JEAN-JACQUES BEURRIER : PAS DE RÉFORME RÉGIONALE SANS UN CHANGEMENT À LA FÉDÉ

Éric LAHMY

Jeudi 16 Mars 2017

Jean-Jacques Beurrier a été élu par 88% des voix à la tête de la Ligue d’Île-de-France. Il attend avec impatience la fin de l’ère Luyce. Une région ne peut se développer sans un étayage fédéral. M. Beurrier est clair sur la question, qui fait un « constat d’immobilisme fédéral. »

Beurrier semble avoir beaucoup hésité avant de prendre – de plus en plus clairement – position en faveur de Gilles Sezionale dans la course à la présidence de la Fédération Française de Natation. L’homme a quelque chose de lisse, de courtois, voire, je soupçonne, de timide, dans sa nature, qui lui rend difficile cette époque de contestations où les forts en gueule n’hésitent pas à donner de la voix.

Ce caractère bonasse a pu faire croire qu’il serait facile à troubler à l’approche des élections dans sa région, mais la stratégie adverse, manigancée par son grand ami Francis Luyce, s’est achevée dans une belle déroute. M. Beurrier a sans doute connu la plus belle élection de ces régionales (quoique le score de David Wagner dans l’Est n’était pas mal non plus).

Aujourd’hui, donc, Gilles Sezionale le cite parmi ceux sur lesquels il appuiera sa présidence, auprès des présidents d’Occitanie et de l’Est, Bernard Dalmon et David Wagner. L’un des atouts de Beurrier, outre qu’il préside une Ligue riche de 58.000 licenciés, est que, l’un des rares Parisiens, il assurerait en quelque sorte la permanence au siège de la fédération. Non seulement Sezionale parle de lui comme son homme de confiance, mais Jean-Jacques Beurrier le représentera quand lui-même sera retenu dans sa nouvelle grande région.

Non seulement M. Beurrier a clairement exprimé ses positions ces dernières années, mais il a sans doute été, depuis deux ans, le membre du Comité directeur fédéral qui a le plus nettement et régulièrement su s’opposer aux décisions les plus discutables de Francis Luyce, non pas de manière aveugle, d’ailleurs, mais toujours explicite. La semaine dernière encore, après que Francis Luyce (le candidat) ait fait connaître son programme par le biais du site fédéral en interdisant à Gilles Sezionale d’en faire autant, Jean-Jacques Beurrier a été le premier à mettre les pieds dans le plat, et à rédiger un courrier des plus fermes adressé au secrétaire général de la Fédération, M. Sauget, pour que le programme de Sezionale ait droit aux mêmes égards.

Lors de la première réunion du Comité directeur de la Ligue de l’Île-de-France, Jean-Jacques BEURRIER  a annoncé tranquillement que les délégués de l’Ile de France soutiendront le programme de Gilles SEZIONALE. 

« En effet, a-t-il déclaré, le programme de Francis LUYCE n’est ni convaincant ni sérieux car tout ce qu’il annonce aurait pu être fait lors de ses 24 ans de présidence ! » On ne saurait mieux dire, tant le « programme » de Luyce, quand on le compare à ses programmes précédents, n’apparait que belles paroles jamais suivies d’effet, enfumage d’un candidat-président hâbleur et aux abois. Avec l’actuel président à la tête de la Fédération, aucun changement ne pourra se faire en profondeur. Aussi vrai que l’Île-de-France, malgré son nom, n’est pas une île. Et que chaque région ne peut éviter d’impacter les décisions prises à Pantin.  

L’image que donne Jean-Jacques Beurrier, généralement, est celle d’un homme qui « ne veut pas de vagues. » Ou encore d’un monsieur serviable, qui « ne voit le mal nulle part » qui, par exemple, je le tiens de l’intéressée, se mettra en quatre pour, avant une réunion de bureau, aller récupérer à la gare une consœur en difficulté parce qu’elle sera en retard et a du mal à se déplacer.  

