QUESTION MÉDAILLES, L’EAU LIBRE A FAIT TOUT LE BOULOT : EN PISCINE, CE SERA LA LUTTE « FINALES »

Éric LAHMY

Dimanche 23 Juillet 2017

Maintenant que l’eau libre (à laquelle s’est ajouté un couple de plongeurs) a sauvé la mise de la délégation française en se hissant au premier niveau mondial et en ramenant 4 des sept médailles d’or mises en jeu, une d’argent et une de bronze, les disciplines de bassin vont pouvoir se dérouler en toute tranquillité, sans aucune obligation de médaille, dans l’espoir de faire de leur mieux, d’arracher si possible des finales et de s’introduire dans un maximum de demis.

Comme on n‘attend plus rien ou pas grand’ chose (en termes de succès, il s’entend) d’une équipe qui, purgée de ses anciens, essentiellement de Florent MANAUDOU et de son relais quatre fois 100 mètres, est sans doute la plus faible depuis des temps immémoriaux (disons depuis 2000), on se donnera le droit, en fin de semaine, de ne pas feindre l’étonnement, de ne pas hurler au scandale, et de ne pas (pas trop) pleurer sur le bon temps des Laure et Florent MANAUDOU, d’Alain BERNARD, de Yannick AGNEL, de Camille MUFFAT, de Jeremy STRAVIUS et autre Camille LACOURT, et de ces beaux relais qu’une génération nous a apportés : la page est bien tournée…

Même si les deux derniers nommés tentent de nous faire croire qu’ils sont toujours là. Ils n’occupent plus qu’un strapontin, celui du 50 mètres dos, course où ils se sont bel et bien qualifiés et vont pouvoir continuer un dialogue dont l’épisode majeur se déroula en 2011, quand tous deux enlevèrent ex-aequo, à Shanghai, l’or mondial du 100 mètres dos.

Ce qu’on trouve de « mieux disant » dans l’équipe 2017 de Budapest, c’est Mehdy METELLA et peut-être Charlotte BONNET !

On pourra surtout se désoler de l’absence du relais quatre fois 100 mètres, mais il n’avait pas réussi les temps décidés par Jacques FAVRE et respectés à juste titre par Laurent GUIVARC’H. La France n’a pu présenter aucun relais à Budapest, au grand dam de tous les entraîneurs intéressés qui ont assiégé la Fédération du tir nourri d’arguments d’ailleurs solides pour sa défense. Je ne crois pas que ces relais (il n’y avait pas, en jeu, que le quatre fois 100 mètres) eussent été déplacés dans les eaux de la capitale hongroise. Mais ne pas les emmener, c’était revenir à ce souci de la règle et de la parole donnée qui avait tant manqué lors des choix précédant les Jeux olympiques de Rio de Janeiro…

AFFUTAGE RATÉ ET DOUBLE AFFUTAGE RÉUSSI : CEST QUOI LEUR TRUC ?

Les championnats du monde de Budapest ne vont pas se dérouler en l’absence des Français. Mais en-dehors de ceux qui ont clos leurs carrières, on note quelques sorties de route malencontreuses chez nos concitoyens. Des gens qu’on attendait le long des rives du Danube. On pensait bien que Jordan POTHAIN et Damien JOLY, les finalistes olympiques de la (relativement) nouvelle équipe de France allaient profiter de ces championnats pour « marquer leur territoire », celui-ci sur 1500 mètres, celui-là sur 400 mètres, mais les championnats de France leur ont été néfastes et ils sont restés au pays. Ils pourront prendre leur revanche s’ils le veulent avec l’importante délégation française qui disputera dans quelques semaines les championnats des USA.

Leurs mésaventures, et une sortie de route collective des nageurs de Mathieu BURBAN, au Cercle des Nageurs de Marseille, ont montré que la gestion de la forme et que la science de l’affutage ne sont pas choses dont il faut se gausser. On en connait aujourd’hui un rayon sur la façon d’approcher la compétition et d’assurer une condition des plus affutées. Les entraîneurs de POTHAIN et du Cercle ont pris certains risques, qui n’ont pas été payants. Le cas POTHAIN parait assez complexe. D’après ce que je me suis laissé dire, le nageur du Nautic Club Alp’38, après les Jeux olympiques, devait entrer dans une formation paramédicale (kinésithérapeute) et était décidé de ne pas s’accorder de facilités dans ce domaine. D’un autre côté, son entraîneur, Guy LA ROCCA, fidèle à une ambition tracée de loin, ne l’a pas épargné (d’ailleurs, en demi-fond, la marge est faible, en termes de kilométrage et d’intensité, le 400 mètres est par définition, la course où il faut nager vite et longtemps et prendre de gros risques entre l’effort aérobie et celui anaérobie : on se met facilement dans le rouge). A l’arrivée, quelque chose a paru manquer et autant avant l’échéance strasbourgeoise que pendant les championnats de France, POTHAIN s’est retrouvé en-dessous de ses ambitions et, plus ennuyeux car définitif, des minima à atteindre…

La mésaventure des Marseillais est, il me semble, plus répréhensible. BURBAN a joué avec les normes, désormais bien définies, qu’il convient de respecter retour d’un stage en altitude. Au lieu de revenir au niveau de la mer et de ralentir dans le laps de temps imparti par les montagnes d’études physiologiques précises étalonnées par un demi-siècle d’expériences de l’entraînement en altitude et à l’altitude, il a choisi de retarder la phase d’affutage. A l’arrivée, ses nageurs sont restés sur le carreau, à l’instar de Clément MIGNON. BURBAN avait tenté ce coup sur deux informations : les Japonais et les Espagnols (Fred VERGNOUX), en effet, ne respectaient pas les chartes et retardaient l’affutage. Mais il semble que cette façon de procéder, qui permet d’accumuler plus de kilomètres parcourus à l’entraînement, soit possible pour les nageurs très longuement habitués au travail en altitude, ce qui était le cas des Japonais et des Espagnols, mais pas les Marseillais.

Il est donc démontré une fois de plus qu’on ne peut trop jouer avec l’affutage, et qu’un nageur fatigué est rarement efficace. On va voir à Budapest une équipe tenter une aventure autrement difficile, celle du « double affutage » (double taper), et c’est l’équipe américaine. Les USA ont conduit ce double affutage avec une réelle maestria l’année de Rio de Janeiro, comme l’a démontré leur triomphe olympique. Ils ont recommencé en 2017, et disputé leurs « trials » du 27 juin au 1er juillet à Indianapolis, trois semaines avant les courses en bassin de Budapest, où on suivra avec attention leur comportement !

Les Américains ont produit une émule : l’Australie, qui a décidé des sélections très rapprochées de l’épreuve majeure en 2018, pour les Jeux du Commonwealth. Les techniciens australiens ont rencontré les Américains afin d’en apprendre le maximum en vue de bien négocier cette méthode. En effet, pour des raisons historiques liées à la géographie, leurs trials ont toujours été très précoces, jusqu’à six ou sept mois avant les Jeux olympiques. Leur problème n’a jamais été le double affutage, mais bien plutôt de savoir comment retrouver la forme entre l’été austral et l’été boréal.

Le double affutage a été imposé aux Américains par le fonctionnement de leur sport, où dominent, l’hiver, les natations scolaire et universitaire. Le respect de la saison hivernale les a amenés à privilégier une sélection tardive de leur équipe nationale pour les événements de l’été. Et ce qui a souvent paru injouable à bien des entraîneurs de chez nous a été pratiqué régulièrement, souvent avec bonheur, de l’autre côté de l’océan Atlantique. La difficulté qu’ont nos entraîneurs de réussir un « double affutage » à quelques semaines de distance mérite d’être questionnée. On a vu les saisons passées comment les Américains en général, Katie LEDECKY en particulier, et Katinka HOSSZU ou Chad LE CLOS, pour ne citer qu’eux, ont multiplié avec brio les exploits dans ce domaine…

Mais l’affutage est une science individuelle, et on a entendu dire, par exemple, que Ryan LOCHTE n’était pas à l’aise dans l’exercice, et que cela expliquait ses derniers Jeux olympiques, plutôt ratés…  Je n’en dirais pas autant de Michael PHELPS, ou, dans le passé, de Mark SPITZ, lequel, en 1972, battit les records du monde des épreuves qu’il nagea (sauf sur 200 libre), puis les rebattit quatre semaines plus tard aux Jeux de Munich, soit neuf records mondiaux dans ce laps de temps !

 

 

BUDAPEST, EAU LIBRE, LA REVANCHE D’AXEL REYMOND

Eric LAHMY

21 Juillet 2017

Avec la victoire d’Axel REYMOND dans le 25 kilomètres, l’eau libre française parachève sa domination des championnats du monde de Budapest. Disons que, sur les résultats d’ensemble, nous avons pris les devants. Or sur 5 kilomètres (Marc-Antoine Olivier) et 25 kilomètres (Axel Reymond) messieurs, or sur 10 kilomètres dames (Aurélie Muller), soit la moitié des titres individuels, or dans le relais mixte. Ajoutez l’argent des 5km dames (Muller) et le bronze des 10 km messieurs (Olivier), cela fait beaucoup pour une seule équipe.

