenter ces championnats, vaut-il mieux demander à madame Soleil ? Pour la première journée, aujourd’hui, sur 100 papillon messieurs, première épreuve, sachant que Mehdy Metella est blessé (cheville), les mieux engagés sont trois plus ou moins vieilles connaissance : Jérémy Stravius, 29 ans, d’Amiens, crédité de 50s29 ; Jordan Coelho, 25 ans, Stade de Vanves, engagé à 51s66, et Nans Roch, 21 ans, Antibes, 51s76.

Sur 400 libre, Jordan Pothain, du Nautic Club Alp’38, engagé à 3’39s31, domine nettement sur le papier. Le mieux disant derrière le finaliste olympique de Rio est à quatre secondes, et c’est le Toulousain Joris Bouchaut avec 3’43s18. Quelques ténors de l’eau libre, Aubry, Olivier, Reymond, viendront mettre du piment dans ces séries, mais ils devraient manquer de vitesse et ne pourront pas être avantagés par les virages.

Au 200 mètres dos, tient la corde Oleg Garasymovich, Avignonnais de 20 ans, avec 1’53s12 ; il précède Maxence Orange, Nantais de 19 ans, 1’53s21, et le champion d’été 2017 clermontois Geoffroy Mathieu, 20 ans, 1’55s59.

Sur 200 quatre nages, Charlotte Bonnet (2’8s97) vient braconner sur les eaux de Fantine Lesaffre (2’10s69) tandis que Cyrielle Duhamel, 17 ans, de  Béthune, va aiguiser les bords de sa médaillée mondiale junior de la course aux deux actuelles cheftaines d’une épreuve, qu’elle a d’ailleurs dominées dans le bilan 2017 en grand bassin avec 2’13s31 contre 2’13s58 (Lesaffre) et 2’17s55 (Bonnet). Toujours Bonnet, qui la joue Iron Lady version française se retrouvera en tête de gondole sur 100 libre (52s95 devant Marie Wattel, la Montpelliéraine de Loughborough, 53s54 et Margaux Favre, d’Aqualove, 53s76, en l’absence de Béryl Gastaldello toujours dans ses études texanes. Sur 1500 mètres, les mieux armées sont Adeline Furst, Obernai, 16’7s71, la Belge de Denain Eva Bonnet, 16’11s06, et Margaux Bernard, Montpellier, 16’18s02.

Charlotte Bonnet, Nice, engagée à 30s74, part favorite du 50 brasse dames, Mélanie Hénique, de Marseille, devance sur le papier Mathilde Cini, Valence : 26s56 contre 27s05 sur 50 papillon tandis que le Suisse de Nice Jérémy Desplanches devrait gagner la course masculine du 100 quatre nages.

 Ces France en petit bassin sont plus intéressants en termes de « fun » que d’importance réelle. Ils représentent u n premier pas, encore une fois assez hors saison. Tout un chacun pourra en tirer des « enseignements », et les nageurs vont s’entrebattre pour des titres nationaux, toujours bons à prendre… Mais à part une surprise…

FIN DE CYCLE OU CLAP DE FIN? 

Récemment, parlant natation, je me suis laissé aller à cette réflexion : « finalement, la natation française, sa représentation internationale, depuis toujours, cela n’a jamais été plus d’un club à la fois. »

A ce moment, j’élucubrais autour des résultats de la saison passée… Encore une fois, à Budapest, la natation, enfin la natation de piscine, c’était Metella plus Lacourt, et Metella plus Lacourt égalent Marseille. Pour le reste, rien, enfin rien de significatif.

Je ne venais pas d’inventer l’eau chlorée, mais disons que cette idée – à l’international, la natation française n’a presque jamais été portée par plus d’un club à la fois – je l’avais sans doute pensée, mais jamais avec une telle netteté. Frédéric Delcourt, avec qui s’essayais cette idée, me disait hier au téléphone que je caricaturais… un peu.

Vrai. Un peu, mais pas beaucoup. Il en a été toujours, plus ou moins, comme cela. La natation française, c’est une petite locomotive et des wagons derrière.

C’est une pensée désabusée. 100, 200 puis 300.000 licenciées, 1300 clubs, dix, vingt, puis 72 techniciens (DTN, adjoints au DTN, adjoints aux adjoints du DTN, CTN , CTR, EN, coordonateurs, directeurs, directeurs adjoints, reliés aux pôles, à la recherche, directrices – il en faut – coordonateurs (–trices), attachés, détachés, chargés de mission, passionnés et branleurs, acharnés au boulot ou attendant le week-end en famille), et au bout du compte un lieu ou deux, rarement plus, de l’hexagone, où ça fonctionne au top, où ça accroche les podiums.

Et ça a quelque chose de vaguement déprimant…

Car ça interroge. Notre natation ne décroche-t-elle pas ? Pourquoi par exemple plus un seul nageur de haut niveau n’émerge-t-il de l’Île-de-France, région la plus riche de France, population 12 millions d’habitants, pourquoi la moitié des régions sont-elles désormais trouées de déserts de natation ? Pourquoi Nice, après l’embellie de 2012, a perdu tout élan ? Pourquoi son entraîneur, Fabrice Pellerin, après être apparu comme le technicien numéro un, mondialement connu, a-t-il replongé et n’attire-t-il presque plus de nageurs alors qu’il fait nager dans « sa » piscine ? L’ambition de nager (et de faire nager) n’existe-t-elle plus ? Les vocations d’entraîneur sont-elles en train de s’éteindre ?

Pourquoi aussi en 2017, ceux dont on pouvait attendre quelque chose, Pothain et Joly, ont-ils été « plantés », pourquoi le groupe de demi-fond de Marseille s’est-il raté aussi, pourquoi les Mulhousiens ont-ils dû repartir de zéro après avoir imprudemment tout misé sur un Yannick Agnel malheureusement carbonisé (et après l’expérience ratée avec Laure Manaudou ?), pourquoi entends-je parler à tort ou à raison du TOEC, d’Antibes, du Racing, et de tant d’autres, comme de clubs en échec ? Pourquoi a-t-on été tout ébaubis de la course sur 200 dos des championnats de France de Geoffroy Mathieu, alors que les 1’57s04 et des poussières de cet espoir ne pèsent pas très lourd au plan mondial, et pourquoi cet élève clermontois de Bruno Verweirde n’a-t-il pas été capable de les reproduire alors qu’ils lui auraient offert une place de demi-finaliste aux mondiaux de Budapest, où il a nagé deux secondes moins vite en séries ? Pourquoi  ne peut-on attirer dans les installations de l’INSEP autre chose que de « bons petits nageurs » et n’a-t-on pas répondu à l’époque aux souhaits de Philippe Lucas de faire de l’Institut parisien une machine de guerre pour la natation d’Île-de-France ? Pourquoi a-t-on tellement tardé à actualiser les installations de Font-Romeu ? Pourquoi a-t-on raté à nouveau les négociations avec Vergnoux ? Pourquoi ne semble-t-on pas vouloir donner sa chance à Robin Pla, au profil intéressant de coach scientifique, sur le site pyrénéen ?

Pourquoi la nageuse fanion française n’est-elle plus Laure Manaudou ou Camille Muffat, voire Coralie Balmy, mais Charlotte Bonnet, qui va faire un carton au niveau national ce week-end mais peine à atteindre les finales à l’international et ne joue pas le jeu des relais, et pourquoi ne voit-on plus personne derrière percer la surface des eaux ?

A-t-on pensé à ce qu’est un entraîneur de haut niveau ? A la difficulté du job, voire à son caractère quasi-impossible ? Doit-on laisser ces gens fonctionner au hasard, dans leur boulot compliqué ?  

Notre natation a-t-elle achevé un cycle où à force d’ambition, d’analyse des facteurs de la performance et grâce à une génération d’entraîneurs aujourd’hui vieillissants, ou fatigués, elle avait donné l’impression d’exister et parfois de s’imposer ? Va-t-on replonger dans la médiocrité triomphante des années 1955-60 et 1970-1990 ?

Qui relèvera le défi – toujours plus difficile, individuellement et collectivement – de la haute compétition ? Et avec quels moyens ?

La natation française est-elle à la dérive ? Ou prête à rebondir ?

Que de questions ? Qui saurait y répondre ?

2017 EN FRANCE, L’ANNÉE DE TOUS LES… (2) VIE FEDERALE

2017 EN FRANCE (2), L’ANNÉE DE TOUS LES REJETS : LUYCE, BARNIER, PANTIN, ETC.

Éric LAHMY

Lundi 27 Novembre 2017

Le 2 avril 2017, la Fédération française de natation se donne une nouvelle direction. Ce jour-là, Francis Luyce,  battu à l’issue d’une longue et âpre campagne électorale, est forcé de se retirer. Ce n’est pas de gaieté de cœur. Luyce estime qu’après 24 années de présidence, il a encore à apporter au poste suprême et que lui seul peut sortir la natation française de l’improbable mauvais pas dans lequel elle se trouve.

Bien entendu, il est facile de lui répondre que la situation délicate dans laquelle se trouve le sport lui doit beaucoup. La natation française (avec, donc, la FFN) a surfé sur d’extraordinaires résultats, fruit du travail de grands entraîneurs et de nageurs d’exception, mais n’a pas su, ni voulu opérer les choix qui auraient permis d’accompagner ces succès. Et Luyce aurait été l’homme qui aurait empêché les réformes voulues.

Luyce est à la fois imprévisible et entêté. Soucieux de l’assise financière de la Fédération, il a permis de développer les rentrées d’argent aux dépens des nageurs et des clubs.

Cette forme d’imposition de la base serait justifiable si un retour sur investissement était assuré, estiment ceux qui n’apprécient pas le système. Mais si le flot financier irrigue la superstructure, celle-ci se montre radine en termes de retour veineux, ajoutent les critiques. La Fédé serait assise sur un pécule, sans gérer. Bas de laine, oui, investissement productif, non. Plausible diagnostic : anémie graisseuse…

On aimerait qu’il ne s’agisse que de cela. Une ancienne ministre des sports, Valérie Fourneyron, députée, maire de Rouen, aujourd’hui présidente du comité médical de l’agence mondiale antidopage, ne se cachait pas, lors des renouvellements des mandats fédéraux, pour dire que des présidents de fédérations s’accrochaient à leurs sièges après trois ou quatre mandats pour pouvoir cacher de graves vices de gestion dont leurs successeurs pourraient prendre connaissance. Or Luyce, lui, briguait un septième mandat !

