À SANTA CLARA, KATIE LEDECKY RÉALISE LE GRAND ÉCART : TÊTE DE FILE SUR 200 (1’55s34) ET 1500 MÈTRES (15’35s65)!

Éric LAHMY

Lundi 5 Juin 2017

Alors que Michael PHELPS se présentait à Las Vegas au départ des « World Series » de poker, les autres nageurs américains montraient leur jeu à l’occasion du meeting Swim Pro d’Arena de Santa Clara (1-4 Juin 2017); constat d’une légère élévation du niveau moyen, pour les nageurs concernés par les championnats des USA de cette fin de mois (27 juin-1er juillet), même si, clairement, la plupart d’entre eux n’avaient pas abordé l’approche finale de leur préparation. La grosse performance a été réussie (bien entendu) par Katie LEDECKY, qui a gagné le 200 mètres en 1’55s34 et le 1500 mètres en 15’35s65, en négligeant de se montrer sur les autres distances, celles qu’elle domine largement comme le 400 et le 800, et celles où elle fait mieux que se débrouiller, le 100 libre et le 400 quatre nages.

Sur 200 mètres, fidèle à une habitude, elle ne négligea pas de nager vite, en séries: 1’56s25, temps hors de portée de toutes ses adversaires, passage en 57s12. En finale, elle se débarrassait immédiatement des autres finalistes et traçait sa route en 1’55s34. A l’arrivée, elle délestait la Suédoise Michelle COLEMAN de sa place de leader de l’épreuve pour 2017. COLEMAN avait nagé 1’55s64 à Stockholm en avril.

Le premier jour du meeting, LEDECKY avait écrasé le 1500 mètres, une distance qu’elle avait négligé de nager depuis le début de la saison, ce qui avait permis à l’Italienne Simona QUADARELLA, 16’10s61, puis à l’Espagnole Mireia BELMONTE, 16’8s73, et à la Hongroise Boglarka KAPAS, 16’4s19 de trôner successivement et fugitivement en haut des palmarès de… l’après 2016.

Là, on est sûr que nulle ne pourra l’y déloger, ses 15’35s65, loin d’être son maximum (son record du monde est accroché à 15’25s48 depuis les mondiaux de Kazan), sont hors de portée de tout autre humain nageant doté d’une paire de chromosomes XX.

LEDECKY mène aussi la danse, en 2017, sur 400 mètres (en 4’0s98) et 800 mètres (8’15s44). Et s’empare donc chronométriquement de toutes les distances olympiques au-delà du 100 mètres. Mais elle ne s’y est pas engagée à Santa Clara, comme si elle se souciait de laisser gagner les copines. A la différence de Katinka HOSSZU ou de Michael PHELPS, qui chalutent et ne laissent aucune miette, LEDECKY a le sens de l’ellipse et aime choisir (parfois). Parfois elle écrase, parfois elle glisse et laisse vivre… Ce sera une autre musique aux sélections US et aux mondiaux de Budapest.

 MESSIEURS.- 50 libre : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, Trojan, 21s97 ; 2. Ali KHALAFALLA, ind. IV-IN, 22s12; 3. Nathan ADRIAN, Can-PC, 22s27.

100 libre : 1. Nathan ADRIAN, Can-PC, 48s55; 2. Caeleb DRESSEL, Bolles, 49s26; 3. Michael JENSSEN, Cal-PC, 49s35; 4. Vladimir MOROZOV, Russie, Trojan, 49s40; 5. Marcello CHIERIGHINI, Brésil, 49s47; 6. Federico GRABICH, Argentine, 49s65.

200 libre: 1. Jay LITHERLAND, Dynamo, 1’49s28.

400 libre : 1. Clark SMITH, Longhorn, 3’49s40; 2. Jay LITHERLAND, Dynamo, 3’50s96; 3. Marcelo ACOSTA, Salvador, Louisville, 3’52s49.

800 libre : 1. Matias KOSKI, Dynamo, 8’0s29.

1500 libre : 1. Marcelo ACOSTA, Salvador, Louisville, 15’14s03; 2. Shogo TAKEDA, Japon, 15’17s23; 3. Shono NAKAYA, Japon, 15’17s24; 4. Ricard VARGAS JACOBO, Mexique, 15’17s83.

100 dos : 1. Ryan MURPHY, Cal-PC, 53s48; 2. Matthew GREVERS, Tucson, 53s90; 3. Gregory TARASEVICH, Louisville, 54s16.

200 dos : 1. Ryan MURPHY, Cal-PC, 1’57s09; 2. Jacob PEBLEY, Cal-PC, 1’57s41.

100 brasse : 1. Kevin CORDES, ind., 1’0s61; 2. Nicolas FINK, Georgia, 1’0s70.

200 brasse : 1. Josh PRENOT, Cal PC, 2’10s80; 2. Nicolas FINK, Georgia, 2’11s26; 3. Will LICON, Texas, 2’12s13; 4. Miguel DE LADA OJEDA, Mexique, 2’12s25; 5. Chase KALISZ, North Baltimore, 2’12s61, Kevin CORDES, ind., 2’12s67; 7. Carlos CLAVERIE, Cardinal, 2’13s39.

100 papillon : 1. Jack CONGER, Una, NCAP, 52s24 ; 2. Caeleb DRESSEL, Bolles, 52s29 ; 3. Tom SHIELDS, 52s58.

200 papillon : 1. Chase KALISZ, North Baltimore, 1’56s60; 2. Pace CLARK, Georgia, 1’56s75.        

200 4 nages : 1. Jay LITHERLAND, Dynamo, 2’0s48.

400 4 nages : 1. Jay LITHERLAND, Dynamo, 4’13s79 ; 2. Abraham DEVINE, Stanford, 4’17s57

DAMES.- 50 libre : 1. Kelsi WORRELL, Cardinal, 25s11; 2. Lia NEAL, Ind-Stanford, 25s12; 3. Abbey WEITZEIL, Cal-PC, 25s25.

100 libre : 1. Simone MANUEL, Stanford, 54s31 ; 2. Lia NEAL, Stanford, 54s64; 3. Siobhan HAUGHEY, Hong Kong, 54s84.

200 libre: 1. Katie LEDECKY, Stanford, 1’55s34; 2. Siobhan HAUGHEY, Hong Kong, 1’58s14; 3. Katie DRABOT, Stanford, 1’58s85; 4. Katie MCLAUGHLIN, Cal-PC, 1’59s11.

Passages de LEDECKY, 27s81, 56s81 (29s), 1’26s (29s19), 1’55s34 (29s34).

400 libre : 1. Katie DRABOT, Stanford, 4’8s07; 2. Cierra RUNGE, Wisconsin, 4’10s64.

800 libre : 1. Cierra RUNGE, Wisconsin, 8’29s27; 2. McKenzie PADINGTON, Island, 8’34s42; 3. Kristel KOBRICH, Chili, 8’34s75.

1500 libre : 1. Katie LEDECKY, Stanford, 15’35s65; 2. Kristel KOBRICH, Chili, 16’12s89.

100 dos : 1. Lylia MASSE, Windsor, Canada, 1’0s34 (en série, 1’0s12; 2. Regan SMITH, Riptide, 1’1s01; 3. Caroline BALDWIN, North Carolina, 1’1s15.

200 dos : 1. Hilary CALDWELL, Island, 2’9s20 ; 2. Regan SMITH, Riptide, 2’10s35; 3. Kylie MASSE, Windsor, 2’10s31; 4. Erin VOSS, ind-Stanford, 2’10s81; 5. Kathleen BAKER, In-MAC, 2’11s24 (en séries, 2410s79).

100 brasse : 1. Macarena CEBALLOS, Argentina, 1’8s02.

200 brasse : 1. Madisyn COX, Longhorn, 2’25s62; 2. Emily ESCOBEDO, Un-Rac, 2’26s91.

100 papillon : 1. Kelsi WORRELL, Cardinal, 57s44; 2. Elen MOFFIT, 58s99 (en séries, 58s83).

200 papillon : 1. Katie MCLAUGHLIN, Cal-PC, 2’10s35.    

200 4 nages : 1. Madisyn COX, Longhorn, 2’11s56; 2. Siobhan HAUGHEY, Hong Kong, 2’12s10.

400 4 nages : 1. Madisyn COX, Longhorn, 4’39s07; 2. Elizabeth BEISEL, Bluefish, 4’40s; 3. Alexandra SZEKELY, Stanford, 4’41s10.

AXEL REYMOND ET ANNA OLASZ SUPER-HEROS DE GRAVELINES

Éric LAHMY

Dimanche 4 Juin 2017

Pendant ces deux derniers mois, avril et mai, passés en Amérique du Nord, je m’étais fait cette remarque que pour y voir un bon film, l’une de mes tâches était d’éviter la profusion de super-héros dont le cinéma californien s’est donné pour mission de saturer les écrans. Je ne suis pas contre les mythologies, seulement un peu étonné de leur prolifération.

