LES VIKINGS NE MANQUENT PAS DE FOND

Canet en Roussillon, 8 juin 2013

Trois nageurs des Vikings dans les quatre premiers des 5km des championnats de France d’eau libre. Qu’est-il arrivé au club de Stéphan Caron, de Fabien Gillot et de Julien Sicot ?

 Par Eric LAHMY

 Damien Cattin Vidal, le 1er, Marc Antoine Olivier, le 2e et David Aubry, le 4e des championnats de France 2013 des 5km en eau libre, qui se sont disputés ce 8 juin au matin sur le plan d’eau du port de Canet-en-Roussillon, partagent deux points communs. Lesquels ? Bon, Damien et David sont licenciés aux Vikings de Rouen, mais Marc-Antoine est sociétaire de Denain, donc ce n’est pas ça. Langue au chat ? 1) Tous les trois sont entraînés à Rouen par Eric Boissière ; 2) Tous trois ont bénéficié de la Bourse de la Vocation Guy Boissière, créée voici quelques années par Catherine Grojean, et qui permet d’aider un nageur prometteur du club.

« Comme quoi, nous ne nous sommes pas plantés quand nous les avons choisi, dit Eric Boissière, qui a voix prépondérante, et pour cause, quand il s’agit de désigner le titulaire de la Bourse. Damien reçut la bourse voici quelques années, Aubry et Olivier cette année.

Marc Antoine et David sont les jeunes loups de la spécialité. Enfn, loups, c’est vite dit, il est difficile de trouver personnages plus sympathiques que ces deux là. Dont la complicité transcende toute l’agressivité que pourrait susciter leurs affrontements aquatiques. Marc Lazzaro, alors responsables de l’eau libre, qui les avait accueillis, les avait surnommés « Tic et Tac », comme les écureuils du cinéma. Ils s’étaient rencontrés dans un stage d’une semaine, voici quatre ans, et s’étaient retrouvés à Rouen. Depuis, les deux font la paire. Au point qu’ils sont partis en vacances ensemble.

Rouen, qui semblait être dédié au culte des sprinteurs, s’est tourné vers les longues distances, un peu par hasard. En bon entraîneur, Eric Boissière a suivi les goûts et les qualités de ses nageurs. Avec au moins cet avantage de ne pas se faire « piquer » ses meilleurs éléments, Rouen n’ayant pas les moyens de surenchérir quand une « grosse cylindrée » vient faire des offres…

Sur sa place aux France, Marc Antoine aurait dû être qualifiés pour les Monde à Barcelone. Mais le nouveau Directeur technique national, Lionel Horter, a décrété que le champion de France de 1500m serait qualifié pour le « grand fond », distance à son choix. Dans l’idée du DTN, un crack du 1500m devrait briller automatiquement sur les très longues distances, un peu comme le Tunisien Mellouli, champion olympique 2008 du 1500m et 2012 de l’eau libre (10km). Donc, Enzo Vial Collet, Guadeloupéen entraîné à Mulhouse, vainqueur surprise du 1500m des France, ayant choisi de doubler 1500m et 5km aux mondiaux de Barcelone, a « piqué » la place sans avoir à la disputer, ce qui est quand même une innovation.

Dans le Landerneau du grand fond, on ouvre les bras en levant les yeux vers le ciel. « On dirait un peu que le DTN prend les fondeurs pour des charlots. Mais voyez : Pannier, un grand du 1500m de chez nous, a explosé dans le 5000m. Il y a une spécificité de l’eau libre qui échappe à certaines personnes. On ne passe pas des bouées comme on vire au mur, on ne nage pas droit aussi facilement quand il n’y a pas de lignes au fond, il faut résister à l’eau froide, et savoir nager avec des gens qui ‘’frottent’’ autour de vous, tout ça ne s’apprend pas du jour au lendemain, et quelquefois ne s’apprend jamais. »

Certes, d’un autre côté, Aurélie Muller, qui avait gagné le 800m des France, s’est qualifiée à la régulière sur 5000m, preuve qu’on peut doubler bassin fermé et eau libre. Mais cette jeune fille est une habituée des deux mondes, au point qu’on ne saurait dire lequel est son milieu naturel…

Eric Boissière, interrogé à ce sujet, s’en amuse : « Si j’ai bien compris, à Barcelone, ce sera Cattin Vidal contre Vial Collet. Pour moi, le résultat ne fait aucun doute, mais enfin, attendons… »

AURELIE DETRONE OPHELIE

Canet en Roussillon, 8 juin

Championne de France des 5km en 2009, Aurélie MULLER, du CN Sarreguemines, vivait depuis trois ans dans l’ombre d’Ophélie Aspord, conquérante de trois titres consécutifs sur la distance. Il y a deux jours, tandis qu’Ophélie triomphait, Aurélie abandonnait assez tôt dans la course. Se réservait-elle pour l’épreuve de ce matin, c’est bien possible. Toujours est-il qu’elle a repris sa couronne, ce matin, dans le bassin du port de Canet-en-Roussillon, et de quelle manière, vingt-huit secondes, près de cent cinquante mètres dans la vue. S’agissait-il de revanche ? Alors, elle se mangeait  (se buvait ?) froide, en l’occurrence, dans une eau à 19°. Derrière, Coralie CODEVELLE, de Sarcelles, devancée de peu par Aspord, avait été déjà troisième de cette épreuve en 2010 et 2011. Et non loin, comme chez les garçons, de la belle jeunesse en embuscade…

1 Aurélie MULLER Sarreguemines, 58’24’’13

2 Ophélie ASPORD Aviron Bayonnais, 58’52’’94

3 Coralie CODEVELLE AAS Sarcelles, 58’53’’46

4 Morgane ROTHON Alliance Dijon, 1994 Juniors 58’56’’10

5 Marion BRUNEL DTOEC 1996 Cadets 1h0’48’’29

6 Caroline JOUISSE AC Bourges 1994 Juniors 1h2’1’’98

7 Charlyne SECRESTAT AS Plessis Savigny 1998 Minimes 1h2’3’’67

CATTIN VIDAL EN SUIVANT LE FERRY

 

 Canet-en-Roussillon, 8 juin 2013

Champion de France des 5 km en 2011 et 2012, Damien CATTIN VIDAL, des Vikings de Rouen, s’est offert un troisième titre consécutif en 55’45’’7, ce matin 8 juin, aux championnats de France. Mais c’est seulement pour le titre que Damien l’a emporté en 55:44.78, ce matin, à Canet-en-Roussillon, la course étant revenue en fait au Hollandais Kerry Weertman. Derrière, les jeunes ont secoué le portillon et c’est ainsi qu’un « inconnu » de 17 ans, Marc-Antoine Olivier, de Denain, s’est offert la troisième place (et la deuxième Française) tandis que David Aubry, même âge, et Vikng comme Damien, se plaçait 5e et 4e Français. Charlie CUGNET, des Dauphins du TOEC (3e en 56:02.13), se retrouvait à la même place qu’en 2011.

1 Ferry WEERTMAN (Pays –Bas) 55’44’’78 ;

2 Damien CATTIN VIDAL (Vikings de Rouen) 55’45’’70 ;

3 Marc Antoine OLIVIER (Denain Natation – La Porte du H-1996 Cadets) 55’52’’87 ;

4 Charlie CUIGNET (DTOEC) 56’2’’13 ;

5 David AUBRY (Vikings Rouen 1996 Cadets 56’2’’84 ;

6 Marcel SCHOUTEN Pays-Bas 1993 Juniors 56’3’’48 ;

7 Vincent FRAYSSE SN Versailles) 56’4’’49 ;

8 Guillaume BOSCHER (Stade Clermontois – 1993 Juniors) 56’08’’32 ;

9 Romain BERAUD (AAS Sarcelles) 56’51’’18 ;

10 Anthony PANNIER (AAS Sarcelles) 57’0’’36.

 

MONACO EN CHIFFRES

8 juin 2013

Séries:

100 Mètres.- 1. Andrey GRECHIN RUS 49.58; 2. LAGUNOV Evgeny RUS 49.91; 3. Luca DOTTO ITA  50.38; 4. Kenta ITO JPN 50.42; 5. Michele SANTUCCI ITA 50.47 ; 6. Luca LEONARDI ITA 50.51 ; 7. Marco ORSI ITA 50.58 ; 8. Marco BELOTTI ITA, OLYMPIC NICE 50.63; 11. Erik VAN DOOREN SUI, GENEVE NATATION, 51.10; 13. Jean Baptiste PATAMIA, CN ANTIBES 51.53 ; 15. Eddie MOUEDDENE, AMIENS METROPOLE, 51.80 ; 19. Théo FUCHS AMIENS METROPOLE, 52.27 ; 20. Sandy BOLE FRA 1994 AS MONACO 52.40 22 ; Jean Baptiste FEBO SUI, GENEVE 52.67; 24. Damien JOLY OLYMPIC NICE 53.14.