De plus, Luyce était excessivement attaché aux privilèges de son poste : un salaire (qu’il s’est fait attribuer), une voiture de fonction, un appartement parisien, les voyages, tous ses frais payés, les bénéfices liés à son appartenance aux instances internationales (FINA et LEN), sans parler des différents abus de biens sociaux ou encore les abus tout court, pistons à tous les étages pour sa famille, sa fille Florence bombardée directrice de com’ et devenue très vite la salariée la mieux rétribuée de la Fédération, son fils François-Xavier privilégié par contrat commercial dans des conditions exceptionnelles (Luyce sera condamné pour ça), d’autres personnes de son clan engagées par piston.

A peine évincé de la fédération, Francis se fera rétribuer à hauteur d’environ 40.000€ l’an pour  des interventions auprès de la Mutuelle des Sports (qui emploie François-Xavier) sans qu’on puisse reconnaître en cet honnête homme la moindre technicité dans le domaine.

Pour toutes ces raisons, l’homme qui parle de lui à la troisième personne s’accrochait donc à son poste.

La campagne avons-nous dit est âpre. On ne va pas revenir sur les tentatives de Luyce de maximiser ses chances, autour d’une hâtive réforme du scrutin, d’un calendrier électoral qu’il cherche à triturer de façon à être avantagé. Le président candidat s’efforce de garder la main en organisant des conditions les plus favorables possibles à sa victoire. Il assomme tellement les votants en leur demandant leurs suffrages qu’épuisés par ses longs appels téléphoniques, un grand nombre d’entre eux lui promettent leur voix, ce qui fait qu’il arrive confiant le 30 mars. Mais il a droit à une gamelle monumentale. L’opposition passe haut la main.

La nouvelle équipe rafle toutes les places du Comité Directeur. Gilles Sezionale, le nouveau président, se voit vite reprocher de s’entourer de trop de « Niçois », comme un directeur général issu de sa bonne ville, Denis Auguin, retenu comme adjoint de Richard Martinez à la direction de la natation, ou encore Alain Bernard dont le rôle serait plutôt celui d’une figure emblématique, voire aussi Carine Sollberger (la propre fille de Sezionale), élus au Comité directeur. D’aucuns parlent déjà d’un remplacement des Dunkerquois ou des Marseillais par des Azuréens.

Bien entendu, on oublie que le président peut et doit même s’entourer des personnes qui ont gagné sa confiance, et avec qui il a l’habitude de travailler ; c’est son privilège. Ajoutons qu’aucun des Niçois n’est en position d’usurpation. Carine Sollberger, ancienne nageuse, est juriste et comptable, et elle a planché déjà depuis Nice pour son père sur un grand nombre de questions juridiques liées à la gestion d’une fédération, il n’y a rien de plus clair et de plus logique qu’elle continue le boulot (bénévole, qui plus est) à la Fédé !

Je ne vois pas qui peut s’étonner de la présence d’un champion de la carrure et de l’image d’Alain Bernard ; quant à Denis Auguin, sa mission est dans le droit fil de ses occupations récentes à Antibes comme à la fédé (juniors). Toutes ces présences paraissent légitimes.

Et puis lui faire procès (procès rampant, voire plutôt inquiétude distillée) de rapporter à Paris les pièces fortes de son échiquier azuréen serait d’autant plus injuste que, pris dans son ensemble, le groupe de ceux que Sezionale présentait pendant la bataille des élections comme les « essentiels », les personnages clé de son équipe (Jean-Jacques Beurrier, parisien, Christiane Guérin, dijonnaise, Bernard Dalmon, aveyronnais, David Wagner, lorrain), comme bien d’autres encore, sont issus de tous les coins de l’hexagone ou au-delà (comme le Guyanais Myrtho Mandé). Et pour ce qui est des techniciens, à côté de l’indiscutable Auguin, le tout aussi légitime (par le water-polo) Issoulié, formé en Essonne et entraîneur à l’INSEP, l’incontestable Martinez (Font-Romeu), voyez-vous une raison de s’inquiéter ? Mettre en lumière quelques Niçois, est-ce même fair-play ?

LE MINISTÈRE VEUT IMPOSER BARNIER PUIS NOMME ISSOULIÉ

A peine la fédération en place, commence un autre combat, celui de la Direction Technique Nationale. Sezionale avait apprécié dans le passé, quand il n’était que vice-président de la Fédération, les qualités et la détermination de Laurent Guivarc’h, et ne cache pas souhaiter que celui-ci prenne le poste. Suite à une négociation avec le ministère qui entendait suivre la procédure habituelle d’audition de plusieurs candidats, Guivarc’h fut seulement nommé intérimaire pendant que quelques prétendants (dont Guivarc’h lui-même) candidatèrent au poste. Tout ce petit monde plancha devant un jury du ministère.

De façon frappante, tous les candidats furent récusés et la ministre proposa un nouvel appel à candidatures. Cette fois il y eut plus de monde, et parmi les aspirants les plus remarqués au poste, apparurent Philippe Dumoulin qui avait été l’un des assistants de Claude Fauquet, Richard Martinez, l’entraîneur de Font-Romeu, Romain Barnier, le directeur technique du club de Marseille, entraîneur emblématique des meilleurs sprinters français… et Jacques Favre, lequel avait été écarté après le 2 avril, et retentait sa chance.

Cette fois encore, le jury du ministère se montra sévère et rejeta toutes les candidatures sauf deux, celles de Jacques Issoulié, lequel était le DTN adjoint en poste en charge du water-polo, et de Romain Barnier. C’était laisser un éventail bien maigre au président de la Fédération française de natation, Sezionale ayant fait connaître clairement aux instances ministérielles son peu de goût pour une DTN Barnier.

Or au cabinet de la ministre, on en pince pour Barnier. L’homme a de belles qualités techniques, mais sa nomination est sulfureuse, dans l’esprit de la nouvelle présidence de la Fédé.  Ce n’est pas seulement que l’entraîneur marseillais pourrait court-circuiter les dirigeants de la rue Scandicci, de par son entregent au ministère. Un problème d’un autre ordre vient à l’esprit, le concernant : il semble que ses collègues entraîneurs n’apprécient pas trop sa personnalité ; certains d’entre eux le craignent et ne vivraient pas bien leurs relations avec Barnier DTN.  Du temps de Jacques Favre, il était connu pour décider de tout, jusqu’aux costumes de l’équipe de France olympique. Ce serait sa détestation des minima à la française qui aurait conduit à la très discutable sélection olympique pour Rio. Se mêler de tout, quand il n’y a personne pour régler les problèmes, c’est plutôt bienvenu. Mais dans une Fédé riche de 150 employés, dirigeants, techniciens, c’est trop fort même pour un homme fort.
Malheureusement pour lui (et heureusement pour Sezionale ?) Romain Barnier se brûle dans une affaire née en octobre 2016 où il a montré une grande imprudence. A Marseille, il empêche un contrôle anti-dopage sur des nageuses qu’il entraîne. Ce qu’il parait ne pas avoir saisi, c’est qu’un contrôleur anti-dopage est l’équivalent d’un auxiliaire de justice, et dispose d’un pouvoir considérable dans son domaine. .

La Fédération de Luyce, pendant l’administration de laquelle les faits se passent, écrase l’affaire, mais  l’organisme de contrôle se rebiffe. Il en va de la crédibilité de l’agence française d’anti-dopage. Le 6 juillet, Barnier écope de six mois d’interdiction d’entraîner et d’accompagner l’équipe marseillaise.

Si le ministère avait encore jusque là l’idée d’imposer Barnier DTN, c’est sûr qu’il ne parviendra pas à imposer ses vues, après un tel incident. Issoulié, seul autre finaliste retenu par le ministère, est donc nommé, si l’on ose dire, par défaut. Fait marquant, le Directeur technique n’est pas issu de la natation. Mais une certaine réussite dans le water-polo et sa personnalité conciliante d’homme qui aime travailler en groupe pourraient représenter des atouts.

ISSOULIÉ PREND LE CONTRÔLE QUAND ROMAIN BARNIER RATE LE SIEN

En ratant Barnier, la natation a peut-être évité, ou manqué, ou encore rejeté, quelque chose comme un retour à un schéma ancien du rôle du DTN, qui fut illustré entre 1962 et 1972 par Lucien Zins.

Compte tenu de l’ancienneté de la direction Zins, je pense que neuf personnes sur dix, dans la natation, ne savent pas qui fut Zins. : le prototype du Directeur technique national de prestige. Zins avait été un bon nageur de dos (recordman d’Europe) pendant la guerre mondiale ; puis, entraîneur, il avait dirigé la carrière d’un médaillé olympique (Helsinki 1952) et recordman du monde, Gilbert Bozon. Homme de bassin, il n’avait pas changé ses habitudes, une fois nommé DTN, et continuait d’entraîner lui-même l’élite française en compagnie de Suzanne Berlioux, Georges Garret et quelques autres coachs de pointe de l’époque. Il laisse, lors des stages de l’équipe de France, l’administration de la Fédération à son fidèle adjoint Henri Rouquet.

Et ça marche : rien qu’entre 1962 et 1964, le groupe de Zins (en fait l’équipe nationale) établit des records du monde sur 100 mètres (Alain Gottvalles) et dans le relais quatre fois 100 mètres, et des records d’Europe dans le relais quatre fois 200 mètres, tandis que Suzanne Berlioux amène Christine Caron au record mondial et à l’argent olympique sur 100 mètres dos dames.

Zins restera, un demi-siècle après, comme le seul DTN français de natation à avoir offert ce profil de « technicien supérieur ». Reconnu à l’international malgré son ignorance de toute langue étrangère, sa compétence transcende le barrage de la langue. Vers 1965, James Counsilman, célèbre coach US s’il en est, a épinglé une photographie où l’ont voit le passage sous-marin du bras d’Alain Gottvalles en pleine action. On y note le « coude haut », la pliure du bras en boomerang, toutes les particularités du « style » de l’époque que Zins a greffées sur le recordman du monde. Et Counsilman de s’écrier : « c’est comme ça qu’on nage ».  

On se souvient de Zins comme du premier DTN français. A tort. Il a été précédé au poste par son grand pote Pierre Barbit. Barbit est connu pour avoir emmené deux relais de clubs aux records du monde dans les années 1950, faits qui lui ont assuré une réputation, et sa nomination par le Ministère. Mais l’homme est soupe-au-lait (on dirait aujourd’hui, moins poliment : caractériel). Bref, il est tempétueux.

BARNIER, UN LUCIEN ZINS QU’ON A PRIS POUR PIERRE BARBIT?