Dotés de ces pouvoirs issus des contes de fées, repris par Walt Disney, transmis par les romans de Tolkien revisités par J.K. Rowling, mâtinés de « pulp science fiction » Marvel, ces personnages affligés qui de griffes, qui d’une queue préhensible, d’orteils opposables, parfois d’exosquelettes, sans parler de lance-flammes incorporés, nous exposent seulement à un léger risque de crétinisation en masse.

Je ne sais pas si les choses sont liées, mais il n’est pas impossible qu’au bout d’un tel processus un peu prolongé, l’abrutissement finisse par conduire à l’élection d’un président super-zéro…

AXEL REYMOND TOUJOURS PLUS INOXYDABLE

Mais je me dis qu’on peut choisir ses héros.  Je ne serais pas loin d’attribuer à défaut de super pouvoirs, des pouvoirs supers aux nageurs de 25 kilomètres… Les dimensions de l’épreuve sont telles qu’elle dépasse le stature de l’humain moyen. Il ne s’agit pas bien sûr de stature physique, l’apparence de ces hommes poissons, de ces femmes sirènes, n’a rien de supranormale, ils n’ont ni écailles ni hélice incorporée ; c’est dans la « tronche » que ça se passe.

Murray Rose, qui, en son temps, pouvait gagner un 100 mètres ou un 15 kilomètres dans l’eau, expliquait que le choix par chacun de sa distance préférée était une question plus mentale que physique, et j’adhèrerais aisément à ce point de vue. Bien sûr, un muscle riche en « fibres lentes » qui fusille vos chances en sprint, est un avantage, en endurance. Mais après faut-il encaisser l’effort (de cinq heures pour les plus rapides) dans sa tête.

A Gravelines, les courses de 25 kilomètres achevaient dimanche les championnats de France 2017. Axel REYMOND enlevait l’épreuve masculine. Le champion d’Europe 2014 (à Berlin) et 2016 (à Hoorn, Pays-Bas), licencié à Clamart et entraîné à Fontainebleau par Magali Mérino, a maintenu régulièrement un niveau de performances élevé, ces dernières années. Il gagne ici, si mes comptes sont bons, son 9e titre national, malgré une spécialisation dans l’ultra long renforcée par les méthodes de sa coach. Axel devançait un très bon nageur de 1500 mètres hongrois, Gergely Gyurta (frère du champion olympique du 200 mètres brasse des Jeux de Londres). C’était, disons pour faire court, la victoire d’un exemplaire.

LARA GRANGEON À L’ÉPREUVE D’ANNA OLASZ

La course féminine a donné lieu à une demi-surprise : l’arrivée de Lara GRANGEON au sommet de la hiérarchie française. Quoique devancée par une bonne marathonienne hongroise, Anna OLASZ. 14e de la course des dix kilomètres des Jeux de Rio. OLASZ est devenue depuis la retraite d’Eva RISZTOV (championne olympique 2012), la nageuse d’avenir de son pays. C’est aussi une sorte de « miraculée ». Elle s’apprêtait à prendre sa retraite (à 23 ans) quand la disqualification d’une Russe pour dopage la qualifia pour les Jeux ! GRANGEON a presque fait jeu égal avec elle, terminant à seulement quatre longueurs, ce qui n’est guère grand-chose après cinq heures et demie d’effort.

On savait certes que la Néo-Calédonienne était d’une redoutable endurance. Mais jusqu’ici, son palmarès l’honorait de quelques distinctions qui ne sortaient pas du bassin, en championnats d’Europe petit bassin, sur des distances comme le 200 papillon et le 400 quatre nages. En Nouvelle-Calédonie, cependant, elle ne dédaignait pas les traversées les plus improbables. Dans ses Antipodes, elle avait réalisé quelques exploits sur les très longs efforts.

En avril 2016, c’est ainsi qu’elle avait remporté, en mer, avec la houle et le vent, la traversée Phare Amédée – Nouméa, 18 kilomètres en un peu plus de 4 heures 12 minutes, et battu de plus de vingt-six minutes le record masculin de ce raid. Plus récemment, en janvier dernier, elle devenait championne de France des 5 kilomètres.

Sur son site de Facebook, la nouvelle championne de France faisait état de sa joie en termes rafraichissants :

« 5h 29minutes 17 secondes ! On pourrait retenir ce temps pour qualifier cette magnifique course que je viens de vivre ! Mais je pense que c’est trop restreint de s’arrêter à ce chrono ! 25 kms c’est un tout. L’entraînement et les entraîneurs qui m’ont permis d’y croire jusqu’au bout, ma famille, mes amis, mon club, des exemples comme Axel qui nous donne l’envie d’y croire en nous faisant rêver. Merci à tous pour vos encouragements avant, pendant la course, et vos félicitations ! Ce furent 25 kms de bonheur, vraiment ! »

A priori, GRANGEON (comme REYMOND) devrait être qualifiée pour les mondiaux de Budapest, ce qu’elle n’avait pas réussi à travers les courses en piscine des France de Schiltigheim. C’est tout le mal qu’on lui souhaite !

 MESSIEURS. 25 KILOMETRES : 1. Axel REYMOND, Clamart, 5h2’26s9 ; 2. Gergely GYURTA, HUN, 5h2’45s5; 3. Marcel SCHOUTEN, NED, 5h4’34s5; 4. Bertrand VENTURI, Sète, 5h13’3s70 ; 5.

Kristof RASOVSZKY, HUN, 5h13’59s ; 6. Xavier DESHARNAY, CAN, 5’14’49s1 ; 7. Edouard LEHOUX, Vikings Rouen, 5h14’55s5; 8. Maxime MAETZ, Clamart, 5h16’12s1; 9. Baptiste COLMANT, Vikings Rouen, 5h17’21s; 10. Daniel SZEKELYI, HUN, 5h18’23s2.

DAMES.- 25 KILOMETRES.- 1. Anna OLASZ, HUN, 5h29’10s ; 2. Lara GRANGEON, Nageurs Calédoniens, 5h29s17s9 ; 3. Caroline JOUISSE, Bourges, 5h33’49s9 ; 4. Katalyn SOMENEK OLON, HUN, 5h34’15s1 ; 5. Greta SZILVASI, HUN, 5h37’6s6 ; 6. Morgane DORNIC, CN Morlaix, 5h37’32s9 ; 7. Adeline FURST, Dauphins Obernai, 5h41’54s6 ; 8. Emilie CAHUZAC, PTT Toulouse, 5h44’7s2 ; 9. Margaux BERNARD, Montpellier Métropole, 5h44’43s ; 10. 10. Laura BURYCZ, Alliance Dijon, 6h4’6s6.

GRAVELINES: UN ÉNORME LOGAN FONTAINE DE DIX-HUIT ANS « DOMPTE » LE PODIUM OLYMPIQUE DE RIO

ÉRIC LAHMY

Dimanche 4 Juin 2017

S’étant trouvé, avant-hier, battu dans les 10 kilomètres des championnats de France d’eau libre à Gravelines, et écarté de ce fait de la sélection aux championnats du monde de Budapest, il semble que Logan FONTAINE se soit laissé aller à bouillir d’une sainte rage. Le jeune phénomène de la natation française avait de quoi. Il se retrouvait troisième, non qualifié pour les championnats du monde de Budapest dans l’épreuve olympique puisque précédé par Marc-Antoine OLIVIER et David AUBRY. Or le protégé d’Eric Boissière avait une « bonne » excuse, s’étant blessé d’entrée du dix kilomètres. « Le départ se fait dans l’eau, en poussant contre un ponton, et Logan a poussé légèrement en retard sur les autres, expliquait BOISSIERE. Or, la pression exercée sur le ponton un éclair de temps plus tôt par la soixantaine de nageurs a fait reculer le ponton; Logan s’est retrouvé à effectuer un violent mouvement des jambes dans le vide, et s’est donné une élongation. »

D’entrée, donc, Logan se trouvait handicapé par la douleur qu’occasionnent ces micro-déchirures, et BOISSIERE, en suivant la course, notait que Logan, lequel d’habitude, provoque d’importants dégâts chez l’adversaire lorsqu’il « met le battement » en accélérant, ne trouvait pas son efficacité habituelle… dans un tel cas de figure, on doit considérer sa place à l’arrivée de la course des 10 kilomètres  comme une superbe performance.

Mais le jeune homme l’avait mauvaise. Il était venu ici, ayant fait sa niche chez les juniors auxquels il appartiendra encore l’année prochaine, avec l’intention de s’imposer parmi les adultes et se retrouvait dépité par son résultat.

