CHAMPIONNATS DE HONGRIE : KRISTOF MILAK, 51s50 AU 100 PAPILLON

Samedi 31 Mars 2018

4e journée des championnats de Hongrie, à la piscine Szechy Tamas de Debrecen. Kristof Milak a dominé le 100 mètres papillon. Le vice-champion du monde de Budapest, l’été dernier, nagé la distance en 51s50, devançant largement Laszlo Cseh, 52s46.

Le 200 mètres messieurs n’a pas donné lieu à performance exceptionnelle, mais laisse entrevoir un bon relais hongrois, avec Dominik Kozma, 1’47s16,  Kristóf Milák, 1’47s97, Nándor Németh, 1’48s42, Péter Bernek, 1’48s89, soit une valeur de 7’10s. Aux mondiaux, l’été dernier, le quatuor magyar avait terminé 10e en 7’11s10.

Ajna Késely s’avère être la grande nageuse magyare de l’avenir, qui enlève coup sur coup le 200 en 1’59s62 et le 1500 en 16’33s97

Dans le relais 4 fois 100 mètres quatre nages, les meilleures performances individuelles : en dos, au start, Benedek Kovacs, 54s85 ; lancés : en brasse, Tamas Takacs, 1’0s89 ; en papillon, Kristof Milak, 51s73 ; en crawl, Maxim Lobanovszkij, 48s47.

Kristóf Rasovszky gagne le 800 messieurs en 7’56s85.

Au 50 brasse ; Csaba Szilagye, 27s05 (et déjà 27,58 en séries).

Au 50 dos, Kristof Milak, 25s23, devance Bence Szentes, 25s25

KRISTOF MILAK, HONGROIS DE 18 ANS, TOUT PRES DE MICHAEL PHELPS SUR 200 METRES PAPILLON AVEC 1’52s71 CONTRE 1’51s51

Eric LAHMY

Samedi 31 Mars 2018

Aux championnats de Hongrie de natation, marqués par l’absence de Katinka Hosszu et par la nouvelle qu’elle s’est rabiboché avec son coach d’époux ou son époux de coach, comme vous préférez, quelques mois après avoir demandé le divorce, on a pu aussi noter que la natation hongroise était en train de faire peau neuve.

Kristof Milak établit une performance de relief sur 200 mètres papillon, avec 1’52s71. Il approche d’une seconde le record du monde de Michael Phelps, 1’51s51, et d’un centième le record d’Europe et de Hongrie de Laszlo Cseh, 1’52s70. Milak avait nagé l’an passé sur la distance en 1’53s79 aux championnats d’Europe juniors de Netanya.

Déjà, sa performance de l’été dernier indiquait un talent peu commun. Avec 1’53s79, Milak aurait terminé 3e de la course des championnats du monde de  Budapest où seuls l’auraient devancé Chad Le Clos (1’53s33) et… Laszlo Cseh (1’53s72).

Mais ce résultat des juniors avait été réalisé trop tard pour le qualifier pour les mondiaux et ce jeune homme n’avait pas été sélectionné sur 200 papillon pour Budapest, où on lui avait préféré le vieux Cseh et Kenderesi. Il s’était présenté sur 100 papillon, où il avait enlevé la médaille d’argent (avec un record mondial junior, 50s62) derrière Caeleb Dressel, 49s86… et devant le champion olympique de Rio Joseph Schooling et James Guy, ex-aequo avec 50s83. Il avait 17 ans et demi.

Ayant soufflé sur dix-huit bougies le 20 février, Milak a dépassé les performances en papillon de Michael Phelps au même âge, devient l’homme le plus vite du monde « hors-polyuréthane » et s’annonce comme le possible patron de la spécialité… Plus qu’étonnant, car au début de la saison passée, Milak avait été mis au repos en raison de … soucis cardiaques

Cette fois, et quoiqu’il en soit, son temps de 1’52s71 l’impose en effet tout en haut dans le Gotha puisqu’il devance à peu près tout le monde. Michael Phelps, seul, a nagé, à l’époque polyuréthane, en respectivement, 1’51.51, 2009 (record du monde), 1’52s03, 2008, record du monde, 1’52s09, 2007, record du monde, 1’52s20, 2008. Voici donc Milak, arithmétiquement 3e « papillonneur » de l’histoire derrière l’immense Phelps et Cseh, mais techniquement devant !

Entraîné par Attila Selmeci à Uszo Erdi, Milak devance ainsi Laszlo Cseh, qu’on pourrait appeler le Michael Phelps hongrois, de quinze ans son aîné. Lequel Cseh parait toujours être intéressé par la chose, sans pour autant obtenir des résultats équivalents à ceux du passé.

Milak n’est cependant, en 24s04, que 4e du 50 papillon des championnats nationaux, que gagnent ex-aequo Laszlo Cseh et Dominik Kosma en 23s84 devant Krisztián Takács, 23s91.

Performance notable également de Boglarka Kapas, sur 800 mètres dames, à l’issue d’un duel de générations : Kapas, 25 ans, l’emporte d’une seconde et demie après un mano a mano serré, en 8’24s39 contre 8’25s82 à Ajna Kesely, 17 ans. Le lendemain, le 400 dames revienbt à Kesely, en 4’5s61, devant Kapas, malgré un rapproché final de celle-ci, 4’5s92. Le 1500 mètres masculin revient à Akos Kalmar, 18 ans, en 15’3s14, devant Gergely Gyurta, 15’8s74. Gyurta mène jusqu’aux 1100 mètres, puis ne peut maintenir son allure, au contraire de Kalmar, qui équilibre très bien son effort, 4’58s92, 5’4s65 et 4’59s57. Sur 400 mètres, Milak, en 3’48s71, est devancé par Peter Bernek, son aîné de huit ans, 3’48s69. Dans la dernière longueur, Milak, 27s53, reprend un mètre à Bernek, 28s59, mais échoue d’un doigt. Richard Marton, 3e, 3’50s62. Balazs Hollo, 4e, 3’50s94.

NANDOR NEMETH FUTUR GRAND DU SPRINT MAGYAR

Bernek gagne aussi le 200 dos en 1’57s33.

Le 200 papillon féminin a été remportée par la championne d’Europe de demi-fond Boglark Kapas, en 2’9s39 devant Liliana Szilagyi, 2’10s20.

Sur 100 brasse, Csaba Szilagyi, 59s74, et Anna Sztankovics, 1’8s63 ; David Horvath enlève le 200 brasse en 2’11s35. Sur 100 dos, Peter Bernek, 54s83, et Katalin Burian, 1’0s55. Burlan « double » sur 200 dos, en 2’9s58.

200 quatre nages : Peter Bernek, 1’59s67 devant David Verraszto, 2’0s10; ordre inverse sur 400 4 nages, Verraszto, 4’12s98, devance Bernek, 4’14s42 (et Gergely Gyurta, 4’15s12). Dalma Sebestyen, 2’12s84, devant Evelyn Verraszto, 2’13s92, tandis que Boglarka Kapas domine le 400 4 nages dames en 4’38s27.

Dans la course au titre du relais quatre fois 200 mètres, gagné par le club Egri Uszo, quelques performances honnêtes : Dominik Kosma, 1’47s63, et Richard Marton, 1’48s90 au start, ainsi que Nandor Nemeth, 1’47s34 lancé. Toujours Nandor Nemeth (18 ans) se distingue par un 47s49 lancé, qui correspond assez précisément à son temps dans la finale individuelle des 100 mètres, qu’il gagne en 48s31 (23s28 + 25s03) devant Dominik Kosma, 49s05 (23s78 + 25s27), Kristof Milak, 49s49 et Maxim Lobanovszkij, 49s59. Nemeth, qui, il y a deux ans, hésitait entre le 100 mètres et le 1500, n’a plus à hésiter. Il sprintera… Il approche d’ailleurs de cinq centièmes le record hongrois du 100 mètres, 48s26, établi au départ du relais quatre fois 100 mètres hongrois des championnats du monde de Budapest avec 48s26.

200 mètres papillon: 1. Kristóf Milák, 1’52s71 (25s07, 53s92, 1’23s14); 2. Tamás Kenderesi,  1’54s14 (26s02, 55s19, 1’24s74); 3. László Cseh, 1’56s45 (25s93, 56s02, 1’26s24); 4. Bence Biczó, 1’56s69 (26s26, 56s13, 1’26s16).

RETRAITE DE DANIEL GYURTA, HONGRIE, CHAMPION OLYMPIQUE DU 200 BRASSE A LONDRES EN 2012

Eric LAHMY

Mardi 27 Mars 2018

Daniel Gyurta, qui vient d’annoncer sa retraite, a été champion olympique 2012, à Londres, du 200 mètres brasse, huit années après avoir enlevé la médaille d’argent de la course à Athènes.

Comme il était né le 4 mai 1989, cette deuxième place aux Jeux olympiques du 18 août 2004 faisait du Hongrois, à 15 ans et 106 jours, l’un des plus jeunes médaillés olympiques de natation de l’histoire… Pour ce faire, il s’était immiscé dans l’affrontement de deux des plus fameux duellistes des bassins, entre le Japonais Kosuke Kitajima et l’Américain Brendan Hansen. Kitajima l’emporta avec 2’9s44, devant Gyurta, 2’10s80 et Hansen, 2’10s87.

Entre 2004 et 2012, Gyurta s’était un peu raté aux Jeux 2008 à Pékin. Il avait frappé fort en séries, amenant le record olympique à 2’8s68. En demi-finales, Kitajima avait repris la tête dans un temps de 2’8s61 et la finale apparaissait assez dense. Gyurta, 3e de la deuxième demi-finale, avait signé le cinquième temps général, avec 2’9s73. Rarement une course avait paru aussi ouverte.