Le président de la Fédération et son comité directeur ont eu droit à ses foudres, et ils détestent cordialement le personnage. Ils ne s’embarrassent pas et lui ferment simplement l’entrée du siège fédéral, de la façon la plus tranquillement passive-agressive qui soit, en ne lui installant pas de bureau. Le bras de fer dure deux ans avec le ministère qui jette finalement l’éponge et nomme Zins.

J’ai l’air de m’être projeté hors sujet en évoquant ces vieilles lunes, mais j’en arrive là où je voulais. Aucun DTN français à sa nomination n’a disposé après Zins de cette autorité technique d’un faiseur de champions. Gérard Garoff, censeur de Font-Romeu, n’y connaissait rien. Patrice Prokop a entraîné ou formé des nageurs, mais guère de « haut niveau ». Jean-Paul Clémençon était féru de water-polo, Claude Fauquet était plus un homme à idées qu’un coach même s’il s’est bien occupé pendant un an de Catherine Plewinski, et Christian Donzé n’a pas eu de nageurs. Seul Lionel Horter, pourvoyeur de Roxana Maracineanu et de Leveaux, coach de Laure Manaudou et de Yannick Agnel, a eu ce profil de coach-DTN… Mais il a exercé sa fonction de DTN avec une telle inappétence ! Enfin Jacques Favre n’a entraîné personne…

Alors ? Barnier, malheureusement pour lui, malgré ses qualités techniques éminentes, son dynamisme, l’esprit américain qu’il a importé de sa carrière de nageur universitaire d’outre-Atlantique, le brio de son managérat du Cercle de Marseille, a été critiqué pour ne pas avoir élevé son engagement (remarquable) en faveur du groupe marseillais au niveau de l’équipe de France dont il était le directeur.

Une forme d’arrogance, réelle ou supposée, mais ressentie comme telle, ajoutée au soupçon de favoriser Marseille, rendait sa venue au siège de Pantin inquiétante pour les élus et sans doute plus d’un autre entraîneur ; Si son sens du collectif s’arrêtait aux limites du rocher phocéen, et s’il avait fortement indisposé la fédération par son caractère et son comportement, les intéressés voyaient mal comment il aurait pu faire l’affaire. Alors ? Le paradoxe est que le Zins de 2017 a été perçu comme un Barbit.

CE 9 DÉCEMBRE SEZIONALE TIENDRA SES PROMESSES

Le groupe Sezionale et compagnie se met au travail. Les championnats du monde de Budapest se passent plutôt bien. L’eau libre fait un malheur, qui rafle la mise. La natation « de piscine » réussit beaucoup moins bien. Lacourt enlève le 50 mètres dos. Baume au cœur, même si cette course n’est pas olympique. Le grand nageur français de Budapest, c’est Mehdy Metella. Sur 100 mètres, il se place 3e et seul le nouveau phénomène du sprint US Caeleb Dressel est hors de sa portée, qui nage la finale en 47s17. Trois hommes se disputent les autres places du podium, Nathan Adrian qui finit 2e (47s87), Mehdy qui touche deux centièmes derrière, et Cameron McEvoy, qui est 4e en 47s92.

Sur 100 papillon, Metella est toujours présent, qui bat le record de France en demi-finale avec 51s06. Mais devant cela va trop vite. Sept nageurs à 51 secondes ou moins, Dressel, encore vainqueur, sous les 50 (49s86), et Joseph Schooling, le champion olympique de Rio, seulement 3e ex-aequo, devancé par Kristof Milak, Hongrie, 50s62, record du monde junior.

Fin mai, les championnats de France de Schiltigheim ont décidé du sort du quatre fois 100 mètres messieurs. Pour la première fois notre relais fétiche n’est pas engagé, en raison de minima assez durs qu’à l’addition de leurs temps, les quatre premiers –Metella 48s23, Stravius, 48s68, Mignon, 49s03, Pelagie, 49s76 – n’ont pas atteints. Sur ces temps, le relais était 5e ou 6 en finale de Budapest (avec il est vrai deux disqualification majeures dans cette finale, de l’Italie et de l’Australie); mais il aurait surtout permis de voir Pelagie enfin en titulaire en mondial et peut-être à Stravius et Mignon d’aller plus vite qu’aux France.

Le water-polo, sans être ridicule sur quelques matches, ne se place que 14e sur 16 équipes, ce qui montre l’étendue du travail à fournir. Même chose pour la natation synchronisée qui n’existe virtuellement pas au niveau mondial. Le plongeon vit par Mathieu Rosset et Benjamin Auffret, mais enlève (Marino et Rosset) le par équipes, mixte : exploit.

TCHAO PANTIN C’EST POUR BIENTÔT

Si je dis que la nouvelle équipe dirigeante n’est pas impliquée dans ces résultats, cela peut paraître bizarre. Laurent Guivarc’h, qui fait encore office de DTN, l’exprime clairement. Ni les échecs, ni les réussites ne sont  à créditer au groupe dirigeant, même si, je présume, ils ont tout fait pour que les choses se passent bien. Il n’en va pas de même, cependant, des techniciens qui ont mené la barque depuis fort longtemps, sans souffrir des aléas politiques.

Les enjeux fédéraux sont autres. Après le rejet de Luyce, celui de Barnier, il y a celui de Pantin (siège fédéral) et d’une gouvernance inadaptée à notre époque.

Se débarrasser du siège fédéral de la rue Scandicci, qui paraissait à l’achat constituer « une bonne affaire » mais qui s’avère être beaucoup plus coûteux avec le temps, dans un immeuble fatigué qui nécessite de lourds entretiens, parait urgent aux Sezionale boys and girls.. Dans un premier temps, on vide le 14e étage qui sera vendu, et tout le monde se serre au 18e. Il faut ensuite chercher un autre siège, sans doute en banlieue, compte tenu des coûts de l’immobilier à Paris.

Ensuite l’une des promesses de Sezionale a été de donner à la Fédération plus de démocratie. Un certain nombre de questions lié à cet objectif va être discuté lors de l’assemblée générale extraordinaire du 9 décembre, hôtel Mercure- Philharmonie de La Villette, à Paris 19e. Le Comité directeur devra être élu, désormais, par tous les clubs, sur la base d’une licence égale un vote. Tout un échelonnement de décisions qui devront être prises va être soumis aux clubs. Le président de la Fédération française de natation ne pourra pas être élu à plus de deux reprises. Si ces décisions sont acceptées, les potentats inamovibles ne seront plus possibles.

En fait, huit résolutions devront être discutées et mises aux voix, que nous serons susceptible d’examiner ultérieurement.

2017 EN FRANCE, L’ANNÉE DE TOUS LES… (1) : EAU LIBRE

2017 EN FRANCE, L’ANNÉE DE TOUS LES SUCCÈS, EAU LIBRE

Éric LAHMY
Jeudi 23 Novembre 2017


Si les résultats 2017 de l’eau libre française ne vous plaisent pas, c’est que vous êtes très difficile. Le bilan, rappelons-le, c’est celui des championnats du monde de Budapest.
Côté femmes, Aurélie MULLER termine 2e du 5 kilomètres, où elle est battue par l’Américaine Audrey TWICHELL et devance la Brésilienne Anna Maria CUNHA. Sur 10 kilomètres, l’élève de Philippe LUCAS l’emporte devant la surprise, l’Equatorienne Samantha AREVALO et l’Italienne Arianna BRIDI. Le 25 kilomètres dames est la seule course de Budapest où un Français ne monte pas sur le podium (MULLER 8e) : CUNHA y gagne devant Sharon VAN ROUWENDAAL (Pays-Bas) et Arianna BRIDI.
Messieurs ? C’est très bon aussi, Marc-Antoine OLIVIER gagne sur 5 kilomètres devant l’Italien Mario SANZULLO et le Britannique Timothy SHUTTLEWORTH ; toujours OLIVIER est 3e des 10 kilomètres derrière Ferry WEERTMAN, Pays-Bas, et Jordan WILIMOVSKY, tandis que David AUBRY est 6e de la course. Axel REYMOND remporte les 25 kilomètres devant Matteo FURLAN, (Italie) et Evgueny DRATTSEV (Russie).
Après ce feu d’artifice des courses individuelles, le titre par équipes (mixte, deux garçons et deux filles) se présente sur le papier comme un match entre la France et l’Italie, mais notre formation, où OLIVIER et MULLER sont accompagnés des jeunes Océane CASSIGNOL et Logan FONTAINE, échappe à tous contrôles et l’emporte de loin ; les Italiens se voient ravir l’argent par les USA.
Au bout du compte, la France remporte en Hongrie quatre des sept médailles d’or mises en jeu (les trois autres se partagent entre les USA, les Pays-Bas et le Brésil). Avec six places de podiums, la France est bien devant l’Italie, 4 accessits, et fait deux fois mieux que les USA.
Pourquoi ça marche si fort ? C’est peut-être difficile à cerner. Ironiquement, dans l’esprit des gens, le succès s’explique plus mal que l’échec. Dans l’euphorie, on n’aime pas penser, seulement jouir de la victoire. Je ne sais si j’avais raison, le jour où j’ai inventé – ou repris quelque part – que l’échec rendait intelligent. Perdre perturbe, mais fertilise les neurones : on VEUT comprendre, trouver des raisons, on espère pouvoir rectifier le tir ; on est prêt à se perdre dans des tas d’explications, de justifications, Il n’y aurait eu qu’à, il fallait qu’on…
…Parfois, on attrape même un coupable !
Mais le succès, celui, ici, de l’eau libre, incite au relâchement, à la paresse, à chanter « on est les meilleurs. » Là les chercheurs d’explications, voire les Cassandre et autres donneurs de leçons, restent sans voix, ou, du moins sans écoute. On exige de faire taire les raseurs. De quoi s’inquiéter quand tout va bien ?
Mais il est quand même bon de s’interroger sur les causes d’un succès… Cela peut aider à le relativiser, le pondérer, et mesurer, et si l’on est astucieux, à le prolonger.