Il mit à contribution la journée de repos du 2 juin pour se soigner, Eric Boissière ne l’engageant pas dans les relais, et se lança dans le cinq kilomètres « avec la rage », expliquait-il dans le petit entretien publié sur le site fédéral, où il ajoutait : « Je suis fier de ce que je viens de réaliser ! Il fallait que je me montre. Le 10 km m’a mis tellement mal. Je suis revenu avec la rage pour ce 5 km. Il faudra compter avec moi dans les prochaines années… »

Si Logan ne tenta guère un gros coup pendant la première moitié de son effort, il effectua une sorte de course d’attente aux avant-postes, ponctuée d’accélérations, à la lutte avec le Hongrois RASOVSKY lequel menait l’action et répondait à ses démarrages. La course se composait d’un aller et retour sur le plan d’eau, donc deux lignes droites de 2500 mètres avec virage autour d’une bouée. C’est là qu’il décida d‘attaquer, et il n’y mit pas la moitié de son énergie. « Il effectua un virage très véloce, passant pratiquement sous la bouée, et lança son premier démarrage. Il prit les devants, et il s’est mis à produire tellement d’énergie que je me demandais s’il tiendrait. Le champion olympique Ferry WEERTMAN s’y mettait à son tour, et Marc-Antoine OLIVIER aussi, qui tentaient tous deux de recoller, à plusieurs reprises. Mais à chaque fois, Logan relançait une nouvelle accélération, et au bout d’un certain moment, WEERTMAN lui-même (tout champion olympique et vainqueur l’avant-veille des 10.000 mètres) explosait. »

Gagner est une chose, mais gagner devant les nageurs qui étaient présents sur le plan d’eau de Gravelines en est une autre : Logan venait de dominer Marc-Antoine OLIVIER, le médaillé de bronze des Jeux olympiques, Ferry WEERTMAN, le champion olympique, Jack BURNELL, à la disqualification de qui OLIVIER dût sa médaille aux Jeux.

Le temps de 52’25s est en soi très rapide. La course des 5 kilomètres féminins fut aussi menée tambour battant, qui revint à Aurélie MULLER, notre championne du monde, après un duel contre l’Allemande BECK, une immense araignée (1,83m, 64kg selon les sources officielles) allemande de Würzburg, plus connue pour ses nombreux titres nationaux sur 1500 mètres, et de ce fait potentiellement redoutable au finish (n’oublions pas que pour un nageur d’eau libre, 1500 mètres est synonyme de: sprint)… Aurélie MULLER, qui est maintenant notre meilleure nageuse de 1500 mètres, n’étant pas trop mal pourvue de ce côté-là non plus, laissa BECK à une longueur. Océane CASSIGNOL finissait troisième… La course avait été désertée par l’Américaine Haley ANDERSON, gagnante l’avant-veille des dix kilomètres, double championne du monde des 5 kilomètres (2013 et 2015) et donc tenante du titre mondial: « les Américains ont quitté Gravelines le lendemain des 10 kilomètres pour visiter la région. Ils étaient bel et bien engagés, mais ils n’ont pas dû retrouver le chemin de retour, car on ne les a jamais revus » expliquait en riant un organisateur… 

Qui sait, en train de visiter le Louvre? 

MESSIEURS.- CINQ KILOMETRES.- 1. Logan FONTAINE, Vikings de Rouen, 52’25s9 ; 2. Marc-Antoine OLIVIER, Denain Porte du Hainaut, 52’28s2 ; 3. Ferry WEERTMAN, Pays-Bas, 52’40s2 ; 4. Jack BURNELL, GBR, 52’45s ; 5. Kristoff RASOVSZKY, HUN, 52’43s3; 6. Soren MEISSNER, GER, 52’59s10; 7. David AUBRY, Montpellier Métropole, 53’5s; 8. Mark PAPP, HUN, 53’19s; 9. David BRAND, AUT, 53’23s70; 10. Marcel SCHOUTEN, NED, 53’24s2.

DAMES.- CINQ KILOMETRES.- 1. Aurélie MULLER, Sarreguemines, 57’16s6 ; 2. Leonie Antonia BECK, GER, 57’18s10 ; 3. Océane CASSIGNOL, CFR-Occitanie, 58’35s4 ; 4. Danielle HUSKISSON, GBR, 58’41s40 ; 5. Lisa POU, Monaco, 58’42s3 ; 6. Léa MARCHAL, Montpellier Métropole, 58’47s3 ; 7. Coralie CODEVELLE, Sarcelles, 58’47s9 ; 8. Melinda NONVMATH, HUN, 58’55s40 ; 9. Alice DEARING, GBR, 59’19s6 ; 10. Janka JUHASZ, HUN, 59’23s1.

EAU LIBRE, CHAMPIONNATS DE FRANCE A GRAVELINES GEERT WERTMAN ET HALEY ANDERSON VAINQUEURS DES 10 KILOMÈTRES DEVANT MARC-ANTOINE OLIVIER ET AURÉLIE MULLER

Éric LAHMY

Vendredi 2 Juin 2017

Pour ma correspondante Germaine Necker, qui adore résumer les choses, la conclusion des championnats de France d’eau libre s’écrit en une ligne de courriel : « Philippe Lucas qualifie Aurélie Muller, Océane Cassignol, Marc-Antoine Olivier, David Aubry aux Championnats du monde de Budapest. » Elle sait aller à l’essentiel et a l’art de la synthèse, la Germaine en question, et c’est vrai qu’après ça, on a envie de déclarer : la messe est dite, ou encore : fermez le ban. L’eau libre française a tendance à se résumer aux troupes du presqu’ermite de Narbonne recasé à Montpellier. Saint Luc, son patron, était l’auteur du troisième Evangile, mais lui, dans l’angle de vision qu’a emprunté Germaine, aurait tendance à occuper la nef et le transept, sans oublier les chapelles et bien sûr la piscine liturgique !

Necker a l’art de faire court, mais je préconiserais de prolonger le discours, ne serait-ce que par respect pour des filles et des garçons qui prennent leur temps et n’ont pas craint de s’avaler deux heures de course dans un lac, à l’ombre d’une centrale nucléaire. Deux heures, c’est le temps d’un marathon, et en durée, en vaillance et en dépense énergétique, 10 kilomètres dans l’eau en valent bien quarante sur le plancher des vaches !

Mais ce n’est pas que ça. Pour des raisons qu’on n’a pas toutes identifiées, les championnats de France de grand fond, pardon, d’eau libre, qui se sont tenus à Gravelines – nouvelle Mecque de la discipline ? – ont connu un succès sans précédent. Les dix kilomètres, ce 1er juin, ont réuni 161 concurrents, garçons et filles réunis. Bon, pour la plupart des Béotiens parmi lesquels je me range, tu me dis 159, 36 ou 372, ça ne fait pas tilt dans l’encéphale. Mais l’an passé, ils-elles n’étaient que 106, ce qui nous donne une augmentation d’effectifs d’exactement 51,3%.

Pour être plus précis dans cette comptabilité d’effectifs, on note au départ des 10 kilomètres 95 garçons et 66 filles, contre 65 garçons et 41 filles l’année précédente. Mais l’augmentation la plus remarquable concerne la concurrence étrangère, qui, de 9 garçons et cinq filles en 2016, passe à 29 hommes et 21 femmes cette année. Les raisons de cet afflux, à défaut d’être exactement repérées, peuvent être imaginées. L’élévation du niveau de l’eau libre française fait savoir au monde que la compétition sera disputée, ce qui augmente son pouvoir attractif. On peut penser aussi que l’organisation, sur sol européen, à quelques semaines des championnats du monde de Budapest, aimante les équipes de tous les pays sur le vieux continent. Il doit y avoir aussi l’effet Stéphane Lecat, qui se démène depuis des années pour la discipline et qui est connu comme le loup blanc au sein du petit peuple de la natation de longue distance…

L’un des résultats de cet afflux massif a été que l’organisation, quoique solide, a manqué d’être débordée sur certains chapitres logistiques. Mais finalement, tout s’est bien passé. « Soleil, plan d’eau au top », me signalait à l’issue de la journée Didier SEYFRIED, passé voici deux ans de la recherche à un poste de CTN d’eau libre sur l’Île-de-France.

Va falloir assumer aussi sur 5 kilomètres, épreuve plus populaire parce que moins inhumaine, distance qui bat tous les records d’engagement, 222 (129 hommes, 93 femmes). Beaucoup plus que le terrible 25 kilomètres, riche quand même de 53 engagés, 34 garçons et 19 filles. Faut aimer ça !!!