Jean-Jacques Beurrier est entré en natation au Val Maubuée (une communauté d’agglomération du nom d’un affluent de la Marne) par ses filles, Jeanne et Claire. Et comme elles avaient sept ans d’écart, ce détail augmenta d’autant la durée de sa carrière de parent de nageuses. Aujourd’hui, son aînée a quarante ans et il y a quelque temps que Jean-Jacques ne suit plus ses ondines de filles, mais le virus du bénévolat ne l’a pas quitté : président du club pendant vingt ans, président de la Seine-et-Marne ensuite, et, depuis octobre 2008, de l’Île-de-France.

A partir de 1980, il effectuait sa carrière professionnelle au service d’alimentation énergie électrique de la RATP. « Comme, les quinze premières années, je travaillais selon un trois-huit, j’ai gagné cinq ans d’ancienneté et me suis retrouvé à la retraite à 54 ans. »

Depuis donc, Jean-Jacques Beurrier est devenu en quelque sorte dirigeant à plein temps…

CHANGEMENT DE POLITIQUE, AVEC QUI…

…Un technicien français, qui lui ferait aisément ce reproche de ne pas être très fonceur, note cependant que sa dernière élection (il préside le Comité de l’Île-de-France depuis huit ans) pourrait changer les choses. Il en veut pour preuve les personnalités du bureau et les présidents de commission, « avec lesquels, dit cet entraîneur, on doit pouvoir travailler. »

Qui sont-ils ? Les vice-présidents, Patrick Fradet (pôle développement), Noëlle Hamon (pôle formation), Laurent Viquerat (pôle sport). Les présidents de commissions : Jean Boulanger (officiels), Michel Boussard (plongeon), Sylvie Caudrillier (natation), Gérard Venau (water-polo), Joël Ferry (maîtres), Thérèse Phan (natation santé), Evelyne Ciriegi (éveil aquatique). Mme Ciriegi est par ailleurs la présidente du comité olympique régional de l’Île-de-France, et aussi vice-présidente du pôle animation territoriale. 

On peut donc garder le même président de région et changer de politique ? Allez savoir. Francis Luyce parait croire (ou vouloir nous le faire croire) que la chose est possible au niveau national, en optant dans son « programme », piqué (c’est tellement facile) sur celui de son rival, et qui reprend tout ce que lui-même a promis et n’a pas fait dans ses vingt-quatre, bientôt vingt-cinq années de sa législature.  

On me soumet les « bonnes feuilles » des précédentes présidences du Dunkerquois. 2007, à Saint-Malo, Luyce : « N’est-il pas temps d’imaginer, de dessiner les concours d’une nouvelle gouvernance de la natation. »  Leonard de Vinci a mis quatre ans à peindre La Joconde. Luyce, dix ans pour ne pas tenir sa promesse. C’est donc un artiste dans son genre.

Luyce est conscient d’une chose : l’époque veut que « l’effet d’annonce est plus prégnant que la réalisation. » Il pose quelques questions. Il faut « préparer l’évolution et la révolution de notre mode de fonctionnement. » Et de s’interroger, toujours en 2007 : « quelle licence pour demain qui prennent (sic) en compte la demande sociale… Quelle place pour les associations sportives dans la construction, la rénovation et l’animation des piscines en France ? » La place des clubs ? Toujours à Saint-Malo, le même Luyce forge de belles images : « permettre à chaque maillon de la chaîne fédérale de se sentir acteur du fonctionnement fédéral. » En 2007, Luyce avoue que sa réflexion n’est pas nouvelle : « Les congrès de Dunkerque et Vichy l’ont approchée » en 1999. Il comprend bien, en année électorale, que la fierté d’appartenir à une grande Fédération doive être « assortie de prestations et de mesures d’accompagnement proportionnelles à l’objectif recherché. » Dix-huit ans après ses réflexions de 1999, Luyce continue de promettre que demain, il nous rasera gratis…

Revenons à Beurrier. Compliqué de créer une région active quand la fédé est immobile ? On veut bien le croire…