Finalement, si Kitajima conserva le titre, amenant le record olympique à 2’7s64, tout près de son record du monde, 2’7s51, Gyurta, lui,  avec un bon temps de 2’9s22, resta collé à la cinquième place, étant devancé par l’Australien Brenton Rickard, le Français Hugues Duboscq et le Canadien Mike Brown. Il dut donc attendre quatre nouvelles années pour remonter sur le podium absolu, à la première place cette fois.

Selon son habitude, à Londres, Gyurta ne laissa à personne le soin de mener en séries, où il dut, avec un temps de 2’8s71, difficilement museler le Britannique Michael Jamieson, survolté devant son public, 2’8s98, record britannique. Jamieson enleva la première demi-finale en 2’8s20, autre record national, Gyurta la deuxième en 2’8s32, se défaisant à la bagarre d’un autre Britannique surchauffé à l’enthousiasme national, Andrew Willis, 2’8s47.

La finale se réduisit, pour ce qui est de l’or olympique, à une explication entre les animateurs des qualifications. Cependant, Kitajima, qui ne l’entendait pas ainsi, prit la tête d’entrée, et mena jusqu’au virage des 100 mètres, après quoi Gyurta, qui le serrait de près, parvint à le passer. Il tint bon ensuite quand Jamieson s’élança dans un finish bien évidemment britannique. Au bout du compte, Gyurta l’emporta de quinze centièmes, améliorant avec 2’7s28, les records du monde (Christian Sprenger, Australie, 2’7s31) et olympique (Kitajima, 2’7s64)  lesquels avaient été établis avec des maillots de bain polyuréthane.

Gyurta ne s’en tint pas là. Il gonfla son palmarès d’un nombre élevé de titres mondiaux, européens, en grand et en petit bassin sur sa distance fétiche. En grand bassin, il fut champion du monde en 2009 (Rome), 2011 (Shanghai) et 2013 (Barcelone) et encore médaillé de bronze en 2015 (Kazan) ; champion d’Europe 2010 (Budapest) et 2012 (Debrecen, Hongrie). Toujours sur 200 brasse, il fut champion d’Europe 2006 (Helsinki), 2007 (Debrecen), 2009 (Istanbul), 2011 (Szczecin, Pologne), 2013 (Herning, Danemark), 3e en 2015 à Netanya (Israël). Quoique moins capé sur 100 mètres brasse, il parvint à enlever le titre européen de cette course en petit bassin en 2013.

Depuis quelques années, alors qu’il semblait toujours vouloir rêver de titres et de médailles, Gyurta avait perdu la main. En 2016, aux Jeux de Rio, il nagea seulement le 17e temps des séries et n’accéda pas, à trois centièmes près, aux demi-finales. En 2017, il obtint le même résultat frustrant pour un garçon doté d’un tel palmarès, 17e, à Budapest, où il entendait achever sa carrière sur un coup d’éclat.

Après Rio, il avait mis en cause son trio d’entraîneurs, Sándor Széles, Ferenc Kovácshegyi et Balázs Virth, qui l’avaient suivi pendant toute sa carrière. Pour lui, il s’était surentraîné dans sa préparation des mondiaux 2015 de Kazan et fut très affecté de son résultat, médaille de bronze avec un temps de 2’8s1 alors qu’il attendait un 2’6s. De là, affirme-t-il, tout s’enchaîna. Cet échec, a-t-il expliqué, le rendit en effet revanchard et le conduisit à perpétuer son échec. « On s’est couru derrière nous-mêmes, je ne suis pas allé aux championnats d’Europe pour ne pas rater les entraînements de la période précédant les Jeux olympiques, on les a accumulées, on croyait que c’était de bonnes idées et on a eu tout faux… » Il eut aussi des soucis avec un changement dans son entraînement et dans sa technique.

Il a avoué avoir aussi perdu quelque peu de son enthousiasme et de sa confiance en les valeurs olympiques, après les scandales qui ont émaillé le sport ces dernières années, ainsi l’accusation de viol, ressortie après un demi-siècle, contre Laszlo Kiss, qui, à 75 ans, était le coach en chef de l’équipe hongroise. Il y eut aussi d’innombrables dysfonctionnements et erreurs de management de la Fédération hongroise aux Jeux olympiques de Rio qui conduisirent l’hiver suivant à une révolte de nageurs emmenés par Katinka Hosszu.

LA CONTINUELLE ABSENCE D’ENTRAÎNEURS FEMMES

Eric LAHMY

27 Mars 2018

 « – Depuis quand es-tu devenue cynique ? – Depuis que j’ai saisi la petite différence entre les filles et les garçons ! » (ALL ABOUT EVE, de Mankiewicz)

J’avais préparé cet article en octobre 2016, et parce que je doutais fortement de sa pertinence et de sa « solidité ». J’ai toujours de la peine à publier quand je n’ai pas l’impression d’avoir épuisé un sujet, et en l’occurrence, c’est le sujet qui m’avait épuisé. Depuis, certaines données ont changé, mais je relis ces notes avec un peu plus d’indulgence, et en tout cas le sentiment que je puis les publier avec le seul risque d’ennuyer le lecteur.

Je suis étonné de ne pas trouver dans ces notes une réflexion qui m’avait frappé de Richard Martinez, l’entraîneur de Font-Romeu devenu depuis DTN adjoint chargé de la natation. Il expliquait (en partie du moins) la carence en nombre d’entraîneurs femmes par la plus grande générosité des femmes. « Les hommes sont plus égoïstes, m’avait-il dit en l’espèce, ils peuvent plus facilement fonder une famille est rester concentrés sur leur projet. Les femmes ne fonctionnent pas souvent comme cela. » Je la ressers de mémoire, même si ce n’est pas du mot à mot et si ce n’est pas du politiquement correct !

Je publie cet article tel que je l’avais rédigé à l’époque, sans changer les détails qui le datent. Le fond ne semble pas avoir changé… E.L.

 

 La fédération française de natation a publié récemment la liste des nageurs appartenant au « collectif ‘’excellence’’ ». Détail frappant, au sommet de la hiérarchie, l’excellence « élite » (panachage de nageurs pouvant figurer sur les listes de haut niveau du ministère des sports et identifiés dans le collectif national), compte quatre filles pour treize garçons.

Derrière, les effectifs de « l’élite senior » s’équilibrent entre filles (26) et garçons (25). Les éléments réunis dans « l’excellence relève », sont au nombre de 59. On sait qu’on a des soucis avec cette fameuse relève, elle ne « relève » pas très haut. Moins encore chez les filles (18) que chez les garçons (41). En juniors, le collectif « excellence » compte 7 garçons pour… une fille.

Si la jeune vague donne des inquiétudes, la situation est donc plus précaire chez les filles. On le pressentait quand Camille Muffat prit sa retraite. On en a eu confirmation aux Jeux olympiques de Rio, et l’adieu de Coralie Balmy à la compétition n’arrangera pas les choses.

D’où vient cette faiblesse du secteur féminin ? Les filles sont largement négligées. On fait beaucoup moins pour elles que pour les garçons…

Ce manque d’attention – adorné parfois d’une légère nuance de mépris – des responsables se retrouve à pas mal de niveaux, et entre Luyce, misogyne honteux mais grimé en féministe (voir la composition du comité directeur, empli à parité de femmes dont aucune n’entre dans le bureau, et Jacques Favre, dont je ne dirai trop rien de sa conception de la femme… Le milieu des techniciens français ne me parait pas, en revanche, plus sexiste que ça de nos jours, c’est comme si, pour beaucoup d’entre eux, ils ne font pas de différences entre filles et garçons, et, pour moi, c’est un compliment.

Mais les filles n’en sont pas moins mal barrées compte tenu d’un laisser aller général.

Le Ministère des sports a publié en 2014 des pages intéressantes sur la situation des femmes dans la natation française. Quelques chiffres. Du côté des licenciés, en 2013, les filles représentent 54,5% des effectifs. A dix-huit ans et avant, elles sont 63,5%, et après 18 ans ce sont les hommes qui sont à 63,55%. Pourquoi ça ? Les femmes ne se sentent-elles pas chez elles au sein de la Fédération ? C’est possible. Qu’est-ce qui fait que les filles, qui arrivent plus tard à la natation que les garçons  (elles se trouvent en infériorité en-dessous de sept ans), puis se ruent en force (51,18% à 7-9 ans, 53,72% à 10-11 ans, 54,56% à 12-13 ans et encore 52,4% à 14-15 ans), se retrouvent en infériorité (47,37%) entre 18 et 20 ans ? Qu’est-ce qui les fait se retirer plus précocement ?

La maturité, en natation, d’une fille, arrive deux ans avant. Est-ce une explication suffisante ?

Mais après ça, on constate qu’elles y reviennent. Beaucoup plus tard ? Les nageuses sont en supériorité numérique, au-delà de 21 ans. Statistiquement on n’en sait pas plus, on n’a pas cru bon d’affiner, le chiffre englobe les nageuses en fin de carrière et les populations plus âgées, les masters, les dirigeantes… Il ne s’agit donc plus de la même natation. Dans cette catégorie d’âge fourre-tout, les femmes se comptent 55.153 (en 2013), et représentent 60,68% des licenciés. Le nageur de plus de 21 ans est une nageuse.

Quoi d’autre ? Le ministère faisait le constat que tous les présidents de la fédération avaient été des hommes [Il faut dire que ce sport a raté sous cet angle une belle occasion quand Francis Luyce a devancé Arlette Franco, qui avait une vraie passion pour la natation et le démontra en faisant de Canet un haut-lieu de ce sport]. Qu’aujourd’hui, zéro femme accède au bureau directeur, contre huit hommes, nous montre en quelle estime sont tenues les femmes dans la natation française.