On évoque souvent la « facilité » relative de l’eau libre, par rapport à la nage en piscine. Ce n’est peut-être pas faux. Mais il est toujours délicat de comparer ce qui n’est pas comparable. L’eau libre, il est plus facile de s’y placer pour des raisons intrinsèques à la discipline : son exigence est telle qu’elle empêche de grands (et de moindres) talents de venir d’y frotter. C’est dans ce genre de paradoxe que se trouve le demi-fond. Il est devenu tellement difficile de se frotter aux performances de Sun Yang sur 1500 mètres qu’il ne faut plus s’étonner de voir le navire déserté.

Il faut être extrêmement courageux et discipliné pour se colleter à un travail pareil. Il n’est pas plus « facile » de grimper l’Everest que de varapper à Fontainebleau, mais il est vrai qu’une fois parvenu au camp des 7000 mètres, il est plus « facile » de s’y distinguer que, chaque dimanche sur les pistes noires (35 mètres de hauteur) de la butte aux Dames ou de l’Apremont de Bouligny !

Alors après ça, bien entendu, on peut s’extasier sur le fait que, sans entraînement, Camille Lacourt ait pu nager un 50 mètres dos en 24s7, et se réjouir qu’il puisse réussir dans une semaine, à Budapest, sa deuxième sortie (après celle, approximative, du 100 dos des Jeux de Rio) bravo bravo, mais je ne crois pas qu’il s’agisse du même sport.

A l’évidence, d’ailleurs, le folklore des 50 mètres de spécialités, de par sa facilité, assure un sas d’entrée bien plus large en natation, sport que menacent, justement, ses terrifiantes exigences. Axel REYMOND et son entraîneure, Magali Mérino, sont fameux pour les énormes volumes de travail que celle-ci impose à celui-là et jusqu’à plus ample informer, on doit considérer Mérino comme la technicienne la plus exigeante du monde en termes de kilométrages (particularité qui ne lui a pas valu que des éloges).

S’il est un danger qui menace ce sport, c’est bien le côté rébarbatif d’une activité dont on ne peut dire que le ludique la traverse de part en part. Rien de nouveau sous le soleil, cela fait bien un demi-siècle aujourd’hui que la natation de « hard labour » a envahi la pratique aux USA avant de conquérir le monde. Le professionnalisme, cette peste qui pourrait bien tuer un jour le sport, a fait monter les enchères au point qu’il ne doit pas être un nageur qui atteigne les finales mondiales à moins de huit heures de préparation quotidienne. Cela pour être mal ou pas payé du tout…

Ce qui précède n’empêchera personne de saluer le travail bien fait. REYMOND a fait la course en avant, après une période de décantation illustrée par les courses aux avant-postes du Tunisien ABDELKHALEK, du Tchèque KOZUBEK, suivis par un long relais du Kazakh Vitaliy KHUDYAKOV, leader jusqu’aux sept kilomètres. Là, dans une eau beaucoup trop chaude, à 24°, pour un tel exercice, le Français se portait en tête, en compagnie du Hongrois Gergely GYURTA, jeune frère du champion olympique du 200 brasse de Londres, connu lui-même jusqu’ici pour ses performances sur 1500 mètres, tandis que, selon leurs forces, KHUDYAKOV et d’autres, comme notre jeune représentants Logan FONTAINE, faisaient de l’accordéon, se laissant décrocher puis tentant de douloureux retours. FONTAINE, encore à neuf secondes de REYMOND qui menait l’assaut, autour du quinzième kilomètre, connut alors un vilain coup de moins bien et n’allait pas tarder à abandonner. C’est vers ce moment que l’Etats-unien Chip PETERSON et l’Italien Simone RUFFINI, très présents, surtout celui-ci, se portaient en avant et venaient s’escrimer avec le Clamartois. Mais REYMOND ne lâchait pas ses prérogatives, et poussait les feux, se sachant très solide sur la distance mais assez fragile en termes de vitesse. Il menait constamment, en-dehors d’un court intermède d’Evgueny DRATTCEV. Au passage de la dernière bouée, RUFFINI, 4h46’11s, tenta de décoller, qui prenait trois secondes à REYMOND, 4h46’14, et six à son compatriote italien FURLAN,  4h46’17s1.

REYMOND n’ignorait certes pas, à quelques encablures de l’arrivée qu’aux championnats du monde 2015, à Kazan, où il était présenté comme le favori de la course, RUFFINI, vainqueur en 4h53’10s7, et FURLAN, troisième en 4h54’30s8, l’avaient, en compagnie d’Alex MEYER, USA, 2e en 4h53’15s1, éjecté du podium.

Il y a deux ans, REYMOND, qui inaugurait son titre européen, arraché en 2014 à Berlin, s’était montré très ambitieux, et avait finalement cédé, partiellement en face d’une stratégie de groupe italienne, où RUFFINI, hyper-résistant, menait la danse, et FURLAN, plus capable de changer de vitesse, attendait de sortir comme un diable de sa boîte. Deux ans plus tard, les Italiens intervertissent leurs places, et ils n’ont droit qu’à une médaille, à Budapest. FURLAN, accélérations ou pas, ne put revenir totalement sur REYMOND, qui, trois saisons après l’or européen, complétait sa panoplie de super-marathonien des eaux. Champion du monde !

25 KM, UN PEU LONG POUR MULLER : CUNHA DEVANCE VAN ROUWENDAAL

Aurélie MULLER était au départ des 25 kilomètres dames, une course qu’elle trouve longue (on se demande où elle a pu chercher ça). Cela ne l’empêcha pas de se mêler à la bagarre, et de passer presque toutes les bouées jusqu’aux 18 kilomètres première ou dans le peloton de tête. Peu après, cependant, l’épreuve sortait de son registre physiologique : elle ne parvenait plus à tenir le rythme et perdait le wagon de tête, tandis que sa compagne d’entraînement, Sharon VAN ROUWENDAAL, autre élève de Philippe LUCAS, décidément LE coach mondial de Budapest, appuyait. La championne olympique de Rio, qui avait été sujette à une mononucléose en mars dernier – et qui nourrissait sans doute quelque revanche contre MULLER, qu’elle avait accusée de lui avoir coupé la route d’une médaille sur 5 kilomètres –, était rejointe par la Brésilienne Anna Marcela CUNHA, terreur des marathons nautiques, et à deux mille cents mètres du but, décida de la soumettre à une attaque en règle. En un peu plus de cinq cents mètres, Sharon infligea un déficit d’une douzaine de mètres à CUNHA, qu’elle parvint à maintenir jusqu’au passage de la bouée, et on put croire que la Néerlandaise l’emportait quand CUNHA lança une ultime attaque, parvint à la déborder, et empocha son 3e titre mondial. Derrière ? Deux autres Italiennes, Ariana BRIDI, devant une vieille gloire, Martina GRIMALDI… Les Italiens n’ont pas beaucoup gagné, mais ils ont beaucoup été là. 

BUDAPEST, EAU LIBRE, OLIVIER ET MULLER NE QUITTENT PLUS LE PODIUM

Eric LAHMY

21 Juillet 2017

La débauche organisée de titres mondiaux joués dans chaque discipline de la natation fait qu’à Budapest, tout le monde ne cesse de repasser dans le champ de course, de se réaligner dans des départs et de disputer toujours plus de courses pour récupérer une autre médaille qui traîne. La multiplication des breloques distribuées finit quand même par les galvauder dans ce qui apparait comme un tableau surchargé.

Cette particularité a du bon : les Français en font l’expérience, qui, de par leur présence dans l’eau libre, ont, en collaboration avec nos plongeurs, amassé un joli pécule de breloques et d’ores et déjà sauvé la prestation d’ensemble de l’équipe de France à Budapest. Nos fondeurs, qui faisaient jusqu’ici un peu marginaux de l’entracte, sont désormais au centre des attentions.

C’est toujours délicat de mettre le doigt sur les travers d’un système au moment où celui-ci crée autant d’euphorie chez les nageurs français d’eau libre, qui sont quand même, sans doute, nos représentants les plus méritants, les plus exemplaires (si jamais la valeur d’exemple garde ses vertus dans ce monde).

Si les Jeux olympiques s’étaient déroulés à Budapest cette année, on aurait eu droit à de l’or pour Aurélie Muller et du bronze pour Marc-Antoine Olivier. Or nous voici, après deux médailles pour Aurélie (or du 10.000 et argent du 5km), deux autres pour Marc-Antoine Olivier (or du 5000 et bronze du 10km), devant un nouvel afflux de métal précieux dans cette course née de l’imagination sans faille des concepteurs FINA, le relais 5 kilomètres mixte (quatre fois 1km25). Formée, dans l’ordre, d’Océane Cassignol, 14’28s20, Logan Fontaine (13’21s40), Aurélie Muller (14’7s20) et Marc-Antoine Olivier (12’8s70), 54’5s5. L’équipe de France dut combattre tout du long pour maîtriser la formation américaine. Ils avaient mis un homme au départ, Brendan Casey devança nettement Cassignol, avec un parcours avalé en 14’0s30. Mais derrière, Ashley Twitchell, 14’6s50, toute fraîche championne du monde des 5 kilomètres devant Muller, titre remporté la veille, fut remontée et surpassée par Logan Fontaine. Ce second relais fut le tournant du match, car les Américains ne purent pas revenir. L’avance US de trente secondes s’était muée en un retard de dix-sept secondes.