L’Île-de-France n’est pas une région facile pour la pratique du sport, et si Paris est, avec New York me semble-t-il, la capitale artistique du monde occidental, la ville lumière n’a jamais dominé par la qualité de ses infrastructures et de ses champions (en tout cas au prorata de sa population). Selon M. Beurrier « c’est plus facile dans les communes plus petites… où une vie locale permet de s’appuyer sur l’aide de sponsors et d’avoir une visibilité. » Toujours à son avis,« chaque département n’a pas le même dynamisme. » Et la question du bénévolat se pose, selon son constat, en termes bien connus de l’ensemble du monde sportif. « Nous souffrons d’un manque croissant de bénévoles, il s’agit d’une crise de société : individualisme et goût des loisirs poussent les gens en direction de la satisfaction de leur bien-être personnel. »

A LA RECHERCHE DU BÉNÉVOLE-EMPLOYEUR

L’esprit club se fait rare également, et, précise-t-il, « un peu partout, le président, le secrétaire et le trésorier font tourner la machine à trois. » En outre, le fonctionnement de l’entité est devenu difficile. Connaître des règles qui se complexifient n’est pas à la portée de tout le monde, pas tant, sans doute parce que cela se situe au-delà de la compréhension, mais parce que les appréhender demande du temps. Or, relève encore Jean-Jacques Beurrier, cet animal nouveau qui apparait sous la loi de la contrainte, le bénévole-employeur, n’a pas la vie facile. Il faut bosser comme un vrai professionnel, pour pas un rond et personne pour vous remercier. Ce n’est pas tout : « en tant que patron, le président de club, qui a envie de rester dans la convivialité avec l’entraîneur, doit également se souvenir qu’il ne peut être tout le temps copain-copain puisqu’il est en même temps employeur. »

Pour faire tourner sa boutique et aider à la réinsertion des nageurs, il évoque le monitorat sportif. Ce diplôme créé par la Fédération permet aux clubs de faire travailler contre rémunération et à des nageurs d’entrer dans la carrière. Mais ce moniteur ne peut pas surveiller une piscine. En gros, « cela permet d’embaucher des jeunes quelques heures par semaine avec une formation correcte. » Premier pas vers une carrière d’enseignant, constellée de quelques opportunités professionnelles comme les brevets fédéraux et les formations professionnelles agent de développement régional.

Avec des diplômes, on se situe au cœur de la professionnalisation, point qui interroge Jean-Jacques Beurrier. « Nous avons des nageurs qui sont des amateurs mais nagent en professionnels. Si l’on excepte les cinq ou six qui gagnent bien leur vie avec le sport, tous les autres doivent être aidés. Ça m’a fait mal au ventre de voir Roxana, à peine sortie de la carrière, vendre des maillots Tyr sur les stands. Il faut que nos nageurs finissent leurs carrières la tête haute. On a aujourd’hui, des contrats d’insertion professionnelle, Odile Petit et Nicolas Scherer sont à la mission nationale reconversion des athlètes. Mais on doit aller plus loin. »

L’INSEP, OUTIL REMARQUABLE MAIS LIMITÉ

La question de l’entraînement de l’élite reste vive en Île-de-France où les distances rendent les nageurs tributaires de déplacements parfois longs, toujours fatigants. L’incapacité de bâtir des centres d’entraînement départementaux constitue un échec pour les parties prenantes ; la question de  l’INSEP, qui dispose désormais d’une piscine performante, la Fédération qui sous-utilise cette installation, et la Ligue de l’Île-de-France de natation qui pourrait disposer d’un centre d’entraînement pour ses meilleurs nageurs, cette question reste pendante.

L’un des handicaps de l’INSEP revient à des capacités d’hébergement très limitées. Comment mettre 40 nageurs de haut niveau dans l’eau du bassin (techniquement très possible) quand on ne dispose pas de dix lits pour les accueillir ? Mais aussi, comment attirer des nageurs à l’est parisien alors qu’ils peuvent trouver des conditions équivalentes sur la côte méditerranéenne, sous un climat plus riant et dans des conditions financières bien plus attractives, puisque les clubs n’hésitent pas à les rétribuer ?