1. AURELIE MULLER

La première raison (la raison majeure) du succès de l’eau libre française s’appelle Aurélie MULLER. Elle a été élue meilleure nageuse du monde 2017, comme, deux ans plus tôt. On sait pourquoi. Sans elle, la France n’aurait pas de titre sur la distance olympique (10 kilomètres). MULLER a été championne du monde 2015, à Kazan, en Russie, après avoir été 2e des championnats d’Europe de Berlin en 2014 derrière sa camarade d’entraînement et ennemie de compétition Sharon VAN ROUWENDAAL. Elle a déjà une longue carrière, piscine et eau libre, quand elle décide de rejoindre le groupe d’entraînement de Philippe LUCAS ; ses débuts remontent à l’époque où elle se mesure à Laure MANAUDOU sur 800 mètres. Aurélie est très douée, mais MANAUDOU a un talent a faire peur et, au sommet de sa forme ne laisse rien passer. Aurélie monte en distance…
Ces quatre dernières saisons (2014-2017) elle a tout donné, tout apporté, même le pathos de sa douloureuse disqualification dans le 10 kilomètres olympique de Rio.
On se souvient que, deuxième de la course, à cent mètres de l’arrivée, « collée » par l’Italienne BRUNI qui se fait aspirer, Aurélie s’écarte franchement, bifurque et… se fait piéger par le dessin foireux de l’aire d’arrivée. Un choix compliqué et acrobatique effectué dans la foulée en une fraction de seconde suivi d’un autre, toujours dans l’urgence, de conserver l’argent face à l’Italienne, et MULLER se trouve éliminée sur réclamation.
Une Aurélie revancharde atteste en 2017 de sa mainmise sur la discipline. La voici qui gagne pour la deuxième fois, deux ans après Kazan, la course majeure. Cela fait quatre ans qu’elle se pose tout en haut de la hiérarchie mondiale.
Il ne faudra pas attendre grand’ chose dans l’eau pour elle en 2018. Aurélie nage depuis la rentrée à mi-temps et suit une formation. Elle sera diététicienne. L’eau libre donne à boire, mais pas à manger, les sponsors ne se bousculent pas, et il faut assurer l’après-carrière.

2. Philippe LUCAS

DEPUIS QUARANTE ANS, QU’IL PLEUVE OU QU’IL VENTE, LUCAS SE TROUVE AUX AURORES, SES CHRONOS EN BANDOULIERE, AU BORD D’UN BASSIN, A DIRIGER LA MANŒUVRE D’UNE BANDE DE PASSIONNES, QUI SE TROUVENT ETRE LE FER DE LANCE MORAL DE LA NATATION FRANÇAISE.

Le haut-niveau est souvent perçu, quand on l’analyse globalement, comme une affaire collective. Mais si l’on va à l’essentiel, ce ne sont jamais beaucoup de personnes qui font les résultats. Philippe LUCAS est de ceux là. A Budapest, sommet de la saison, il place Aurélie MULLER sur deux podiums, mais aussi Marc-Antoine OLIVIER, un nageur qu’il a « chipé » au Normand Èric BOISSIERE. Comme coach, il tient donc la boutique France. Sans Philippe, Aurélie aurait-elle été relancée de telle façon ces quatre dernières années ? Pas sûr du tout. Philippe LUCAS est reconnu comme technicien, mais plus encore comme meneur d’hommes (et surtout de femmes) d’exception.
C’est surtout un coach de fer, sans concession pour ses nageurs comme pour lui-même. Ça doit faire quarante ans, qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’il se trouve aux aurores, voire plus tôt, ses chronos en bandoulière, au bord d’un bassin, à diriger la manœuvre d’une bande de passionnés, qui se trouvent être le fer de lance moral de la natation française.
LUCAS n’a pas hésité à prendre des coups, année après année, pour assurer sa liberté d’action. On lui connait quelques défauts, certes, on ne va pas chinoiser là-dessus, mais on doit reconnaître qu’il n’a jamais cessé de se mettre en danger pour travailler et poursuivre les plus hautes ambitions.
LUCAS n’est pas le seul entraîneur de la longue distance française, il est seulement celui qui obtient les meilleurs résultats. Il entraîne d’ailleurs avec la Néerlandaise Sharon VAN ROUWENDAAL, la championne d’Europe 2014, championne olympique 2016, et la plus dangereuse adversaire de MULLER. Mais l’équipe de France, c’est aussi le groupe d’Eric BOISSIÈRE, lequel, pendant toute sa carrière, s’est fait plumer beaucoup d’éléments parce que Rouen n’a jamais offert les conditions permettant de les conserver. Eric a réussi à assurer de bonnes conditions pour sa dernière trouvaille, Logan FONTAINE, champion d’Europe et du monde junior 2017 ! Ajoutons Magali MERINO, entraîneur d’Axel REYMOND, le champion du monde des 25 kilomètres.

3. Stéphane LECAT

Dans un classement comme celui-là – un classement que je conçois plus comme un jeu que comme une stèle taillée dans la pierre –, il ne faut pas espérer établir une hiérarchie infaillible. LECAT est ici 3e, mais j’aurais pu le placer premier, ça m’a d’ailleurs démangé très fort.
Sans Stéphane, en effet, il est très difficile de savoir où l’eau libre française se trouverait.
Au départ, il est le plus grand champion français de natation de longues distances de l’histoire, et je remonte jusqu’à Roger Le MORVAN ou à Géo MICHEL. C’étaient des cadors, dans leur temps, et on pourra arguer à l’infini des exploits des uns et des autres, mais LECAT doit avoir la pointure au-dessus, enfin c’est mon avis, et je crois que le seul nageur de notre pays qui pourrait l’égaler est une femme, et c’est justement Aurélie MULLER.
LECAT, si vous préférez, c’est Aurélie MULLER, garçon, il y a vingt ans. Faut voir comment ils parlaient de lui, à l’International Swimming Hall of Fame de Fort Lauderdale, quand il y a dix ans, j’y passai huit jours pour la réalisation d’un livre. Le brave dirigeant qui m’avait demandé de l’aider à monter son dossier d’intronisation avait l’air d’ôter son chapeau chaque fois qu’il disait : LECAT. C’est sûr, là-bas, à l’ISHOF, LECAT était perçu comme un Mark SPITZ ou un Michael PHELPS français qui préférait nager 50 kilomètres que 400 quatre nages !
Mais le plus épatant restait à venir. Pour résumer, le meilleur nageur d’eau libre du monde des années 1990 est devenu à quarante-six ans le meilleur manager d’équipe d’eau libre du monde et sous sa direction, en relativement peu d’années, la France, qui se maintenait à un niveau honorable, a accéléré et a commencé à passer les grosses équipes, une par une et parfois plusieurs à la fois, Sud Africains, derrière, Australiens, derrière, Allemands, derrière, Britanniques, derrière, Italiens, derrière, et pour finir, en 2017, Néerlandais derrière…
J’ai demande à Frédéric BARALE, l’un des entraîneurs les plus capés de ces dernières années (il a coaché Coralie BALMY), et qui bosse aujourd’hui avec l’eau libre, quel était le plus qu’apportait LECAT dans l’équipe de France. « C’est quelque chose de particulier, a-t-il répondu alors qu’il s’apprêtait à diriger un stage à Alger avant de rejoindre dix jours Font-Romeu. « C’est comme à la guerre, il y a des capitaines qui vous disent d’attaquer à la baïonnette au coup de sifflet. Avec certains d’entre eux, on n’y va pas. Avec lui, on y va. Il a une telle compétence, une si grosse connaissance de son sujet, il a tellement tout fait ce qu’il demande à ses nageurs mieux que tout le monde que s’il vous dit d’y aller, vous ne pouvez pas ne pas lui faire confiance, vous savez que c’est ce qu’il faut faire… »
« Il a aussi une force qui consiste à mettre les problèmes de côté et de faire surgir la motivation de travailler ensemble. C’est le type qui fait bosser Eric Boissière et Philippe Lucas ensemble, et ça marche. »

« VOUS ETES DANS CET HOTEL 5 ETOILES, CE N’EST PAS MOI QUI L’AI CHOISI ; NE VOUS ATTENDEZ DONC PAS A RETROUVER ÇA A CHAQUE FOIS CAR ÇA NE SERA PAS LE CAS. »

« Il est vrai que les nageurs d’eau libre pratiquent une humilité qui a déserté, ces dernières années, la natation piscine. Ils sont capables de nager dans des conditions difficiles, sans jamais rechigner ; personne ne râle. Entraîneurs des nageurs de bassin juniors, j’ai retrouvé avec ceux de l’eau libre un plaisir d’entraîner, et dans cela, Stéphane LECAT est pour beaucoup. »
Ce souci de rusticité inhérent a sa spécialité de plein air (et de pleine eau), LECAT ne veut surtout pas l’abandonner : « l’an dernier, nous avons disputé un Coupe du monde à Abu Dhabi. L’équipe était logée dans un féérique hôtel cinq étoiles. Lecat les a tous réunis et la première chose qu’il leur a dit, c’est : « vous êtes ici, dans cet hôtel. Et ce n’est pas moi qui l’ai choisi ; ne vous attendez donc pas à retrouver chaque fois les mêmes conditions car ça ne sera pas le cas. »
BARALE approuve. Les anecdotes ne manquent pas où les nageurs de piscines deviennent des enfants gâtés. Aux mondiaux de Budapest, une nageuse se fait plus remarquer quand elle demande de changer de chambre (elle trouve la sienne « glauque ») que dans sa course (elle finira 17e). « Quand, dans des stages de clubs à Font-Romeu, ils préfèrent loger dans des chalets plutôt qu’à Latour, ce n’est pas admissible. Quand, lors d’un stage d’entraînement à Tenerife, ils ont loué des villas pour être plus près de la piscine et ne pas avoir à marcher dix minutes, et on sait que Michaël PHELPS n’avait pas ces exigences… »
Les marathoniens ne sont pas pollués par ces comportements de stars très éloignés de la frugalité qui bâtit le champion de sport, et, « avant les Jeux,  dit encore Barale, on partageait avec les Chinois une salle de musculation dont le sol était en terre battue. »

Un autre point important, c’est l’image que colporte LECAT dans le milieu de la natation. Parfois, dans les réunions FINA, dans certaines compétitions, où l’on se croirait, vu le niveau des responsables, dans un match régional, LECAT surplombe en termes de compétences. Mais aussi, « il connait tout le monde, il est respectueux et il est respecté. Vous savez, la France peut faire gaffe à le garder, parce que bien des fédérations étrangères aimeraient le récupérer. »

SARAH SJÖSTRÖM TOUJOURS PREMIÈRE DE LA CLASSE, MATE CAMPBELL, ZHANG ET KROMOWIDJOJO

Éric LAHMY

Samedi 11 Novembre 2017

Le caractère répétitif de la Coupe du monde ne se dément pas, et Sarah SJÖSTRÖM, qui l’a dominée en 2017  continue de régner sur la natation en petit bassin comme l’été dernier en grand bain. L’affaire était quelque peu compliquée ce samedi à Pékin, 2e journée du meeting, parce que le 100 papillon et le 100 libre féminin se déroulaient à la suite, à quelques minutes de distance, ce qui pouvait ressembler à un croc-en-jambe de la FINA contre la suprématie de la Suédoise, mais qui est dû sans doute également à la difficulté de présenter un programme harmonieux protégeant les spécialités de nageurs et d’ondines tentées par les répétitions d’efforts ; cela n’a pas empêché Sarah de triompher, d’abord de la Chinoise ZHANG et de KROMOWIDJOJO en papillon, ensuite de CAMPBELL et KROMOWIDJOJO, sur 100 libre.