Haley Anderson,5e des 5km le 19 juillet et, pour l’ensemble de son œuvre sans doute la meilleure nageuse de 5 km au monde, avait en face d’elle la meilleure nageuse de 10.000 mètres de la planète, et elle ne put reprendre plus d’une seconde et demie à une Aurélie Muller qui ne s’en laissait pas conter, et laissa une lourde tâche à son compatriote Jordan Willimovsky, second du 10.000 mètres devant Olivier, qui était de rattraper celui-ci ! La tâche s’avéra largement au-dessus de ses forces, et ses 12’5s50 ne lui firent reprendre que trois secondes au Français. Trois nageurs de Philippe Lucas, un nageur d’Eric Boissière, portaient donc à cinq le capital médailles, à trois le capital médailles d’or des Français.

Les Américains furent suivis tout du long par l’équipe italienne, qui avait pris l’option de faire nager d’abord ses filles. Rachele Bruni, 14’32s70, et Julia Gabbrielleschi, 14’14s80, étaient treizièmes de la compétition après leurs deux parcours, et laissèrent aux garçons le soin de récupérer la grosse minute de handicap qu’elles accumulèrent sur la France après des parcours cependant méritoires. Federico Vannelli, 13’23s, reprit dix places, et Mario Sanzullo, 12’20s50, eut beau s’activer, il resta en troisième position.

Voilà tout ce que je n’aime pas dans ce type de relais : les filles apparaissent à tort, mais apparaissent fatalement quand même comme des handicaps dans l’équipe dont les « messieurs » sont les héros. Les nanas qui taillent en pièce les mecs, c’est bon pour Hunter Games ou Wonder Woman, c’est même jouissif d’une certaine façon à regarder, mais bon, sortis de la fiction, dans la réalité terrestre ou aquatique, il en va différemment, et même Katie Ledecky n’y arriverait pas. C’est dire.

Derrière les équipes médaillées, on trouve tout ce qui étincelle en eau libre en-dehors des Pays-Bas. Malgré leurs deux champions olympiques, Ferry Weertman, et Sharon Van Rouwendaal, et l’excellent Marcel Schouten (plutôt nageur de 25km), ils ne sont pas parvenus à engager une équipe, faute d’une deuxième fille. Finissaient donc dans l’ordre, 4. Australie, 54’42s9 ; 5. Grande-Bretagne, 54’51s1 ; 6. Brésil, 55’19s6 ; 7. Hongrie, 55’23s7 ; 8. Allemagne, 55’41s8.

Pour en revenir à l’équipe de France, elle s’est constituée autour du constat intelligent de quelques entraîneurs qui pensaient qu’il y avait de l’or à prendre dans la pratique hors piscine. Ce qui était un calcul opportuniste est devenu une opération gagnante. On dit aussi que les victoires sont plus faciles en eau libre que dans les courses en bassin. C’est possible. Mais cette « facilité » nait aussi, de manière contradictoire, de la difficulté de l’eau libre, née de la confluence d’un grand nombre d’incommodités, longueur de l’effort, distances énormes parcourues, difficultés de l’entraînement et de la compétition, températures variables de l’air et de l’eau.

Plus facile de trouver des postulants sur 50 mètres brasse coulée, n’est-il pas vrai ?

MONDIAUX 2017. MULLER, OLIVIER, FERS DE LANCE DE L’ÉQUIPE LUCAS

Éric LAHMY

Mardi 18 Juillet 2017

Trois courses, trois podiums pour la France, pas si mal, l’eau libre, n’est-ce pas ? Stéphane Lecat avait demandé à ses nageurs de l’audace, il n’a pas été déçu, parce que dans l’ensemble, ça s’est porté à l’avant des épreuves, et ça n’a pas attendu pour se mêler à la bagarre.

Bien entendu, Aurélie Muller emporte l’adhésion. Il y a deux ans, elle était venue à Kazan pour gagner. A Rio, elle a été salement déçue après son embrouillamini avec l’Italienne Rachele Bruni qui lui a valu une disqualification en lieu et place d’une médaille.

A Budapest, le 16, elle a évité le piège qui menace le champion installé, celui qui consiste à nager, non plus pour vaincre, en conquérante, mais pour ne pas être battue. Un distinguo qui n’a l’air de rien, entre ces deux attitudes, mais qui fait toute la différence. Se trouver en tête, sur dix kilomètres, pratiquement du début à la fin, et trouver les ressources pour contrer toute attaque (notamment celle, aux trois quarts de l’épreuve, de l’Italienne Arianna Bridi), scier une à une les provocatrices (Bridi, mais aussi Bruni), et finalement l’emporter avec quatre secondes, sans nul besoin de photo-finish, voilà qui vous donne une idée de chef d’œuvre.  

Derrière elle, Samantha Michelle Arevalo Salinas, une Equatorienne de 23 ans toute étonnée d’arracher l’argent devant une pléthore de nageuses de haute volée: Cunha, la Brésilienne, double championne du monde sur 25 kilomètres en 2011 et en 2015, qui retrouve d’ailleurs à Budapest la place qu’elle occupait en 2015 à Kazan, derrière Muller et Sharon Van Rouwendaal.

Ici, elle se bronze, Cunha, ex-aequo avec Bridi, laquelle, après s’être entraînée des années en compagnie de Grimaldi, a rejoint Bruni… et lui est passée devant… On n’est jamais trahi que par les siens.

Bruni qui devance de dix secondes l’Américaine Haley Anderson, autre étoile du marathon nautique, tendance 5 kilomètres. Peut-être la plus grosse déception frappe-t-elle Sharon Van Rouwendaal, qui s’est maintenue pendant près des trois quarts de la course en deuxième position, à quelques mètres de Muller, avant de subir un gros coup de pompe, lequel va lui coûter quinze places. La championne olympique va se voir passée par tout ce qui nage un peu vite à ces mondiaux, tandis qu’Océane Cassignol, deuxième Française, passée 22e à la première bouée, tente un retour en tête qui l’amènera en huitième position à la fin du deuxième tiers de course, mais se fera doubler par pas mal de monde et se retrouvera… 22e, comme au départ, ce qui n’apparait pas cher payé, après tous ces efforts.

Aurélie Muller a raconté (dans le Républicain Lorrain) qu’elle était arrivée décontractée, sans trop savoir ce qu’elle voulait. Philippe Lucas, son coach, lui avait donné pour mission de gagner, et lui avait donné quelques repères stratégiques. Mais Aurélie n’en a pas trop tenu compte, non par esprit de contradiction, mais parce que se sentant bien dans l’eau, à l’aise dans son rythme, elle est passée devant et s’y est maintenue : « je menais la course donc j’étais en confiance, mais je savais que les filles allaient accélérer aux 5 km, 7 km… Je sentais les accélérations derrière mais j’ai essayé d’être en contrôle et de garder un peu de jus pour la fin. Ça a vraiment fonctionné. » Quelquefois, il suffit de savoir s’écouter et de ne pas craindre d’improviser. 

Comme en outre, Marc-Antoine Olivier gagne les 5 kilomètres messieurs, et que ce sont les deux premières courses nagées à Budapest, cela fait deux titres aux Français pour deux courses, et l’on se dit que, d’ores et déjà, la bande à Stéphane Lecat a sauvé l’honneur de l’équipe de France. On l’espérait un peu, mais entre espérer et entreprendre, puis entre entreprendre et réussir, il y a des étapes assez compliquées.

On trouve aussi, une nouvelle fois, aux commandes de la réussite, Philippe Lucas, et le site Swim Swam, sous la signature d’Anne Lepesant, lui rend un hommage justifié et mérité, qu’elle intitule « la réémergence de Philippe Lucas ». Je dirais cependant que Philippe ne m’a jamais paru tellement immergé, si ce n’est un peu avant que Federica Pellegrini ne le rejoigne, en 2011, et que depuis ces cinq ans et demi, je le trouve particulièrement haut sur l’eau ! Quand un homme a passé les quarante dernières années de sa vie à se lever à cinq heures du matin pour entraîner ses équipes, sans trêve ni repos, je me dis aussi que cette ligne haute de flottaison qu’arbore Philippe Lucas n’est pas volée !!

Marc-Antoine Olivier, qui a gagné haut la main le 5 kilomètres, a ensuite réussi à enlever le bronze sur la distance olympique, les 10 kilomètres, retrouvant sa place des Jeux olympiques de Rio. Il n’a rien pu faire face au monstre de l’épreuve, le Hollandais Ferry Weertman, et à l’Américain Jordan Willimovsky, qui avaient passé la première partie de la course à somnoler dans les profondeurs du classement, entre la 20e et la 50e place, mais dont les réveils furent terribles… Comme chez les filles, on peut noter, d’une année sur l’autre une certaine ressemblance entre les podiums. Weertman et Olivier retrouvent leurs places de Rio, tandis que Willimovsky, 5e à Rio, passe 3e. Le Grec Giannotis, médaillé d’argent à Rio, a dû prendre sa retraite. A 37 ans, nul ne le lui reprochera ! 