A côté de ça, l’Île-de-France a réussi à trouver des moyens pour ses nageurs d’eau libre à Fontainebleau…

Depuis octobre 2015, d’aucuns prétendaient qu’une opportunité se présentait de faire passer la natation de l’INSEP à un niveau supérieur. Fred Vergnoux, qui entraînait en Espagne, paraissait faire acte de candidature. Il devenait particulièrement intéressant à partir du moment où sa nageuse vedette Mireia Belmonte enlevait le titre olympique du 200 mètres papillon. L’idée était que Vergnoux pouvait sur son nom attirer les nageurs ambitieux et les surdoués ! Il fut donc reçu à la Fédération.

Mais il n’est pas interdit de penser qu’il n’était pas si intéressé que ça par les propositions françaises, et que ses va-et-vient entre Sabadell et Paris avaient surtout pour but de faire monter les enchères avec son employeur, la Fédération royale espagnole ! « Lorsqu’on l’a reçu, Vergnoux a fait valoir qu’il préfèrerait un poste à Font-Romeu plutôt qu’à l’INSEP, vu qu’il privilégiait l’entraînement en altitude », raconte M. Beurrier, qui préfère en rire et pour qui l’affaire n’a pas été bien menée. 

« Comme de plus on n’avait averti ni les entraîneurs ni les nageurs de l’INSEP, ce manque de concertation a provoqué une certaine inquiétude des parents, quant à Eric Braize et Eric Rebourg, ils se sont sentis vexés. »

Et le comité de l’Île-de-France ? On lui demandait de passer à la caisse, à hauteur de 50.000€ par ans, pour payer Vergnoux, sans lui offrir une quelconque compensation, se désole M. Beurrier. Assez vite, Vergnoux a signé en Espagne et on n’en a plus reparlé. Les deux Eric qui entraînent sur place sont sur le départ, et Jacques Favre s’est fendu d’un appel à candidatures pour entraîner l’INSEP. Il parait que Michel Chrétien est sur les rangs et selon le DTN, l’entraîneur amiénois constituerait une solution idéale…

 ET UNE DERNIÈRE ÉLECTION MASCARADE

Jean-Jacques Beurrier, on l’a dit, se sent très impliqué, au niveau de la fédération, et par ce qu’il appelle « une gouvernance à changer. » Cette fois encore, entre le 31 mars et le 2 avril, un petit nombre de délégués, 44 en l’occurrence,  voteront pour les élections dans une parodie de démocratie où certains votants, dont Beurrier lui-même, représenteront 19.530 licenciés de la fédé.

Il faudra se prêter à cette mascarade, qui est le système que Luyce a protégé depuis vingt-cinq ans parce qu’il estime plus facile de tenir par des promesses fallacieuses un petit nombre de votants que l’ensemble des clubs…« Est-ce logique », dit le président de l’Île-de-France, qui aimerait bien que tous les clubs puissent voter directement et choisir leurs instances dirigeantes.

Ce mode électif est, dit encore M. Beurrier, le symptôme d’un fonctionnement : « la Fédération s’est trop éloignée de ses clubs. » Pire, on les a abandonnés, et tout ce qui a été dit sur l’aide qu’on devait leur apporter pour rester les maîtres du jeu dans les piscines a été bien négligé. « On a laissé la gestion des piscines leur échapper, pendant des années ; quand le danger a menacé, la Fédération a totalement refusé de s’impliquer. Pourquoi ? Manifestement, la question de la gestion des piscines par les clubs n’est pas dans l’esprit de Luyce. Il fallait investir, et ce n’est pas son genre de fonctionnement… Maintenant, avec l’équipe de Sezionale, c’est l’inverse qui devrait se passer. Mais il ne sera pas facile de changer de direction. Il ne suffit pas de décréter une politique en ce sens : la formation de personnes pour la gestion, c’est compliqué. Pourtant, il faut remettre le pied dans la gestion. »

Un autre point noir de la gestion Luyce serait la façon d’aborder la question des licences. Le président voit dans la licenciation une opération financière : elle fait entrer de l’argent à la Fédération. Or des licenciés en nombre, ce n’est pas seulement un flux monétaire : c’est un signe de vitalité et de bonne santé. 