MARC-ANTOINE OLIVIER ET AURÉLIE MULLER BRILLANTS SECONDS ET CHAMPIONS DE FRANCE

Étrangement, les communiqués officiels ont présenté les résultats des courses du 1er juin comme des victoires françaises de Marc-Antoine OLIVIER et d’Aurélie MULLER, ce qui tend à faire croire que les courses ont été empochées par nos représentants, ce qui n’est pas le cas, et représente un de ces effets de communication que Galaxie Natation aime tant. Les épreuves ont été remportées en fait par le Néerlandais Ferry WEERTMAN et l’Américaine Haley ANDERSON. En revanche, les titres français ont bien été remis à leurs brillants seconds.

 WEERTMAN a gagné dans le temps de 1 heure 52 minutes une seconde. Ce gaillard, qui n’est autre que le champion olympique de Rio, l’an dernier, et donc jusqu’à plus ample informé le patron de la discipline (même s’il est plus connu dans son pays pour sa relation très photographiée avec Ranomi KROMOWIDJOJO), ayant été champion d’Europe 2014 à Berlin et vice-champion du monde 2015 à Kazan, a devancé d’une longueur Marc-Antoine OLIVIER, 1h52’1s8 contre1h52’4s3, lequel OLIVIER précédait David AUBRY et Axel REYMOND, assez proches, 1h52’6s et 1h52’8s. Le junior Logan FONTAINE suivait, 1h52’9s1. Axel REYMOND avait mené l’attaque de bout en bout, mais ce spécialiste des très longues distances manque relativement de vitesse et cela s’est vu dans l’emballage final.

La victoire dans la course féminine est revenue à l’Américaine Haley ANDERSON, une redoutable ondine qui nage aujourd’hui à Santa Clara. Après une belle carrière adornée de plusieurs titres américains sur 400, 800 et 1500 mètres, elle s’est imposée à partir de 2010 comme une grande marathonienne… Médaillée d’argent olympique en 2012 (derrière la Hongroise Eva Risztov), championne du monde des 5 kilomètres à Barcelone en 2013, elle remporta en 2014 la course des PanPacifics, où elle finit aussi 8e des 800 mètres. Encore championne du monde des 5 kilomètres à Kazan, où elle conserva donc son titre, et neuvième des 10 kilomètres (course remportée par Aurélie Muller devant la championne d’Europe Sharon Van Rouwendaal) elle termina 5e, aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, à quarante-huit secondes de Sharon Van Rouwendaal, pour n’avoir pas pu prendre le « bon wagon » à la suite de notre Néerlandaise préférée. Cette fois Anderson, toujours dans une bonne disposition après les sélections US pour les mondiaux, n’a pas raté le peloton, et sa vitesse terminale lui a donné la victoire en 2 heures et 3 secondes, devant MULLER, 2h3s2, Sharon VAN ROUWENDAAL terminant à une longueur (2h5s5). Une jeune Américaine, Isabella RONGIONE, 2h10s, 4e, devançait largement Océane CASSIGNOL, qui en 2h29s10, précédait pour sa part Rebecca Wilke MANN, et entrait elle aussi dans l’équipe qualifiée à Budapest, grâce à une remontée finale.

DAMES.- 10 kilomètres : 1. Haley ANDERSON, USA, 2h0’3s ; 2. Aurélie MULLER, FRA, CN Sarreguemines, 2h0’3s2 ; 3. Sharon VAN ROUWENDAAL, NED, Montpellier Métropole, 2h0’5s5 ; 4. Isabella RONGIONE, USA, 2h0’10s ; 5. Océane CASSIGNOL, FRA, Montpellier Métropole, 2h0’29s1 ; 6. Rebecca Wilke MANN, USA, 2h0’30s ; 7. Alice DEARING, GBR, 2h0’33s5 ; 8. Cathryn SALLADIN, USA, 2h0’35s7 ; 9. Anna OLASZ, HUN, 2h1’22s3 ; 10. Adeline FURST, FRA, Dauphins Obernai, 2h1’22s4; … 16. Morgane DORNIC, Morlaix, 2h5s07s6 ; 17. Lisa POU, Monaco, 2h5’32s6; 18. Emilie CAHUZAC, Toulouse, 2h6’3s90;… 20. Caroline JOUISSE, Bourges, 2h7’11s; 21. Alexia SAUREL, Nantes, 2h7’12s4.

MESSIEURS.- 10 kilomètres: 1. Ferry WEERTMAN, NED, 1h52’1s8 ; 2. Marc-Antoine OLIVIER, FRA, Denain Porte du Hainaut, 1h52’04s3 ; 3. Jack BURNELL, GBR, 1h52’6s ; 4. David AUBRY, FRA, Montpellier Métropole, 1h52’6s2 ; 5. Axel REYMOND, FRA, CSM Clamart, 1h52’8s ; 6. Logan FONTAINE, FRA, Vikings de Rouen, 1h52’9s1 ; David HERON, USA, 1h52’12s ; 8. Simon LAMAR, USA, 1h52’13s7 ; 9. Kristof RASOVSZKY, HUN, 1h52’21s8 ; 10. Marcel SCHOUTEN, NED, 1h52’23s8; 11. Brendan CASEY, USA, 1h52’24s6 ; 12. Caleb HUGHES, GBR, 1h52’30s; 13. Daniel SZEKELY, HUN, 1h52’49s80.

UNE ÉQUIPE DE FRANCE FRAGILE COMME UN ESPOIR

Éric LAHMY

Lundi 29 Mai 2017

On se fascine un peu sur les noms des nageurs sélectionnés pour les mondiaux de Budapest, et c’est vrai qu’on ne risque pas de s’encombrer de médailles au retour.

Ces sélectionnés français, tels que les désignent les critères de qualification, sont :

Geoffroy MATHIEU, Stade Clermont Natation, 200 dos. 1’57s04, 11e mondial

Charlotte BONNET, Nice Olympique, 200 libre, 100 libre.

Aurélie MULLER, Sarreguemines, 1500 mètres.

Béryl GASTALDELLO, Marseille, 100 papillon, 100 dos.

Mehdy METELLA, Marseille, 100 libre, 100 papillon.

Jérémy STRAVIUS, Amiens, 50 dos.

Camille LACOURT, Marseille, 50 dos.

Mathilde CINI, Valence, 100 dos.

Mélanie HENIQUE, Amiens, 50 papillon.

 ***Geoffroy MATHIEU, auteur du coup d’éclat qu’on sait sur 200 dos, en 1’57s04, ne devrait pas, sur le papier, entrer en finale des championnats du monde. Devant lui, que du lourd : 1). Evgeny RYLOV, Russie, 1’53s81, 2). Jiayu XU, Chine, 1’55s03, 3). Kliment KOLESNIKOV, Russie, 1’55s49 (record du monde juniors), 4). GuangYuan LI, Chine, 1’55s53, 5). Jacob PEBLEY, USA (1), 1’55s56, 6). Ryan MURPHY (1), USA, 1’55s82, 7). Kosuke HAGINO, Japon, 1’56s39, 8). Matteo RESTIVO, Italie, 1’56s66, et 9). Joshua BEAVER, Australie, 1’56s95, ne  lâcheront rien, ce sont presque tous des vieux pros, renards de l’olympiade passée, et on ne peut espérer une défaillance collective dans ce groupe talentueux. Geoffroy, à Strasbourg, a épaté son monde et gagné deux secondes en une course, ce qui est magnifique, mais on ne peut espérer un progrès équivalent à sa prochaine sortie (on aimerait, car ce serait la source d’une possible médaille !).

Et puis il devra faire attention derrière lui, où se serre une phalange aussi compacte : Ryosule IRIE, Japon, un ancien recordman du monde, 1’57s06, Danas RAPSYS, Lituanie, 1’57s08, Adam TELEDGY, Hongrie, 1’57s08, Christian DIENER, Allemagne, 1’57s54, je ne vais pas tous les citer, vous les trouverez tous alignés et prêts à mordre dans le Swim World Rankings de Tyr, qu’accueille le site de Swim Swam – https://swimswam.com/ranking/2016-2017-lcm-men-200-back/ – j’en compte onze, à deux par nations, à une seconde ou moins,, et parfois beaucoup moins, de lui.