SJÖSTRÖM aurait pu, afin de se réserver pour le crawl, nager à l’économie son 100 mètres papillon, puisque sa plus dangereuse rival, ZHANG, le 4 octobre dernier, à Doha, avait fini à 1s76, c’est-à-dire derrière son battement de dauphin. Elle avait donc de la marge. Mais j’imagine que la meilleure sprinteuse du monde ne s’arrête pas à ces petits calculs. Et puis ZHANG nageait devant son public et sans doute ne fallait-il pas essayer de faire joujou avec une fille électrisée par l’idée que la foule la portait. SJÖSTRÖM est donc partie encore plus vite qu’à Doha cinq semaines et demie plus tôt,  en 25s94 contre 26s05, et a terminé en 55s60 (contre 55s55 à Doha). Assez vite, donc, quoiqu’inférieur à son record mondial, 54s61 en 2014.

Sur 100 libre, elle devait faire attention à Campbell, mais aussi à Kromowidjojo, qui l’a serrée de très près cette saison. Mais la Néerlandaise, qui avait elle aussi disputé le 100 mètres papillon, fut en-dessous de sa valeur, et la course prit l’allure d’un duel. Campbell menait d’un rien au 50 (24s72 contre 24s75), mais cédait sur la fin, en 51s45 contre 51s25, assez loin de son récent record du monde, 50s25 aux championnats d’Australie en petit bassin…

On peut analyser cette course soit en termes de victoire de Sjöström, soit, bien sûr, en termes de défaite de Campbell, mais on admettra facilement que Sjöström, à la poursuite du petit pactole promis à la gagnante de la Coupe du monde, donne beaucoup plus d’importance aux compétitions FINA que son auguste rivale des antipodes.

D’un autre côté, même avec son bagage et son talent, on peut se demander si Campbell ne reste pas, relativement, fragile en grande compétition, comme le montre son palmarès en dents de scie.

A part cela, on notera les deux « records mondiaux juniors », battus sur 100 quatre nages par Michaël Andrew et sur 800 dames par la Chinoise Wang : mais aussi un fort 100 brasse messieurs, gagné par Koseki, du Japon ; un bon 400 libre hommes, dominé par un Chinois, Ji, une victoire « contre nature » de la sprinteuse jamaïcaine Alia Atkinson sur 200 brasse, devant Imai Runa et la recordwoman du monde en grand bassin, Rikke Pedersen.

Ah ! Les « dirigeants » de la FINA. Leurs actions ont un arrière-goût d’aberration. Après avoir imaginé une profusion d’épreuves dans un programme hypertrophié, ils s’aperçoivent que leur goinfrerie est en train d’étouffer le sport. Les voilà donc qui tronçonnent ce programme gargantuesque et le réduisent à des dimensions qui le rendent, à chaque fois, plus digeste. Mais de quelle façon ? A Pékin, ces boutures les amènent à effacer les courses suivantes de leur programme : 100, 800 et 1500 libre ; 100 dos ; 50 brasse ; 200 papillon messieurs ; 200 et 1500 libre, 100 et 200 dos, 100 brasse, 50 papillon et 400 quatre nages dames. Ils balancent des courses essentielles du programme et sauvent les épreuves les moins lisibles qu’ils ont inventées, les deux relais mixtes qui ne représentent rien, ne s’accrochent à aucune tradition du sport et s’ajoutent à un programme lourdement chargé de relais (sauf que les relais n’ont jamais été à l’honneur en meetings).

Bien entendu, ces maquillages ne rendront pas la santé à cette malheureuse Coupe du monde. Eliminer une moitié des épreuves phares de la natation, c’est bien entendu décourager les meilleurs nageurs du monde dans ces épreuves de venir s’y frotter. La World Cup continuera de souffrir de la désaffection générale. Elle avait beau enthousiasmer au rabais quand tombaient les records du monde en petit bassin souvent de valeur assez inférieure, elle n’a jamais été très significative, elle le sera de moins en moins, M. Marculescu peut augmenter les primes, il ne parviendra qu’à empêcher Katinka Hosszu d’emporter la mise, dans une formule où le seul tort de la Hongroise aura été de trop bien jouer le jeu loufoque inventé par les professeurs Nimbus de la Fédération mondiale…

MESSIEURS.- 50 libre  : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 20s83 ; 2. Shinri SHIOURA, Japon, 21s27 ; 3. Andrii GOVOROV, Ukraine, 21s30 ; 4. Cameron MCEVOY, Australie, 21s36. En séries, Clément MIGNON, France, 9e, 21s92.

400 libre : 1. Xinjie JI, Chine, 3’39s20; 2. Ziao QIU, Chine, 3’41s06 ; 3. Mykhailo ROMANCHUK, Ukraine, 3’41s42 ; 4. Poul ZELLMANN, Allemagne, 3’41s47.

200 dos : 1. Ryosuke IRIE, Japon, 1’50s24.

100 brasse : 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 56s75 ; 2. Zibei YAN, Chine, 56s88 ; 3. Ilya SHYMANOVICH, Biélorussie, 56s89; 4. Daya SETO, Japon, 56s93; 5. Kiril PRIGODA, Russie, et Lizhuo WANG, Chine, 57s07; 7. Feilian MAO, Chine, 57s36. ; 8. Matthew WILSON, Australie, 58s01.

50 papillon : 1. Chad LE CLOS, Af. Sud, 22s22 ; 2. Andrii GOVOROV, Russie, 22s60 ; 3. Qibin ZHANG, Chine, 22s88 ; 4. Kenneth TO, Hong Kong, 22s93 (en séries, 22s90); 5. Vladimir MOROZOV, Russie, 22s94; 6. Peng WANG, Chine, 22s98 (en séries, 22s92). En séries, Michaël ANDREW, USA, 22s87.

100 4 nages : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 50s36; 2. Michael ANDREW, USA, 51s86 (record junior); 3. Daya SETO, Japon, 52s09.          

4 fois 50 mixte : 1. Australie, 1’30s81 (McEvoy, 21s69, Graham, 21s90, B. Campbell, 24s12, C. Campbell, 23s10)

DAMES.- 100 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 51s25 ; 2. Cate CAMPBELL, Suède, 51s45 ; 3. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 51s91 ; 4. Menghui ZHU, Chine, 52s55 ; 5. Pernille BLUME, Danemark, 52s59 ; 6. Lia NEAL, USA, 52s68 ; 7. Brittany ELMSLIE, Australie, 53s67

800 libre : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 8’12s30 (record junior); 2. Yawen HOU, Chine, 8’15s04; 3. Boglarka KAPAS, Hongrie, 8’16s89; 4. Bingjie LI, Chine, 8’20s84.

50 dos : 1. Emily SEEBOHM, Australie, 26s28; 2. Katinka HOSSZU, Hongrie, 26s42; 3. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 26s58; 4. 4. Maaike DE WAARD, Pays-Bas, 26s62; 5. Xiang LIU, Chine, 26s74; 6. Jie CHEN, Chine, 26s95.

200 brasse : 1. Alia ATKINSON, Jamaïque, 2’19s58 ; 2. Runa IMAI, Japon, 2’19s77 ; 3. Rikke PEDERSEN, Danemark, 2’0s11 ; 4. Jingyao YU, Chine, 2’21s84 ; 5. Jinglin SHI, 2’22s05.

100 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 55s60 ; 2. Yufei ZHANG, Chine, 56s91 ; 3. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 57s18

200 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 2’4s64 ; 2. Emily SEEBOHM, Australie, 2’6s62 ; 3. Seoyeong KIM, Corée, 2’7s96.

AU MEETING DE PÉKIN, LE FÉMININ L’EMPORTE, AVEC SARAH SJÖSTRÖM QUE MENACE RANOMI KROMOWIDJOJO

Éric LAHMY

Vendredi 10 novembre 2017

Si le meeting de Pékin, qui inaugure le dernier bouquet des réunions en petit bassin réunies sous le sigle de Coupe du monde (étapes suivantes, Tokyo les 14 et 15 et Singapour les 18 et 19) a été vendu pour les locaux de l’étape autour de la personnalité de Jiayu Xu, le champion du monde en titre du 100 mètres dos – et si ce dernier a bien gagné le 50 dos (course dont il avait fini 5e des mondiaux de Budapest) – c’est bien – encore une fois dans cette série de meetings – du côté des femmes que sont venues les meilleures performances.

Le combat pour l’écriture inclusive a beau m’apparaître d’une pesanteur avérée (il faut vraiment être frivole et infantile, et n’avoir rien de mieux à faire qu’à pinailler sur des règles grammaticales quand plus de la moitié des femmes, dans le monde, sont considérées comme des sous-êtres humains chez elles), je dois dire qu’une fois de plus, en meeting de natation, c’est le féminin qui l’a emporté.

Et là, pas besoin de grammairien ni de grammairienne pour nous le dire.

Pékin se déroule sur deux jours, mais « la » course de ce vendredi a bien été le 50 mètres dames.

C’est vrai qu’au départ, sur le papier, le choc était prometteur. La reine actuelle du sprint, la Suédoise Sjöström, face à celles qu’elle a détrônées, l’Australienne Catherine Campbell, championne du monde 2013 et la Danoise Pernilla Blume, championne olympique 2016, et une plus ancienne gloire des efforts courts, double championne olympique à Londres, la Néerlandaise Kromowidjojo.