Là où Luyce ne voit que des rentrées d’argent, Beurrier, comme d’autres dirigeants, envisage une heureuse addition de pratiquants.

FAUT-IL AMENDER LA LICENCE FÉDÉRALE

D’où une stratégie généreuse et inventive : « dans notre programme de labellisation en Île-de-France, on a parfois ristourné la part du Comité. On a appelé cela le coup de pouce licences. Il fait savoir que dans le prix d’une licence à 36€20, on trouve une part fédérale, de 21€60, une part du Comité départemental, 6€55, les 8€05 restants allant à la ligue IDF. On n’a pas fait d’argent sur ces licences, mais on a gagné de trois à quatre mille licenciés. »  

Sous l’autorité de Luyce, la fédération reste accrochée à sa part fédérale comme s’il s’agissait d’un droit divin. Le président, harpagon dans l’âme, défend sa cassette. Cette gestion avaricieuse est vieillotte et finit par être contre-productive. On me susurre de ci de là que les clubs abandonnent la labellisation en laquelle ils voient désormais une ruse d’oncle Picsou. « Quand le club est en difficulté financière, il ne licencie pas, explique encore M. Beurrier. Ce n’est pas tout : cette vision unidimensionnelle de la licence entrée d’argent fait que « la licence dérive. Dans la journée eau libre, dans les journées j’apprends à nager, on ne peut demander comme ça des licences à des prix prohibitifs. Il faut remettre tout ça à plat… »

Bien entendu, on ne remettra rien à plat avec un président Luyce. A la dernière réunion du comité directeur, alors que les participants débattaient sur la réforme de la licence, il n’a pas s’empêcher de laisser échapper : « il n’est pas venu le temps de la réforme de la licence, il faut augmenter le nombre de licences (ce sont ses propos). »

Peut-être faudra-t-il expliquer à Luyce que la réforme de la licence permettra d’augmenter le nombre des licenciés, quand le système actuel, au bout de sa logique, ne pourra que le diminuer ?

LAURE MANAUDOU VUE PAR ELLE-MÊME

LAURE MANAUDOU EST À SON TOUR HONORÉE PAR LE SWIMMING HALL OF FAME. ELLE SERA L’UNE DES DIX-SEPT PERSONNALITÉS DE CE SPORT INTRONISÉES A FORT LAUDERDALE, EN FLORIDE, EN 2017. LA MÊME ANNÉE QU’ALAIN BERNARD ET GEORGES VALLEREY, UN AN APRES CAMILLE MUFFAT. SA VIE EST UN ROMAN. À SUCCÈS. D’AILLEURS, CE ROMAN A ÉTÉ ÉCRIT, PAR ELLE-MÊME, SOUS LE COUVERT D’UNE AUTOBIOGRAPHIE. CE LIVRE M’A DONNÉ QUAND JE L’AI LU L’IMPRESSION D’UNE HONNÊTE CONFESSION. LAURE N’Y A CERTES PAS TOUT DIT, D’AILLEURS ON NE SAURAIT LE LUI DEMANDER. MAIS ELLE A LIVRÉ SES CLÉS AVEC CANDEUR. DE CE LIVRE, J’AVAIS EFFECTUÉ LA CRITIQUE, À SA SORTIE, VOICI DEUX ANS. LA REVOILÀ. E.L.

LAURE MANAUDOU (avec Marion Festraëts). Entre les Lignes. Editeur Michel Laffon. 17,95€

Par Eric LAHMY

Ce n’est pas un livre de technique. Ce n’est pas un livre de people. Ce n’est pas un livre de natation. Mais c’est un livre de Laure Manaudou, et donc susceptible d’intéresser tous ceux que la nageuse a fascinés. Elle règle parfois des comptes, balance sur un de ses ex qui lui intente un procès quoiqu’il ferait mieux d’écraser, n’oublie pas de se malmener et de se balancer des auto-vacheries, reconnait ses fautes sans concessions. Cela a parfois le ton de la confession, et m’a laissé un peu interdit. On ne peut reprendre ici tous les thèmes qu’elle aborde. Après une nuit passée à le lire, voici les quelques thèmes qui me sont venus. Tous concernent avant tout la nageuse et négligent la people…