50m dos.- 1. Vitaly BORISOV RUS 26.42 ; 2. Paul Gabriel BEDEL CN MARSEILLE 27.45 3. Lukas RAUFTLIN SUI LIMMAT SHARKS ZURICH 27.48; 4. Tennessy GALLOTTA OLYMPIC NICE 27.62; 5. Martin BADURA CZE 28.08; 6. Nicolas ZOULALIAN  SUI, GENEVE 28.33 ; 7. Jérémy STRAVIUS AMIENS METROPOLE 28.54 ; 8. Thomas AVETAND BEAUVAISIS AQUATIC 28.63 ; 9. Joris HUSTACHE SFOC 28.94 ; 11. Jordan COELHO ETAMPES, 30.07 ; 12. Florian ELMSHAUSER, GER, AS MONACO 30.46 ; 13. Théo CHIABAUT, MONACO, 33.06.

 

100 Mètres dos :

1. Peter BERNEK HUN 55.28 2. Eric RESS CN ANTIBES 55.86; 3. Benjamin STASIULIS CN MARSEILLE 56.40 ; 4. Martin BADURA CZE 56.96 ; 5. Vitaly BORISOV RUS 57.09, 6. Joris HUSTACHE SFOC 57.57 ; 7. David VERRASZTO HUN OLYMPIC NICE 58.56 ; 8. Paul Gabriel BEDEL CN MARSEILLE 58.73 ; 9. Thomas AVETAND BEAUVAISIS 59.83 ;

 

50m brasse.-

1. Damir DUGONJIC SLO, 28.18 ; 2. Oleg UTEKHIN RUS 28.27; 3. Hendrik FELDWEHR GER 28.36 ; 4. Niccolo OSSOLA ITA 28.42 ; 5. Kirill STRELNIKOV RUS 28.46 ; 6. Marco KOCH GER 28.66 ; 7. CHEN LI Tianhao  CHINE 28.76; 8. Laurent CARNOL LUX, 28.91 ; 9. Nic FINK USA 28.97 ; 10. Filipp PROVORKOV EST 28.99 ; 11. Thomas RABEISEN CN ANTIBES 29.14 ; 12. Andrea BOLOGNESI ITA MONACO NAT 29.21 ; 13. Quentin COTON CN ANTIBES, 29.34.

 

200m brasse. – 1. Marco KOCH GER, 2:12.96 ; 2. Viacheslav SINKEVICH RUS 2:14.26; 3. Andrew WILLIS GBR 1990 2:14.84 …12. Quentin COTON CN ANTIBES 2:17.98 ; 13. Thomas RABEISEN CN ANTIBES 2:18.29 ; 14. William DEBOURGES CN ANTIBES 2:19.11.

 

50m papillon.- 1. Steffen DEIBLER GER, 24’’ ; 2. Roland SCHOEMAN RSA 24.03 ; 3. Nikita KONOVALOV RUS 24.38; 4. Evgueni KOROTYCHKINE RUS, 24.41 ; 5. Evgeny KOPTELOV RUS, 24.50 ; 6. Bence PULAI, HUN, 24.51 ; 7. Nikolay SKVORTSOV, RUS, 24.63 ;8. Tomas PLEVKO, CZE, 24.75 ; 9. Sasha SUBARSKY AUT, 24.87 ; 10. Chad LE CLOS, RSA, 24.88 ; 11. Andrey GRECHIN RUS, 24.90 ; 12. Martin VERNER CZE, 24.97 : 17. Jean Baptiste FEBO SUI, 25.87; 19. Emilio IMELLA, ITA, 26.06; 20. Axe CAPAZZA, OLYMPIC NICE, 26.31; 21. Sébastien BRILLOUET, AS MONACO, 26.48 ; 23. Tristan FORCHERI, FRA, 26.78.

200m papillon

1. Chad LE CLOS RSA 1:58.87 ; 2. David VERRASZTO HUN OLYMPIC NICE, 1:59.18 ; 3. Bence BICZO, HUN, 1:59.75 ; 4. Yuki KOBORI JPN 2:0.08 ; 5. Jordan COELHO ETAMPES, 2:0.21 ; 6. Alexandre LIESS, SUI, 2:1.39 ; 7. Michael MEYER  RSA 2:1.88 ; 8. Tomas HAVRANEK, CZE 2:2.01; 12. Ambroise PETIT, OLYMPIC NICE, 2:9.17 ; 13. Kevin MARTINS OLYMPIC NICE, 2:9.35 ; 14. Tristan FORCHERI, AS MONACO, 2:11.46.

 

200m quatre nages.-

1. Laszlo CSEH HUN, 2:1.33 ; 2. Daiya SETO JPN, 2:2.04 ; 3. Jérémy STRAVIUS, AMIENS, 2:2.39 ; 4. Jakub MALY, AUT, 2:3.18 ; 5. Michael MEYER, RSA, 2:3.68 ; 6. Joseph ROEBUCK, GBR, 2:3.74; 7. Kevin WEDEL, GER, 2:3.82; 8. Nic FINK, USA, 2:5.37; 10. Jérémy DESPLANCHES SUI, 2:5.87;13. Michael ROBBE, BEL, 2:8.68; 15. Sandy BOLE, AS MONACO, 2:12.35; 17. Thomas AVETAND, BEAUVAISIS, 2:14.92;19. Ruka SHIMIZU JPN AS MONACO 2:21.17.

 

DAMES

50 mètres.-

1. Ranomi KROMOWIDJOJO NED,  25.21 ; 2. Rozaliya NASRETDINOVA, RUS, 25.34 ; 3. Sarah SJOESTROEM SWE, 25.37;

4. Anna SANTAMANS OLYMPIC NICE, 25.55 ; 5. Ruta MEILUTITE, LTU, 25.72 ; 5. Dorothea BRANDT GER, 25.72 ; 7. Britta STEFFEN GER, 26.04 ; 8. Mariya BAKLAKOVA RUS, 26.10 ; 13. Cloé HACHE BEAUVAISIS, 26.68 ; 17. Isabelle MABBOUX ACBB, 27.20 ; 17. Marie WATTEL, OLYMPIC NICE, 27.20; 19. Anouchka MARTIN, SAINT-DIZIER, 27.22.

 

200 Mètres (séries)

1. Katinka HOSSZU HUN 1:57.86 ; 2. Jazmin CARLIN GBR 1:58.65; 3. Camille MUFFAT OLYMPIC NICE 1:59.18; 4. Charlotte BONNET OLYMPIC NICE 1:59.57; 5. Mariya BAKLAKOVA, RUS 2:0.90; 6. Victoria ANDREEVA RUS 2:1.18; 7. Lotte FRIIS DEN  OLYMPIC NICE, 2:1.45;  8. Boglarka KAPAS, HUN, 2:1.58 :  9. Mylène LAZARE, SARCELLES, 2:2.87 ; 14. Isabelle MABBOUX, ACBB, 2:4.26; 18. Béryl GASTALDELLO, OLYMPIC NICE, 2:6.64; 19. Margaux VERGER GOURSON, ACBB, 2:6.70.