DROITS D’ENGAGEMENTS ET DE TRANSFERT, PÉNALITÉS : SEZIONALE PART À L’ASSAUT DES ABUS LUYCIFÉRIENS

Éric LAHMY

Samedi 8 Juillet 2017

Sous la présidence de la Fédération française de natation qui s’est achevée, après 24 ans, le 2 mai dernier, beaucoup de règlements fédéraux en étaient venus à s’apparenter dans certains cas à des abus, quand ce n’est pas des rackets purs et simples, que s’autorisait la Fédé de Francis Luyce sur les clubs promus au rang de vaches à lait. Si l’on regardait cela distraitement et d’assez loin, cela pouvait n’avoir pas trop l’air choquant d’un impôt fédéral, mais si on approchait et détaillait d’assez près…

…La gouvernance née des dernières élections des 1er et 2 mai avait promis de s’attaquer à ces pratiques qui s’apparentaient à rançonner les clubs. Elle le fait. C’est une bonne nouvelle, à plus d’un titre. Primo, le nouveau président, Gilles Sezionale montre là qu’il tient ses engagements de campagne. Que le président n’ait qu’une parole, et que cette parole correspond à ses actes, voilà qui fait du bien ! Son parler vrai change des baratins fumeux de son prédécesseur.

Ensuite, la nouvelle équipe tourne résolument le dos à toute une politique bravement confiscatoire – dont la tendance ne cessait d’ailleurs de s’aggraver – qui était devenue l’alpha et l’oméga d’un quart de siècle luyciférien…

Passons en revue ces remises en cause, qui feront l’objet, innovation, d’un prochain vote électronique des membres de l’Assemblée générale…

1). Parmi les excès en tous genres, on pouvait lire, dans un texte voté les 31 mars et 1er avril 2017 que les tarifs de droits d’engagement individuels passaient à 9,50€ et ceux des relais, équipes et ballets à 12€. Gilles Sezionale et son équipe proposent de revenir aux tarifs précédents, 9 et 11€.

2). « Tout engagement confirmé sur Extra Nat et non réglé pendant la période d’engagement sera pris en compte, mais sera soumis à une pénalité forfaitaire de 50€ » prévoyaient les mêmes règlements. On propose maintenant d’aménager le texte, et « pour offrir plus de souplesse, il est proposé un allongement du délai de paiement des engagements », explique-t-on, et le nouveau texte qu’on soumet à l’assemblée générale prévoit : « le paiement des engagements  est accepté uniquement par carte bleue jusqu’à quinze jours après la fin de la compétition. Passé ce délai, une indemnité forfaitaire de 50€ sera appliquée. En cas de non paiement, le club ne pourra pas engager ses nageurs à la prochaine compétition. »

3). « Les engagements payés par chèques seront soumis à une pénalité forfaitaire de 50€ » lit-on dans les règlements actuels. Cette disposition est conservée, mais avec l’aménagement et l’explication qui suivent : « un prestataire va être présenté à l’ensemble des clubs afin de souscrire à des cartes bancaires à des tarifs préférentiels. Par ailleurs, les paiements par virement sont sujets à confusion/erreur et donc à perte de temps pour tous. »

4).« À titre exceptionnel, les engagements déposés après la fermeture de la procédure ExtraNat seront enregistrés pendant la réunion technique, et seront facturés à 90,00 € pour une épreuve individuelle, 110,00 € pour une épreuve de relais, » lit-on dans le texte actuel. La proposition de la Fédération prend note du caractère « exagéré » du tarif appliqué, « et comptant sur le civisme de chacun, les montants proposés sont fortement revus à la baisse. Le texte aménagé se lira désormais ainsi : « À titre exceptionnel, les engagements déposés après la fermeture de la procédure ExtraNat seront enregistrés pendant la réunion technique, et seront facturés à 18 € pour une épreuve individuelle, 22 € pour une épreuve de relais. » Ce qui n’est pas rien, puisqu’il s’agit d’un doublement du tarif. Beaucoup mieux qu’une multiplication par dix, appliquée auparavant !

5). La précédente gouvernance avait entériné une hausse des droits d’engagement en water-polo et une hausse des droits de transferts, dont la moitié revenaient à la Fédération et un quart au Comité régional, spoliant aisi le club quitté du fruit de son travail. Les nouvelles règles proposées prévoient un retour aux tarifs de la saison passée, « à l’exception du Championnat de France Interclubs U17 garçons division Honneur qui passe de 3000€ à 1500€. » Pour ce qui est des droits de transfert, on propose au retour aux tarifs de l’année dernière, et « pour les transferts des athlètes en liste élite, 100% des droits seront reversés au club quitté. »

12 CANDIDATS AU POSTE DE D.T.N., DONT JULIEN ISSOULIÉ ET ROMAIN BARNIER EN LICE

Éric LAHMY

Vendredi 7 Juillet 2017

Aux candidats déjà connus à la succession de Jacques FAVRE au poste de Directeur Technique National de la natation française – Laurent GUIVARC’H, actuel intérimaire, Séverine ROSSET, Romain BARNIER, Jacques FAVRE, Richard MARTINEZ, Philippe DUMOULIN, la prolongation de l’appel à candidatures jusqu’au 30 Juin a permis à d’autres candidatures de s’ajouter : il s’agit de Marie-Laure ÉTIENNE, qui avait candidaté en 2014 et avait été retenue dans la short-liste finale proposée par le Ministère (d’aucuns la considéraient même pour la mieux placée en raison de ses compétences professionnelles) avant de se désister pour prendre un poste à la Direction régionale de Picardie. De Julien ISSOULIÉ, actuel directeur du water-polo et l’un des responsables de la bonne prestation des Sept français et de leur qualification olympique. S’ajoutent aussi deux directeurs technique nationaux sur le départ dans leur sport, Grégory SAINT-GENIÈS (ski nautique) et Kevin RABAUD (boxe), lequel a connu une réussite exceptionnelle aux Jeux olympiques de Rio avec deux médailles d’or, deux d’argent et deux de bronze.

S’ajoutent à cette liste un fonctionnaire à la convention d’objectifs et un agent territorial de la région parisienne dont l’identité ne nous est pas connue.

Julien ISSOULIÈ, 39 ans, qui s’apprête à rejoindre Budapest où le water-polo français présente ses équipes masculine et féminine aux championnats du monde, a été auditionné ce matin vendredi. Il explique sa candidature tardive par le fait que dans un premier temps, il pensait que GUIVARC’H serait nommé, et donc n’entendait pas se présenter contre lui. « Quand j’ai vu qu’on relançait les candidatures, sachant ce que j’avais vu et vécu à la Fédération, j’ai décidé de me présenter. »

HOSSZU: FINA, FAIS GAFFE, VOICI LE GAPS

Mercredi 5 Juillet 2017

Ce mardi 4 juillet, Katinka HOSSZU a annoncé la formation de la GAPS (Global Association of Professional Swimmers – Association mondiale des nageurs professionnels), « dont les membres représentent déjà les cinq continents », écrit-elle. « Nous cherchons à réunir plus de membres et à les écouter. »
Selon Hosszu ce groupement qui réunit entre autres quatorze champions olympiques devra représenter les intérêts des nageurs professionnels, avoir une vue claire sur les événements actuels de la natation et influencer le développement à venir du sport. « Nous attendons que les responsables de la FINA nous donnent un siège à leur table. Que les nageurs soient traités comme partenaires égaux. Qu’ils commenceront à parler avec nous. Qu’ils entendront la voix des nageurs professionnels. Nous avons notre mot à dire dans toutes décisions importantes sur l’avenir de notre sport. »
Ce groupement, qu’ont déjà rejoint les Français Camille LACOURT et Anna SANTAMANS et la plus Française des Néerlandaises, Sharon VAN ROUWENDAAL, à côté de stars de la dimension du Japonais Kosuke HAGINO, des sœurs CAMPBELL, de Sarah SJÖSTRÖM ou de Ranomi KROMOWIDJOJO, peut être rejoint sur https://swimmingprofessionals.org/.
En l’état actuel, sont membres de l’association : Jessica ASHWOOD (Australie), Bronte et Cate CAMPBELL (Australie), Madison WILSON (Australie), Pieter TIMMERS (Belgique), Bruno FRATUS (Brésil), Hilary CALDWELL (Canada), Pernilla BLUME (Danemark), Jeanette OTTESEN (Danemark), Rikke PEDERSEN (Danemark), Camille LACOURT (France), Anna SANTAMANS (France), Marco KOCH (Allemagne), James GUY (Grande-Bretagne), Adam PEATY (Grande-Bretagne), Katinka HOSSZU (Hongrie), Luca DOTTO (Italie), Kosuke HAGINO (Japon), Femke HEEMSKERK (Pays-Bas), Ranomi KROMOWIDJOJO (Pays-Bas, Kira TOUSSAINT (Pays-Bas), Sharon VAN ROUWENDAAL (Pays-Bas), Ferry WEERTMAN (Pays-Bas), Michelle COLEMAN (Suède), Jennie JOHANSSON (Suède), Sarah SJÖSTRÖM (Suède), Cameron VAN DER BURGH (Afrique du Sud), Conor DWYER (USA), Katie MEILI (USA), Lia NEAL (USA).
Pour l’instant, HOSSZU parait être le fer de lance et le porte-parole de l’association, et le prétexte à cette création se situe dans les nouveaux règlements de la Coupe du monde FINA, lesquels affectent directement l’autoproclamée Dame de Fer en limitant les engagements individuels à quatre par réunion. HOSSZU, qui s’était fait une spécialité de s’engager partout, s’est sentie visée par ce point de règlement.
Du point de vue de la FINA, qui a prévu également d’augmenter les primes à hauteur de 3.400€ par course pour un total général de l’ordre d’un million huit cent mille euros, de limiter à 25 le nombre de courses disputées par meeting et de permettre aux médaillés olympique et mondiaux d’entrer directement dans les finales, ces changements ont pour but d’attirer plus de grands nageurs et d’augmenter la diffusion et la visibilité de la compétition. HOSSZU a précédemment critiqué l’ensemble de ces règlements qu’elle a jugé, non sans raisons « ridicules ». La limitation aux engagements l’a particulièrement agacée (à juste titre, on l’a appelé règlement anti-Hosszu).
Katinka s’est particulièrement satisfaite de la réaction des nageurs et de la rapidité avec laquelle ils se sont réunis : « tout comme je le pensais, plusieurs d’entre nous sont dans la même situation, très au fait des problèmes de la natation d’aujourd’hui. Nous avons les mêmes façons de penser pour ce qui concerne les solutions. » Eric LAHMY