Que le « bureau élargi », instance tout à fait officieuse, sans poids réel, accueille trois femmes pour onze hommes. Le comité directeur est, selon une décision de Luyce (sur une interprétation mal informée de Dominique Bahon, secrétaire de la fédération à l’époque qui aurait mal compris les directives ministérielles) formé d’autant de femmes que d’hommes. Le souci a été qu’appliquée ainsi brutalement, façon « sexisme à rebours » a vu le comité directeur envahi de femmes pas préparées, peut-être trop contentes d’être là par le fait du prince, pour se sentir justifiées et légitimes, ce qui les a contingentées et réduites au silence, et a finalement défavorisé, décrédibilisé la féminisation de la Fédération. Ce fut une de ces solutions à la louche, c’est-à-dire grossière, mal pensée, mal préparée, complètement démagogique et tout à fait contre-productive. Prise dans la confusion et sans esprit de suite. Un gâchis.

D’ailleurs, les femmes d’énergie de la fédération ont été soigneusement écartées. Dans le temps, Suzanne Bentaberry, qui savait parler fort, n’a pas été réélue après les gros succès en natation synchronisée. Henri Sérandour, qui disait « tout lui devoir, » ne put l’empêcher d’être battue. Elle refusa ensuite d’entrer au comité directeur dans le « contingent féminin. » « J’ai travaillé comme un homme, je veux être élue comme un homme », dit-elle alors. Le soir même, elle rentra dans sa région et fit des choses épatantes dans un autre sport, le canoë. Madeleine Bernavon, qui lui a succédé, effacée, a dû sa longévité au fait de ne jamais s’être fait remarquer. Elle se rendit inodore et sans saveur. C’était ce qu’il fallait pour ne pas se faire éjecter. Aujourd’hui, Luyce a écarté Hélène Tachet des Combes des fonctions de trésorière. Il se pourrait qu’elle ait pris sa tâche au sérieux ?

Luyce et autres messieurs croient-ils que la pensée est une vertu virile ? Faudrait leur expliquer qu’il y a autre chose dans la vie…

Même faible féminisation à tous les niveaux : seulement quatre femmes contre neuf hommes parmi les dirigeants « référents », quinze commissions fédérales sur vingt présidées par des hommes. Seulement trois sur les vingt-huit régions présidées par des femmes.

En 2014, la fédération était censée produire un plan de féminisation qu’elle a remis avec deux mois et huit jours de retard (69 fédérations avaient répondu dans les temps) ce qui pourrait bien être le signe d’un faible désir d’améliorer le statut de 55% de ses effectifs, et, de toute façon, a fait qu’elle n’a pu être inscrite dans le « panorama » produit par le ministère. Dans ce plan, la Fédé a inscrit tout un blablabla plein de belles promesses d’actions futures dont on n’a pas vu l’ombre dans les deux années et demi qui ont suivi. La fédé est plus occupée à « communiquer » qu’à travailler sur les questions réelles liées au sport et à l’excellence. Plus on opacifie autour de ce qu’on fait ou ne fait pas, plus on communique c’est-à-dire qu’on cache et qu’on envoie des leurres de toutes parts. 

La liste des  78 cadres techniques fédéraux du ministère des sports : au premier regard, je me persuade qu’elle a son content de femmes. Mais quand je veux m’en assurer et compter, je n’en trouve que  24. Moins de 30%. Puis j’ôte les cadres de la natation synchronisée (elles sont 10, toutes des femmes), il reste 68 cadres hors synchro : 54 hommes pour 14 femmes. Je dois l’admettre, la natation, qui licencie plus de femmes que d’hommes, ne les promeut pas dans ses services.

Il est vrai que pour faire une nageuse, pas besoin d’une femme au bord du bassin. Philippe Lucas (Laure Manaudou, Aurélie Muller), Lionel Horter (Roxana Maracineanu), Frédéric Barale (Coralie Balmy) en France, Todd Schmitz (Missy Franklin), Yuri Suguiyama et Bruce Gemmel (Kathie Ledecky) aux USA, ou Shane Tusup (Katinka Hosszu) en Hongrie, Bill O’Toole (Penny Oleksiak), au Canada, etc. en sont autant de preuves. La question qui se pose est de savoir pourquoi si peu de femmes s’épanouissent dans cette profession.

Le phénomène n’est pas français. Dans l’Université américaine (chiffres publiés par San Francisco Gate), sur les 330 collèges majeurs et universités disposant de programmes de natation, seulement 43 équipes sont emmenées par des coaches femmes. Selon Swimming World en mars 2014,  « sur les 123 écoles qui sont entrées dans la Première Division NCAA femmes, seulement 17, soir 13,8% avaient une femme entraîneur chef.

Kim Brackin, entraîneur femme au Texas (Kirsty Coventry) racontait une anecdote qu’elle trouvait révélatrice. Au début d’un « dual meet », l’organisateur de la compétition demanda une petite réunion des entraîneurs-chefs pour les informer d’un changement de programme. Se retrouvèrent à cette réunion Eddie Reese et… l’adjoint de Brackin. « C’était sans malice, s’en amuse l’intéressée, ils ne pouvaient pas imaginer inviter une femme dans une réunion d’entraîneurs. » Pourtant coach Brackin « pesait » déjà sept médailles olympique dont deux en or !

Souvent, une touche féminine dans la préparation et l’entraînement ne rate pas son effet. Je crois aussi que l’alchimie dans certains couples est à la base de la réussite. Cela éclate de façon évidente entre Katinka Hosszu et Shane Tusup, qui sont mariés et dont l’accord est total, l’un tant l’entraîneur, l’agent, l’homme d’affaires et le mari de l’autre, ce qui les met à part (1). Il y a maintenant trente ans, Vladimir Salnikov décida qu’il ne serait plus entraîné que par madame.  Roland Matthes fut entraîné par une femme et dans les années 1960, l’entraîneur français qui obtint les meilleurs résultats (record du monde, argent olympique, finales olympiques en 1960, 1964 et 1968 – sur 100 mètres dos féminin, championne des USA était une femme (née en 1898 – Suzanne Berlioux.

Mais tout le monde ne peut pas épouser son entraîneur. Et quand Ian Thorpe quitta après six années de carrière au sommet Doug Frost, son coach de toujours pour son assistante Tracey Menzies, surtout connue pour ses capacités de technicienne, c’était en raison de ce qu’elle lui apporterait dans sa vie de nageur.  Fin septembre dernier, le double champion du monde de dos Mitchell Larkin et Thomas Fraser-Holmes ont décidé de s’entraîner cette saison avec Menzies au centre national d’entraînement, à Canberra. Aux USA, le sauvetage de Natalie Coughlin, blessée et en perdition, assura la réputation de Teri McKeever, et fit d’elle la première entraîneur-chef de l’équipe US aux Jeux olympiques 2012, à Londres.

 Revenons en France. On a eu une époque où la natation féminine a plutôt bien marché, et il suffit de citer les noms de Roxana Maracineanu, de Laure Manaudou et de Camille Muffat pour s’en convaincre. Aujourd’hui, Charlotte Bonnet est la chef de file de la natation française. Or son palmarès ne se compare pas à ceux de Solenne Figues, Coralie Balmy ou d’Esther Baron, qui ne semblaient pas « exister » tant Manaudou captait de lumière…

Se pourrait-il que les filles aient besoin d’un petit surcroît d’accompagnement ?

Certaines ont été de brillantes pourvoyeuses de nageuses, sans remonter au déluge, Suzanne Berlioux déjà citée ou plus tard Pierrette Gheysen, et dans le collectif fédéral, je n’ai aucune difficulté à distinguer Frédéric Barale (Coralie Balmy), Marc Begotti (Catherine Plewinski). Sylvie Le Noach a « sorti » sa propre fille, Alicia Bozon, Annick de Susini, Joanne Andraca. Philippe Lucas parait être essentiellement un entraîneur de filles, et ne s’en cache pas, il les dit plus disciplinées que les hommes, Fabrice Pellerin, qui a fourni un énorme travail et depuis plus de dix ans a sous sa coupe la meilleure nageuse française (Camille Muffat d’abord, Charlotte Bonnet depuis) mais qui semble être en fin de cycle à Nice où me dit-on, la présidence du club, concentrée sur le water-polo, a négligé la natation (et vient de perdre ses meilleurs éléments, Marie Wattel, Anna Santamans, Cloé Hache). 

 Selon PATRICIA QUINT, qui fut responsable des juniors entre 1983 et 1995. « Les filles ont été plus ou moins suivies selon les époques. Anne-Marie Agel l’a fait – très peu car elle n’était pas intégrée dans l’encadrement masculin. En 1996, j’ai entraîné avec Gérard Garoff, Patrice Prokop, et Jean-Paul Clémençon a souhaité féminiser l’encadrement de l’INSEP ; Claude Fauquet a adhéré à cette idée.

« Patrice Prokop avait initié cela.

« Claude Fauquet, lui, avait cherché à se reposer sur des expertises, et pour cela mis en place un secteur de recherche, cela allait vers l’alimentation, la technique, la nage, le plongeon.

« Une forte opportunité de développement du sport féminin avait été offerte par la politique de Marie-George Buffet. Cette ministre des sports (d’obédience communiste) a donné une grosse priorité à l’encadrement féminin à l’époque. Un congrès à Tours, un autre à l’INSEP, avaient annoncé ce volontarisme. » Marie-George Buffet a été une grande ministre des sports, elle a été féministe dans le meilleur sens du terme, jamais en opposant ni en stigmatisant, toujours en relevant ce qui devait être relevé, en travaillant. [Elle avait réussi, ce que je considère comme un exploit, par son ouverture d’esprit, à charmer Monique Berlioux, qui avait pourtant une certaine aversion des communistes.]

« Après les projets, continue Patricia Quint, il fallait mettre en place ces choses. On s’est appuyé sur Roxana Maracineanu, sur Solenne Figues, Laetitia Choux, Jacqueline Delors, Malia Metella, et on a eu une période de natation féminine dominatrice, avec Lucien Lacoste directeur des équipes. L’organisation nous a permis de mettre en place des expertises, Laurence Bensimon est venue ainsi travailler avec nous.