 

50m dos.-

1. Mercedes PERIS MINGUET ESP 28.54; 2. Georgia DAVIES GBR, 28.75; 3. Aya TERAKAWA, JPN, 28.91; 4. Polina LAPSHINA, RUS, 29.03 ; 5. Daria USTINOVA RUS, 29.18 ; 6. Jianan YAO, CHN, 29.32 ; 7. Elizabeth SIMMONDS, GBR, 29.36; 8. Simona BAUMRTOVA, CZE, 29.60 ; 9. Marketa STRAPKOVA, CZE, 29.86 ; 11. Laetitia PEREZ, SUI, 30.14 ; 13. Marion NATALICCHI, AS MONACO 30.93.

 

200m dos :

1. Evelyn VERRASZTO, HUN, 2:10.80; 2. Daria USTINOVA, RUS, 2:11.08; 3. Daryna ZEVINA, UKR, 2:11.33; 4. Katinka HOSSZU, HUN, 2:11.86; 5. Elizabeth SIMMONDS, GBR, 2:13.09; 6. Mariya GROMOVA, RUS, 2:13.77 ; 7. Polina LAPSHINA, RUS, 2:13.86 ; 5. Lisa POU, AS MONACO, 2:26.40 ; 16. Laura SAVARIAU, OLYMPIC NICE, 2:27.16 ; 17. Auriane DE PREMILHAT, CN MARSEILLE, 2:28.80 ; 18. Tiffany POU, AS MONACO 2:29.27 ; 19. Margaux VERGER GOURSON ACBB, 2:32.21.

 

50m brasse.-

1. Mariya LIVER UKR 31.08; 2. Valentina ARTEMYEVA RUS 31.34; 3. Ruta MEILUTITE LIT, 31.95 ; 4. Caroline RUHNAU GER 31.99 ; 5. Julia WILLERS GER 32.16 ; 6. Anna BELOUSOVA RUS 32.25 ; 10. Sarah VAISSE, AMIENS, 32.73 ; 12. Fanny BABOU, CNS ST-ESTEVE, 33.18; 14. Chloé CAZIER, BEAUVAISIS, 33.76 ; 15. Zoe DJEBALI, FOS-SUR-MER, 34.12 ; 17. Anouchka MARTIN, CO SAINT-DIZIER, 34.80 ; 18. Caroline BRESCIANO, MONACO NATATION, 36.35 : 19. Claudia VERDINO, MONACO, 41.53.

 

200m BRASSE

1. Ruta MEILUTITE, LTU, 1:7.74 ; 2. Miho TERAMURA, JPN, 1:9.33 ; 3. Kanako WATANABE, JPN, 1:9.43 ; 4. Irina NOVIKOVA, RUS, 1:9.62 ; 5. Anna BELOUSOVA, RUS, 1:9.64… 13. Sarah VAISSE, AMIENS, 1:13.33 ; 14. Anais ARLANDIS OLYMPIC NICE, 1:14.41 ; 15. Chloé CAZIER, FRA, 1:15.66 ; 16. Zoe DJEBALI, FOS-SUR-MER 1:15.78 ; 17. Lise NORGIL DAMGAARD DEN, 1:17.02.

 

50m papillon

 

1. Mélanie HENIQUE, AMIENS, 26.31 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, NED, 26.43 ; 3. Jeanette Ottesen GRAY, DEN, 26.59; 4. Rozaliya NASRETDINOVA, RUS, 27.15 ; 5. Daria TCVETKOVA RUS 27.19 ; 6. Anna SANTAMANS, OLYMPIC NICE, 27.25 ; 7. Béryl GASTALDELLO, OLYMPIC NICE, 27.38: 8. Dorothea BRANDT, Allemagne, 27.58 ; 9. Marie WATTEL, OLYMPIC NICE 27.60 ; 16. Danielle VILLARS, SUI, 28.19 ; 18. Armony DUMUR, AMIENS. 28.34 ; 19. Justine BRUNO, BEAUVAISIS, 28.37

 

100m papillon.

1. Sarah SJOESTROEM SWE, 59.29; 2. Jemma LOWE GBR, 59.43; 3. Jeanette Ottesen GRAY, DEN, 59.56; 4. Camille MUFFAT, OLYMPIC NICE, 59.73; 5. Danielle VILLARS, SUI, 59.81; 6. Daria TCVETKOVA RUS 1:1.20; 7. Paulina SCHMIEDEL, GER, 1:1.39; 8. Anastasia GUZHENKOVA, RUS, 1:2.; 11. Mélanie HENIQUE, AMIENS, 1:2.37 ; 13. Isabelle MABBOUX ACBB, 1:2.66 ; 15. Anna SANTAMANS, OLYMPIC NICE, 1:2.83 ; 16. Armony DUMUR, AMIENS METROPOLE,  1:3.04 ; 17. Justine BRUNO, BEAUVAISIS, 1:3.43 ; 18. Anais ARLANDIS, OLYMPIC NICE 1:3.62.

 

400m quatre nages.-

1. CHEN Ziyi CHN, 4:53.28 ; 2. Alizée MOREL, OLYMPIC NICE, 5:1.59.

TRANQUILLE COMME CAMILLE MUFFAT

Monaco, 8 juin.

Au cours de la première matinée du meeting Mare Nostrum, à Monaco, ce matin, Camille Muffat s’est qualifiée parmi les meilleures, autant sur 200m où ses 1’59’’18 ne le cèdent que face aux 1’57’’85 de la Hongroise Katinka Hosszu, très revancharde après sa déconvenue des Jeux de Londres, et les 1’58’’65 de la Britannique Jaszmin Carlin, que sur 100m papillon, l’une de ses anciennes amours, où elle a été créditée de 59’’73, 4e temps des séries.

Le Sud Africain Chad LeClos, champion olympique du 200m papillon aux Jeux de Londres, s’est aisément qualifié avec un des rares temps sous les 2’ pour les finales de son épreuve fétiche, Il sera entouré en finale de deux Hongrois, David Verraszto et Bence Biczo.

Le Russe Andrei Grechin, qui avait terminé 9e (premier éliminé pour la finale) en 21’’98 l’an dernier aux Jeux olympiques de Londres, s’est qualifié pour sa part avec les meilleurs temps  du 50m et du 100m, Sur 100m Grechin, 49’’58, précède son compatriote Evgueny Lagunov, 49’’91,  le Japonais, Kenta Ito finissant 4e, au milieu d’une tripotée d’Italiens qui complètent la finale, emmenés par Luca Dotto, 3e en 50’’38 !

Côté féminin, la Hollandaise Ranomi Kromowidjojo, au nom délicieusement imprononçable, héritera de la lgne centrale du 50 mètres, ayant réussi le meilleur temps des séries, en 25’’21.

GRECHIN FACILE SUR 50 METRES

Le Russe Grechin s’est qualifié avec le meilleur temps pour les finales du 50 mètres nage libre ce matIn, au meeting Mare Nostrum de Monaco, devant l’Italien Dotto et l’inusable Sud Africain Schoeman, 33 ans..

 

50 mètres.- 1. Andrey GRECHIN RUS 22’’62; 2. Luca DOTTO ITA 22’’66; 3. Roland SCHOEMAN RSA 22’’79; 4. Evgeny LAGUNOV RUS 22’’83; 5. Marco ORSI ITA 22’’96; 6. Ari Pekka LIUKKONEN FIN 23’’04; 7. Shinri SHIOURA JPN 23’’06; 8. Kenta ITO JPN 23’’19; 11. Erik VAN DOOREN SUI, GENEVE, 23’’30; 17. Eddie MOUEDDENE Amiens  23’’80; 18. Jean Baptiste PATAMIA CN ANTIBES 23’’82; 20. Sandy BOLE AS MONACO 24’’47; 21. Thomas MOLINA AS MONACO 24’’58; 22. Alexandre GREAU SAINT-RAPHAEL 24’’60; 23. Maxence BENEZECH SAINT-RAPHAEL 24’’62; 25. ZOULALIAN Nicolas SUI 1996 Genève 25’’05; 26. MEIJER Jesse NED 1994 AS MONACO 25’’25; 27. CAPAZZA Axel 1997 OLYMPIC NICE 25’’27; 28. GALLOTTA Tennessy OLYMPIC NICE 25’’31; 29. ZENERE Giorgio ITA, AS MONACO 25’’51; 31. CAMPAGNO Andrea AS MONACO 26’’

ESTHER WILLIAMS (1921-2013) LA PREMIERE SIRENE

La nageuse Esther Williams, qui devint l’une des étoiles du cinéma hollywoodien des années 1940, s’est éteinte hier, 6 juin, à Beverley Hills, en Californie.