TRIALS U.S. À INDIANAPOLIS (4) SPÉCIALITÉS DAMES : LILLY LA TIGRESSE TRIPLE EN BRASSE ET PRÉPARE SA GUERRE CONTRE EFIMOVA. KATHLEEN BAKER EN DOS MAJEUR

Éric LAHMY

Dimanche 2 juillet 2017

50 dos (29 juin) : 1. Hannah STEVENS, 27s63 ; 2. Kathleen BAKER, 27s69; 3 Ali DE LOOF, 27s89 (en série, 27s82); 4. Courtney CALDWELL, 28s16; 5. Amy BILQUIST, 28s25; 6. Grace ARIOLA, 28s43. Finale B: Haley HYNES, 28s50. En série, Caroline BALDWIN, 28s51.

***« Tigresse » (au regard de biche) du Missouri, où elle étudie pour devenir instit et nage les courses de vitesse en crawl et en dos sous la férule de Greg RHODENBAUGH, ancien nageur de l’équipe US, coach depuis trente ans et père de huit ans (un gars qui ne perd pas de temps), Hannah STEVENS, de Lexington, Ohio, obtient son ticket pour Budapest. 3e du 100 dos, où elle a été devancée par Kathleen BAKER et Olivia SMOLIGA, elle s’impose sur la longueur de bassin. Jusqu’ici, c’est la fille toujours placée jamais vainqueur des grosses compétitions (5e des trials olympiques pour Rio en 2016). Mais l’essentiel de sa carrière se passe en petit bassin et cette fille dotée d’une nage longue est désavantagée dans les virages, face aux artistes de la culbute : une course sans aucun virage lui convient parfaitement.

 100 dos (30 juin) : 1. Kathleen BAKER, 58s57 ; 2. Olivia SMOLIGA, 59s17; 3. Hannah STEVENS, 59s74; 4. Ali DE LOOF, 59s77; 5. Regan SMITH, 59s85 (en série, 59s70); 6. Caroline BALDWIN, 1’0s37 (en série, 1’0s34); 7. Bridgette ALEXANDER, 1’0s64 (en série, 1’0s50); 8. Claire ADAMS, 1’0s67 (en série, 1’0s42). Finale B: 1. Elise HAAN, 1’0s02; 2. Lisa BRATTON, 1’0s53; 3. Grace ARIOLA, 1’0s66; 4. Amy BILQUIST, 1’0s79 (en série, 1’0s63); 5. Kylie STEWART, 1’0s80 (en série, 1’0s69); 6. Lucie NORDMANN, 1’1s01 (en série, 1’0s87); 7. Allie HOWE, 1’1s16 (en série, 1’1s01); 8. Asia SEIDT, 1’1s20 (en série, 1’0s77). Finale C: 1. Alex WALSH, 1’1s10.

***BAKER est une nageuse de gabarit moyen, 1,73m, mais très talentueuse. Affectée d’une maladie de Crohn depuis 2010 (elle a alors treize ans), elle n’en réussit pas une carrière épatante, a nagé aux PanPacifics 2014, aux mondiaux de Kazan 2015, et a enlevé la médaille d’argent du 100 dos des Jeux olympiques derrière Katinka Hosszu, à Rio, cassant à l’occasion pour la première fois les 59 secondes avec 58s75. La voilà qui fait encore mieux. Si les jeux vidéo (son deuxième talent) ne nuisent pas à ses perfs, elle devrait chercher noise aux Emily SEEBHOM, Katinka HOSSZU, FU Yanhui et autres Kylie MASSE.

Avec cette victoire, BAKER, déjà 2e du 50 dos et gagnante du 200 dos, s’assure le pleine emploi aux mondiaux de Budapest.

200 dos (28 juin): 1. Kathleen BAKER, 2’6s38; 2. Regan SMITH, 2’8s55; 3. Asia SEIDT, 2’8s99; 4. Bridgette ALEXANDER, 2’10s10 (en série, 2’9s44). Finale B: 1. Lucie NORDMANN, 2’10s35; 2. Alex WALSH, 2’10s71; 3. Tevyn WADDELL, 2’10s86. En série, Lisa BRATTON, 2’9s85; Asia SEIDT, 2’9s95; Hali FLICKINGER, 2’10s21; Kylie STEWART, 2’10s34; Alex SUMNER, 2’10s36; Melissa POSTOLL, 2’10s62.

***Voici BAKER numéro une mondiale, et donc l’une des concurrentes majeures pour le titre à Budapest. L’an passé, elle s’exhibait au 25e rang de la distance avec 2’9s36, autant dire qu’elle n’existait pas au niveau olympique. C’est fou ce que trois secondes de mieux peuvent changer la vie. L’an dernier, seule Maya DI RADO, 2’5s99, et Katinka HOSSZU, 2’6s03, ont nagé plus vite sur la distance.

 50 brasse (29 juin) : 1. Lilly KING, 29s66 (record US et Américain; ancien, Jessica HARDY, 7 août 2009, 29s80); 2. Katie MEILI, 30s11; 3. Molly HANNIS, 30s24; 4. Nathalie PIERCE, 30s89; 5. Jorie CANETA, 30s99 (en séries, 30s85); 6. Andrea COTTRELL, 31s06; 7. Katharine ROSS, 31s10. Finale B: 1. Emily WEISS, 31s11.

***Ses succès olympiques n’ont pas ôté son agressivité à Lilly KING, qui passe, avec son nouveau record US, Julia EFIMOVA (et ses 29s88), la Russe qu’elle avait assez copieusement insulté l’an passé et juré qu’elle ne passerait pas devant elle. Les deux sont les seules, cette saison, sous les 30 secondes, et leur présence à Budapest devrait préluder à des nouveaux crêpages de chignon. En attendant la grande Russe, KING s’est fait la main sur sa petite compatriote Katie MEILI !

100 brasse (30 juin): 1. Lilly KING, 1’4s95; 2. Katie MEILI, 1’5s51; 3. Bethany GALAT, 1’6s72; 4. Molly HANNIS, 1’7s11; 5. Breeja LARSON, 1’7s61; 6. Andrea COTTRELL, 1’7s77; 7. Miranda TUCKER, 1’7s88. Finale B: 1. Melanie MARGALIS, 1’7s87.

***Lilly la tigresse frappe encore; Katie MEILI croyait pouvoir inquiéter la championne olympique, et elle a tout fait pour la surprendre. Sauf que miss KING partait comme si elle avait le feu et la devançait déjà nettement au mur (30s15 contre 30s65). Il y avait bien huit nageurs dans la baille, mais la course était entre ses deux, Molly HANNIS, qui virait en 31s22, 3e, était déjà un peu larguée. Meili eut beau se battre dans son retour, elle ne put que maintenir la brèche. KING conservait son avance.

200 brasse (28 juin): 1. Lilly KING, 2’21s81; 2. Bethany GALAT, 2’22s24; 3. Miranda TUCKER, 2’25s82; 4. Kayla BRUMBAUM, 2’25s85; 5. Vanessa PEARL, 2’25s97; 6. Vanessa COTTRELL, 2’26s50; 7. Katie MEILI, 2’26s71.

***Cela devait être un duel, comme dans l’Ouest mythique, Gary Cooper versus Burt Lancaster à la fin de Vera Cruz. Version féminisée dans l’air du temps, Lilly KING face à Katie MEILIE. C’est leur première rencontre en brasse à ces trials d’Indianapolis… Mais au bout, elle évoquera moins le western classique que les éternels affrontements de Coyote contre Road Runner. MEILI doit croire en ses chances. Le 5 mai dernier, n’a-t-elle pas atomisé, façon de dire, KING, à Atlanta, sur la distance, en 2’23s18 contre 2’25s90 ? Mais ici, ce n’est pas la même KING, qui part comme un tambour… Les cent premiers mètres, MEILI tente bien de s’accrocher, ou au moins d’assurer la deuxième place qualificative pour Budapest… KING mène à son allure, 1’8s18 au virage, MEILI est alors nette deuxième, 1’8s82 devant Bethany GALAT comme scotchée en troisième position. Mais tout à coup, le fameux Grand Piano venu de nulle part pour aplatir Coyote se met à dégringoler du ciel, et MEILI a l’air de le réceptionner de plein fouet. En moins d’une minute, elle passe de la 2e à la 7e place, perd dans la dernière longueur plus de cinq mètres sur KING. GALAT était, dans un passé proche, cette fille d’Indiana qui battait la petite Lilly à chaque course avant d’aller nager en université à Texas A&M. Entre-temps, KING a gagné des biceps, mais à la différence de 2016 où elle manqua l’équipe olympique, voici GALAT en route vers les mondiaux.