***Charlotte BONNET est superbement placée sur 200 mètres avec son temps de 1’55s80, troisième derrière Michelle COLEMAN, Suède, 1’55s64, et Emma McKEON, Australie, 1’55s68. Alors, médaillable ? La réponse est résolument normande : ni oui, ni non. N’ayant pas tendance à croire au Père Noël, je n’imagine pas aisément Charlotte devançant à Budapest Federica PELLEGRINI, l’Italienne, et Katie LEDECKY, l’Américaine, qui la suivent actuellement sur le bilan de l’année avec 1’55s94 et 1’56s26. Mais bon, PELLEGRINI a un an de plus qu’en 2016, et l’âge ne joue plus en sa faveur. De plus, en sport, le statut ne vous protège pas, et quand quelqu’un outrepasse la limite d’âge ou la tolérance de son organisme ou de son mental, cela se constate d’un seul coup, on l’a vu chez nous avec BOUSQUET, GILOT ou LACOURT qui ne se survit plus que sur 50 dos, en Australie avec Cate CAMPBELL, avec Emily SEEBOHM, aux USA avec Missy FRANKLIN, en Lituanie avec Ruta MEILUTYTE. L’Italienne n’est d’ailleurs pas sortie par la grande porte des Jeux, et on ne sait pas si sa persistance ne sera pas qualifiée d’entêtement en août prochain.

En revanche, sans pouvoir vous dire s’il y aura des surprises à Budapest, on peut craindre que les très jeunes Asiatiques, Rikako IKEE, Japon, 1’56s33, Duo SHEN et Yanhan AL, Chine, 1’56s71 et 1’56s72 ne montrent de nouveaux progrès (en fait, on trouve quatre Chinoises compactées, BingJie LI nageant 1’56s74 et Zixuan LIU 1’57s06, et je crois savoir qui va gagner sur quatre fois 200 à Budapest). Une bonne nouvelle pour la Niçoise, c’est que Sarah SJÖSTRÖM a laissé tomber le 200 mètres pour se concentrer sur ses courses fortes, 50 et 100 mètres papillon et crawl. Et Femke HEEMSKERK a un peu baissé la garde…

Ce qui parait sûr (pour autant qu’on puisse être sûr de quelque chose) c’est que BONNET, un modèle de perfectionnisme et de professionnalisme, va tout faire pour monter le plus haut dans cette course et qu’elle ne manque pas d’atouts à faire valoir. A suivre…

***Aurélie MULLER, avec 16’24s34 à Strasbourg, est 14e mondiale de la saison au 1500. C’est dire qu’elle n’a guère de chance de finale, d’autant que les deux Américaines ne se sont pas produites encore. De chic, je ne crois pas qu’elle nagera l’épreuve à Budapest, si cela peut contrarier le moins du monde ses chances en eau libre, son vrai domaine. C’est vrai aussi que les grands « fondeurs » disposent de capacités physiques et mentales hors-normes qui leur font tolérer des efforts qui nous laisseraient, vous et moi (surtout moi, d’ailleurs) hors de la route, les bras en croix et cul par-dessus tête !

***Béryl GASTALDELLO est 16e des listes sur 100 mètres dos. Son horizon le plus haut est donc celui d’une accession en demi-finales. Autant aux mondiaux de Kazan en 2015 qu’aux Jeux de Rio en 2016, pour des raisons que je ne peux élucider, Béryl ne s’est pas distinguée par sa capacité à se transcender à l’international. Elle est doublée sur la distance par ***CINI, qui est bien trop éloignée pour espérer passer en demi, sauf exploit bien entendu. Même situation de GASTALDELLO, par rapport à la grande compétition, sur 100 papillon, où elle réalise cependant à Strasbourg son record personnel (58s03, 15ème).

***Avec 48s23 sur 100 mètres libre, Mehdy METELLA, 6e mondial de la saison, ne s’est pas seulement imposé parmi le sprint français en raison de la régression générale due à la disparition d’une génération de surdoués. Le front a reculé, mais lui avance… Seules les deux têtes de séries, Duncan SCOTT, Grande-Bretagne, 47s90, et Duncan McEVOY, Australie, 47s91, sont hors de portée, même si autant Nathan ADRIAN, USA, 48s18, et Kyle CHALMERS, Australie, 48s20, – deux champions olympiques – sans oublier le Brésilien de l’année, Gabriel SILVA SANTOS, 48s11, ne peuvent être dédaignés. Beaucoup de monde derrière, mais METELLA a toutes ses chances d’aller en finale, et après, la course décidera.

Position également flatteuse du Guyanais de Marseille sur 100 papillon, 51s36, 3eme derrière Chad LE CLOS, Afrique du Sud, 51s29, et Zhuhao LI, Chine, 51s34. Ici encore, du beau monde, le champion olympique singapourien Joseph SCHOOLING en tête, qui a déclaré son intention, cette saison, de s’attaquer au record du monde, et les Américains, ne se sont pas exprimés, mais enfin METELLA est bien positionné.

***Camille LACOURT, 24s60, se situe 4e du 50 dos. Le devancent Jiayu XU, Chine, 24s42, Evgeny RYLOV, Russie, 24s52 et Junya KOGA, Japon, 24s53. Jérémy STRAVIUS, lui, est 6e avec 24s73, mais il n’est pas sûr qu’il nagera à Budapest, étant de plus en plus intéressé par son projet de reconversion amiénois dans un ensemble restaurant, piste de karting et terrain de bulle football (ou, au choix, bubble football, bubble soccer, bubble bump).

***Mélanie HENIQUE, 50 papillon, est 5e ex-aequo de l’année (avec Ying LU, Chine), avec 25s85, derrière Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 24s96, Rikako IKEE, Japon, 25s51 (record du monde junior), Kimberley BUYS, Belgique, 25s78, Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 25s84

(1). Les Américains ne seront sélectionnés qu’à leurs championnats nationaux, où ils sont susceptibles de nager plus vite. Il est très possible que ce seront ces deux hommes, nettement détachés…

LAURENT GUIVARC’H, RICHARD MARTINEZ, PHILIPPE DUMOULIN, CANDIDATS AU POSTE DE DIRECTEUR TECHNIQUE NATIONAL

Éric LAHMY

Lundi 29 Mai 2017

Alors que les championnats de France venaient d’accoucher, dans la douloureuse euphorie que provoquent toutes les parturitions, des neuf sélectionnés pour les mondiaux de Budapest, maigre, mais rien moins qu’inattendu butin, quelques couloirs bruissaient au sujet des quatre candidatures au poste de prochain Directeur technique national de la natation française – Richard MARTINEZ, 59 ans, actuellement entraîneur à Font-Romeu, Laurent GUIVARC’H, 37 ans, actuel DTN par intérim, et Philippe DUMOULIN, ancien DTN adjoint de Claude FAUQUET, aujourd’hui rattaché à la fédération française de volley-ball.

Il se pourrait qu’un quatrième candidat, sous toutes réserves, soit le cycliste Florian ROUSSEAU [ancien champion multi-médaillé, ex-responsable du pôle France Sprint à l’INSEP et depuis 2016 directeur adjoint de la mission d’optimisation de la performance, (où il semble que Jacques FAVRE, le DTN sur le départ ait fait acte de candidature)]. On parle encore au Ministère d’un « responsable du sport en entreprise » dont le nom ne nous a pas été communiqué.

Les candidats passent cette semaine leur « grand oral » au ministère. Le choix final (délicat) devra être fait par Gilles SEZIONALE, a priori sur une « short-list » qu’établira le ministère.

Pourquoi choix délicat ? Parce qu’outre Florian ROUSSEAU dont la carrière est impressionnante, entre l’entraîneur de Font-Romeu, l’ancien directeur adjoint de la natation et l’actuel titulaire, par intérim, du poste, je crois que chacun d’eux dispose de grandes qualités pour le poste, en fonction de son équation personnelle. MARTINEZ, fort de sa technicité d’entraîneur à succès et de sa grande expérience, qui a formé Oussama MELLOULI, entraîné Pierre ROGER, Camille LACOURT, Lara GRANGEON, Ophélie ETIENNE ; GUIVARC’H et DUMOULIN en raison de profils d’administrateurs à idées (aux yeux des observateurs), mais dans des étapes très différentes de leurs parcours.

Bien entendu, loin de nous l’idée de vouloir créer un « dream team », mais on peut imaginer ces trois fortes compétences associées à la Direction technique avec des missions respectives. Les résultats des championnats de France de Strasbourg, le week-end passé, qui rappellent la « belle » époque des débuts de la DTN de FAUQUET, où l’on repartait de pas très haut, nous donnent à penser que ce ne sera pas le travail qui manquera rue Scandicci et dans le petit monde de la natation.

ABSENT A STRASBOURG, LOGAN FONTAINE ATTEND MARC-ANTOINE OLIVIER, VAINQUEUR DU 1500, À GRAVELINES

Éric LAHMY

Lundi 29 Mai 2017

Pendant que trois nageurs étiquetés eau libre disputaient ( et l’un d’eux, Marc-Antoine OLIVIER, l’emportait) la finale du 1500 mètres des championnats de France à Schiltigheim, banlieue de Strasbourg, quelques-uns de nos « super » marathoniens avaient préféré ne pas se présenter aux courses « en piscine ». Parmi eux, Logan FONTAINE.