Depuis quelques mois, Kromowidjojo, qui avait semblé baisser pavillon, est revenue à un niveau exceptionnel, et elle apparait comme la plus redoutable adversaire de Sjöström. La brune Néerlandaise ne détient-elle pas le record en petit bassin avec 22s93 ? Une fois de plus, elle a poussé la grande Suédoise dans ses derniers retranchements. Sjöström l’a emporté de sept centièmes. Campbell a fini troisième, et toute championne olympique qu’elle est, Blume, qui traîne son statut de championne olympique de défaite en défaite, en petite forme, n’a pas pu finir mieux que quatrième, avec un bien quelconque 23s92. Quatrième, c’était sa place aux mondiaux de Budapest, l’été dernier, derrière Sjöström, Kromowidjojo et Simone Manuel…

Après Sjöström et Kromowidjojo, l’auteur de la meilleure performance reste le Japonais Daya Seto, qui a été entraîné en Australie. Seto a remporté le 400 mètres quatre nages dans un temps flatteur, 3’58s20, en laissant un client de la pointure du Hongrois  David Verraszto à quatre longueurs de corps. Seto a construit son avance dans tous les styles. Verraszto, 2e de l’épreuve aux mondiaux de Budapest, l’avait alors devancé (la course avait été gagnée par Chase Kalisz). Le record du monde petit bassin appartient à Ryan Lochte avec 3’55s70.

Par ordre de valeur, on notera aussi le 100 mètres quatre nages de Katinka Hosszu (devant deux excellentes Cate Campbell et Sarah Sjöström) et le 400 mètres féminin de la Chinoise Wang, 3’59s69, record du monde junior ; le double succès de Chad LeClos, sur 200 libre et 100 papillon, et un bon 200 brasse de Koseki.

Clément Mignon, qui s’entraîne en Australie, termine 4e du 200 en 1’44s61.

Résultats complets :

https://www.fina.org/event/fina/airweave-swimming-world-cup-2017-7/results

 MESSIEURS.- 200 libre : 1. Chad LE CLOS, Af. Sud, 1’41s81 ; 2. Xinjie JI, Chine, 1’42s49 ; 3. Matthew STANLEY, NZL, 1’43s68 ; 4. Clément MIGNON, France, 1’44s61

50 dos : 1. Jiayu XU, Chine, 23s09 ; 2. Pavel SANKOVICH, BLR, 23s11.

200 brasse : 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 2’3s43 ; 2. Kirill PRIGODA, Russie, 2’4s08 ; 3. Haiyang QIN, Chine, 2’4s18 : 4. Anton CHUPKOV, Russie, 2’4s23 ; 5. Matthew WILSON, Australie, 2’4s24 (en séries, 2’4s22).

100 papillon : 1. Chad LE CLOS, Af. Sud, 49s18

400 4 nages : 1. Daya SETO, Japon, 3’58s20; 2. David VERRASZTO, Hongrie, 4’4s31.

DAMES.- 50 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 23s40 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 23s47 ; 3. Cate CAMPBELL, Australie, 23s67

400 libre : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 3’59s69 (record du monde junior); 2. Bingjie LI, Chine, 4’1s75; 3. Boglarka KAPAS, Hongrie, 4’3s07; 4. Caiping YANG, Chine, 4’3s51; 5. Jie

50 brasse : 1. Alia ATKINSON, Jamaïque, 29s57.

200 papillon : 1. Yufei ZHANG, Chine, 2’5s02.

100 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 57s50; 2? Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 57s78; 3. Emily SEEBOHM, Australie, 58s86; 4. Runa IMAI, Japon, 59s00; 5. Shiwen YE, Chine, 59s09; 6. Seoyeong KIM, Corée, 59s52; 7. Sishi ZHANG, Chine, 59s54.       

QUEL AVENIR POUR LES PISCINES: DÉLÉGATAIRES DE SERVICE PUBLIC OU SYNDICATS DE MAITRES-NAGEURS-SAUVETEURS ? 

Éric LAHMY

Jeudi 9 Novembre 2017

Dans un précédent article (Plaidoyer pour la fin des haricots…) paru le 28 octobre dernier, je me suis demandé ce que devraient être les piscines de l’avenir, en France. Quand vous interrogez les personnes intéressées, les réponses sont de deux ordres. Les uns vous disent que le public attend essentiellement du ludique, les autres que le client premier des piscines reste le nageur.

Dans les deux camps, on trouve une forte proportion de gens qui croient ce qu’ils veulent croire.

Comme je ne m’exclue pas du nombre, j’ai tendance à préférer une utilisation classique de la piscine et à ne voir qu’un appauvrissement dans les innovations de ces dernières années… Je nage, donc je suis.

Pour moi, la piscine, en changeant de forme, de conception, en se chargeant de développer des jeux finalement assez peu aquatiques, se gadgétise, perd son âme et sa fonction la plus noble. Je dois admettre que beaucoup d’autres croient que c’est tout le contraire, et que la piscine s’est délivrée du carcan des lignes d’eau.

Je garde mon point de vue, mais ne suis pas sourd aux arguments des autres…

La première question qui me vient à l’esprit, c’est : comment en est-on arrivés là ? A l’évidence, le coût, le budget et la complexité de gestion des piscines ont été mal ressentis par les municipalités. Combien d’édiles, après s’être passionnés pour la construction d’une piscine, ne songent à rien d’autre qu’à s’en débarrasser !

Autre interrogation : peut-on faire venir un public à la natation en utilisant le jeu d’eau ? Possible. La plupart des bons nageurs sont arrivés au niveau des championnats de France en suivant une filière classique, école de nage, éducation au geste, entraînement rationnalisé. Mais d’autres ont suivi des voies plus incertaines. Le hasard ne joue sans doute plus aujourd’hui le même rôle que du temps où Don Talbot remarque dans le public un « mascaret » avançant à toute vitesse dans l’eau dont il fera, des années plus tard, John Konrads, champion olympique du 1500 mètres, et Harry Gallagher a son regard accroché par une sauvageonne qui folâtre autour des plongeoirs, clope dans les vestiaires et glisse comme un poisson, qui deviendra Dawn Fraser, la plus grande nageuse du 20e siècle.

Bien entendu, on ne peut pousser à la construction de centaines, de milliers de piscines, en fonction d’un nageur, d’une ondine, soient-ils John Konrads ou Dawn Fraser. Mais voilà bien deux exemples où l’attrait ludique d’une piscine a conduit à produire des champions… En France, les Alain Gottvalles et autres, élite de notre natation du demi-siècle dernier, présentèrent des parcours équivalents.

Deux conceptions s’affrontent autour des bassins. Toutes les deux participent à leur façon à l’air du temps. La première veut que la piscine corresponde aux agréments de la distraction ou aux caprices du jeu : son but est de n’en avoir aucun, de brûler le temps de façon joyeuse, sans contrainte ; la seconde répond au besoin d’excellence, elle est assez élitiste, puisque son produit achevé est le champion, éducative et structurante, puisqu’elle forme des nageurs, des gens qui se débrouillent, puis excellent dans l’eau et les sauve, par anticipation, de la noyade…

Dès lors, définir ce que doivent être les piscines de demain n’est pas une mince affaire. Difficile de « suivre les miettes de pain » pour arriver à une conclusion logique.

Pour complaire aux deux camps, on dit que la piscine doit être à la fois formatrice et ludique, gymnase et luna park. Elle est censée devoir assurer la cohabitation de deux populations qui peuvent s’ignorer ou s’opposer.

La forme d’une piscine s’assujettit à sa destination ; nager privilégie la ligne droite, et donc l’angle, et le rectangle, figure géométrique qui correspond. Le jeu, en revanche, a encouragé une déformation du bassin… Je soupçonne que l’idée première de cette déformation n’était pas tant de l’adapter au ludique que de chasser le nageur. Mais vous m’accuserez de « complotisme » !

Le souci que ressentent les nageurs est lié à ce que dans certains cas, on a si bien fait que le bassin ne peut plus être utilisé pour la natation. Quelquefois, cette non-conformité a été étendue aux bassins classiques. La piscine Suzanne Berlioux, au quartier des Halles, à Paris, a été ainsi volontairement raccourcie de deux centimètres en deçà des dimensions olympiques, donc 49,98m, pour qu’on ne puisse y organiser de compétitions.

LUCIEN GASTALDELLO : « LE SOI-DISANT DÉFICIT DES ¨PISCINES, C’EST LE PRIX DE L’APPRENTISSAGE DE LA NATATION AUX ENFANTS »

Anecdotes mises à part, en général, on s’accorde sur l’analyse que fait Lucien Gastaldello, ancien vice-président de la fédération française de natation et figure de proue du sport lorrain, à ce sujet qu’il connait parfaitement :

« Le vrai problème, explique-t-il, c’est que les municipalités mettent en avant les déficits de piscines. On oublie le travail fait sur les enfants, l’éducation à la nage, et quand on dit ce que ça coûte tant mais pas pourquoi cela coûte tant, bien entendu, on s’inquiète. Mais quand on sait ce que coûte un terrain de football qui n’est jamais utilisé, » en dehors des matches, alors que la piscine est fort employée, « on ne remet pas le stade en cause et ne conduit pas la même analyse. »

Puisque la piscine est « déficitaire » (on a vu combien cette notion est fautive), et que tout déficit est vécu en termes d’échec, ses problèmes de gestion apparaissent inextricables…

« Les questions liées à la gestion, continue M. Gastaldello, on les a bien connues avec les deux piscines que gérait la FFN, Georges-Hermant (gérée par Jean Pommat puis Jacques Arié) et Georges-Vallerey. La gestion avait été donnée à un délégataire de la ville de Paris pendant les travaux sur Georges-Vallerey quand la fédération avait émigré à Montreuil, et cela ne s’est pas bien passé. Christine Béraud (ancienne championne de France de dos) a repris les choses en mains. Dès qu’elle s’en est occupée, cela a coûté beaucoup moins cher. Avant elle, à la ville, le directeur des piscines ne savait pas utiliser les caisses, que tenait un autre service. En outre, il ne maitrisait pas le personnel. Un accord avait été conclu, selon lequel le nettoyage était effectué par les maîtres-nageurs-sauveteurs. En contrepartie, ils avaient le droit de donner des leçons qui leur assuraient un supplément de salaire. Du coup les maîtres-nageurs se faisaient concurrence auprès de la caissière pour qu’elle dirige vers eux une cliente potentielle de cours privés.

« Là où ça coinçait, c’est quand la cliente qui avait payé de la main à la main tel maître-nageur pour des cours arrivait et trouvait que son professeur de natation s’était fait porter pâle avec trois semaines d’arrêt maladie. Ce qui arrivait souvent et créait des embarras. Avec Gérard Garoff, on a essayé de trouver une solution et décidé de changer le système. J’ai donc été chargé de négocier avec tous les syndicats, cela a duré un temps fou, et je ne suis arrivé à RIEN… »

DOIT-ON VITUPÉRER LES SYNDICATS DE MAITRES-NAGEURS-SAUVETEURS ?