 50 papillon (28 juin) : 1. Kelsi WORRELL, 25s69.

***Une des rares épreuves « médiocres », au niveau des temps réalisés. Médiocrité à laquelle échappe, certes, Kelsi WORRELL, laquelle, maintenant, va se trouver à l’épreuve de Sarah SJÖSTRÖM et de ses 24s96, cette année, si ce n’est de ses 24s43 (en 2014) sur la distance. Ça risque d’être une autre paire de manches !

 100 papillon (29 juin) : 1. Kelsi WORRELL, 57s38 ; 2. Sarah GIBSON, 57s96; 3. Mallory COMERFORD, 57s97; 4. Amanda KENDALL, 58s32; 5. Helen MOFFITT, 58s40 (en séries, 58s24); 6. Katie McLAUGHLIN, 58s49. En séries, Sarah GIBSON, 58s41.

***Kelsi WORRELL, qui domine assez largement l’épreuve aux USA depuis que Dana VOLLMER a décidé de faire un deuxième enfant, n’est que 7e au monde. Avec ce qu’ont fait cette saison Sarah SJÖSTRÖM, 55s76, pas loin des 55s48 de son record du monde et olympique, et Rikako IKEE, 56s89, on a l’impression que la course, à Budapest, sera pour la 3e place. WORRELL se situe dans un « paquet » de nageuses que séparent trois dixièmes de seconde et qui pourront se disputer le bronze. Mais notre favorite pour le troisième métal reste Emma McKEON.

 200 papillon (27 juin): 1. Hali FLICKINGER, 2’7s60; 2. Dakota LUTHER, 2’8s71.

***Une course où s’opère une forte redistribution des cartes, et où pointent en haut une Allemande de l’Ouest, Franziska HENTKE, 2’6s18, et une jeune Japonaise, Suzuka HASEGAWA, 2’6s29. Suivent une dizaine de filles que ne sépare qu’une seconde, dont FLICKINGER, 10e mondiale 2017 avec ses 2’7s60. FLICKINGER (également très forte dossiste, 2’10s56 à l’Arena s’Atlanta, 2’10s21 ici en séries à Indianapolis) avait fini 7e du 200 papillon aux Jeux de Rio.

2e et qualifiée pour Budapest, Dakota LUTHER est la fille de Whitney HEDGEPETH, une triple médaillée olympique (en 1996, argent du 100 et du 200 dos derrière respectivement Beth Besford et Krisztina Egerszegi, or du relais quatre nages dont elle nage les séries). Devenue coach des Longhorn Aquatics et, en 2013, élevée au rang d’entraîneur de l’année des masters des Etats-Unis, HEDGEPETH n’en tente pas moins d’écarter son aînée de la natation en la mettant dans tous les autres sports (« Elle me remerciera de lui avoir évité ce pensum qu’est nager », professait-elle, elle qui savait de quoi il retournait). En vain, l’atavisme aquatique parle ; à dix-sept ans, coachée par Brendan HANSEN, un nageur de brasse mythique, sextuple médaillé olympique, Dakota arrive vite. Elle effectue un grand bond en avant, de 17e des trials olympiques l’an passé à 2e à l’Indianapolis Natatorium. « J’ai cru en mes chances quand j’ai su que Cammile ADAMS ne nagerait pas », a-t-elle confié à Karen CROUSE, petite nageuse devenue grande journaliste du New York Times, à qui j’emprunte ces détails. L’an prochain, elle (Dakota, pas Karen) nagera avec l’Université de Georgie.

200 4 nages (1erjuillet): 1. Melanie MARGALIS, 2’9s57; 2. Madisyn COX, 2’9s69; 3. Ella EASTIN, 2’10s89; 4. Alex WALSH, 2’12s36; 5. Bethany GALAT, 2’12s66. Finale B: Katie DRABOT, 2’12s82.

***MARGALIS, à 25 ans sonnés, n’est pas une néophyte, championne du monde universitaire à Kazan en 2013, championne olympique du relais quatre fois 200 mètres en 2016 à Rio où elle a également fini 4e du 200 quatre nages. Bref, elle était sinon la, du moins l’une des favorites de l’épreuve. Ce qui lui fait regretter le temps où elle était l’ « underdog », l’outsider, celle qu’on ne voyait pas arriver. Qu’elle ne s’inquiète pas, avec Katinka HOSSZU, Sidney PICKREM et Yui OHHASHI dans le bassin, elle va retrouver à Budapest son rôle préféré… Madisyn COX, également qualifiée, est une « revenante » de 22 ans, battue dans toutes ses courses des trials olympiques, et notamment sur 200 quatre nages où, 2e aux 150, elle se retrouva 4e à l’arrivée. COX espère toujours faire un jour sa médecine, mais a rempilé, objectif Tokyo Olympiades 2020… Passion natation!

400 4 nages (29 juin): 1. Leah SMITH, 4’33s86; 2. Elizabeth BEISEL, 4’38s55; 3. Brooke FORDE, 4’39s19; 4. Ally McHUGH, 4’40s25; 5. Madisyn COX, 4’40s39. Finale B: 1. Allie SZEKELY, 4’40s87 ; 2. Emma BARKSDALE, 4’42s04. En séries, Ella EASTIN, 4’40s56 ; Brooke ZEIGER, 4’43s09.

Passages de SMITH : 1’3s79 ; 2’12s21 (1’8s42) ; 3’32s30 (1’20s09); 4’33s86 (1’1s56).

***Bethany GALAT et Ella EASTIN disqualifiées pour avoir joué les malignes et utilisé le virage de LOCHTE, admis en dos et interdit en quatre nages, où l’on sanctionne le fait de « nager plus du quart de la course en dos ». Cette double sanction réintègre la « vieille » Elisabeth BEISEL dans l’équipe US, auprès de Leah SMITH, qui est la surprise du jour. Dramatique pour EASTIN, qui avait touché deuxième à l’arrivée, en 4’36s96, battu son record personnel de deux secondes, et que tout le monde voyait donc qualifiée pour Budapest, ce qui eut constitué son premier déplacement dans la « grande » équipe US aux mondiaux – moins grave pour GALAT qui ne serait pas passée et s’était d’ailleurs qualifiée dans le 200 brasse.

Cette disqualification a fait quelque foin dans le Landerneau, je vous épargne les commentaires, sauf celui de Maya Di Rado, qui a bien résumé le problème quand elle a tweeté à ce sujet : « les règles sont les règles. Je comprends. Mais celle-ci est inégalement appliquée, réactionnaire, et une mauvaise solution pour un non-problème. »

SMITH, elle, connue pour ses démêlés récents avec une certaine Katie LEDECKY, a dû insister pour s’essayer dans les quatre nages, où même son coach ne lui accordait guère de chances, en raison de ses « carences » supposées en dos et en brasse. Coup d’essai, coup de maître. Elle a bien fait attention à ne pas trop appuyer sur les jambes en dos, et la brasse s’est passée mieux que prévu. Elle a touché avant la nage libre avec trois à cinq secondes d’avance, et, en crawl, elle a éparpillé tout le monde ! Maintenant, voyons ce que ça donnera contre HOSSZU et OHHASHI !

TRIALS US À INDIANAPOLIS (3) NAGE LIBRE DAMES : MALLORY COMERFORD (VOUS CONNAISSEZ?) SE FAIT UNE PLACE ENTRE SIMONE MANUEL ET KATIE LEDECKY

Éric LAHMY

Dimanche 2 juillet 2017

À force de créer des surprises, Mallory COMERFORD va finir par être prise au sérieux. Cet hiver, elle avait fait jeu égale, sur 200 yards, avec Katie LEDECKY. Mais sincèrement, j’avais oublié son existence. Mais la voici qui revient, comme l’assassin sur le lieu de son crime, et devance Simone MANUEL et casse par-dessus le marché les 53 secondes au 100 libre, un truc que seules SJÖSTRÖM et deux sœurs CAMPBELL ont réussi cette saison.

Et LEDECKY ? Que dire de nouveau sur elle? Rien si ce n’est qu’aux Etats-Unis tout au moins personne ne relève le défi que représente cette nageuse intimidante, puissante, qui martèle ses efforts avec une conviction terrible et à laquelle, entre 200 et 1500 mètres, rien ne résiste…

Ah ! si, quand même. Elle a décidé de ne pas nager la qualification sur 1500 mètres, estimant que son programme était suffisamment étoffé. Outre ses victoires sur les courses dont elle est la championne olympique, elle a fini 6e du 100 mètres. Elle l’a nagé moins vite que l’an dernier (54s35 contre 53s75). Au fond, c’est rassurant : après tout, Katie LEDECKY est un être humain.  

 DAMES.- 50 libre (1er  juillet): 1. Simone MANUEL, 24s27 ; 2. Abbey WEITZEIL, 24s74; 3. Lia NEAL, 24s77; 4. Kelsi WORRELL, 24s79; 5. Olivia SMOLIGA, 24s84; 6. Mallory COMERFORD, 24s93 (en séries, 24s88); 7. Madison KENNEDY, 24s95; 8. Grace ARIOLA, 25s03.