« Laure Manaudou a été complètement intégrée au collectif ; ce qu’on ignore un peu la concernant, et Lucas aussi, c’est qu’ils savaient utiliser ce groupe de travail. Laure était timide, mais c’était une leader effective, elle avait de bons rapports avec les autres, elle se plaisait bien. On avait aussi Frédéric Barale, Olivier Antoine, qui avait entraîné Laetitia Hubert et Aurélie Muller. Tout cela faisait qu’il y avait une émulation des entraîneurs au féminin, sont arrivés Martinez et Andraca. Après les Jeux d’Athènes, on a bossé sur les formateurs et on s’est dirigées vers les Jeux de Pékin.

« Auparavant, il y avait toujours eu assez de masculins pour étouffer le féminin, avant Prokop, mais ensuite, avec Clémençon, Fauquet, et Marie-Georges Buffet à l’ouverture, on a marqué des progrès. »

 Anne Riff, contactés par téléphone, n’a pu être jointe. 

(1). Shane Tusup et Katinka Hosszu se sont depuis séparés.

NCAA 2018 (6).- CAELEB DRESSEL A GAGNÉ DES BATAILLES, ET LE TEXAS D’EDDIE REESE A GAGNÉ LA GUERRE

Éric LAHMY

Dimanche 25 Mars 2018

Donc Caeleb Dressel l’a fait. Il s’en est fallu de peu, mais ces dix centièmes de mieux que l’an passé, 39s90 contre 40s, sur 100 yards nage libre, représentent une nouvelle contribution du nageur clé du jour à la progression de la natation. Pourquoi passer les 40 secondes est-il plus remarquable que les 43 ou les 44 secondes ? C’est comme ça ! Tous ceux qui connaissent la natation savent que John Weissmuller a nagé le premier « sous » la minute au 100 mètres, que la première femme à le rejoindre fut Dawn Fraser, mais on ne se souvient pas trop des nombreux autres.

Cela dit, la course en yards petit bassin a surtout la force d’une coutume locale, et je ne saurais d’ailleurs dire si les 39s90 réussis par Dressel hier dans le bassin Freeman de Minneapolis, dans le Minnesota, valent beaucoup mieux que les 44 secondes et 94 poussières de Amaury Leveaux (même bardé de polyuréthane). En valeur, sans doute, mais en vitesse pure ? En combien Leveaux eut-il été chronométré au passage des 100 yards ?

D’une certaine façon, je pensais que Dressel nagerait plus vite qu’il ne l’a fait. Gagner 47/100e de seconde sur 50 yards n’indiquait-il pas un gain d’une pleine seconde sur la distance double ? En fait, je n’en savais rien. Il y avait deux façons de voir les choses, l’une liée au Dressel de 2016, l’autre au Dressel de 2017.

CAELEB DRESSEL 2018 PLUS PRES DE LA VERSION 2016 QUE 2017 ?

Car ce n’était pas tout à fait le même nageur. En 2016, c’était un « pur » sprinteur qui établissait le record des 50 yards qui allait tenir deux saisons, et jusqu’à ce jeudi : 18s20. Cette même année, Dressel nageait ses 100 yards en 40s46. En 2017, Dressel montrait des aptitudes un peu différentes : il s’imposait, outre le crawl et le papillon, ses deux chevaux de bataille, comme un formidable nageur de brasse de circonstance (à la Florent Manaudou, soit dit en passant, ou à la Roland Schoeman) mais aussi un grand « quatre nageur ». Il apparaissait (et était sans doute) plus résistant, parce qu’un 200 yards quatre nages exige quand même un minimum de ressources dans le domaine. D’ailleurs, l’été 2017, aux championnats US, Caeleb nageait un 200 mètres en 1’47s45, une performance hors d’atteinte d’un « pur  » sprinteur, et, 6e de la finale, frôlait la qualification dans le relais US pour Budapest…  Dressel, version 2017, était assez costaud sur les distances moyennes. 

Je ne sais si Dressel a perdu un peu de la résistance démontrée l’an passé, mais en tout cas il n’a pas été utilisé ce week-end sur le quatre nages. On l’a, comme dans son programme de 2016, dirigé sprint-sprint-sprint.

Et ça a payé sur 50 : passer en une journée, par étapes, à 18s11, 17s81 et 17s63 en partant de 18s20, limite absolue d’il y a deux ans, rapporté à son 40 secondes – une telle progression indiquait un possible 39s, voire même un 38s8 ou 38s9. Il n’était pas interdit de rêver. Mais rapporté au 40s46 de 2016, ce surcroit de vitesse de base donnait un possible 39s5 et à tout le moins un passage sous les quarante.

Il est toujours gênant de dire, après un exploit comme celui de Dressel, qu’il aurait pu faire mieux, et de toute façon, ce n’est pas sûr. Cent dix minutes plus tard, il s’élançait troisième relayeur du quatre fois 100 de son équipe. Et réalisait un parcours lancé en 40s25 à fond la caisse, vu qu’il n’était pas en tête et ne parvint pas à remonter à la première place…

Je crois que Dressel, quoique surhumain par certains côtés, commençait à fatiguer…

100 YARDS. – 1. Caeleb Dressel, Florida, 39s90 (18s96 + 20s94); 2. Ryan Held, North Carolina State, 41s08 (19s54 + 21s54); 3. Justin Ress, North Carolina State, 41s49 (19s74 + 21s75); 4. Blake Pieroni, Indiana, 41s51 (19s54 + 21s97); 5. Jacob Molacek, North Carolina State, 41s55 (19s94 + 21s61); 6. Townley Haas, Texas, 41s67 (19s98 + 21s69); 7. Tate Jackson, Texas, 41s81 (20s17 + 21s64); 8. Santo Condorelli, USC, 42s34 (19s59 + 22s75).

Dans sa course individuelle, DRESSEL prenait une avance considérable d’entrée. A son passage en 18s96, son avance était presque incongrue, les autres finalistes s’étageant entre 19s54 (Ryan Held et Blake Pieroni) et 20s17 (Tate Jackson). Et il continuait de s’échapper vers l’avant. Effet de cette supériorité décourageante greffée sur une glisse de loutre ? Trois des finalistes furent moins vite qu’en qualification, où, il est vrai, ils avaient dû s’employer ferme en se disputant les seize places de finalistes (celles qui accordent des points à leurs équipes)…

Autre curiosité ? Zac Apple, vainqueur de la finale B en 41s36, nageait plus vite que le 3e de la grande finale.

 1650 YARDS : 1. Anton Ipsen, North Carolina State, 14’24s43 ; 2. Felix Auboeck, Michigan, 14’29s42 ; 3. Nick Norman, California, 14’30s82 ; 4. Zac Yeadon, Notre Dame, 14’35s98 ; 5. Marcello Acosta, Louisville, 14’38s22 ; 6. PJ Ransford, Michigan, 14’38s23.

Sur 1650 yard, Anton Orskov Ipsen, un étudiant Danois (ingénierie industrielle) en 4e année de North Carolina, s’impose devant Felix Auboeck, un Autrichien de Michigan, déjà 2e de la même épreuve l’an dernier, qu’il parvient à décrocher d’abord difficilement grâce à un train très proche du negative split (course en accélération). Pratiquement ensemble aux 900 et encore aux 1000 yards, les deux hommes sont séparés finalement de cinq secondes. Ipsen a terminé 5e de la même course en 2015 et en 2016…14 nageurs passent sous les 14’45s.

200 YARDS DOS.- 1. Austin Katz, Texas, 1.37s53 [23s01, 47s51 (24s50), 1.12s62 (25s11), 1.37s53 (24.91)]; 2. John Shebat, Texas, 1.37s94 [22s23, 46s42 (24s19), 1.11s63 (25s21), 1.37s94 (26s31)]; 3. Patrick Mulcare, USC, 1.38s43 [23s26, 47s99 (24s73), 1.12s72 (24s73), 1.38s43 (25s71)]; 4. Bryce Mefford, California, 1.38s48 [23s51, 48s03 (24s52), 1.13s12 (25s09), 1.38s48 (25s36)]

Du nouveau sur 200 yard dos, où deux étudiants de première année (freshmen) se placent respectivement premier (Austin Katz, de Texas) et quatrième (Bryce Mefford, de California. Katz, natif de Tarpon Springs, en Floride, 19 ans ce 19 mars, suit comme souvent une tradition familiale, son aînée Taylor (Florida) et son frère Alexander (Michigan) se sont fait payer avant lui leurs études par la natation. Lui-même a été médaillé de bronze aux mondiaux juniors et d’argent aux Jeux universitaires. Eddie Reese réussit à placer ses deux Texans 1 et 2 de la course, soit 36 points précieux pour gagner le classement par équipes !

 200 YARDS BRASSE.- 1. Ian Finnerty, Indiana, 1.51s08 [24s54, 52s30 (27s76), 1.21s08 (28s78), 1.51s08 (30s)]; 2. Andrew Seliskar, California, 1.51s17 [25s01, 53s58 (28s57), 1.22s03 (28s45), 1.51s17 (29s14)]

Ian Finnerty réalise le doublé 100 et 200 yards brasse. Sur la distance la plus longue, il se qualifie en 1’50s78 et ne parvient pas à nager aussi vite en finale, mais 1’51s08 sera suffisant pour la victoire.

Il s’en faut de peu, car après qu’il ait engrangé une longueur de corps d’avance sur Andrew Seliskar au virage de la mi-course, Seliskar revient et lui reprend pratiquement toute son avance, n’échouant qu’à six centièmes pour gagner. 