Jean-Pierre Le Bihan, ancien DTN adjoint de la FFN, aujourd’hui à la retraite, se souvient que cette tentative de réformer le système avait conduit le syndicat des M.N.S. à une grève de mille jours. Elle durait encore quand Gérard Garoff, l’auteur de cette tentative de réforme, quitta son poste à la ville.

Le Bihan, fort de ce souvenir (et de quelques autres), estime que leurs démêlés avec les maîtres-nageurs ont souvent conduit les mairies à se débarrasser des gestions de piscines. Il en est qui vitupèrent cette profession dont le bouillonnement syndical leur est insupportable.

« Les maîtres-nageurs forment une drôle de tribu, prétend encore Jean-Pierre Le Bihan. La grève des maîtres-nageurs qui a duré mille jours, contre la réforme souhaitée par Garoff, avait été orchestrée par un certain Eddy Schwartchgen. Il faut dire que pour les maîtres-nageurs, il s’agissait d’un complément de salaire important. »

Cette opinion de M. Le Bihan trouve un fort écho chez Jacky Brochen, l’un des coaches essentiels, passé un peu sous la ligne de pleine visibilité, mais qui, en quarante ans à arpenter les plages des piscines, entre Eaubonne, Clichy, Brest, Caen, Genève, puis Bordeaux, Bondy et Stella Saint-Maur, et à œuvrer dans les équipes de France (entraîneur) et de Suisse (entraîneur chef) a pu en voir et en a retenu beaucoup. Aujourd’hui, l’un de ces retraités actifs toujours sur la brèche et heureux de l’être, Jacky Brochen trouve dans sa situation une forme de liberté d’expression que l’obligation de réserve lui interdisait dans le passé. Faisons-en notre profit :

« L’une des raisons du passage de la gestion publique à celle de délégataires de services publics, dit-il, c’est que les municipalités en avaient assez d’avoir à payer un personnel très souvent peu engagé, plus souvent occupé à obtenir des avantages (temps de déshabillage et de rhabillage dans leur temps de travail, heures de temps d’encadrement scolaire doublées, etc…), fer de lance des syndicats de maîtres-nageurs plus préoccupés a obtenir des privilèges (semaines à moins de 30 heures) mettant loin la pédagogie moderne « Catteau – Garoff » (laisser l’eau faire) au profit des ceintures, planches et mécanisation de la brasse « plié – écarté – serré ou grenouille tour Eiffel » dans le digne prolongement de la potence « Trotzier ».

La municipalité quand elle délègue, c’est parce qu’elle ne veut pas entrer dans les complications de la gestion et en particulier également des nombreuses absences du personnel titulaire (à vie), de la rigidité qui souvent empêche des actions d’animation pour le public, etc… Pour ce faire, la municipalité donne de l’argent, paie l’entretien. Trop de maîtres-nageurs sont des fainéants qui ne veulent pas en foutre une rame, qui s’engagent dans des mauvais trips, avec des piquets de grève, on a eu comme ça une mélenchoniste qui a été virée de la piscine. Après cela, elle pleurait de ce qui lui arrivait, mais elle avait eu la rétribution de ses actions ! »

Après la mélenchonie, la mélancolie.

MÊME UN NAGEUR PEUT SE NOYER DANS UNE GESTION DE PISCINE

Tout le monde ne s’accorde pas avec ces critiques féroces des maîtres-nageurs. Lucien Gastaldello, qui s’est beaucoup occupé de la profession dans sa carrière, trouve ainsi « très exagéré de voir les choses ainsi. »

Véronique Cotteaux, formatrice au BPJEPS (brevet professionnel), aujourd’hui responsable de l’antenne Est Francilien CREPS d’Île de France, soulève, elle, une autre problématique :

« Qu’il y ait des soucis liés à la profession de maitre-nageur, c’est bien possible, dit-elle, mais ce qui amène au passage des piscines en direction des délégataires de services publics (DSP) est lié en grande partie à la complexité de la gestion  de ces équipements, des ressources humaines, de la réglementation qui évolue sans cesse… il est difficile pour les collectivités territoriales de recruter des agents avec ces compétences.

« Les maîtres-nageurs sont des hommes de bassin, mais la gestion d’une piscine, c’est bien d’autres choses. La maîtrise, utilisation et entretien, d’une pompe à chaleur, le traitement de l’eau, dont la qualité doit être très précisément maintenue, par exemple, demandent une certaine technicité. 

« Il y a donc toute une formation qui serait nécessaire pour gérer ce type d’équipement. Ces connaissances ne sont pas abordées dans la formation de  MNS. Je ne connais pas personnellement de formation spécifique pour diriger ce type d’établissement. 

« Les choses ont d’ailleurs évolué dans la formation des MNS. L’Etat ne détient plus le monopole de la formation. Les organismes de formation privés se développent. Les DSP type Récréa, Carilis ou Vert Marine ouvrent leur propre formation de MNS et des chefs de bassin.

« Actuellement, ce qui est frappant, c’est le manque de candidats au métier de maître-nageur. Pratiquement, très peu de nageurs, maintenant, veulent faire ce métier. La question de la rémunération est, il me semble, biaisée : on peut bien gagner sa vie comme maître-nageur avec les à-côtés, entraînements, leçons particulières. On peut gagner dans les 3.000€ en étant maître-nageur à condition de ne pas craindre de faire des heures. 

« Le problème des municipalités, c’est, quand elles délèguent, que le contrat qui les lie au délégataire ne donne pas forcement le bâtiment à ceux-ci. La municipalité reprend la piscine et la retrouve parfois  dans un état dégradé. Réparations qui auraient coûté moins cher si les travaux avaient été réalisés tout de suite.  

 « L’une des autres raisons du passage à des délégataires, et d’ailleurs la principale, c’est le coût des piscines. Les délégations de service public maîtrisent bien les techniques pour limiter les déficits : nombreuses activités payantes type aquagym,  plein emploi des installations : ouverture de 7h à 22 heures et le week-end, on ouvre le maximum de temps, car cela assure des rentrées et limite le déficit. Car construire une piscine, c’est être sûr d’un déficit. Il y a trop de frais pour espérer des bénéfices. Maintenant, le service public essaie aussi de bouger  et d’élargir ses horaires. »

Quand les délégataires s’étant emparé des bassins, cherchent à les rentabiliser, les soucis d’horaires des clubs ne font pas le poids. Cependant, des municipalités, quand elles signent avec un délégataire, n’oublient pas d’assurer par contrat au club des heures d’entraînement et un certain nombre d’autres avantages, comme des week-ends annuels pour organiser les meetings. Parfois la mairie assure au club des créneaux et des lignes d’eau, parfois elle assure au club des subventions qui vont lui permettre de louer des lignes. Mais une ligne d’eau une heure revient 25 ou 30€. Multipliez par le nombre nécessaire d’heures pour l’entraînement, cela fait beaucoup d’argent !

Le club n’est pas forcément désarmé, mais il doit se battre. C’est ce qu’explique Lucien Gastaldello, qui a organisé la résistance, en Lorraine, et marqué des points. Mais il faut pour cela être crédible, et performant. « A Epinal, une année, on avait avancé le nom d’un ami du directeur de la Fédération de l’époque, Bernard Rayaume ; mais on s’est battu, on a mis notre gestion en avant, et le club a gardé la gestion. »

Il faut savoir faire flèche de tout bois : « Les clubs, pour lutter contre les déficits, ont été obligés de développer des activités de loisirs. Cela leur permettait de survivre. A Longwy, par exemple, le club gérait les distributeurs de boissons, et les bénéfices nous permettaient de mener notre politique sportive. Dans le système,actuel où la gestion leur a échappé, cela n’est plus possible. »

Dans une période favorable, le club de Longwy, piscine ouverte en 1967, quand le FNDS (devenu CNDS) n’existait pas, avait obtenu des aides qui lui avaient permis, en gros, de récupérer l’équivalent de la TVA. « En contrepartie, dit encore M. Gastaldello, les clubs devaient engager leurs maîtres-nageurs. On s’aperçoit maintenant qu’on a vécu une belle période.»

Le secret de la réussite des clubs a-t-il été perdu ? Ont-ils été distancés, comme le supposait Véronique Cotteaux, voire ringardisés par les évolutions du métier ? Pourtant, certains dirigeants, au niveau local, avaient, quoique bénévoles, effectué un travail de professionnels. Jacky Brochen nous offre sur un plateau l’exemple de Caen.

« La ville, nous dit-il, dans un premier temps, avait copié notre organisation de l’apprentissage pour la faire pratiquer par le personnel municipal à des horaires privilégiés par rapport au club, mais bien vite les absences répétées des encadrants et leur manque d’enthousiasme à périclité et le club a repris le contrôle et tout est revenu comme avant. Mais on avait un marketing pédagogique (grâce à un « Aqualivre performant) et financier. On savait ainsi qu’il fallait sept nageurs pour payer un entraîneur des groupes d’apprentissage à l’année. On formait des groupes d’apprentissage de douze nageurs, et avec l’argent récupéré, on engageait et on menait une politique sportive ambitieuse. On a été pendant treize années dans la fourchette du 3e au 5e club français. Mais on avait un président formidable, Alain Tournaire (1982-1993). J’arrivais de Clichy, j’avais des idées arrêtées sur la façon de fonctionner, et Alain m’a forcé à faire des trucs sympas. Parmi les nageurs, on a eu nombre d’internationaux et une eau libre de première force en fréquentant notamment Stéphane Lecat. Aujourd’hui, le club a perdu cette dynamique et a reculé  (49e en 2016, cette année, il est 32e) »

SEZIONALE AURA-T-IL LES MOYENS DE BARRER LA ROUTE AUX PISCINES LUDIQUES ?

Aujourd’hui, à la Fédération française de natation, Gilles Sezionale met ses troupes en ordre de bataille pour reprendre au moins une partie du terrain perdu. Il s’agit pour le nouveau président, à la fois d’encourager les clubs à s’emparer des gestions, et de ne plus aider financièrement les constructions de piscines qui ne correspondent pas aux besoins de la natation.