« JE N’AI JAMAIS AIME NAGER »

Première phrase : « je n’ai jamais aimé nager ». Brandie d’entrée telle un étendard, répétée comme un mantra, dès le premier chapitre, et qu’elle réitère plus loin, des fois qu’on aurait mal compris. Un gag : année après année, les Français élisent la natation comme le sport préféré (devant le foot, il faut le faire). Et Manaudou…

L’info mérite d’être méditée. Est-elle totalement sincère ? Sans doute, puisque, dit-elle, depuis sa retraite, elle n’a plus mis les pieds dans l’eau. Laure Manaudou précise : elle n’aime pas nager, elle aime gagner. Elle n’est pas la seule dans son cas, je pourrais vous citer dix champions olympiques ou recordmen du monde qui ont dit un peu la même chose. Les frères Joe et Mark Bottom, ou Amaury Leveaux par exemple. Seulement, chez Laure Manaudou, c’est différent. Et aggravé. Car tous ces nageurs qui déclaraient ne pas aimer la natation étaient des sprinters. Ça leur permettait d’en faire le moins possible, et de passer plus de temps en salle de musculation qu’avec la tête dans le bouillon. Elle, a hanté les courses de demi-fond. Pas conseillées aux pères la flemme…

Dans un numéro de Sport et Vie, j’ai lu un jour un article sur « ce sport que ses pratiquants champions déclaraient détester » et c’était la natation ! Combien de gens n’aiment dans leur job que le jour de la feuille de paie ? Regardez Amaury Leveaux, dont j’ai lu qu’il était « l’un des plus marrants dans les réseaux sociaux ». Marrant, sans doute, pour ceux qui l’encouragent dans cette direction. Mais le plus futé ? Lui n’aime pas nager. Il n’aime pas la musculation. Il aime boire des canons avec des potes. Et, imbiber ses tweets sur Mandela et Luther King. Il est champion olympique de relais, médaillé d’argent olympique sur 50 mètres, toujours recordman du monde du 100 mètres en petit bassin (dans un temps de fou). Il y a comme ça des gens qui réussissent là où ils ne s’attendent pas. Marie-José Pérec détestait courir. Ça ne lui enlèvera pas son palmarès.

Surtout, il faut faire attention avec ces déclarations. Quand, en octobre 1968, Don Schollander (incontestable meilleur nageur du monde en 1963, 1964 et 1966) prit sa retraite, il annonça la couleur avec humour. Il avait tellement trempé dans l’eau depuis son enfance, disait-il, qu’il ne prendrait même plus de douche. J’étais resté avec cette idée que Schollander avait trop souffert dans l’eau pour y retourner. Mais un jour de 1973 ou de 1974, je rencontre Schollander dans un ascenseur d’hôtel à Belgrade (je crois), où se déroulent les championnats du monde. Il fait partie du premier « Team Arena », un groupe de gloires de la natation réunies pour promouvoir la jeune marque d’articles de bain. Le lendemain, je suis au bord du bassin. Dans les championnats, avec ce fanatisme qui me distingue, je refuse de quitter le bassin sauf pour l’heure du déjeuner entre les séries et les finales, et je passe mon temps à lire les feuilles de résultats, à imaginer ce que seront les finales, à préparer des mini-bios des nageurs en lice. Et voilà que quelques nageurs de l’ARENA Team se mettent à l’eau. Je ne me souviens plus des autres, mais Schollander me scie ! Il effectue une longue série de 100 mètres, développant son immense compas (Schollander mesure un petit 1,78m quoiqu’en disent ses biographies où il se donne 1,83m) mais allongé dans l’eau, sa taille parait être de deux ou trois mètres. Sans plaisanter. Par curiosité, je déclenche mon chrono. Le soir, je raconte au sprinteur italien Roberto Pangaro, toujours en activité, avec qui je dîne en compagnie de mon ami du PUC et du Racing, Marc de Herdt (aujourd’hui président des Internationaux de natation) : « Schollander a nagé des séries de 100 mètres en 1’8’’. » Et Pangaro : « je ne les fais pas. » Pas mal pour un homme qui n’aime pas nager, cinq ou six ans après son arrêt d’activité !