Logan est ce jeune et infatigable mammifère aquatique concocté à Rouen par Eric BOISSIÈRE, lequel est fort d’une certaine continuité à ce sujet puisqu’il a « sorti » auparavant Damien CATTIN-VIDAL, Marc Antoine OLIVIER et David AUBRY. FONTAINE aurait très bien passé pour un des favoris de ce 1500 mètres. Il avait nagé 15’11s37 le 16 décembre dernier à Amsterdam, performance qui lui donnait le troisième temps français de la saison, derrière Damien JOLY, 15’7s23 et Joris BOUCHAUT, 15’10s10.

Le 28 avril, OLIVIER n’avait pu, à Amiens, faire mieux que 15’12s91. Logan se présentait donc au départ avec une seconde d’avance sur celui qui est devenu le champion de France.

Damien JOLY s’est un peu planté et OLIVIER est passé…

…S’il a préféré faire l’impasse sur Strasbourg, Logan, c’est que le jeune Viking part ce lundi en compagnie de BOISSIÈRE pour Gravelines où se tiennent cette fin de semaine (1er-4 juin) les championnats d’eau libre qualificatifs pour les mondiaux de Budapest.

« A Gravelines, sur 10 kilomètres, l’épreuve olympique et donc la plus prisée, cela sera très probablement un match à trois entre lui, AUBRY et OLIVIER, et on a parlé, Logan et moi, de sa participation ou non à Strasbourg, explique BOISSIÈRE. Il ne se croyait pas en mesure de réussir le minimum de quinze minutes une seconde. Trop dur pour sa forme actuelle. Or d’autres, comme MULLER, AUBRY et OLIVIER ont choisi de présenter les championnats en piscine. Mais bon, je ne déteste pas me différencier. On verra bien ce que ça donne…

Et puis il ne faut pas oublier que s’il a en face de lui des professionnels, qui ne font que nager, il est, lui, un étudiant, qui va passer un bac S. Son projet est d’obtenir une licence en informatique dans un cursus aménagé en accord avec la faculté de Rouen, avec qui j’entretiens de bonnes relations. Etudier et nager, c’est possible, mais on n’a pas les mêmes possibilités de se reposer et on est contraint d’y aller plus doucement, même si je ne lâche rien à l’entraînement…

Par ailleurs, à son programme, il y a, outre les mondiaux de Budapest, les championnats d’Europe juniors (il est encore junior pendant deux ans) : ils se tiennent à Marseille et on tient à y être aussi pour ça. Nous sortons d’un stage à Catane, en Sicile et Logan tient une forme ascendante. Son registre est important, et en voici un exemple. J’aime bien qu’il finisse ses séances par des courses un peu enlevées, rythmées, rapides. L’avant-dernier jeudi, on avait fait une séance un peu longue l’après-midi, la piscine ayant été bloquée le matin par des travaux. Il m’a nagé quinze fois cent mètres qu’il a descendus entre 1’8s et 1’1s ; je lui ai dit d’y aller à fond dans son dernier cent, et ça a donné 54s7 départ dans l’eau. A priori, il est engagé sur 10 et 5 kilomètres à Gravelines, et s’il n’est toujours pas qualifié, il s’alignera sur 25 kilomètres.(1) Ce n’est pas quelque chose qui lui fait peur… »

(1). 10km le 1er juin, 5 km le 3 juin, 25km le 4 juin.

LE JOUR DES FILLES À SCHILTIGHEIM: GASTALDELLO, CINI ET HENIQUE IRONT À BUDAPEST: HONGROIS RÊVER!

Éric LAHMY

Dimanche 28 Mai 2017

100 mètres dos dames. Une épreuve qui piétine un peu ces dernières saisons… Béryl GASTALDELLO est championne de France 2016, en 1’0s26 (devant Camille GHEORGHIU), et 2015, 1’0s54 (devant Mathilde CINI) ; elle a été 3e en 2014 derrière Cloé CREDEVILLE (disparue des radars) et Mathilde CINI.

Autant dire qu’elle part favorite, Béryl, d’autant que son 100 libre, derrière Charlotte BONNET, signifie une assez bonne forme, bien meilleure que cet hiver aux NCAA, semble-t-il. Mais Mathilde CINI, qui a nagé 1’0s97 cette saison, peut représenter une menace. Et il y a Camille GHEORGHIU, gagnante du 200 dos ici, qui manque certes un peu de vitesse pour l’exercice et dont on se demande si elle ne pourrait pas réussir le doublé.

GHEORGHIU, Antiboise de Montpellier, fille de rameurs d’aviron, est non seulement une des plus jolies choses que l’on puisse voir évoluer dans l’eau, mais aussi une agréable twitteuse. Elle roule pour Jaked (publicité non payée, NDLR) et le fait savoir, fait passer telle réflexion philosophique de Claude Onesta : « qu’est-ce qui fait que dans un vestiaire sportif on ne se tue pas », ou annonce de Stéphane Lecat qui « échange les gens qui lui font perdre son temps contre les gens qui lui font perdre la notion du temps » (où classe-t-il un descendeur de fleuve sur 80 kilomètres ?).

De vrais sujets de dissertations métaphysiques. [GHEORGHIU partage il est vrai le nom d’un écrivain roumain dont « La 25e heure » m’avait traumatisé dans ma jeunesse, j’espère qu’elle est moins terrifiante, Camille]. En 2016 comme en 2015, elle a été championne de France, en 2’12s14 (2016) 2’12s38 (2015), mais sur 100 dos, elle a subi l’an passé la loi de GASTALDELLO, 1’0s26 contre 1’0s74… Cette année, apparait la jeune EGOROVA, 1’3s11 en séries.

Mais cette fois encore, pas de doublé pour GHEORGHIU, qui ne monte même pas sur le podium. C’est GASTALDELLO tout du long. En tête aux 50 mètres, sans trop se presser quand même, d’ailleurs elle termine aussi fort qu’elle a commencé, c’est bien mené. CINI se bat bien dans son retour, se rapproche même un peu, et ces deux filles, 1’0s17 et 1’0s57, effacent le minimum « mondial », 1’0s61. Vous l’attendiez, celui là ? Une année à bosser et regarder un ciel de piscine en nageant ventre à l’air, et un billet d’avion aller-retour Budapest ! On aimerait les féliciter.

 200 BRASSE MESSIEURS, 400 LIBRE DAMES, LES « BONJOUR » DE JEREMY DESPLANCHES ET DE SHARON VAN ROUWENDAAL

Sur 200 brasse messieurs, le Suisse Jeremy DESPLANCHES, qui tient la forme de sa vie, se qualifie en tête, et derrière, une spécialité qui donnait beaucoup d’espoirs les années passées s’est comme désertée de talents. L’an passé, William DEBOURGES (2’12s85), déjà champion de France en 2013, Thibault CAPITAINE (2’12s88) et Thomas DAHLIA (2’13s13) s’étaient battus jusqu’au bout, pour une qualification olympique qui leur échappait, et Jean DENCAUSSE n’avait pas navigué bien loin. Quentin COTON, 6e de cette finale en 2’14s77, un an plus tard, sort premier des séries. DEBOURGES, 26 ans, a dû tirer sa révérence, Thomas DAHLIA, depuis des années aux USA, s’est fiancé à Kelsi WORRELL et entre dans la vie active. Thibault CAPITAINE a lui aussi tiré un trait sur sa carrière de grenouille des bassins. Reste DENCAUSSE, meilleur performeur français en 2016, mais déchirure d’un adducteur vite réparée, il se fait sortir de la finale en 2’19s05, avant d’être sauvé par une disqualification. Des jeunes (relativement) comme Thomas BOURSAC LORTET, 18 ans, rejeton, si je ne m’abuse, d’une championne de France du 100 libre, et Antoine MARC, Mulhousien de 17 ans, certes, rajeunissent les cadres, mais déjà, avant la finale, il y a un arrière-goût d’inachevé.

Finale : DESPLANCHES mène l’affaire tambour battant, après que COTON ait fait jeu égal pendant 50 mètres. A l’arrivée, il signe un honnête 2’11s83, COTON est loin, et derrière, ce n’est pas terrible. A oublier…

 LES QUATRE CENT COUPS DE ROUWENDAAL OU COMMENT SHARON A ANOBLI LA FINALE B

La meilleure nageuse française de 400 actuelle n’est pas là. Je vous fiche mon billet que si Charlotte BONNET se présente au départ de la course, elle nage 4’11s sans préparation, 4’7s avec un peu de spécifique. A l’issue des séries, une Russe et une Néerlandaise de Montpellier, EGOROVA et VAN ROUWENDAAL, mènent les débats. ROUWENDAAL a été médaillée des championnats d’Europe sur la distance, c’est dire les ressources de la championne olympique des 10 kilomètres de Rio. Malheureusement pour elle, une seule nageuse étrangère, la mieux disant dans les séries, est acceptée en finale (on se demande un peu le pourquoi de ce malthusianisme à la française). Et EGOROVA, meilleur temps en séries, est retenue, VAN ROUWENDAAL se présente en finale B. Et nage plus vite (4’11s37) que la championne de France, Alizée MOREL, 4’13s04.