200 YARDS PAPILLON: 1. Andreas Vazaios, North Carolina State, 1.38s60 [(22s54, 47s95 (25s41),1.13s04 (25s09), 1.38s60 (25s56)]

Le Grec Andreas Vazaios triomphe sur 200 papillon en nageant à l’encontre de la pratique de la spécialité, s’efforçant à l’égalité d’allure. Il n’y parvient pas réellement, mais passe en 47s95 pour finir en 50s65, ce qui est démontrer un équilibre de train nettement meilleur que ses suivants, Switkowski, 47s12 et 52s43, et Vinicius Lanza, 47s47 et 52s28. Le record NCAA et national de Jack Conger, 1’37s35, n’est guère approché. 

4 FOIS 100 YARDS : 1 North Carolina State, 2.44s31 [Ryan Held, 19s51, 41s05; Justin Ress, 1.00s15 (19s10), 1.21s67 (40s62), Jacob Molacek, 1.41s05 (19s38), 2.2s69 (41s02), Coleman Stewart, 2.22s35 (19s66), 2.44s31 (41s62)]; 2. Florida, 2.45s73 [Khader Baqlah, 20s42, 42s28, Jan Switkowski, 1.1s90 (19s62), 1.23s53 (41s25), Caeleb Dressel, 1.42s56 (19s03), 2.3s78 (40s25);Mark Szaranek, 2.23s39 (19s61), 2.45s73 (41s95); 3. California, 2.46s54 [Justin Lynch, 19s88, 41s97; Andrew Seliskar, 1.1s82 (19s85), 1.23s81 (41s84), Ryan Hoffer, 1.43s08 (19s27), 2.5s (41s19); Michael Jensen, 2.24s56 (19s56), 2.46s54 (41s54).

Le record détenu par l’Université du Texas depuis l’an passé, 2’45s39, est battu à deux reprises, par le quatuor de Caroline du Nord, en séries, 2’44s75, et en finale, 2’44s31. Ryan Held est le plus rapide au start avec 41s05 (et 41s09 en série). Toujours pour North Carolina, Justin Ress nage 40s35 lancé en série (et 40s62 en finale). Pour Florida, Dressel nage 40s15 en séries, 40s25 dans la finale. Seul autre sous les 41 secondes lancé, Blake Pieroni, 40s77. Très grande densité, avec six nageurs au start sous les 42 secondes, sept lancés sous les 41s5.

TEXAS ET EDDIE REESE PLUS DIFFICILEMENT QU’EN 2017

Derrière les exploits de tel ou tel, de ce relais ci ou là, un autre match se joue, il est d’ailleurs le vrai match, celui des coaches. Une fois de plus, c’est Eddie Reese qui a gagné, Texas, à la onzième heure, ayant réussi à accumuler le plus de points. Malgré Dressel, Florida est seulement cinquième. C’est le système de pointage qui veut cela, parce qu’il accorde des points jusqu’au 16e classé. Un exemple ? Quand Dressel gagne les 100 yards, il marque 20 pts, et Florida marque 22 pts, ceux de Caeleb et deux de Khader Baqlah, 15e. Cependant, North Carolina marque 47 points en raison des places de 2e 3e et 5e de Ryan Held, Justin Ress et Jacob Molacek, et Texas en marque 30 avec Townley Haas, 6e,Tate Jackson, 7e, et Brett Ringold, 12e.

A l’arrivée, privé de ses plus grandes vedettes, Texas l’emporte quand même, mais moins brillamment qu’en 2017, où l’université, 542 pts, avait largement dominé California, 349pts. Ici, il s’en est fallu de moins de douze points, mais Eddie Reese s’en sort une nouvelle fois vainqueur.

Né le 23 juillet 1941, le vieil Edwin Charles Reese va-t-il rempiler ? Après 14 championnats NCAA, record absolu, il pourra prendre une retraite bien méritée. Dans le cas contraire, il aura toujours deux ans (moins un jour) de moins que le président de la FINA…

CLASSEMENT PAR EQUIPES D’ UNIVERSITES

1. Texas, 449pts; 2. California, 437.5pts; 3. Indiana, 422pts; 4. NC State, 385pts; 5. Florida, 347pts; 6. Southern California, 253pts; 7. Stanford, 205pts; 8. Michigan, 168.5pts; 9. Louisville, 156pts; 10. Georgia, 129pts; 11. Tennessee, 123pts; 12. Auburn, 98.5pts; 13. Alabama, 95pts; 14. Texas A&M, 75pts; 15. Minnesota, 67pts; 16. Arizona, 64pts; 17. South Carolina, 60pts; 18. Harvard, 58pts; 19. Purdue, 54pts; 20. Arizona State, 45pts; 21. Florida State, 42pts ; 22. Denver, 31pts ; 23. Missouri, 29pts ; 23. Notre Dame, 29pts ; 23. LSU, 29pts ; 23. Cornell, 29pts ; 27. Miami, 27pts; 28. Ohio State, 25pts; 29. Virginia, 19pts; 30. Penn State, 14pts; 31. Towson, 11pts; 32. Utah, 10pts; 33. Duke, 9pts; 33. Virginia Tech, 9pts; 35. Grand Canyon, 7pts; 36. U North Carolina, 6pts; 36. Hawaii, 6pts; 38. West Virginia, 2.5pts; 39. Iowa, 2pts; 40. Wyoming, 1pt; 40. Southern Methodist University, 1pt.    

NCAA 2018 (5) CAELEB DRESSEL L’IRRÉSISTIBLE A ENCORE FRAPPÉ

Éric LAHMY

Samedi 24 Mars 2018

Vendredi noir pour Hugo Gonzalez à Minneapolis où s’est achevée la magnifique troisième journée des NCAA 2018. Les séries des 400 quatre nages ont présidé à l’enterrement sans grandes pompes de ce garçon présenté (ici même d’ailleurs, mea maxima culpa) comme peut-être l’un des grands hommes de la compétition et qui termine dans les trentièmes dessous. Je ne lui en voudrai pas. Hugo Gonzalez n’est pas tenu à confirmer mes pronostics ou à tenir mes promesses !

Et ces qualification matutinales promeuvent Andrew Seliskar. Seliskar a été un petit génie des groupes d’âge, et a amélioré plus d’un record US de jeunes au début des années ‘10, ainsi sur 200 quatre nages, 100 et 200 brasse. Il est le nageur le plus recherché des recruteurs, en octobre 2014. Avant cela, il lui a fallu être sauvé par une poussée de croissance, vu qu’il mesurait 1,73m à 17 ans, 1,85 à dix-huit. Au bout de cette année, il a été élu meilleur nageur scolaire de l’année (côté filles, c’était Katie Ledecky) et a soudain entrevu un avenir de nageur.

Et puis, finalement, Seliskar n’est pas devenu le nouveau Michael Phelps.

LE PROGRAMME DE NATATION A CRÉÉ DES NAGEURS TRANSVERSAUX, QUI SONT LA NÉGATION DES SPÉCIALITÉS DANS LA MESURE OU ILS LES MAÎTRISENT TOUTES

Et la finale d’hier dément les pronostics du matin. La course revient à Abraham Devine, de Stanford, étudiant de troisième année comme Seliskar. Autoproclamé « avide jardinier », et 10e des 200 mètres quatre nages des mondiaux de Budapest en juillet dernier, Devine est un quatre nageur chevronné doublé d’un dossiste redoutable, en fait le dernier né d’une engeance qui pourfend notre idée pourtant tenace d’une séparation des différents styles, et nage, partout, très bien. Cette transversalité (couplée hier à une solide préparation) lui a offert un avantage déterminant. Abraham a répondu à l’attaque initiale de Seliskar en papillon, puis a pris ses distances dans un parcours de dos magistral, mettant dans le rouge si ce n’est dans le vent tous les finalistes, et contraignant Seliskar, défendant sa chance avec un cœur énorme, à un colossal effort pour recoller en brasse.

SELISKAR S’APPRÊTAIT À TOUT DÉVORER, MAIS C’EST DEVINE QUI VIENT DÎNER

A l’issue de quoi, Devine pouvait déployer une nouvelle attaque en crawl, déterminante. Seliskar, très fatigué, on imagine, se faisait prendre trois secondes dans le parcours de libre et se laissait piquer (nolens volens) la deuxième place par Nick Thorne, d’Arizona, lequel, étant plutôt un habitué des finales B, n’avait jamais atteint de tels sommets dans sa jeune carrière.

1. ABRAHM DEVINE, Stanford, 3.35s29; 23s03, 49s27 (26s24), 1.16s64 (27s37), 1.43s38 (26s74),2.14s17 (30s79), 2.45s16 (30s99), 3.10s46 (25s30), 3.35s29 (24s83).2. NICK THORNE, Arizona, 3.38s56; 23s11, 49s64 (26s53), 1.18s09 (28s45), 1.45s97 (27s88), 2.16s90 (30s93), 2.48s22 (31s32), 3.13s99 (25s77), 3.38s56 (24s57).3. ANDREW SELISKAR, California, 3’38s73 ; 22s70, 49s29 (26s59), 1.17s29 (28s), 1.44s82 (27s53), 2.14s87 (30s05), 2.45s36 (30s49), 3.12s21 (26s85), 3.38s73 (26s52).

CAELEB DRESSEL EST LE MAÎTRE DU CRAWL, LE PATRON DE LA BRASSE, L’EMPEREUR DES QUATRE NAGES, ET IL A PEUT-ÊTRE BON DOS, MAIS C’EST AUSSI LE PAPE DU PAP’

Caeleb DRESSEL, une fois sur son chemin, ne s’arrête pas. Après avoir réformé les 50 yards, le nouveau monstre sacré de la natation s’est attaqué au 100 papillon, et a pondu un autre chef d’œuvre. Ses 42s80 ne diront rien aux habitués des mètres, mais ils améliorent de façon décisive le record US que Caeleb détenait avec 43s58 et font penser qu’il est près d’améliorer le record du monde de la distance en mètres, et en grand bassin, de Michaël Phelps.