Des vieux de la veille ne s’étonnent guère de ce propos de Manaudou. « C’est normal, me dit  Aldo Eminente, finaliste olympique du 100 mètres en 1952 et en 1956 et ancien entraîneur du Racing. Je n’aimais pas trop m’entraîner, je préférais la compétition. » Et Marc De Herdt : « quand Manaudou dit cela, elle a dix ans de natation, et des heures quotidiennes dans l’eau. Au bord du bassin, les plus vieux nageurs, c’était toujours ceux qui trainaient sur le bord, ils plongeaient toujours les derniers. Mais on aimait la course, gagner. »

Et puis un jour, beaucoup reviennent. Des qui ne pouvaient plus voir l’eau en peinture s’y remettent, et parfois se piquent au jeu des masters. Ne peuvent plus s’en passer. Structurent même pour certains leurs existences autour de la piscine…

« JE NE SAIS RIEN FAIRE »

Qu’une championne comme Laure Manaudou soit aussi peu sûre d’elle et trimballe une aussi mauvaise image d’elle-même a quelque chose de navrant. Je veux tout admettre de ce qu’elle nous dit, que sans Philippe Lucas, elle ne serait pas devenue la championne, qu’elle a tendance à ne rien faire. Il n’empêche, cette image qu’elle se donne de personne pas qualifiée ne me convainc pas tout à fait. Avez-vous entendu Laure Manaudou, dans une ou deux interventions télé ? Ne trouvez-vous pas que la fille a bien évolué ? Elle n’est pas aussi stupide qu’elle veut nous le faire croire. Elle a quelques idées et elle sait les exprimer. Elle trouve que Florent, son petit frère, perd trop de temps dans les jeux vidéo, mais elle l’approuve de prendre de la créatine et le félicite d’avoir le courage de le dire. Bon, il ne s’agit pas là d’une étude comparée des philosophies de Comte-Sponville et de Finkielkraut, et elle peut encore progresser, mais je trouve qu’elle a développé un certain bon sens, et que depuis 2004, elle a appris à réfléchir et surtout à exprimer. Jusqu’ici, je la croyais limitée, je me demande maintenant si son intelligence n’était pas seulement engourdie. Je crois cependant que c’est une fille qui a trop peu d’envies fortes, de désirs vrais, que son idéal de vie est d’une simplicité, d’une modestie très éloignées de son statut ‘’médiatique’’.

« NAGEUSE PROFESSIONNELLE »

Laure raconte que, très jeune, elle veut devenir ‘’nageuse professionnelle’’. Un métier qui n’existe pas. Et qu’elle invente. J’ai envie de dire qu’elle a été la seule nageuse professionnelle française digne de ce nom (au niveau du compte en banque). Ce qui ne l’empêche pas d’illustrer le piège du professionnalisme en natation. Elle est sans doute la nageuse qui s’est la mieux tirée de ce piège fatal. Sa popularité lui a donné le moyen de donner une épaisseur à ce concept vide: Nageur professionnel. Quarante ans après, elle a revécu l’aventure qui donna Christine Caron. Avec une personnalité certes très différente (il y a quelque chose de solaire dans Christine Caron, de lunaire dans Laure Manaudou), elle est la Christine Caron nouvelle vague avec cette autre différence que le professionnalisme en natation n’existait pas alors. Il y a deux ans, dans un marché de Rouen, j’ai pu constater le nombre de gens qui reconnaissaient Christine ! Quarante-huit ans s’étaient passés depuis son record du monde et sa médaille olympique. C’est ce statut d’icône qu’a rejoint Manaudou et je ne crois pas du tout impossible que, malgré les modes qui passent, une maraîchère la reconnaîtra, vers l’an 2050, quand elle achètera sa salade. C’est tout le mal que je lui souhaite.