Par Eric LAHMY

Esther Williams fut au cours des années 1940 l’une des stars les plus célébrées d’Hollywood. Le fait qu’elle se produisit dans des shows aquatiques a donné à croire qu’elle était une ballerine de ballets nautiques. Il n’en est rien. Esther lança une mode, mais elle était une nageuse, et, insistons, une nageuse de course.

Elle était née le 6 août 1921 à Los Angeles, et devint championne des Etats-Unis du 100m nage libre en 1939. L’un les grands talents de nageuse de son époque elle était aussi à l’aise en brasse ou en dos, se montrait imbattable dans les trois nages, une épreuve typiquement américaine, qui devint ensuite le quatre nages à l’apparition de la nage papillon et entra aux Jeux olympiques en 1964, aux Jeux de Tokyo. Sa facilité dans l’eau, sa puissance, son talent étaient impressionnants

Esther se présentait comme une championne olympique potentielle. Mais les Jeux de Tokyo furent annulés en raison de la guerre mondiale. Dès lors, elle ne prit pas la peine de se présenter aux championnats de 1940, qui furent gagnés par Brenda Helser, laquelle se maria avec un Français, le comte de Morelos, et vécut à Paris, où elle allait régulièrement effectuer des longueurs au Racing Club de France, rue Eblé. Esther Williams, elle, championne sans emploi, décida de devenir professionnelle. Et fit une entrée majestueuse à la « World Fair Aquacade » de San Francisco.

Il s’agissait d’un spectacle nautique imaginé par un certain William Rosenberg, dit Billy Rose, et qui, inauguré quelques années plus tôt à l’occasion de la Foire mondiale de Chicago, connaissait un énorme succès d’audience. Des dizaines de jolies filles évoluaient dans des chorégraphies somptueuses, autour de deux stars considérables, champions olympiques de natation, Johnny Weissmuller, le populaire Tarzan de Hollywood, et Eleanor Holm. Quand Holm abandonna le spectacle, Billy Rose demanda à Weissmuller de choisir la remplaçante parmi les nombreuses prétendantes. Son choix se fixa sur Esther Williams parce que, raconta-t-il, elle était la plus grande (1,75m). Elle n’était pas la plus vilaine non plus ! Très vite, la grâce d’Esther, son sourire, son aisance dans l’eau, accommodés à la sauce d’Hollywood, firent le reste.

La popularité acquise à travers l’Aquacade attira l’attention d’Hollywood. Esther devint la vedette de Neptune’s Daughter, film inspiré par quelques éléments de sa vie, mais dont le scénario aurait pu se résumer à : jolies filles, maillots de bain et piscines bleutées, sans oublier, ah ! L’amour.

Le succès populaire fut énorme. D’autres films suivirent, bâtis sur le même modèle, et confortèrent Esther dans son statut de vedette. Au sortir de la guerre, les studios vendaient chaque semaine 2500 cartes postales à son effigie aux Etats-Unis. Plus qu’Ava Gardner, star numéro un et plus belle femme proclamée d’Hollywood. Esther Williams raconta avoir vu,  un jour, à la devanture d’un kiosque à journaux, son portrait à la « une » de seize magazines différents.

Une particularité de sa trajectoire hollywoodienne, fut qu’elle créa un genre dont elle resta la seule dépositaire, et le genre s’éteignit quand elle se retira. Aucune rivale, personne pour lui succéder. Ce n’était pourtant pas les jolies filles qui manquaient à Hollywood ou dans la natation. On n’imaginait tout simplement pas une autre fille qu’elle dans ce type de rôles. Les ballets aquatiques restèrent à jamais « les films d’Esther Williams. »

Esther, on l’a dit, était particulièrement à l’aise dans l’eau. L’une des nageuses les plus rapides d’Amérique en nage libre et en brasse, elle maîtrisait parfaitement toutes les techniques. Mais elle n’était pas plus « nageuse synchronisée » que les bataillons de belles filles qui l’accompagnaient dans ses évolutions filmiques. En 1952, pour les besoins d’un de ses films, Easy to Love, le producteur, Dick Pope, engagea deux vraies « synchronettes », les sœurs Rose, pour enseigner les mouvements aux vedettes du film.

Esther Williams, un peu comme Weissmuller, resta toute sa vie attachée à son sport préféré. Elle avait confié de nombreux trésors de ses films, bonnets, maillots de bains, à l’International Swimming Hall of Fame (le Temple de la Renommée Aquatique) de Fort Lauderdale. Ses dernières années, sa santé s’était dégradée, elle souffrait de rhumatismes et avait quelque mal à se mouvoir. Il y a cinq ou six ans, déjà, n’ayant pu se rendre comme prévu à l’annuelle cérémonie d’introduction du Hall of Fame, elle avait gentiment reçu Bruce Wigo, le président du dit Hall of Fame, immergée dans sa piscine et présenté ses vœux aux récipiendaires par le biais  d’une vidéo. Sa grâce, son sourire légendaire étaient restés intacts.

RAYMOND LA SCIENCE

Le Tourquennois Raymond Catteau, 89 ans, n’a pas entrainé de grands nageurs, mais il est souvent cité comme le maitre de l’apprentissage et le théoricien de la technique dans la natation française, écouté à l’étranger. Son dernier apport théorique, « La Natation de Demain, une pédagogie de l’action », publié par Atlantica et les Cahiers du Sport Populaire, lui a valu le Grand Prix de Pédagogie des Écrivains Sportifs

Eric LAHMY

Jeudi 6 Juin 2013

Quand, en 2009, Raymond Catteau reçoit le Grand Prix de Pédagogie des Ecrivains Sportifs, c’est au-delà de l’ouvrage, une longue carrière qui est couronnée. L’enseignement de Catteau, 89 ans, remonte à l’immédiat après Deuxième Guerre Mondiale, en 1944. Des acteurs essentiels de la natation de compétition, en France, tels Claude Fauquet ou Marc Begotti, des témoins privilégiés, comme Jacques Meslier et Jean-Pierre Le Bihan, des universitaires comme Patrick Pelayo ou Didier Chollet, d’autres encore, n’hésitent pas à évoquer son nom, comme celui d’une référence incontournable.

Ce salut obligé, teinté d’une forme de révérence, parfois d’obséquiosité, peut étonner. Catteau, à la différence des figures de la technique que sont Forbes Carlile, Doc Counsilman, Guennadi Touretski, Paul Bergen ou Ernest Maglischo, n’a jamais formé de champions. On sait qu’il avait enseigné l’EPS, se doublait d’un maitre-nageur, et que son langage, soit par nature, soit par sa fréquentation des œuvres de Gaston Bachelard, Jean Piaget et Henri Wallon, avait quelque chose d’hermétique. Dans les années 1970, j’avais eu entre les mains le livre qu’il avait cosigné avec Gérard Garoff, alors Directeur technique national de la natation française, et l’avais abandonné. Catteau demande toujours une grande concentration à la lecture, et personnellement, il me laissait perplexe. Si la clarté est la première vertu d’une bonne pédagogie, Catteau a souvent risqué l’élimination. Je me demandais parfois s’il ne compliquait pas à plaisir, à l’image de ces papes du galimatias intellectuel à la française que furent Derrida, Kristeva et parfois Lacan. Tout au plus lui ai-je laissé le bénéfice du doute. Avec le temps, cependant, il a gagné dans le domaine de la lisibilité, et « La Natation de Demain » parait lumineux au regard des précédents ouvrages. Il a toujours ses trucs de langage, comme quand il parle d’accélération négative au lieu de décélération, mais là, au moins, on comprend ! Ce qu’il y dit m’a paru assez valide pour que je le propose au Grand Prix de Pédagogie à mes confrères du jury de l’Association des Ecrivains du Sport.