***MANUEL gagne quatre dixièmes sur son temps de l’année, ce qui lui donne une certaine crédibilité dans la longueur de bassin, sans lui assurer pourtant rang de favorite, avec la nouvelle terreur du sprint suédois, Sarah SJÖSTRÖM, bien sûr, mais aussi la championne olympique danoise Pernilla BLUME et l’ex championne olympique hollandaise Ranomi KROMOWIDJOJO dans le coup. Abbey WEITZEIL passe Lia NEAL d’un rien, pour arracher un aller-retour pour Budapest, mais à distance respectueuse ; depuis ses soucis cardiaques, qui ne l’empêchent pourtant pas de continuer à concourir, elle a un peu perdu de sa superbe…

100 libre (27 juin): 1. Mallory COMERFORD, 52s81; 2. Simone MANUEL, 53s05; 3. Lia NEAL, 53s59; 4. Kelsi WORRELL, 53s99 (en séries, 53s87); 5. Olivia SMOLIGA, 54s31; 6. Katie LEDECKY, 54s35; 7. Veronica BURCHILL, 54s92. Finale B: Courtney CALDWELL, 54s80. En série, Caroline BALDWIN, 54s91.

***Surprise avec la victoire de Mallory COMERFORD. Simone MANUEL a tant donné l’impression de dominer son sujet, autant sur 50 que sur 100m, dans les cinquante Etats, qu’on voit la co-championne olympique de Rio imbattable. Mais la jeune native de Kalamazoo, dans le Michigan, qui étudie à Louisville, a renversé l’idole. C’est une sacrée compétitrice que la petite (1,75m, c’est pas nul, mais sur la photo à côté de MANUEL ou LEDECKY, elle est un peu frêle) COMERFORD qui avait fait ex-aequo cet hiver, au 200 yards NCAA, avec Katie LEDECKY, ceci, dans une course terrible, train emmené par MANUEL. Elle avait démontré qu’elle pouvait s’accrocher au point de, qualité rare, finir une course plus vite que LEDECKY!

Ici, à Indianapolis, elle passait devant tout le monde, 25s54 contre 25s51 à MANUEL, et ne lâchait rien ensuite, revenait en 27s27 contre 27s44 à MANUEL. Lia NEAL, record personnel, et Kelsi WORRELL, complétaient un relais qui, sur le papier, SERA champion du monde.

MANUEL était un peu déconfite, après la course : « je me suis un peu trop mis la pression », avouait-elle. Difficile de trouver l’état psychologique qui convient, j’imagine, entre le trop tendu et le trop détendu ! Et jamais sûr de retrouver ses marques, la preuve, MANUEL est championne olympique. La compétition, de nos jours, est un diablement dur métier… Sauf quand on s’appelle Katie LEDECKY ?

 200 libre (28 juin) : 1. Katie LEDECKY, 1’54s84 ; 2. Leah SMITH, 1’56s63; 3. Melanie MARGALIS, 1’56s90; 4. Mallory COMERFORD, 1’56s95; 5. Simone MANUEL, 1’57s11; 6. Cierra RUNGE, 1’57s71; 7. Claire RASMUS, 1’57s92; 8. Katie DRABOT, 1’58s58. Finale B: 1. Katie McLAUGHLIN, 1’58s57; 2. Gaby DELOOF, 1’58s58; 3. Brooke FORDE, 1’58s85

***Ce que COMERFORD avait réussi sur 200 yards cet hiver – égaler LEDECKY – elle a été assez loin de le réaliser ici à Indianapolis. Sur 200 mètres, il y a dix-sept mètres douze centimètres (ou dix huit yards vingt-neuf pouces) de plus à nager et quatre virages de moins qu’en petit bassin, ce qui rend l’exercice moins favorable aux sprinteurs et autres experts des coulées. Si vous préférez, le 200 yards petit bassin est une sorte de sprint et demi, alors que le 200 mètres grand bassin n’échappe pas au demi-fond. Ça a donc été LEDECKY de bout en bout, et pas qu’un peu. Le lendemain de son triomphe sur 100, COMERFORD ne tenta rien d’excessif et je ne crois pas qu’une seule fille, en finale, n’avait les tripes de ne pas laisser partir LEDECKY.

Pourtant, Leah SMITH s’efforça de la contenir, mais sans jamais parvenir à rejoindre le niveau. Elle fut contrainte de laisser filer, de subir la fin de course de la championne olympique. Melanie MARGALIS revint bien, elle, après un départ précautionneux, mais échoua dans sa tentative de reprendre SMITH. LEDECKY est maintenant n° 1 mondiale et bien entendu favorite de Budapest. Il ne vous étonnera pas plus d’apprendre que le relais US sera très fort, quoique les Chinoises pourraient lui donner du fil à retordre.

 400 libre (30 juin) : 1. Katie LEDECKY, 3’58s44; 2. Leah SMITH, 4’3s77; 3. Sierra SCHMIDT, 4’7s92; 4. Kaersten MEITZ, 4’8s38; 5. Cierra RUNGE, 4’8s43; 6. Hannah MOORE, 4’9s55 (en séries, 4’9s30); 7. Katie DRABOT, 4’11s54. Finale B: 1. Stephanie PETERS, 4’11s39; 2. Katie McLAUGHLIN, 4’11s62. En série, Ashley NEIDIGH, 4’11s63.

***A deux secondes de son record du monde (3’56s46), LEDECKY est intouchable aux USA, et pas seulement qu’aux USA, d’ailleurs. Elle nage 57s39, 1’57s57 (1’0s18), 2’58s25 (1’0s68), 3’58s44 (1’0s19). Leah SMITH qui montrait des velléités de rébellion l’an passée, se situe cinq secondes derrière. Un monde. Et quatre secondes devant la 3e, un autre monde ! Pour le titre mondial, on n’envisage pas d’ex-aequo ! Et seule une jeune Chinoise, LI BingJie, 15 ans, 4’2s52, s’approche d’elle pour l’instant.

800 libre (27 juin) : 1. Katie LEDECKY, 8’11s50; 2. Leah SMITH, 8’20s46; 3. Hannah MOORE, 8’27s58; 4. Cierra RUNGE, 8’32s16; 5. Joy FIELD, 8’33s95; 6. Kaersten MEITZ, 8’34s30.

***Une seconde d’avance par section de 100 mètres, c’est le tarif qu’inflige LEDECKY à sa première “rivale”, j’allais dire: victime. Son temps de passage au 400 mètres, 4’3s21, lui aurait donné la victoire, trois jours plus tard, devant Leah SMITH, et sa 2e moitié de course en 4’7s29, aurait été suffisante pour se qualifier sur 400, ici même, pour les mondiaux de Budapest. Les temps de passage de ce rouleau compresseur : 58s27, 1’59s39, 3’1s43, 4’3s21, 5’4s76, 6’7s69, 7’10s58, 8’11s50… Leah SMITH et LI Bingjie (8’20s89) sont celles qui approchent de plus près ce monstre sacré, sans vraiment la tutoyer.

1500 libre (1 er juillet): 1. Leah SMITH, 16’1s02; 2. Hannah MOORE, 16’8s38; 3. Ashley TWICHELL, 16’10s63; 4. Ally McHUGH, 16’16s20.

***LEDECKY ne se confond pas avec Katinka HOSSZU. La Hongroise fait ventre de toute pitance, LEDECKY choisit son programme… Elle pourrait gagner ce 1500 avec les pieds attachés, mais imagine sans doute qu’à Budapest, elle aura de quoi ne pas s’ennuyer entre trois 200, deux 400, deux 800, et un ou deux relais ! Donc elle ne s’engage pas dans une épreuve qu’elle domine d’une demi-minute cette saison. Une chance inespérée pour Hannah MOORE, qui devrait accompagner Leah SMITH à Budapest.

TRIALS US À INDIANAPOLIS (2). SPÉCIALITÉS MESSIEURS: TRIPLÉ DE CORDES, DOUBLÉS DE DRESSEL ET DE KALISZ

Éric LAHMY

Dimanche 2 Juillet 2017

Le caractère phénoménal de la natation US tient dans la densité des performances, et ceci dans presque toutes les disciplines. Les USA ne dominent sans doute plus la natation comme dans certaines époques, dans les années 1920-30, puis dans les années 1960-76, quand ils pouvaient tout enlever (mis à part chez les filles, occultées par le monstrueux dopage d’Etat qu’on sait. Mais on a vu à Rio, l’an passé, quand ça veut bien sourire, les dégâts qu’ils parviennent à occasionner dans la concurrence. En 2017, on l’a vu précédemment avec les résultats de leur nage libre masculine aux « trials » d’Indianapolis, qu’ils peuvent enlever les relais et sont placés à peu près partout sauf sur 1500 mètres. Dans les spécialités, ils sont peut-être plus redoutables encore. Certes, de fortes individualités comme PEATY en brasse, SCHOOLING en papillon, tel Chinois en dos, les Japonais en quatre nages, peuvent leur damer le pion. Mais quand on a des chances partout, il est rare qu’on n’en gagne pas ici ou là et les Américains peuvent compter là-dessus. Comme en outre, dans les mondiaux, les relais ont pris une part prépondérante (et excessive) et que leur densité leur assure une certaine supériorité, ils devraient, sur l’ensemble du programme, faire très mal.