Ils ont été accueillis par un puéril « premier sous les 43 secondes », nous ne raisonnons plus que comme ça, pauvres hommes de statistiques que nous sommes. Ce qui nous intéresse cependant dans ce chiffre, c’est qu’il rapproche le record de nage papillon à 2s58 du crawl. Inusité : autre signe que le record du 100 va exploser à son tour, pour être amené autour de trois secondes, comme il en va d’habitude, par les soins du même Dressel.

À CHAQUE INSTANT DE SON EFFORT CAELEB A CONTINUÉ DE DISTANCER SES ADVERSAIRES

Il est passé en moins de vingt secondes, revenu en 22s81, et à chaque instant de son effort, a continué de distancer les autres finalistes. Que dire de plus ? Dressel représente une classe à part, une avancée dans l’avenir de ce sport, un aventurier du futur, le chaînon manquant entre l’homme et le dauphin, que le grand Murray Rose s’était amusé à envisager avec humour, quand il racontait ses promenades aquatiques et ses glissées bodysurfées sur les vagues de Bondi Beach.

Derrière, on est très loin, et Joseph Schooling, le champion olympique singapourien et « le nageur le plus doué » que son coach, Eddie Reese, n’a jamais vu, s’est retrouvé quatrième dans une finale où six nageurs cassaient les 45 secondes… J’avoue que j’aimerais savoir ce que Schooling pense de ça. L’an passé, après l’ouragan Dressel, il avait expliqué qu’il avait eu tort, après sa saison olympique, d’en avoir pris à son aise alors même qu’il annonçait que son but serait de battre le record du monde de Phelps. Et maintenant ?

1. CAELEB DRESSEL, Florida, 42s80  [19s99, 42s80 (22s81)]2. JAN SWITKOWSKI, Florida, 44s49 [20s85, 44s49 (23s64)]3. VINI LANZA, Indiana, 44s50 [20s81, 44s50 (23s69)]4. JOSEPH SCHOOLING, Texas, 44s68 [20s75, 44s68 (23s93)]5. RYAN HELD, North Carolina State, 44s88 [20s55, 44s88 (24s33)]6. RYAN HOFFER, California, 44s93 [21s05, 44s93 (23s88)]

TOWNLEY, L’AS DES HAAS REPREND SON BIEN A BLAKE PIERONI

Bon, je ne vais pas me jeter des fleurs, et je ne dirai pas que j’avais “pronostiqué” la victoire de Townley Haas devant Blake Pieroni sur 200 yards. Loin de là. Mais je l’avais envisagée en sachant que Pieroni, dans le passé, s’était montré meilleur relayeur qu’individuel… Un lecteur m’avait enjoint hier à une certaine prudence quand j’avais parlé de la 2e place sur 200 de Haas derrière Pieroni (c’était dans le relais). Toujours est-il que Haas a gagné, a battu le record qu’il a repris à Pieroni et que celui-ci, sans vraiment démériter, n’a pas nagé sa plus belle course : au lieu de se lancer carrément devant comme dans le relais, il l’a, semble-t-il, jouée tactique, passant une demi-seconde moins vite que dans son relais aux 100 comme aux 150 et n’a jamais pu revenir sur un Haas qui, tout au contraire, passait plus vite que dans le relais, en 43s12 contre 43s74 et 1’6s18 contre 1’7s06.

1. TOWNLEY HAAS, Texas, 1.29s50 [20s64, 43s12 (22s48), 1.6s18 (23s06), 1.29s50 (23s32)].2. BLAKE PIERONI, Indiana, 1.30s23 [21s05, 44s03 (22s98), 1.6s93 (22s90), 1.30s23 (23s30)].3. ZACH APPLE, Auburn, 1.31s18 [21s22, 44s11 (22s89), 1.7s31 (23s20), 1.31s18 (23s87).

CONNAISSEZ VOUS IAN FINNERTY

Dressel a quand même perdu un record: celui des 100 yards brasse. Mais cela ne peut être compté comme une défaite, car Caeleb n’était pas dans la course. Le vainqueur, Ian Finnerty, un junior d’Indiana, a réussi 49s69 et effacé les 50s03 du Floridien. On a donc fêté le passage d’une nouvelle frontière chronométrique, c’est fou ce qu’il y en a dans ce sport !

Finnerty a été membre de l’équipe US, son record sur 100 mètres brasse est de 1’0s03 (encore une frontière à franchir ?) et n’a jamais fait mieux que 8e aux championnats d’été, sur 100 brasse. A Minneapolis, il a représenté la revanche des spécialistes face aux couteaux suisses, dont Dressel est l’expression la plus aiguisée…

1. IAN FINNERTY, Indiana, 49s69 [23s26, 49s69 (26s43)].2. CONNOR HOPPE, California, 51s16 [23s79, 51s16 (27s37)].3. CARSTEN VISSERI, USC, 51s28 [24s00, 51s28 (27s28)]. 

L’OUTSIDER COLEMAN STEWART GAGNE DEPUIS LA LIGNE N°1

Pas de record sur 100 yards dos, ce qui est une sorte d’originalité. Autre spécificité de cette course, elle est gagnée par Coleman Stewart, un sophomore de 19 ans presque fluet de 75kg pour 1,88m, qui pouvait difficilement éviter la natation, son père, son frère et sa sœur ayant nagé, qui pour Brucknell, qui pour Princeton, qui pour Darmouth.

Ici, Coleman, qui jusqu’alors n’a pas trop fait parler de lui, s’est qualifié avec le septième temps dans des séries très « compactes », chose qui rend les résultats finaux très aléatoires et difficiles à prédire, et a gagné la course, d’un centième de seconde, en évoluant dans sa ligne extérieure. Moins de huit dixièmes de seconde entre le vainqueur et le dernier…

1. COLEMAN STEWART, North Carolina State, 44s58; [21s61, 44s58 (22s97)]

2. JOHN SHEBAT, Texas, 44s59 [21s38, 44s59 (23s21)]

3. ANDREAS VAZAIOS, North Carolina State, 44s81 [21s66, 44s81 (23s15)]

4. AUSTIN KATZ, Texas, 44s99 [21s89, 44s99 (23s10)]

RELAIS 4 FOIS 50 QUATRE NAGES1. USC, 1.21s82 [Robert GLINTA, 21s15, Carsten VISSERING, 43s73 (22s58), Dylan CARTER, 1.3s33 (19s60), Santo CONDORELLI, 1.21s82 (18s49).

2. California, 1.21s88 [Daniel CARR, 20s85, Connor HOPPE, 43s86 (23s01), Justin LYNCH, 1’3s63 (19s77), Ryan HOFFER, 1.21s88 (18s25)]

Les meilleurs temps: en dos, PAUL UNGUR, Utah, 20s64 ; en brasse, CARSTEN VISSERING, USC, 22s58 ; en papillon, DYLAN CARTER, USC, 19s60 ; en crawl, CAELEB DRESSEL, Florida, 17s37).

NCAA 2018 (4): CAELEB DRESSEL ET LA LÉGENDE SÉCULAIRE DES 100 YARDS

Éric LAHMY

Vendredi 23 Mars 2018

Caeleb Dressel est sur le point de nager un 100 yards, en petit bassin, en moins de quarante secondes… Ce qui était encore avant-hier une supputation devient une quasi-certitude après ses énormes progrès en vitesse, démontrés sur 50 yards. Soyons clair. Nous serions déçus s’il n’améliorait pas les quarante secondes.

La minute avait été battue sur la distance en 1906, et John Weissmuller avait réalisé 51 secondes en 1927.

Charles Daniels avait été le premier nageur de sprint à utiliser le crawl. Il nageait au début de sa carrière un style primitif appelé over arm stroke où le mouvement de bras, presque crawl, s’appuie sur un ciseau de jambes. Mais il fut convaincu de la supériorité du battement quand il vit un certain Scott Leary progresser énormément en utilisant le tap tap pratiqué par les naturels des îles de la Sonde que des Australiens, les frères Cavill, avaient importé dans la « civilisation » et rebaptisé crawl (ramper) en raison de l’impression de « ramper dans l’eau » que donne cette nage…

Quand Duke Kahanamoku efface le nom de Daniels, c’est dans le bassin de 100 yards d’Honolulu, donc sans virage, mais en eau de mer, ce qui augmente la portance. Il va pousser le record de 54s8 à 53s. Au début, les Américains ne croient pas aux performances que Duke réalise dans son île lointaine, à Hawaii, et qui apparaissent sur les documents officiels. On ne peut pas croire qu’un « indigène » – Kahanamoku est un Noir des îles du Sud.… – puisse nager aussi vite. Comme Daniels, Kahanamoku est aussi un nageur olympique. Il gagnera le 100 libre des Jeux de 1912 et de 1920 et aucun autre nageur mâle n’a gagné le 100 libre aux Jeux olympiques à huit ans de distance…

CE RECORD QUI NE SERA JAMAIS BATTU…

John Weissmuller, qui prend la suite de Kahanamoku, est plus qu’un sprinteur. Il sera élu en 1950 nageur du demi-siècle, sera champion olympique du 100 et du 400 mètres aux Jeux olympiques de Paris, en 1924, battre un record mondial des 800 mètres et sera une année champion américain de grand fond.

Le doublé 100-400 sera renouvelé quarante ans après, en 1964, par Don Schollander, et nul ne le reproduira ensuite, même si, en 1972, Mark Spitz aurait été en mesure de le réaliser et si Ian Thorpe tentera le coup.

Quand Weissmuller nage les 100 yards en 51 secondes juste, en 1927, des observateurs qualifiés affirment que ce temps ne sera jamais battu. Il faudra seize ans pour les contredire.

Ce qu’ils ne savent pas, c’est que les progrès en natation sont la résultante d’une multitude de paramètres divers liés à la fois à des talents individuels d’exception et à des évolutions techniques (technique de nage et conditions de nage).