Ce style un peu opaque n’est pas forcément volontaire. Une championne du monde française (il n’y en a pas tant que ça), qui a participé à un de ses stages, y a trouvé un homme très différent de ses écrits, ayant parfois du mal à dépêtrer ses idées. Il reste donc possible que chez lui, au rebours de ce qu’affirmait Boileau, ce qui se conçoit bien ne s’énonce pas clairement. Pour Jacques Meslier, l’un des entraineurs français les plus capés, et de cinq ans son cadet, Catteau a du mal à se faire comprendre parce qu’ « il vole à un certain niveau et reste difficile à appréhender. Quand on le lit, on a du mal. » Pour Begotti, la touffeur de ses textes vient de sa volonté de tout expliquer.

            « Catteau était assez pointilleux, ésotérique, compliquant un peu les choses, se souvient Jean-Pierre Le Bihan, ancien Directeur technique adjoint à la FFN, qui l’a beaucoup fréquenté quand tous deux étaient CTR. Il parvenait à me bluffer, avec la faconde de ceux qui ont fréquenté les écrits de Piaget et de Wallon et qui savent vous en remontrer. Il aimait les paradoxes, et s’écouter parler. »

SA FORCE ? ÊTRE MEMBRE DU COMITE PEDAGOGIQUE ET SCIENTIFIQUE DE LA FSGT

Catteau est « beaucoup plus connu à l’étranger, dans les pays francophones, qu’en France même, affirme Meslier. Il a révolutionné la conception de l’apprentissage. On en était aux modèles analytiques, style potence ou Trotzier en l’honneur à Tourcoing, sans participation intéressante de la part de l’élève. » Pour Patrick Pelayo, l’un des plus fins connaisseurs français de la natation, nordiste comme Catteau, et l’un de ses élèves, c’est là que se situe sa grande réussite : « avoir mis à bas le système officiel d’enseignement reconnu par la FFN jusqu’en 1945. »

« Catteau avait été élève de Paul Beulque, [célébrissime dirigeant entraineur de Tourcoing à l’époque], auteur d’une méthode d’enseignement basée sur les soutiens et les artifices (appareils de suspension, mouvements préparatoires), qui règne sur la natation française, et contre laquelle il va se dresser. »

Ce combat assure sa réputation. Certes, Catteau, quand il théorise sur la natation, innove moins que ses admirateurs le prétendent. Son triptyque « flottaison respiration propulsion » (qu’il a remplacé vers 2000 par la triade « corps flottant, corps projectile, corps propulseur ») était déjà énoncé par le premier traité de natation jamais publié, celui de Melchisédech Thévenot, en 1696, précise Pelayo.

Cette trinité reste vivace pendant tout le XXe siècle, comme en témoigne le livre « Nageons » (1920), dont l’auteur, Georges de Villepion, propose une progression d’enseignement basée sur : « flotter, respirer, se mouvoir. » Il est difficile d’imaginer que Catteau n’a pas lu Villepion, dont les livres (comme ‘’L’eau, ma Grande Amie’’) sont des best-sellers de l’époque tandis que ‘’Nageons’’ connaitra plusieurs éditions successives. Villepion détaille : « la flottabilité obtenue par l’équilibre du corps dans l’eau, la respiration à fleur d’eau, la propulsion en conservant le plus possible la position horizontale. » On peut dire que le premier modèle de Catteau est celui de Villepion. Mais Villepion, comme le lieutenant Hébert, Emile Schoebel et plusieurs autres enseignants que la méthode officielle rebutait, n’a pas d’audience auprès de la Fédération française de natation. Beulque, en revanche, est le dirigeant et entraineur qui a mené le water-polo français au titre olympique aux Jeux de 1924, à Paris. A une époque où enseignement et entrainement ne se distinguent pas, sa position lui donne un poids extraordinaire.

Pourquoi Catteau s’impose-t-il au centre du discours pédagogique quand ses contemporains restent en marge ? « Sa force, c’est de faire partie de la FSGT », explique Pelayo. La Fédération Sportive et Gymnique du Travail, d’obédience communiste, est forte de 4300 associations et puissamment installée au cœur des processus pédagogiques. Catteau faisait  partie du Comité Pédagogique et Scientifique de la FSGT, que présidait Robert Mérand. L’idéologue de l’enseignement natatoire d’une telle machine était en quelque sorte le dépositaire du discours dominant en termes de pédagogie. En face de la FSGT, la Fédération de natation n’existe pour ainsi dire pas.

Peut-être parce qu’il dénonce les « artifices » du système en place en 1945 – ces appareils qui suspendent les nageurs, fabriquent des élèves passifs, et dont il entend débarrasser l’enseignement -, Catteau ne reviendra jamais sur son rejet initial des ceintures, flotteurs  et aides de toutes sortes au débutant, qui pourraient le soutenir à ses débuts.

Pour lui, une pédagogie active consiste donc à, « lancer d’emblée les débutants en eau profonde, dès leur première leçon, » explique Le Bihan. Aux yeux de qui un tel parti pris est discutable. « Les petits descendaient dans le bassin par une échelle, s’accrochaient frileusement aux rigoles du bord, avançaient, crispés, le long de la plage et ressortaient par l’autre échelle », dit encore Le Bihan, guère subjugué… Crispés et « frigorifiés », ajoute un autre maitre-nageur, également boudeur devant le spectacle.

Il est probable que de nombreux candidats au professorat d’éducation physique n’aient pas rapporté de Catteau une image très favorable. Selon Pelayo, « en tant que CTR et membre de jury, il sévit pendant de longues années et quand je dis sévis, je pèse mes mots : c’est un examinateur terrifiant. » Le Bihan, qui admet avoir connu lui aussi une notoriété assez sulfureuse, confirme cette réputation, « les élèves palissaient d’angoisse et perdaient leurs moyens en sachant que ‘’c’était lui’’. Il n’était pas tendre. Je l’ai vu disqualifier à l’examen une nageuse de l’IREPS parce qu’à l’issue de son parcours de brasse, elle n’avait pas touché le mur d’arrivée des deux bras. Disqualifiée ! La fille avait étudié quatre ans et devrait, rien que pour ça, perdre une année et repasser l’examen. Je l’ai vu aussi, dans une compétition, disqualifier une nageuse parce que des copines couraient en l’accompagnant, sur la plage, hurlant et faisant tourner des serviettes. » Ce point de règlement existait bien, mais il n’était jamais appliqué. Sauf par Catteau ? Meslier témoigne de « l’image célèbre de Catteau, qui, le jour de l’examen, dès qu’une élève répondait à la question posée, rétorquait : ‘’vous êtes sûre ?’’ Elles finissaient inévitablement en larmes. Il ne voulait pas des élèves qui ‘’ récitaient’’ par cœur, il exigeait qu’ils sachent ce qu’ils disaient. Au sujet des citations, il est bien de les citer, insistait-il, mais pas hors de propos… » Bref, Catteau, examinateur, était particulièrement exigeant. Le diplôme ne se donnait pas, il se méritait.

 

C’EST QUOI, L’EQUILIBRE EN NATATION, RAYMOND ?

Pelayo n’approuve peut-être pas cette sévérité, mais en admet le principe : « C’était un pédagogue perturbant, mais il amenait à réfléchir, provoquait une ouverture d’esprit. On retrouve sa façon de fonctionner dans Claude Fauquet, dont nul ne peut nier son apport à la natation française. Il remettait en cause les poncifs. Il disait qu’il voulait ‘’dénoncer les truismes’’. Il posait des questions de bon sens.

« Ses élèves, Fauquet, Chollet, Begotti, ont tous été marqués par sa capacité à poser la bonne question au bon moment. Un jour, lors d’un stage, il demande aux stagiaires de lui donner une définition d’une voiture. Ils restent sans voix, mais la question n’est pas gratuite. Il veut que les élèves réfléchissent à une définition fonctionnelle d’une voiture. Cela les préparera à réfléchir à une définition fonctionnelle du nageur. Mérand était le seul homme à posséder un ascendant intellectuel sur Catteau. Il lui faisait ce que Catteau nous faisait. Un beau jour, il s’est planté devant lui et lui a lancé : ‘’c’est quoi, l’équilibre en natation, Raymond ?’’ On a vu un Catteau décontenancé, balbutiant, et on a passé un stage entier à travailler sur la notion d’équilibre dans l’eau. » L’anecdote nous a été rapportée par Pelayo et Le Bihan.