 Le 50 libre, qui pendant les années BOUSQUET, LEVEAUX, BERNARD et MANAUDOU, a été un des grands moments des championnats, s’est rétréci à la taille d’un épiphénomène. Trois Marseillais, dont l’Algérien Oussama SAHNOUN, deux Amiénois en finale du sprint. Derrière SAHNOUN, mieux disant des séries en 22s22, on note Clément MIGNON, 22s31 et Florian TRUCHOT (PTT Orléans, coach universitaire Vincent HUREL), étudiant en géologie, une pierre dans le jardin des « grands ». Maxime GROUSSET, déjà finaliste sur 100 (6e) et 50 papillon (4e), est ce Calédonien qui a effacé quelques performances 16 et 17 ans d’Agnel et Gilot, que CHRETIEN mitonne à Amiens et qui fait valoir ses droits. Et à l’arrivée, il n’y a plus de quoi se gargariser. SAHNOUNE, un bon sprinteur, certes, finit moins vite qu’en séries, et devance MIGNON, cela fait deux Marseillais sur le podium (ça, on connait). GROUSSET termine 3e et Jérémy STRAVIUS… La fin d’une époque, la fin d’une génération, se marque ici aussi.

L’équipe de Franc est à reconstruire, disait, je crois, en milieu de semaine le DTN GUIVARC’H.

Pour finir, Mélanie HENIQUE a réussi le minimum sur 50 papillon dames, 25s85 contre 25s91. GASTALDELLO, qui avait passé celui du 100 dos, a raté celui-là en 26s02 ; devançant Marie WATTEL, 26s32, et Anna SANTAMANS, 26s74.

SCHILTIGHEIM: MARC-ANTOINE OLIVIER, VAINQUEUR DU 1500 DEVANT JORIS BOUCHAUT, TARDIF SPRINTEUR, JOLY 3eme.

Éric LAHMY

Dimanche 28 Mai 2017

On a toujours tort de trop dire qu’untel est favori d’une course. C’est ainsi. Malgré des signes un peu inquiétants depuis quelques jours, Damien JOLY, recordman de France, finaliste olympique, c’était couru, il allait gagner ce 1500 mètres, et la question était de savoir s’il passerait le minimum, 15’1s97, sans parler des quinze minutes, voire des 14’50s, pour quoi pas ? Eh ! Bien, l’affirmer, c’était avoir tout faux, et quant au minimum, c’est râpé. La France n’aura pas de représentant sur 1500 mètres aux mondiaux à Budapest, tel est l’intransigeant verdict du chronomètre. Et c’est Marc-Antoine OLIVIER qui a gagné.

Marc-Antoine est médaillé olympique à Rio. Sur 10 kilomètres. Il vient donc de l’eau libre. L’eau libre ? C’est que le 1500 mètres est à la fois un creuset et le lieu de rencontre, le point de rendez-vous de la natation de piscine et de l’eau libre.

Ce qui est arrivé a son ironie. L’eau libre, depuis quelques années, était apparue comme une voie de la facilité pour les nageurs de bassin « limités », et à la fois une ligne de fuite et une carte à jouer pour les coaches toujours à la recherche de moyens d’expression et d’affirmation pour leurs nageurs (et peut-être aussi marre du chlore en vase clos). C’est ainsi que des techniciens de haute volée comme Éric BOISSIÈRE, peut-être le meilleur formateur de sprinteurs en activité avec Michel CHRÉTIEN, ou encore Philippe LUCAS, répondaient à l’appel du large, et allaient savourer l’aventure des descentes de rivière et des traversées lacustres. Stéphane LECAT, ex-monstre sacré de la discipline, réinvestissait l’or conquis à travers la planète dans cette épopée, devenait patron de l’eau libre. Sharon VAN ROUWENDAAL, championne d’Europe 2014 et olympique 2016, Aurélie MULLER, championne du monde 2015, Marc-Antoine OLIVIER, bronzé olympique de Rio, signifiaient la vitalité de l’eau libre française.

Il y a quelques années, je retrouvais aux Vikings de Rouen, alors présidés par François AUGUEL, en compagnie d’un groupe d’amis réunis par Catherine GROJEAN et Eric BOISSIERE, un tout jeune Marc-Antoine et un indissociable copain à lui, David AUBRY. Tellement inséparables que Marc LAZZARO, l’ex-champion de France du 400 mètres, les avait appelés, lors d’un stage  « Tic et Tac ». Ils avaient co-gagné la « bourse de la vocation », une petite aide locale à leurs généreux efforts. Aujourd’hui, ils ont bien grandi, et ils étaient tous deux au départ de ce 1500 mètres. A l’arrivée, ils n’étaient séparés que de 34 secondes ! OLIVIER n’a pas attendu son copain, il a tracé avec JOLY, lequel n’a pas pu suivre très longtemps. Un qui a peut-être raté une occasion, c’est Joris BOUCHAUT, qui aime bien nager derrière, et ayant récupéré OLIVIER à mi-chemin, l’a laissé filer une deuxième fois. Les chronos nous disent qu’il a borné son effort par un 100 mètres tonitruant, en 55s61 (un finish à la SUN YANG) contre 57s45 pour OLIVIER, mais c’est sûr, il était parti de trop loin !

JOLY, 3e, nos nageurs de long qui s’étaient fait remarquer à Rio ont un peu raté leur saison, n’est-ce pas POTHAIN ? Parmi les finalistes, Clément BATTÉ, 17 ans, de Bolbec, vainqueur d’un 5 kilomètres de la Confédération Méditerranéenne de Natation (COMEN), palliait en quelque sorte l’absence de Logan FONTAINE, autre formidable jeune marathonien aquatique concocté par BOISSIÈRE…

MESSIEURS.- 1500 libre : 1. Marc-Antoine OLIVIER, Denain, 15’5s08 ; 2. Joris BOUCHAUT, Toulouse, 15’5s67 ; 3. Damien JOLY, Montpellier Métropole, 15’9s92 ; 4. Mathis CASTERA, Toulouse, 15’21s71 ; 5. Clément BATTÉ, Vallée de Seine, 15’30s38 ; 6. Théo CACHEUX, Mulhouse, 15’34s13 ; 7. Igor DUPUIS, Mulhouse, 15‘38s09 ; 8. David AUBRY, Montpellier Métropole, 15’39s05. Nicolas D’ORIANO, Marseille, 15’39s32 en séries, forfait pour la finale.

MEHDY METELLA, 51s36 SUR 100 PAPILLON, EST DEVENU UN HOMME SEUL

Éric LAHMY

Samedi 27 Mai 2017

On s’était dit que Mehdy METELLA, en l’absence de Jeremy STRAVIUS, n’aurait d’autre adversaire que le chrono. Ainsi fut fait, il n’était guère besoin d’être un grand prophète pour l’annoncer.

Dès les séries, METELLA donc, assure en 51s95 sa qualification sur sa distance préférée. Exploit qui ne va pas sans une certaine humiliation, derrière. Il met son suivant, Paul LEMAIRE, 53s74, à 1 seconde 79, la distance chronométrique qui sépare alors LEMAIRE du quinzième des dites séries, Arthur CACHOT.

Ce faisant, METELLA opte pour un comportement intéressant, car il démontre (ou tout du moins nous fait soupçonner) un double calcul : un, se débarrasser dès les séries de l’inquiétude du minimum mondial, 52s08, qu’il a dépassé d’ailleurs de fort peu ; ensuite de tester sa capacité de nager vite deux fois de suite dans la même journée, capacité dont il aura fort besoin à Budapest. Je ne sais s’il a nagé dans cet esprit, mais c’est une bonne chose…

Derrière METELLA, Paul LEMAIRE alias « Le Poulpe », vainqueur de 200 mètres papillon, fait un peu mieux que ses 53s74 des qualifications en finale pour arracher l’argent, en 53s28, derrière un METELLA qui amène son temps à 51s36, un bon chrono de finaliste olympique ou mondial (lui-même avait nagé 51s58 aux Jeux, pour la 6e place). LEMAIRE devance Nans ROCH. A 25 ans, LEMAIRE n’est pas à proprement un jeune, même s’il est « neuf » au plan international. Benjamin de la finale, Pierre HENRY ARRENOUS, déjà 4e du 200 papillon en 2’1s69,  sacré l’an dernier à Montpellier chez les juniors sur 100 mètres papillon (vainqueur de la finale B en 54’53), nage cette fois en 53s89.