50 dos (29 juin) : 1. Justin RESS, 24s41 ; 2. Ryan MURPHY, 24s64; 3. Matt GREVERS, 24s67; 4. John SHEBAT, 24s88; 5. Taylor DALE, 24s93; 6. Luke KALISZAK, 24s97; 7. Michael ANDREW, 25s01 en série, 24s96); 8. Daniel CARR, 25s30. Finale B: Bob GLOVER, 25s20.

*** Ress est le mieux disant de la saison avec ses 24s41, devant Xiu Jiayu, Chine, 24s42, Evgeny Rylov, Russie, 24s52, et Junya Koga, Japon, 24s53…

100 dos (30 juin) : 1. Matt GREVERS, 52s71; 2. Ryan MURPHY, 53s02; 3. Justin RESS, 53s38 (en série, 53s27); 4. Jacob PEBLEY, 53s81 (en série, 53s72); 5. Dave TAYLOR, 54s53 (en série, 54s33); 6. Bob GLOVER, 54s64; 7. Sean LEHANE, 54s73 (en série, 54s21). En série, Daniel CARR, 54s80.

***L’ancien champion du monde, 32 ans depuis le 26 mars, surprend doublement Murphy. Il le devance à mi-course, 25s39 contre 25s58, puis fait mieux que l’empêcher de revenir. Un an après avoir été champion olympique et recordman du monde, Murphy va avoir du mal, pas tant contre Grevers que face aux 51s86 du Chinois Xu Jiayu.

200 dos (28 juin) : 1. Ryan MURPHY, 1’54s30; 2. Jacob PEBLEY, 1’54s78: 3. Robert OWEN, 1’57s17; 4. Sean LEHANE, 1’57s33 (en série, 1’57s07); 5. Austin KATZ, 1’57s60.

***Le champion olympique tente là sa première qualification en dos pour Budapest. Il prend l’ascendant immédiatement, passe avec un bras d’avance sur Pebley (en 26s91 contre 27s29) et ne lâche plus rien, (55s79 contre 56s23, puis 1’25s11 contre 1’25s52). Pour ces deux, c’est la classe au-dessus, qui finissent entre une et deux secondes plus vite que les autres finalistes. Mais Murphy sait peut-être déjà que ces trials ne vont pas être faciles pour lui ! Et aux mondiaux, cela risque d’être chaud, face à Rylov et Xu, 1’53s81 et 1’54s03 cette saison.

50 brasse (29 juin) : 1. Kevin CORDES, 26s88; 2. Andrew WILSON, 27s18; 3. Cody MILLER, 27s24; 4. Connor HOPE, 27s28; 5. Nicolas FINK, 27s31; 6. Michael ANDREW, 27s40; 7. Matthew ANDERSON, 27s78; 8. Ian FINNERTY, 27s83 (en séries, 27s54). En série, Nick ERIKSSON, 27s81.

***Derrière l’invincible Peaty et ses 26s48, tout est possible pour Kevin Cordes, 2e de la saison devant Joao Gomes, 26s83.

100 brasse (30 juin) : 1. Kevin CORDES, 58s74; 2. Cody MILLER, 59s11; 3. Nicolas FINK, 59s40; 4. Andrew WILSON, 59s65; 5. Jacob MONTAGUE, 1’0s39; 6. Will LICON, 1’0s67 (en séries, 1’0s34); 7. Josh PRENOT, 1’0s79 (en séries, 1’0s55); 8. Michael ANDREW, 1’1s19 (en séries, 1’0s76). En séries, Conner McHUGH, 1’0s90; Jonathan TYBUR, 1’0s97; Ian FINNERTY, 1’1s12.

***Cordes passe tout le monde dans le bilan de l’année pour se poster en concurrent de Peaty, mais à bonne distance du Britannique et de ses 57s79.

200 brasse  (28 juin): 1. Kevin CORDES, 2’7s41; 2. Nicolas FINK, 2’8s63; 3. Josh PRENOT, 2’8s72; 4. Andrew WILSON, 2’8s82 (en séries, 2’8s64); 5. Will LICON, 2’9s68 (en séries, 2’9s29) ; 6. Jonathan TIBUR, 2’10s94; 7. Daniel ROY, 2’12s23 (en série, 2’11s92); 8. Jacob MONTAGUE, 2’12s73 (en séries, 2’11s70). Finale B: 1. Conner McHUGUES, 2’12s47; 2. Reece WHITLEY, 2’12s48; 3. Chandler BRAY, 2’12s97; 4. Alex EVDOKIMOV, 2’14s. En séries, Rose PALAZZO, 2’13s78.

***Trois ans après être apparu au firmament des courses universitaires, Kevin Cordes a-t-il achevé sa mutation en nageur de grand bassin ? En faut-il, du temps, pour passer du (statut) de pousseur patenté de murs de départ et de virage à nageur de pleine eau ! Le voici en tous cas qui fait la passe de trois, 50, 100 et 200, dans un des contextes compétitifs les plus durs. CORDES nage plus vite que le champion olympique de Rio, Dmitry BALANDIN. Rappelons cependant que dans la grande cité brésilienne, même s’il n’avait fini que huitième de la finale, c’était en 2’8s34, à moins de 9/10e de seconde du vainqueur kazakh, à l’issue d’une course étouffante et inextricable où l’or de la victoire avait été attribué au dernier qualifié, à l’issue des demi-finales…

Josh PRENOT, qui avait obtenu la médaille d’argent à Rio (en 2’7s53) se retrouve ici 3e des sélections, et donc hors course pour Budapest.

 50 papillon (28 juin): 1. Caeleb DRESSEL, 23s05; 2. Cullen JONES, 23s27 (en séries, 23s26); 3. Tim PHILLIPS, 23s37; 4. Michael ANDREW, 23s42; 5. Ryan HELD, 23s68.

***Avec son temps d’Indianapolis, Dressel se situe 4e de la saison derrière les Brésilien Nicolas Santos, 22s61, et Enrique Martins, 22s98, et le Britannique Benjamin Proud, 22s80.

 100 papillon  (29 juin): 1. Caeleb DRESSEL, 50s87; 2. Tim PHILLIPS, 51s30; 3. Jack CONGER, 51s33; 4. Tom SHIELDS, 51s55; 5. Justin LYNCH, 52s20; 6. Zac HARTING, 52s52. Finale B: 1. Maxime ROONEY, 52s28. En série, Matthew JOSA, 52s33.

***Grosse performance de Caeleb Dressel, qui le met en position de favori à Budapest, avec ce bémol que Schooling n’a pas poussé son cri et peut nager en sous-marin jusqu’aux mondiaux. Mais cet hiver, Dressel s’est bien joué de Schooling. Entre les 50 et 100 papillon, les 50 et 100 crawl, les relais quatre fois 100 et quatre fois 100 quatre nages et une possible participation au relais quatre fois 200 mètres, en série, grâce à sa 6e place dans le 200 individuel, DRESSEL, le « pur » sprinteur le plus résistant du monde risque de ne pas avoir le temps de s’ennuyer à Budapest dans un mois !

 200 papillon (27 juin) : 1. Jack CONGER, 1’54s47; 2. Pace CLARK, 1’54s58; 3. Chase KALISZ, 1’54s79; 4. Gunnar BENTZ, 1’55s51; 5. Justin WRIGHT, 1’56s11; 6. Zach HARTING, 1’56s65. Finale B: 1. Brendan MEYER, 1’57s54; 2. Sam POMAJEVICH, 1’57s62. En série, Mick LITHERLAND, 1’57s04; Milos SMACHLO, 1’57s64.       

***Jack CONGER part très vite, Pace CLARK assez tranquillement, et les voilà qui rejouent l’éternelle histoire du lièvre et de la tortue ; la morale de l’histoire vraie n’existe pas, car un coup c’est l’un, un coup c’est l’autre qui gagne ; là encore, les deux hommes se retrouvent tout près à l’arrivée. Les voilà 3e et 4e mondiaux de la saison derrière deux Japonais, Masato Sakai, 1’53s71, et Daya Seto, 1’54s28.

 200 4 nages (1 er juillet): 1. Chase KALISZ, 1’56s51; 2. Abrahm DEVINE, 1’56s79; 3. Josh PRENOT, 1’57s14; 4. Gunnard BENTZ, 1’58s31; 5. Jay LITHERLAND, 1’58s46; 6. Will LICON, 1’58s90 (en séries, 1’58s54); 7. Michael WEISS, 1’59s62. Finale B: 1. John SHEBAT, 1’59s70.

***Josh PRENOT, après un fort parcours de brasse, perd pied en crawl, en face d’un Abrahm DEVINE redoutable, et auquel seul KALISZ, imbattable cette saison, résiste. Derrière deux Asiatique, Kosuke HAGINO, 1’56s01, et WANG Shun, 1’56s16, nul n’a fait mieux que les Américains cette saison.

 400 4 nages (29 juin): 1. Chase KALISZ, 4’6s99; 2. Jay LITHERLAND, 4’9s31; 3. Gunnar BENTZ, 4’11s66; 4.Jonathan ROBERTS, 4’15s50.

***KALISZ est plus que jamais le patron de la course cette année. Il domine de bout en bout, 56s08 en papillon, 1’59s31 (1’3s23) en dos, 3’7s97 (1’8s66) en brasse) et 59s02 pour finir. LITHERLAND finit lui remarquablement, 57s13 en libre.