Catteau, on l’a dit, n’entrainait pas (ou très peu)… mais il avait des idées sur l’entrainement. « Il avait été un international de water-polo réputé et fut mon entraineur en water-polo au PUC, en 1949, et en un an il a fait d’une équipe de débutants des champions de Paris, se souvient Meslier. Ses influences seules sont la démonstration de sa qualité, mais je ne suis pas d’accord avec sa conception de l’entrainement. Il se sortait de nos discussions sur le sujet en disant : ‘’je ne suis pas un entraineur’’. Selon moi, en schématisant, nager, c’est opérer le meilleur compromis entre l’amplitude et le rythme. Et parfois Catteau pousse trop loin l’analyse et devient tatillon. J’ai été personnellement influencé par un tas d’entraineurs mais surtout par Kochkine, qui a pratiqué comme les autres Russes l’entrainement par les cycles, continue Meslier. Il utilisait le phénomène de la surcompensation ; après chaque cycle d’entrainement, par des repos bien mesurés, la surcompensation agissait et faisait son œuvre. Je me souviens, aux Tourelles, d’un entraineur qui faisait faire au chronomètre des parcours ‘’à fond’’ à son nageur. Il en était à 65m, après, il coinçait. Je demandais à l’entraineur le but de la manœuvre. Il me dit : ‘’un jour, il tiendra.’’ Je lui répondis : ‘’comment fais-tu faire tous les jours la même chose à un nageur qui n’est pas tous les jours le même nageur ?’’ Guennadi Touretski, l’entraineur d’Alexandre Popov, citait un philosophe, selon qui un baigneur qui nageait chaque jour dans un fleuve, ne plongeait jamais dans la même eau. Il en va ainsi du nageur. L’entraineur doit demander, avant chaque entraînement, à son nageur d’évaluer son état. Être constamment à l’écoute de ses nageurs fait qu’un entraineur ne peut pas diriger plus de deux ou trois grands nageurs. »

Conseiller Technique Régional, il y a plus d’un demi-siècle, Catteau agaçait Lucien Zins, qui fut le premier DTN de la natation française, raconte Le Bihan : « Vers 1960, les premiers conseillers techniques (voulus par le ministère Herzog) se réunissaient, et Catteau partait dans  délires d’intellectuels. Zins, qui était un pragmatique, s’agaçait, et lançait : ‘’Catteau, dehors. Tu n’es plus conseiller technique. »

UN CORPS TOTALEMENT IMMERGE EST TROIS FOIS MOINS FREINE QU’EN SURFACE

S’il n’entrainait pas, parce que, par goût, il était pédagogue et non pas coach, Catteau avait dans sa besace de technicien des instruments qui pouvaient se révéler fort utiles aux compétiteurs. Pelayo se souvient d’une expérience mémorable concernant l’un des meilleurs nageurs français des années 1970. « Je l’ai vu recevoir Fabien Noel lors d’un stage éclair d’entraineurs. Fabien, un champion de France sur 200 mètres, perdait une demi-seconde à chaque virage. Il était incapable de faire une roulade dans l’eau, impensable pour un nageur de son niveau, et pratiquait le virage en surface. Quand Catteau lui demandait de rouler, il projetait les mains dans l’eau, se refusait à la culbute. Catteau l’a soumis à une séance mémorable. Il l’a fait nager les yeux fermés, a trouvé des exercices qui lui faisaient travailler sa motricité, son ‘’espace moteur’’. Il était très fort ponctuellement. »

Catteau n’est pas seul au monde dans ce domaine. Des approches équivalentes sont pratiquées par l’Australien Mitt Nelms, qui a remis en selle Natalie Coughlin, Ian Thorpe et des foules de nageurs (et, pour la petite histoire, épousé Shane Gould, la triple championne olympique des Jeux olympiques de 1972).

Au bout du compte, « je l’ai apprécié, dit encore Pelayo, sauf à la fin de sa carrière car il s’est opposé systématiquement aux apports de la science, à la biomécanique. Il est vrai que parfois les entraineurs n’avaient pas une bonne lecture de ces apports, mais cela ne remettait pas en cause leur véracité. »

Après avoir défendu pendant trente ans le triptyque flottabilité, horizontalité, propulsion, Catteau discerne trois étapes dans la progression, qu’il appelle respectivement : le corps flottant, le corps projectile (plongeon, virage), le corps propulseur (nage proprement dite). Le corps doit être convenablement positionné dans l’eau de façon à assurer aussi la respiration. Il doit être assez enfoncé pour éviter l’effet freinateur de vagues, sachant qu’un corps totalement immergé subit une résistance à l’avancement trois fois moindre qu’en surface.

Théoriser n’est pas forcément inventer. A mon avis, Catteau présente plus un état des lieux que des innovations personnelles. La plupart des données qu’il aligne ont été défrichées parfois depuis longtemps. Le passage de l’obliquité à l’horizontalité, dont il dit qu’elle fait gagner beaucoup d’énergie au nageur, n’est pas une idée récente. Mais sa façon de la formaliser est particulièrement acérée et, comme tout ce que Catteau écrit, donne à penser

La contribution la plus importante de ce Socrate de la natation a été, selon Marc Begotti, la remise en cause de la théorie de la portance émise par l’Américain Ernest W. Maglischo. « Une théorie à succès, émise dans ses ouvrages dont ‘‘Swimming Fastest’’, et que Catteau a démontée, en démontrant son caractère infondé. Cela n’a l’air de rien, mais c’est essentiel, car les idées de Maglischo amenaient les coaches à tenter du n’importe quoi avec leurs nageurs. Catteau a aussi démontré qu’un nageur ne fonctionne pas sur deux moteurs, que sa vitesse n’est pas l’addition de son attaque de bras et de son battement de jambes, et que la fonction du battement est autre. » L’analyse de la relation bras-jambes et de la manière de travailler de Catteau se trouve dans son analyse de la nage de Roland Matthes dans le DVD « Raymond Catteau, paroles d’entraineur », publié par l’INSEP. Sa réfutation de Maglischo dans l’un des ouvrages de technque annuels publiés par la FFN.

On ne sait trop comment un nageur pourra obtenir une forme en goutte d’eau, plus large en avant qu’en arrière, comme Catteau semble le préconiser – cette forme étant favorable à l’avancement. En revanche, dire que le nageur doit s’allonger au maximum, augmente ainsi son volume par extension de sa cage thoracique, parait une idée très séduisante autant que réalisable. Le volume pulmonaire jouant un rôle fondamental dans cette augmentation volumétrique. Le nageur ainsi étiré va améliorer sa flottabilité. S’il augmente son volume, son poids restant inchangé, son poids spécifique diminue. (Des recettes équivalentes sens se trouvent déjà dans le livre de Wessmuller de 1932, où le champion conseille d’augmenter sa flottabilité en ne forçant pas l’expiration pour conserver de l’air dans les poumons).

Catteau analyse aussi les phases de traction et de poussée du bras, et évoque la notion de pilotage du corps, celle de l’hyper flexion de la tête (qui devient en dos, hyper extension de la tête) et d’hyper extension des membres, et insiste sur le fait que le nageur débutant doit apprendre à ne pas regarder où il va.