A suivre, dans un plus lointain avenir, Serguei COMTE ? A 17 ans, ce jeune élément de Bron nage 54s69, puis 54s84 en finale B contre 55s84 en finale C l’an passé.

AURÉLIE MULLER ÉQUILIBRE SON 800 AU DIXIEME PRES

Le 800 dames avait l’attrait que lui conférait la présence de la championne du monde des 10 kilomètres, Aurélie MULLER. Julie BERTHIER, engagée à 8’41s72, devançait tout le monde sur le papier, mais Aurélie, qui était passée en 8’44s34 dans son 1500 mètres, valait mieux que son temps, 8’44s87, des séries. Finalement, après avoir mené tout du long, sa grande égalité d’allure, 4’18s et 4’18s, lui donnait une victoire confortable.

Camille LACOURT a remporté son affrontement avec Jérémy STRAVIUS sur 50 mètres dos. Dans cette course non-olympique, nous aurons donc deux chances de finale, voire de podium, car tous deux ont surpassé le minimum. Camille LACOURT avait enlevé le titre à Kazan, en 24s23, devant Matt GREVERS, 24s60. Et la médaille de bronze s’était jouée en 24s69 (Ben TREFFERS)…

UNE CHARLOTTE BONNET DES GRANDS JOURS

Le 100 mètres dames clôturait la soirée… Dès les séries, le matin, Charlotte BONNET imprime sa marque sur la course et nous fait savoir qu’il n’y aura pas de match. Avec 54s71, elle passe un rien plus vite que GASTALDELLO au virage, 26s28 contre 26s31, mais lui dévore presque une seconde, soit un mètre cinquante dans le retour.

En finale, BONNET fait beaucoup mieux. Son 53s65 lui aurait donné la 5e place, il y a deux ans, aux mondiaux de Kazan. Mais depuis Kazan, de l’eau a coulé sous les ponts et le même temps ne l’aurait pas emmenée en finale des Jeux de Rio.

BONNET a nagé aussi un bon 200 mètres à Schiltigheim, on l’a vu, un truc de finale mondiale. Bien sûr, la disparition des exigences chronométriques en séries et en demi-finales aux championnats de France (des minima à tous les étages), voulues dans le temps par Claude FAUQUET et abandonnées par ses successeurs, cet abandon d’un principe intransigeant fait que tout un processus garantissant la compétitivité dans les grands matches des Français(es) a disparu.

BONNET, par exemple, devra nager moins de 1’57s en séries, au plus mal 1’56s, soit au niveau de son record, en demi-finales, et elle devra refaire le plein de « kérosène » (repos et alimentation) dans l’attente de la finale, à Budapest.

Il s’agit en l’occurrence de créer un phénomène de surcompensation, lequel, en fait, pour les efforts type 200 mètres, soit deux minutes, n’a pas le temps de se mettre en place dans le laps de temps imparti par la compétition mondiale. La récupération, principalement des réserves de glycogène, demande trois jours, nous disent les experts.

LE QUATRE FOIS 100 METRES À 0s22 DE BUDAPEST : UN RELAIS QUI A DE QUOI RÂLER !!

Si  sur 200 mètres, son temps final de 1’55s80 lui offre un relatif confort en championnats du monde, il ne faut pas rêver: elle s’est contentée de 1’58s45 en séries, à Schiltigheim, pour se qualifier confortablement pour la finale, devant Margaux FABRE, 2’0s16. A Budapest, ce ne sera pas la même chanson. Ce temps l’aurait placée en 20e position des séries olympiques de Rio, et l’aurait éliminée dès avant les demi-finales. Il n’est pas sûr qu’aux mondiaux, après deux efforts l’un très près de son maximum, le suivant à son maximum, BONNET pourrait reproduire une course sous les 1’56s. Même souci sur 100 : elle se qualifie trop facilement, ici, en finale, pour qu’on puisse tirer des plans sur la comète à Budapest. Cette réflexion vaut d’ailleurs pour tous nos qualifiés : on a vu comment, à Rio de Janeiro, Jordan POTHAIN et Damien JOLY, s’étaient arrachés pour se qualifier, et nager toutes griffes dehors, mais moins vite, dans leurs finales sur 400 et 1500 respectivement.

Aujourd’hui, la natation française fabrique des nageurs de séries. Pour le titre, on repassera.

Les temps des quatre premières de ce 100, à l’addition, est de 3’38s57. C’est à 0s22 de la qualification du relais qui correspond. Ne trouvez-vous pas cela… intéressant ?

JEREMY STRAVIUS PLUS VITE QUE LE CHAMPION DE FRANCE SUR 200 METRES

Drôle de 200 mètres brasse dames français : il dispose d’une densité assez bonne, mais loin du bon niveau mondial. Fanny DEBERGHES semble en forme, sur son résultat du 100 mètres, qu’elle a gagné (elle a aussi frôlé la victoire sur 50 brasse, de six centièmes)… L’année précédente, Camille DAUBA, forte d’un temps de 2’27s91 réalisé à Amiens, passait pour la favorite, mais c’était Laura PAQUIT, qu’on n’attendait guère trop, qui l’avait emporté. PAQUIT, donc, avait causé une surprise en remportant le titre (2’28s65) devant les favorites DAUBA et DEBERGHES.

Etudiante de langues étrangères appliquées, PAQUIT n’a pas la sienne, de langue, dans sa poche, et s’était plaint de sa situation, une fois le titre assuré : elle n’avait pas été sélectionnée (mais elle n’avait pas fait le temps) pour les championnats d’Europe des jeunes, et ne recevait pas les mêmes aides régionales que, par exemple, la judokate Fanny-Estelle POSVITE, autre Poitevine. Mais POSVITE, doublure, en quelque sorte, de Gévrise EMANE dans les 70 kilos, est championne d’Europe et 3e mondiale 2015, et appartient à un niveau de compétition très au-dessus de celui de PAQUIT.

Quoiqu’il en soit, fautes d’aides espérées dans sa région et dans son club, Laura quitta Limoges le club pour signer à Lyon, mais tout en restant à Limoges, la ville, continuant d’ailleurs à nager au pôle de Limoges, situation un peu emberlificotée qui est désormais l’une des caractéristiques de notre natation…

Ici, à Schiltigheim, DAUBA s’imposa en séries, mais une fois de plus, ne sut pas gagner la finale (émotive, cette jeune fille, ou malchanceuse). Fanny DEBERGHES la devançait. Le 200 brasse avait été gagné en 2’28s65 l’an passé, en 2’28s78 cette année, autant dire que l’épreuve piétine.

Le relais quatre fois 200 mètres voyait Jérémy STRAVIUS réussir un temps de 1’47s34 au start, qui contraignit les Toulousains à une difficile course-poursuite derrière des Amiénois. Pour Toulouse, Jonathan ATSU, qui avait gagné la course individuelle en 1’48s15, terminait en 1’47s73. Même en intégrant ce temps de STRAVIUS, le relais quatre fois 200 n’eut pas été qualifié au temps… Dommage pour ces jeunes gens.

MESSIEURS.- 50 dos (minimum, 24s93) : 1. Camille LACOURT, Marseille, 24s60 ; 2. Jérémy STRAVIUS, Amiens, 24s73 ; 3. Benjamin STASIULIS, Marseille, 25s42

100 papillon (minimum, 52s08) 1. Mehdy METELLA, Marseille, 51s36 ; 2. Paul LEMAIRE, Toulouse, 53s28 ; 3. Nans ROCH, Antibes, 53s52.

Relais 4 fois 200 mètres : 1. Toulouse, 7’18s49 ; 2. Amiens, 7’19s11 ; 3. Toulouse 2, 7’29s52.

DAMES.- 100 libre : 1. Charlotte BONNET, Nice, 53s65 ; 2. Béryl GASTALDELLO, Marseille, 54s55 ; 3. Marie WATTEL, Montpellier Métropole, 55s13 ; 4. Margaux FABRE, Aqualove Montpellier, 55s24 ; 5. Anna SANTAMANS, Marseille, 55s38.

800 libre : 1. Aurélie MULLER, Sarreguemines, 8’36s56 ; 2. Anna EGOROVA, Montpellier Métropole, 8’40s35 ; 3. Fantine LESAFFRE, Montpellier Métropole, 8’42s98.

200 brasse : 1. Fanny DEBERGHES, PTT Montpellier, 2’28s78 ; 2. Camille DAUBA, Sarreguemines, 2’29s46; 3. Laure PAQUIT, Lyon, pôle Limoges, 2’31s53; 4. Solène GALLEGO, DTOEC, 2’32s09.