Et que la nage de Weissmuller, qu’ils croient être au sommet de la technique, est basée sur un nombre d’erreurs de jugement de son coach, liées à énormément d’ignorances de l’époque concernant les paramètres de la propulsion dans l’eau (et notamment l’ignorance des réflexions des coaches japonais, dont, barrage de la langue aidant, les occidentaux n’ont pas idée)…

Les façons d’apprécier les possibilités d’évolution sont très aléatoires. Quand en 1966, Michael Burton améliore le record mondial du 1500 mètres pour l’amener à 16’41s6, le jeune (45 ans) coach James Counsilman apostrophe son aîné, le vieux coach de Yale, alors à la retraite, Robert « Bob » Kiputh, 76 ans, et lui lance « ce record ne sera jamais battu ». La réponse fuse : « bientôt, des petites filles battront ce record. » Kiputh, à ce moment, n’a plus que six mois à vivre, il mourra le 7 janvier 1967. Mais c’est lui qui a raison !

LES NAGEURS COMPLETS ET LES ACROBATES DU PETIT BASSIN

Si le record officiel de Weissmuller reste à 51 secondes, Johnny, devenu professionnel, et interprète de Tarzan à Hollywood, va faire mieux. Vers 1938, il est défié par Walter Spence, alors champion des Etats-Unis, dans un 100 yards. Weissmuller s’est entraîné de façon atypique, en nageant dans des shows à grand succès précurseurs de la natation synchronisée avec une ancienne championne olympique de nage sur le dos, Eleanor Holm. Il enchaîne les shows, plusieurs par jour et parmi les exercices qu’il effectue, il nage tandis qu’Holm a posé ses pieds sur ses épaules : bel exemple de musculation dans l’eau.

La course sera chronométrée par deux spécialistes dont le fameux Buck Dawson, futur créateur du Swimming Hall of Fame. Weissmuller ridiculise le champion en titre et arrête les chronos à 48s2/5. Il faudra attendre un quart de siècle pour que quelqu’un, Jeff Farrell, le grand sprinteur des Jeux de 1960, nage aussi vite…

Après John WEISSMULLER et son tarzanesque 1,91m, arrive le temps d’Alan Ford, aux dimensions plus banales et que la guerre mondiale empêchera d’être champion olympique en 1944. Suit le grand Richard Cleveland, peut-être l’initiateur de la musculation. C’est un squelette de 66,5kg pour 2,04m, et son coach le confie à un parent, enseignant culturiste, pour lui donner la puissance physique qui lui permettra de battre les records des 100 yards et des 100 mètres (Cleveland sera le premier homme sous les 55 secondes)…

Les nageurs qui s’emparent du record se suivent et ne se ressemblent pas. Vous avez les nageurs complets, aussi à l’aise en grand qu’en petit bassin, comme Jeff Farrell, Stephen Clark, Zac Zorn, Andrew Coan, Ambrose Gaines, et les experts du petit bassin comme Ray Padovani, Dave Edgar, Duje Draganja… Et ceux soupçonnés de dopage comme Cesar Cielo et Vladimir Morozov !

 

HISTORIQUE DU RECORD DES 100 YARDS

(en bassin de 25 sauf quand signalé)

1’            Frederick LANE                     1902

57s2      Charles DANIELS                  1906                

56s        Charles DANIELS                  1906

55s4       Charles DANIELS                 1907

54s8       Charles DANIELS                 1910

54s6       Duke KAHANAMOKU          1913 (100 yards)

53s8       Duke KAHANAMOKU           1915  (100 yards)

53s2       Duke KAHANAMOKU           1915  (100 yards)

53s         Duke KAHANAMOKU           1917  (100 yards)

52s6      John WEISSMULLER           1922

52s4      John WEISSMULLER           1924

52s2      John WEISSMULLER           1925 (50 yards)

52s        John WEISSMULLER           1925 (100 yards)

51s        John WEISSMULLER           1927

50s6      Alan FORD                            1943

49s7      Alan FORD                            1944

49s3      Richard CLEVELAND           1952

49s2      Richard CLEVELAND           1952

49s        Rex AUBREY                         1956

48s9      Robin MOORE                       1956

48s2      Jeff FARRELL                       1960

47s9      Ray PADOVANI                      1960

46s8      Steve CLARK                          1961

(Virage culbute sans toucher à la main autorisé)

45s6      Steve CLARK                          1965

45s6      Ken WALSH                           1967

45s3      Zachary ZORN                       1968

(chronométrage électronique)

44s73     David EDGAR                         1971

44s69     David EDGAR                         1971

44s50     David EDGAR                         1971

43s99     Andrew COAN                       1975

43s39     Joseph BOTTOM                     1977

43s25     Andrew COAN                       1979

43s16     Rowdy GAINES                     1980

43s08     Rowdy GAINES                     1981

42s62     Ambrose GAINES, USA,       1981

42s38     Ambrose GAINES, USA,       1981      

42s36     Matt BIONDI                           1985

41s87     Matt BIONDI                           1985

41s80     Matt BIONDI                           1987

41s80     Anthony ERVIN                    2001

41s62     Anthony ERVIN                    2002

41s49     Duje DRAGANJA, Croatie,   2005

41s17     Cesar CIELO, Brésil,             2007

40s92     Cesar CIELO, Brésil,             2008              

40s76    Vladimir MOROZOV, RUS,    2013

40s46    Caeleb DRESSEL,                2016

40s00   Caeleb DRESSEL,                 2017

NCAA MESSIEURS 2018 (3): DRESSEL 17s63 SUR 50 YARDS, REJOINT LA LIGUE DES PHENOMENES, WEISSMULLER, SPITZ, LOCHTE, THORPE ET AUTRES PHELPS…

Eric LAHMY

Vendredi 23 Mars 2018

Vous le savez sans doute aussi bien que moi, Caeleb Dressel a encore frappé hier après-midi (la nuit dernière heure française) et fait passer son record des 50 yards de l’autre côté des dix-huit secondes. Nous l’avions laissé hier alors qu’il venait de faire passer le dit record de 18s20 à 18s11. On songeait voir un chef d’œuvre, mais ce n’était qu’un hors d’œuvre, une « mise en bouche ». Caeleb nageait 17s81, et 17s63!

Plus précisément, Dressel, dans les séries du relais quatre fois 50 yards, avait nagé 17s96 lancé. Puis dans les séries de la course individuelle, 18s11, premier record. Peu après, dans les séries des 4 fois 100 quatre nages, il terminait en crawl et en 40s27 lancé. En finale du relais quatre fois 50 yards, le soir, à 18h7, il passait sous les 18 secondes avec 17s81. A 19 heures précises, il enlevait la course individuelle en 17s63. Enfin, dans le relais de quatre nages, utilisé cette fois en brasse, il nageait en 50s62, et ramenait son équipe de Floride de la 16e place ex-aequo où la situait le parcours initial en dos de Bailey Main en 46s41, à la 5e, où ses équipiers en papillon et en crawl allaient la maintenir finalement…  

Ces perturbations des records montraient de la part de Caeleb Dressel un joyeux et tonique manque de respect vis-à-vis de l’histoire du sprint, où les progrès sont considérés voire admirés quand ils se comptent en centièmes de seconde et se voient à la loupe.

Là c’est 48/100e, une demi-seconde, de gagnés, ce qui est beaucoup sur une distance aussi rétrécie, et évoque un peu ce qu’Usain Bolt a réalisé dans un passé proche en course à pied sur 100 mètres ou 200 mètres plat : une sorte de révolution.

Pour Swim Swam, Coleman Hodges notait hier soir devant ce fait, ce coup double qui consistait à marquer l’histoire de ce sport en « passant sous les 18 secondes non pas une mais deux fois, que cela cimentait l’idée que se faisaient les fans de natation depuis au moins les finales NCAA en 2017, que Dressel était un talent générationnel unique et le plus grand nageur en yards de l’histoire. »

Laisser son second à plus d’une seconde dans une finale de NCAA réunissant tous les meilleurs sprinteurs universitaires, bien entendu, est assez étonnant, quoique cela pose une double question : Dressel est-il tellement supérieur ou bien est-ce que ce sont ses suivants qui sont un peu faiblards.

La réponse n’est pas simple, même si la « grandeur » de Caeleb ne laisse, de son côté, aucun doute… Mais Ryan Held, le deuxième de la finale à 18s64, effectue l’une des courses les plus rapides de l’histoire… Rappelons également qu’Ervin, champion olympique des 50 mètres en 2000 et seize ans plus tard devant Manaudou n’a jamais battu les 19 secondes…

Il est aussi frappant de noter qu’à travers l’ensemble séries-finales de ces 50 yards, la distance qui séparait Dressel d’Held, 1s01, équivalait à celle qui séparait Held de l’auteur du 40e temps enregistré dans cette journée, 19s64, Jack Smith, de l’Iowa !

Si tout le monde se concentrait sur l’idée que Dressel pourrait casser le « mur » chronométrique des 40 secondes aux 100 yards, personne n’aurait imaginé qu’il pourrait nager si vite sur la demi-distance. Ce qui parait sûr désormais, c’est qu’il pourra utiliser ce gros surcroit de vitesse pour parvenir à ses fins sur les 91,44m…

Si vous avez vu cette course en vidéo, vous noterez le vaste ascendant de Dressel sur ses adversaires dans tous les compartiments. S’il parait être avec tout le monde dans sa coulée de départ, le passage de la coulée sous-marine à la nage est l’occasion d’une surprenante supériorité (qui nous rappelle ce que pouvait faire Diane Buy-Duyet, particulièrement impressionnante dans ce secteur). Dressel, comme Buy-Duyet, opère un jaillissement vers l’avant au moment d’émerger, et accélère là où personne d’autre ne sait accélérer. Aussi remarquable, son virage, mais également la trajectoire de son retour aérien à l’« attaque » de bras, qui va chercher l’eau très loin devant.