Dans le courrier qui a suivi notre parution de samedi 28 octobre 2017, intitulée plaidoyer pour la fin des haricots et le retour des nageurs dans les piscines, André Zougs, un architecte qui a présidé la commission équipements pendant deux ans, puis, pendant quatorze ans (jusqu’en avril 2017), été, élu du Comité Directeur, chargé des équipements à la FFN, faisait état d’un certain scepticisme quant à la capacité de la Fédération de se faire entendre dans ce domaine : « depuis mon arrivée à la Fédé, écrit M. Zougs, je n’ai cessé de me battre contre cette promotion de la piscine haricot. Il a fallu se battre contre les programmistes nés, pour beaucoup, de sociétés financières intéressées par la gestion des piscines (DSP) en les transformant en équipements ludiques genre Aqualand, en plus petit. Les collectivités se sont laissé prendre à ce miroir de la rentabilité et les programmistes se sont empressés d’y répondre.
« La Fédération n’a pas fermé les yeux sur ces programmes mais s’est efforcée de défendre au moins une partie sportive dans chaque projet. Cela n’a pas toujours été accepté. Pour les subventions, la force des politiques à travers le ministère est incontrôlable, et je ne suis pas sûr que Gilles Sezionale arrive à évincer Saint Malo de la subvention si le projet n’est pas conforme aux souhaits de la Fédération. Je peux assurer que 90% des projets soutenus par la Fédé étaient à caractère majoritairement sportifs. »

Si M. Zougs insiste sur la difficulté de contrôler le moins du monde le type de piscines qui seront construites ces prochaines années, sur cette question, Lucien Gastaldello, lui, estime que la position de la Fédération n’est pas si fragile, et que l’institution, depuis quelques années, avait son mot à dire.

LES CLUBS DOIVENT SE METTRE EN AVANT

« Pour ce qui est à la subvention de construction de piscines, explique en effet M. Gastaldello, avant l’arrivée de Marie-Georges Buffet au ministère des sports (4 juin 1997-5 mai 2002), les politiques choisissaient et envoyaient librement les dossiers. Le choix était pour ainsi dire fait en amont, en l’absence, de la fédération. Marie-Georges Buffet et Henri Sérandour, président du CNOSF entre 1993 et 2009, qui étaient de bords différents mais qui s’appréciaient énormément, ont travaillé la question, et depuis le choix a été laissé à la fédération. Les concepteurs devaient venir défendre leurs projets à la fédération pour recevoir ces subventions. Dans un premier temps, arrivaient de six à sept dossiers par an. Et puis le système s’est amplifié, et c’est de douze à treize dossiers que la fédération a traité chaque année. La natation était devenue prioritaire pour le ministère, et en gros, la moitié des subventions étaient réservées aux piscines, l’ensemble des autres sports disposant de l’autre moitié. Depuis deux ans, on a limité le nombre de dossiers par région et les commissions régionales du CNDS émettent des avis. Les fonds du CNDS ont été réduits de moitié, autant dire que Gilles Sezionale ne bénéficie pas de la « bonne période » dont jouissait Luyce. » 

Toujours selon M. Gastaldello, la natation doit être toujours prête à défendre ses arrières et à présenter ses atouts : « quand la mairie proposait une solution privative, nous répondions en proposant une solution fédérale, explique-t-il au sujet de sa région, la Lorraine. Aujourd’hui encore, le club de Longwy est candidat à la gestion. »

Mais il aurait tendance à tempérer l’optimisme ambiant : « Quand la fédération se dit prête à gérer (le monument qui accueillera les Jeux olympiques après 2024, je leur dis de faire attention : « il y a du boulot, les copains. » On vient de loin !

De quoi s’agit-il? « La Fédération est candidate à la gestion du centre nautique de Saint-Denis, mais elle devra développer ses arguments parce que les édiles ont bonne mémoire et se souviennent de la gestion par la fédération des piscines de Paris, et de comment cela s’est passé. Les directeurs confondaient chiffres d’affaires et bénéfices, et cela finissait par des découverts importants. La FFN entend reprendre les méthodes de Rio de Janeiro et de Londres comme d’enlever les gradins. En revanche, la fosse à plongeon sera conservée. Qu’est-ce que cela va donner? »

Où en sont, dans tout cela, pour leur part, les délégataires de service public ? Vert Marine se trouve dans une mauvaise passe. Accusée de plusieurs défauts de gestion, d’employer du personnel à bon marché, mal formé voire sans diplômes, l’entreprise et ses dirigeants viennent de se faire condamner (première instance) à de sévères peine, amendes, prison avec sursis et dommages-intérêts.

L’entreprise, siège social Mont Saint-Aignan, en Normandie, a connu un glorieux quart de siècle de développement foudroyant. Créée en 1992 par Thierry Chaix, un hockeyeur, et Jean-Pascal Gleize, Vert Marine gère plus de 90 établissements et compte 1700 employés. Mais comme en sport, il faut se méfier, dans les affaires, des réussites trop voyantes. La procureure de la république, pour les faits reprochés aux gestionnaires, a recommandé des peines sévères, dont deux ans de prison ferme pour le directeur général, et un total de 190.000€ d’amendes. Les responsables ont obtenu le sursis, et autant Chaix que Gleize ont été interdits de gérer une entreprise commerciale pendant deux ans. Ils doivent payer conjointement 400.000€ d’amende et 432.000€ de dommages-intérêts aux parties civiles. Pour résumer, Vert Marine a faussé le jeu de la concurrence pour obtenir des délégations de services publics (DSP) et accroître son empire. Un ancien employé, Michaël Pasek, leur fournissait des informations leur permettant de déjouer la concurrence en posant leur offre en vue d’acquérir une demi-douzaine de délégations pendant trois années (2010-2012). Plusieurs marchés ont été enlevés de manière frauduleuse entre 2007 et 2012. Chaix, aujourd’hui président du club de hockey des Dragons de Rouen, et ses deux co-accusés, nient les faits et se sont pourvus en appel.

Bien entendu, tout cela fait mauvais genre, mais n’étonne pas trop ceux qui connaissent le personnage. Inspiré par l’exemple de Thierry Jacques Lacarrière, le créateur de France patinoires (qui deviendra Carilis), Chaix s’accapare de la façon qui a été sanctionnée par la justice d’un petit empire. Son arrivée dans les piscines est loin de représenter un plus pour la natation. Il n’a jamais installé un nageur à la tête des bassins, où il a poussé ses copains hockeyeurs.

L’arrivée du délégataire constitue aussi un beau moyen de contourner, voire d’entourlouper le personnel. Celui-ci est repris, mais à des conditions beaucoup moins favorables, et moins protectrices de son statut.

Ce n’est pas tout. Quand la mairie donne la gestion au délégataire, celui-ci doit ouvrir la piscine aux enfants des écoles, et reçoit donc une compensation, sous forme d’une subvention municipale. C’est un miracle qui en vaut bien d’autres, car le vilain déficit de la piscine municipale disparait au profit d’une honorable subvention liée à l’apprentissage de la natation aux écoliers… Qu’en termes choisis ces choses là sont dites !

Parmi les délégataires, il m’a semblé intéressant d’avoir l’avis de François Rosenblatt, le fondateur de Récréa, l’une des entreprises délégataires de services publics les plus importantes, pour deux bonnes raisons : il a été un champion de natation ; il sait exposer ses idées, qui me paraissent sensées et originales, comme vous pourrez le comprendre en vous promenant sur l’internet.

Voici le résultat de de court entretien téléphonique :

Question : Quelle est la place de Récréa dans les DSP ?

François  ROSENBLATT : Nous sommes en deuxième position derrière Vert Marine qui est leader, il y a cinq opérateurs importants, donc Vert Marine, Récréa, l’UCPA, Espace, Carilis, et comme le marché est en développement en raison de la demande des communes, d’autres opérateurs se créent…

Question : Voyez-vous des distinguos à faire entre les différents délégataires de service public sur les piscines ?

François  ROSENBLATT: En ce qui nous concerne, nous nous positionnons comme créateurs de concepts, nous avons lancé Swing, cross avec Florent Manaudou, une autre opération parrainée par Camille Lacourt. Notre type de management est différent, dans la mesure où nos directeurs de centres sont les grands patrons de leurs piscines. Il y a une importante délégation de pouvoir, nous les laissons apprécier la situation dans leur piscine et ils ont une grande latitude d’action. Pour ce nous embauchons des gens qualifiés, ce ne sont pas des maîtres-nageurs, certes, mais des Bac+5, et sous leurs directives, nous tenons à ce que les employés soient très qualifiés dans leurs domaines.

Question : Ayant été nageur croyez-vous qu’habitant dans une commune dont la piscine serait gérée par Recrea, un François Rosenblatt d’aujourd’hui aurait une chance de faire carrière ?

François  ROSENBLATT: Il ne faut pas se voiler la face, mais tout en gardant à l’esprit qu’une carrière de champion est très chronophage – je note que beaucoup de champions sont devenus des maîtres-nageurs –, le haut-niveau nous apprend à aller plus loin. Maintenant, le privé est marqué par son plus d’exigence. Pour répondre plus directement à votre question, nous sommes des partenaires des clubs dans le cadre des conventions et du contrat qui nous lient aux municipalités. Mais j’insiste, on n’est pas du tout des destructeurs des clubs. »

 

CONCLUSION PROVISOIRE 

La natation doit convaincre qu’elle ne fonctionne pas comme un lobby qui pousse les décisions dans une direction qui convient à des intérêts étriqués. Elle doit certes défendre le sport, mais en sachant gagner les faveurs du public.

On peut aussi méditer ces propos d’André Zougs, selon qui « le sport dans les piscines […], ce n’est pas seulement les clubs, mais les scolaires et aussi des nageurs qui viennent faire des longueurs… Je doute qu’il y ait des Délégations vraiment exemplaires pour la partie sportive des piscines, sauf si les collectivités ont bien étudié et écrit le contrat en préservant la partie sportive pour tous les publics nageurs, mais dans ce cas les délégataires ne se pressent pas. Attention il y a aussi des clubs, généralement petits ou moyens qui privilégient les activités lucratives au détriment du sportif dans des bassins rectangulaires, sans bassins ludiques. Même quand les piscines sont en régie les collectivités poussent les directeurs vers cette dérive.

« Pour la gestion par les clubs dont rêvent certains de nos dirigeants j’ai beaucoup de réserves. Combien de clubs ont une structure et des dirigeants capables de faire tourner ces petites entreprises avec un directeur et un certain nombre de salariés dont des techniciens ? Comment faire face au problème de la concurrence et des appels d’offres, combien gagnerons-nous de piscines, faudra-t-il rentrer dans les combines pour obtenir des résultats? »

Quoi d’autre ? La Fédération doit tenter de donner une assise à sa vision de l’intérêt public. Si l’on croit que le public naturel des piscines veut nager, et non pas glisser d’un toboggan, il faut donner corps à sa vision.