 

LA MISE EN PLACE DE TOUT UN

SAVOIR BASE SUR L’EXPERIENCE

L’intérêt d’un apprentissage élaboré vient sans doute, dans une part non négligeable, de ce que l’apprentissage de la natation nécessite une lutte contre des réflexes spontanés. Dans Catteau, le travail sur l’apprentissage, les problèmes de la pédagogie qui y sont liés, nous font revisiter les questions posées par l’immersion dans l’eau d’un corps voué à la vie sur terre. Par exemple, plonger loin, dans l’idée d’un terrien, c’est plonger à plat ; mais c’est au contraire en cherchant un angle de 45° et une profondeur importante avant de changer de direction qu’on est efficace dans l’eau. « Admettre que la perception de son équilibre n’a plus aucun rapport à la verticalité suppose d’avoir accepté et dépassé le refus du déséquilibre terrien pour construire l’équilibre aquatique en statique comme en dynamique dans une relative apesanteur, » écrit-il, dans une analyse dont on a vu plus tôt ce qu’elle a démarré sur un questionnement de Robert Méran. En situation ventrale, note l’auteur, le haut devient l’avant, l’avant devient le bas, le bas devient l’arrière et l’arrière devient le haut (on peut s’amuser à construire le même schéma en dos). S’il peut paraitre évident pour le nageur confirmé, ce schéma corporel met du temps à se structurer, et l’enseignant se heurte aux résistances du débutant rendu confus par sa situation.

« Du point de vue de la physique, écrit encore Catteau, le nageur est à la fois : embarcation, réserve d’énergie, pilote, moteur, propulseur, gouvernail. La disposition de l’axe corporel et la configuration de ses propulseurs impliquent leur fonctionnement discontinu, dans une succession d’actions. »

Si la résistance des masses dans l’eau croit comme le carré de leur vitesse, la puissance requise pour nager vite est une fonction cubique de la vitesse, expose-t-il. Cela veut dire que pour doubler sa vitesse, il faut mettre en œuvre une puissance huit fois supérieure. Une telle notion conduit à la recherche de la meilleure hydrodynamique et à promouvoir la musculation !

Catteau propose des types d’exercices rencontrés par ailleurs. Ainsi la nage à l’envers, que Kerri McKeever (première femme entraineur chef de l’équipe olympique US aux Jeux de Londres) faisait pratiquer à Natalie Coughlin en 2000 (on imagine mal que Catteau et McKeever aient pu communiquer, on doit donc penser que leur curiosité les a conduit à tenter des expériences similaires). Ou des notions établies, comme l’exigence d’indéformabilité du corps. On comprend par là qu’un corps dur va se mouvoir aisément dans l’eau, quand un corps mou ne le pourra pas. C’est l’image du spaghetti cru et du spaghetti cuit du champion Alexandre Popov, dont nous retiendrons que si traiter un nageur de nouille n’est pas un compliment, le comparer à une nouille cuite devient carrément une insulte.

Selon notre auteur, « les conditions les plus favorables au mouvement se trouvent réunies lorsque le nageur, bien à plat, juste sous la surface, réalise des mouvements des membres supérieurs tendus de manière symétrique, simultanée, extrêmement lente à vitesse uniforme et en sens négatif, c’est-à-dire en se déplaçant en direction des pieds. »  A son avis, l’information qu’il reçoit est tactile, « sensitive et non sensorielle », ce qui revient à dire que le regard n’y participe pas. Le bon nageur ne voit pas où il va !

L’idée selon laquelle la contraction musculaire du nageur s’effectue « en intensité croissante, comme quand on comprime un ressort ou tend un élastique » a conduit des entraineurs comme James Counsilman à proposer une musculation aux extenseurs élastiques.

Un muscle préalablement étiré et dont la tension initiale croit répond plus intensément à une stimulation identique à celle que l’on déclencherait sans étirement. Une augmentation du tonus amplifie la réponse.

Autre notation intéressante : l’effet de la ventilation sur la physiologie du nageur : l’expiration forcée est obtenue par… l’action des muscles abdominaux qui, distendus, reprennent leur place. Une expiration forcée et intense suppose une contraction active de ces muscles et par cette contraction un accroissement tonique. Cette tension tonique n’est pas finement distribuée et localisée, mais diffuse à l’ensemble des muscles, continue Catteau. Lorsque l’on module l’expiration en même temps que l’on mobilise des segments comme les membres supérieurs, ceux-ci réagissent en intensité croissante si l’intensité prend cette forme. (A mon sens, Catteau rejoint ici l’hypothèse des hara Japonais, les chakras indiens, et des haltérophiles russes selon qui « la force vient du ventre »).

Sur une distance plus courte, les coordinations changent parce que les actions de bras s’écartent un peu plus de l’axe et impliquent un réalignement du corps par l’action des jambes.

C’est par cette mis en place de tout un savoir basé sur l’expérience que Catteau nous conduit au bien nager. Ce n’est pas la science, nous dit-il, c’est l’expérience qui nous apprend quelque chose. Faire confiance aux apparences, par exemple en affirmant : le soleil tourne autour de la Terre en 24 heures, peut être trompeur. Il a fallu faire œuvre d’abstraction pour montrer que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil. Dans l’eau, l’idée première est que le bras pousse l’eau. En fait, le bon nageur s’appuie sur l’eau pour tirer le corps vers l’avant. Jack Nelson, l’entraineur de Jonty Skinner, propose vers 1975 cette idée de la propulsion du nageur selon un mouvement équivalent au rétablissement effectué à la force des bras. Quelques années plus tôt, Mark Spitz affirmait qu’il « cherchait de l’eau neuve » sur laquelle appuyer sa main.

Dans son approche, « le problème avec Catteau, c’est qu’il est en avance », affirme Begotti. Ce qui fait de lui une référence du bien nager français, voire international.

***LE SAVOIR IDEOLOGIQUE

Dans son livre, Raymond Catteau explique comment, à l’exemple d’un commentaire de télévision de la course où Laure Manaudou gagne le 400 mètres olympique, ce que l’on voit est influencé par ce que l’on sait – ou croit savoir !

« En natation, chaque événement majeur retransmis à la télévision, permet aux consultants de donner libre cours à leur lecture du concret. Qui ne se souvient du commentaire fait lors du 400m olympique de Laure Manaudou. Il constatait qu’elle n’avait pas encore « mis les jambes », puis qu’elle allait « mettre les jambes », enfin qu’elle « mettait les jambes »… tandis qu’imperturbablement elle ne modifiait en rien sa technique. Interrogée en soirée après sa course, « si vous mettiez les jambes, iriez-vous plus vite ? », l’intéressée répondit : « je ne sais pas ». Nous baignons dans le savoir idéologique. » (Extrait de « La Natation de Demain »).

***L’INSEP a publié en janvier 2010 dans sa série « Paroles d’Entraineurs » un DVD fort intéressant, signé Patrick Diquet et Serge Guemard, sur « Raymond Catteau, une approche de la natation. »

 

« PHELPS N’A RIEN INVENTE ! »

par Eric Lahmy

6 juin 2013

En 2009, Michaël Phelps avait effectué son retour à la compétition, après une coupure post-olympique de six mois, dans un style inhabituel, mouvement de bras de crawl et battement jambes de papillon. Mais le crawl papillon avait été inventé 42 ans plus tôt par le Français Alain Mosconi.

La technique de crawl dauphin développée par Michaël Phelps et son entraîneur Bob Bowman, était tout sauf une nouveauté, affirmait alors un Français de 60 ans. Alain Mosconi, qui fut recordman du monde du 400m et du 800m en 1967, avait de bonnes raisons de clamer sa certitude. Le premier nageur de crawl dauphin du monde, c’était lui.

Quarante-deux ans avant Bowman et Phelps, Mosconi et son entraîneur à Marseille Georges Garret, s’associèrent dans une expérience originale sans précédent : ils greffèrent une ondulation de dauphin à l’attaque de bras classique du crawl.

 « Phelps n’a rien inventé. Avec ‘’Tonton’’ (le surnom de Garret), se souvient Alain, jeune retraité après avoir été entre autres le directeur de Fiat-France, nous avons essayé d’utiliser en crawl un dauphin à la place d’un battement classique, principalement sur mes distances, le 400m et le 1500m. Mais c’était épuisant. On s’était préparés, je me souviens, pendant deux ou trois mois, en bassin de 25m… On mettait ça au point. Mais c’était vraiment coton. »

L’ancien entraîneur national, Michel Pedroletti, qui nageait à Marseille, se souvenait avoir vu Mosconi nager un 200m tout près des deux minutes, performance qui l’avait frappé, car à l’époque, le record de France de la distance avoisinait les 1’58’’.