Je vous recommande aussi la vidéo où Ryan Murphy, le double champion olympique de dos, décrypte Dressel, décrit de façon assez amusante sa conformation physique « d’un trait; l’homme n’a pas de fesses, pas de sinuosités, rien où l’eau peut le freiner » ce qui, toujours selon Murphy, lui permet de trouver facilement le mouvement le plus efficient, alors que lui, Murphy, doit sans cesse se contorsionner pour effectuer le mouvement propulsif et la position la moins freinatrice.

Murphy explique aussi que Dressel combine les éléments de deux différents départs qu’il utilise très bien.

Ce document, publié par le site Flo Swimming, « Why is Dressel so fast ? w/ Ryan Murphy se trouve sur You Tube :

 

Dressel a emmené une équipe de Floride particulièrement inspirée, qui a gagné un relais, le quatre fois 50 mètres, grâce à l’avance initiale que ses 17s81 leur ont donnée. Derrière, les sprinteurs de North Carolina State et de California se sont échinés en vain, finalement battus de 11 et de 17/100e, les 200 yard quatre nages, où Jan Switkowski, vainqueur en 1’39s54, et Mark Szaranek, 3e en 1’40s27, remplaçaient avec talent l’absence de… Caeleb Dressel, vainqueur l’an passé et détenteur du record de la distance, 1’38s13.

Mais le système de points qui préside aux NCAA et attribue des points aux 16 premiers autant en individuel qu’en relais (doubles points pour les relais) n’a pas permis aux Floridiens de mener, comme on aurait pu penser que les exploits de son leader leur auraient permis.

Au plan des équipes, la nouvelle, c’est que Texas aura du mal à l’emporter comme son équipe le fit ces trois dernières éditions. Seul Texan à s’imposer, sur 500 yards, Townley Haas a ajouté à sa 2e place sur 200 une victoire en 4’8s60, tout près du record NCAA, 4’8s42, de Clark Smith, et assez proche du record américain établi en novembre dernier par Zane Grothe, 4’7s25.

Dans le relais quatre nages, Indiana l’a emporté en 3’1s07 devant North Carolina, 3’1s76 et USC, 3’1s83. Les meilleurs nageurs style par style ont été : en dos, Coleman Stewart, NC, 44s74, devant Javier Acevedo, Georgia, 44s90 ; en brasse, Ian Finnerty, Indiana, 50s33, devant Caeleb Dressel, Florida, 50s62 ; en papillon, Ryan Held, North Carolina, 43s88, devant Jan Switkowski, Florida, 44s11, et Joseph Schooling, Texas, 44s33 ; en libre, Blake Pieroni, Indiana, 40s62, devant Justin Ress, North Carolina, 40s82, et Robert Howard, Alabama, également 40s82.

Par équipes, un « match à cinq » se dessine, entre Indiana, 169 points, North Carolina, 165 pts, Texas, 159pts, Florida, 154pts et California, 152,5pts.

NCAA 2018 (2) : CAELEB DRESSEL, SÉRIE GAGNANTE ET 18s11 AUX 50 YARDS, NOUVEAU RECORD, EN ROUTE VERS LES 39 SECONDES AUX 100 ?

Éric LAHMY

Jeudi 22 Mars 2018

Caeleb Dressel va-t-il « casser » les 40 secondes au 100 yards ?

Eléments de réponse très vite ce week-end, au centre aquatique Frreeman de Minneapolis.

Et déjà, dans les séries de qualification des 50 yards des championnats NCAA, Dressel nous donne à croire qu’il PEUT LE FAIRE.

Pourquoi ? Parce qu’il a amélioré le record US, avec un temps de 18s11. Il devance le second, Ryan Held, 18s69, d’une demi-seconde. L’ancien record appartenait à Dressel avec 18s20, depuis 2016. Gagner 0s09 sur 50 garantit-il un gain double sur le distance double ?

Non, mais. Cela facilite l’opération… Quatre-vingt minutes plus tôt, Dressel, partant en deuxième position dans le relais de Florida, avait accompli un 50 yards lancé en 17s96, démontrent là aussi sa différence de classe. Dans cette épreuve, le meilleur temps au start avait été réalisé par Ryan Held, de NC State, avec 18s87, le meilleur temps lancé par Justin Ress, également de NC State, 18s52.

Dressel est-il un nageur d’exception ? La question parait presque outrecuidante. Il n’y a personne aujourd’hui qui l’égale. Même les manipulateurs et les malhonnètes de la FINA n’ont pu s’empêcher de le bombarder nageur de l’année 2017.

Aucun nageur ne domine comme lui. Adam Peaty est hors normes, certes, mais sur une distance moins fondamentale, le 100 brasse. En dos, on avait un patron avec Ryan Murphy au sortir des Jeux olympiques mais il ne domine pas autant qu’Aaron Peirsol avait pu le faire en son temps. Dressel, lui, écrase tout son monde, qui détient non seulement les records du 50 et du 100 yards, mais aussi ceux du 100 yards brasse (50s03) et du 100 yards papillon (43s58), comme celui du 200 yards quatre nages (1’38s13).

A ce sujet, Dressel n’a pas été engagé dans le 200 quatre nages d’aujourd’hui, sans doute en raison de l’abondance d’efforts qu’il a été contraint de produire, peut-être aussi parce qu’il n’est pas aussi travaillé dans le sens de l’endurance qu’en 2017, où il visait, au-delà de la saison universitaire, celle d’été, avec les championnats du monde de Budapest où il s’est imposé au plan mondial.

Il qualifiait aussi en fin de matinée Florida dans le relais quatre fois 100 quatre nages, avec le meilleur temps des participants de nage libre, 40s27. Un seul autre crawleur battait, lancé, les 41 secondes, et c’était Blake Pieroni, 40s95, le tout nouveau recordman des 200 yards, qui dévoilait le surcroît de vitesse qui lui avait valu, la veille, de surprendre Townley Haas.

NCAA MESSIEURS 2018 (1).- BLAKE PIERONI TACLE TOWNLEY HAAS ET LUI SOUFFLE SON RECORD SUR 200 YARDS, 1’29s63 CONTRE 1’30s46

Éric LAHMY

Jeudi 22 Mars 2018

1’29s63 au 200 yards. La performance est presque insolite. Blake Pieroni, un étudiant en dernière année de l’Université d’Indiana, natif de Valparaiso (non pas au Chili mais dans l’Indiana), l’a réalisée au départ du relais quatre fois 200 yards de son équipe des « Hoosiers », ce mercredi, premier jour des NCAA 2018, qui se déroulent ce week-end au Jean K. Freeman Aquatic Center de Minneapolis, dans l’état du Minnesota.

47 ans après que Mark Spitz ait nagé la distance en moins de 1’40s (1’39s5), voici qu’elle est couverte en moins de 1’30s…

Le record, 1’30s46, appartient depuis 2016 à Townley Haas, qui nage pour Texas dans cette même épreuve. Pieroni réussit à le rétrécir de près d’une seconde. Haas a amélioré son temps record de 2016 de cinq centièmes, mais hier, 1’30s41 ne suffisaient pas.

Ces deux nageurs ont eu du mal à parfaitement équilibrer leur course:

Blake Pieroni  20s89, 43s53 (22s64), 1.6s45 (22s92)   1.29s63 (23s18).

Townley Haas,  20s87,  43s74 (22s87),  1.7s06 (23s32), 1.30s41 (23s35).

L’état d’esprit dans lequel les concurrents nagent les relais est moins tactique, plus tourné vers le record, parce que leur distance n’est pas nagée comme un tout, mais comme la partie d’un tout qui est le quatuor auquel ils appartiennent. Il ne s’agit donc pas seulement de gagner, mais de nager le plus vite, faire la plus  grande différence possible, pour faciliter le travail des autres relayeurs. Il en est que le relais transcende… Blake Pieroni doit être de ceux-là. Il a moins faibli sur la fin que Haas et cela a fait la différence entre eux…

Leurs équipes n’ont pas gagné, et c’est celle de la Caroline du Nord qui l’a emporte, grâce notamment à un 1’30s77 lancé de Justin Ress, lequel, quatrième relayeur, part un mètre derrière Ian Finnerty, d’Indiana, lui reprend toute son avance en cinquante yards et le devance à l’arrivée, 6’5s31 contre 6’6s01…

Pieroni ne s’en offusquera pas. « Il n’y a pas que des vainqueurs absolus », expliquait-il en l’espèce avec sagesse dans une interview recueillie par Swim Swam, ajoutant que son équipe avait amélioré son record de cinq secondes et n’avait donc qu’à se féliciter de son résultat collectif…

Dans ce contexte, les courses au start de Andrew Seliskar (Californie, 6e) en 1’31s28 et de Andreas Vazaios, North Carolina, 1ère) en 1’31s32, passaient un peu inaperçues…

Au physique, Pieroni n’a rien d’un monstre, il est seulement un athlète bien balancé, d’1,86m, pour 82kg.  Absolument satisfait de son exploit, il remet à plus tard son désir de fêter. « J’ai encore douze courses au programme » (du week-end), explique-t-il. Mais il a promis de s’extasier ensuite…

Son exploit fait certes de Pieroni le favori de la course individuelle, mais non pas un sûr vainqueur. L’an passé, déjà, il avait réussi en 1’30s87 le meilleur temps au départ du relais quatre fois 200 yards, mais avait été devancé par Haas en finale de la course individuelle. Haas avait nagé 1’30s65, Pieroni, 2e ex-aequo avec Dylan Carter, 1’31s16. 4e Dean Farris d’Harvard, 1’33s05. Pour mémoire, cette année là, Haas, dans le relais, avait été chronométré, lancé, en 1’30s42, ce qui est habituellement traduit par 1’31s12 au start.