« J’ai nagé une compétition dans cette technique, à Paris, en juin, un 400m, raconte Mosconi. On ne peut pas faire n’importe quoi avec ce style. Sur moyennes et longues distances, on a intérêt à s’économiser. Garder un équilibre tout en améliorant la puissance des bras… L’ondulation est épuisante, et exige des abdominaux d’enfer et un entraînement permanent.

« Je ne crois pas ce style très utilisable sur 50m ou 100m, ce que fait Phelps, mais il est vrai que depuis les techniques de nages sont tellement différentes, et les combinaisons améliorent tellement la flottabilité que la meilleure portance pourrait, peut-être, permettre de faire quelque chose en sprint ? »

Dès lors, l’interdiction des combinaisons aura-t-elle changé la donne et clos une opportunité pour ce style peu orthodoxe ? Nul ne le sait. Mais Mosconi avait trouvé à l’époque dans le crawl dauphin un avantage inattendu :

« Pourquoi cette expérience ? J’étais plus rapide en battements de crawl qu’en dauphin. Donc a priori, quel intérêt ? Mais, greffé au mouvement de nage de crawl, le dauphin opérait un tel transfert de puissance sur les bras qu’il y avait un gain. »

L’expérience s’arrêta là. Mosconi, à l’approche des Jeux de Mexico, préféra jouer la sécurité dans un style plus classique. Le crawl-dauphin disparut du paysage sportif.

Le jeu bizarre de George Corsan 

Le battement simultané des jambes (dauphin) a trouvé son expression sportive vers 1950, quand, de la brasse, est né le « papillon ». Mais il est plus ancien que ça.

Au milieu des années 1920, l’Allemand Erich Rademacher, le meilleur nageur de brasse de l’époque, doublé d’un petit malin, s’amusait à tester les limites d’un style trop codifié à son goût. Il plaçait d’habiles coups de ciseau (prohibés) vers le milieu du bassin, quand les juges percevaient mal les mouvements. Dans les virages et aux arrivées, il lui arrivait de ramener les deux bras devant le corps au-dessus de l’eau et non pas sous l’eau, comme le règlement avait oublié de le spécifier ! Dix ans plus tard, un jeune nageur de Brooklyn, aux USA, Henry Myers, effectua ce retour aérien des bras pendant toute la durée de ses courses. Le « papillon » était né.

Ou plutôt « la brasse papillon », car derrière, les jambes continuaient de « grenouiller ». Il fallait encore cloner le papillon de Rademacher avec une ondulation verticale et simultanée des jambes. Ce fut fait vers 1950.

Mais qui a créé cette ondulation des jambes ? En 1911, à Toronto, lors d’un « carnaval de natation », un jeune coach US, David Armbruster assista à une démonstration de « battements de jambes en queue de poisson » (fish tail kick) effectuée par le Canadien George Corsan, l’un des cerveaux les plus fertiles qui aient hanté les bassins. Ce battement simultané des jambes était très propulsif. Corsan formula l’hypothèse que le « fish tail kick » pourrait remplacer le classique battement de pieds. Pourtant, l’innovation sombra dans l’oubli.

En 1932, Armbruster, devenu le coach de l’Université d’Iowa, observa un de ses sprinteurs, Jack Sieg, posé dans l’eau sur un côté, effectuait des ondulations de jambes, très amples et propulsives. Ce spectacle amusait tout le monde, mais déclencha l’intérêt d’Armbruster, car Sieg reproduisait le « fish tail kick » de Corsan ! Armbruster demanda à son nageur de reproduire son ondulation, mais en étant posé sur le ventre, et de la greffer sur une attaque de bras de brasse classique. Le dauphin, qui avait raté sa vocation de battements de jambes de crawl, avait trouvé sa place. En 1952, il entrait au programme olympique comme l’incontournable action de jambes du papillon. Quant au dauphin sur le côté de Sieg, il allait être retrouvé par Misty Hyman, qui deviendrait championne olympique du 200m papillon aux Jeux olympiques de Sydney. Preuve qu’une bonne idée n’est jamais perdue

Une question reste posée. Bowman a-t-il pensé sérieusement qu’il améliorerait la vitesse de son nageur avec ce style hybride ? N’a-t-il pas seulement cherché à redonner un objectif à Michaël Phelps, à lutter contre l’usure morale en l’associant à un projet aussi original et amusant ? Il ne perdrait rien en échouant, car le crawl dauphin est très exigeant. Le travail cardiaque, la condition physique et la puissance abdominale qu’il exige, ne furent pas perdus quand Phelps retourna au crawl classique. Le meilleur nageur du monde avait seulement effectué à l’envie des « éducatifs » enrichissants.

REYMOND AU SPRINT, ASPORD A SA MAIN

Par Eric LAHMY

6 juin 2013

Le titre français des 10 km messieurs s’est bien joué entre les trois nageurs de pointe, compte tenu des circonstances, aujourd’hui, à Canet en Roussillon. Le Viking de Rouen Damien Cattin-Vidal, champion de France en titre, a été contraint de céder sa couronne à Axel Reymond (AS Plessis-Chavigny), un beau nageur crédité de 15’26’’ au 1500 mètres en piscine. Très belle course, ardemment disputée, Reymond l’emportant de deux longueurs devant Cattin-Vidal lui-même chatouillé de très près par Charlie Cuignet. Les deux premiers classés sont désormais qualifiés pour les mondiaux de Barcelone, tandis que Cuignet et le Sétois Bertrand Venturi, 5e, obtiennent chacun un billet pour les Universiades.

Nous avons évoqué les circonstances. Il s’agit en l’espèce de l’eau froide, autour de 18°. Ces championnats ont d’ailleurs failli ne pas se dérouler, en raison d’une température, en pleine mer, qui variait entre 14,2° et 14,9° quand les règlements exigent un minimum de 16°. Les organisateurs ont été contraints de tracer un parcours dans le port de Canet, dont la température était plus clémente. L’un des meilleurs nageurs de grand fond présents au départ, Romain Béraud, qui s’était distingué cet hiver en Amérique du Sud, très à l’aise dans des eaux chaudes, autour de 24°, comme l’ont montré ses victoires de Coupe du monde à Santos, au Brésil, puis à Viedma, en Argentine, a été contraint à l’abandon après quatre kilomètres. La course a vu aussi les débuts en eau libre d’Anthony Pannier, dont la carrière en piscine est constellée de podiums sur 1500m, 800m, 400m et 400m quatre nages. Anthony, que l’on aurait volontiers placé en position de favori, d’autant que le plan d’eau du port éliminait le handicap des vagues, souvent fatales à des nageurs de piscine, a terminé loin, à trois minutes des hommes du podium. « Mais il ne s’agit là que d’une erreur de débutant, estime Stéphane Lecat, la légende vivante du grand fond et des marathons nautiques, aujourd’hui tout nouveau conseiller technique responsable de l’eau libre où il a remplacé Marc Lazzaro. Pannier ignore encore la gestion du ravitaillement et de la course en eau libre. Je ne sais pas s’il entend insister dans cette nouvelle voie au-delà des championnats, mais dans ce cas, je ne vois pas ce qui l’empêcherait d’effectuer la transition de la piscine. »

La course féminine est revenue à Ophélie Aspord, qui a totalement maîtrisé son sujet. Aspord, 6e du 5km des mondiaux 2011 et du 10km des Jeux olympiques de Londres, en 2012, et triple championne de France entre 2009 et 2011, n’avait pas besoin de se trouver à son top niveau pour devancer Célia Barrot (ASPTT Lmoges), la tenante du titre. Barrot, spécialiste des 25km (elle fut 7e de la distance aux mondiaux 2011), a gagné en vitesse, et Lecat espérait que ces progrès se retrouveraient sur sa distance fétiche. La 3e de la course, Charlyne Secrestat, de l’AS Plessis-Savigny, qui, à 15 ans et demi, s’offre son 2e podium national consécutif  sur la distance !