Mais le plus marrant dans l’histoire, c’est que dans sa vie comme dans son livre, Laure Manaudou donne l’impression d’être une nageuse amateur doublée d’une amoureuse professionnelle !

TELLEMENT TIMIDE

Il y a eu un malentendu Laure Manaudou. Ce malentendu est né de ce qu’on a pris pour de l’arrogance l’incroyable timidité de cette femme. Elle l’écrit, et je la crois très très fort. Je ne l’ai rencontrée qu’une fois. Dans une piscine, bien sûr, elle devait avoir quinze ans et était pilotée par Michel Rousseau. Je ne venais plus que rarement au bord des bassins, n’étant plus depuis des années chargé de la natation à L’Equipe. La fille était adorablement jolie, immense, un visage comme dessiné par la plume exquise d’un calligraphe ; elle avait une ou deux canines manquantes, qui ajoutaient un je ne sais quoi, d’exotique, comme une signature inimitable, à son allure…, et des yeux de biche apeurée. De grandes pupilles noires et une expression un peu affolée. Quand Rousseau me la présenta, je la félicitais. Elle avait nagé le 100 mètres dos en moins de la minute en petit bassin et je lui dis combien cela m’avait impressionné ; elle me donnait l’air à la fois de boire du petit lait et de chercher à s’enfoncer sous terre. Pendant toute sa carrière, à l’admiration sans mélange que faisaient naître les exploits de la championne, s’ajoutait pour moi le souvenir de cette jolie et immense petite fille aux sourires fascinés, silencieuse, réservée au point de paraître craintive. Et ce souvenir me donnait  l’impression de comprendre ses réactions…

PHILIPPE LUCAS

S’il est une personne envers qui la gratitude, l’amitié, de Laure Manaudou, s’exprime spontanément, c’est bien Philippe Lucas. Laure est sûre d’une chose. Sans lui, elle n’était pas. Il s’occupe de tout et il impose ses volontés. Il la houspille. Mais c’est ce dont elle a besoin. Elle le dit. Dans la vie comme dans les bassins, il lui faut un homme à poigne, qui la dirige. Laure est une force, mais déboussolée, un gros moteur auquel il manque le volant. Prenez sa « carrière », ce qu’on a appelé « le système Manaudou ». D’abord un boy-friend qui s’intitule agent et qui tente de gratter des avantages. Ensuite Didier Poulmaire, Pygmalion qui invente un personnage, Laure Manaudou, lointaine, intouchable, une sorte de Greta Garbo. En fait, Poulmaire lui a taillé un costume sur mesure. Laure a du mal à s’exprimer, on va faire de cette carence une arme, inventer qu’elle ne dit rien parce qu’elle atteint au statut des super-stars. On agira de même avec Marie-José Pérec: chaque fois qu’elle l’ouvre, celle-ci déclenche les catastrophes. Donc elle la fermera, ça lui donnera l’air de régner. Quand elle n’en veut plus, Manaudou s’en débarrasse sans qu’il en soit averti, le Poulmaire en question. Elle aurait pu lui dire : on change de stratégie, mais non, elle le plante là… La même façon de fonctionner avec son frère Nicolas quand celui-ci l’entraîne. Elle file à Mulhouse. Pas très courageuse, Laure Manaudou ? En tout cas elle n’a pas ce courage là.

Lucas, c’est autre chose. C’est le coach indépassable. Des tas de gens ont dit qu’ils auraient pu faire mieux que lui avec Manaudou. Vrai ? Faux, très probablement. Vrai : d’autres coaches auraient pu la faire nager « mieux ». Techniquement mieux. Lui donner une « glisse » qu’elle n’avait pas, des virages, dans lesquels elle perdait du terrain sur toutes ses meilleures adversaires, des coulées réduites chez elle à leur plus simple expression. Si on additionne toutes ces scories, Manaudou aurait dû nager le premier 400 mètres en moins de quatre minutes, être championne olympique du 800 mètres loin devant Aï Shibata, battre d’autres records sur 200 mètres et 1500 mètres et effectuer des intrusions sur 100 mètres libre.

Mais bon, citez-moi maintenant le nom des entraîneurs qui auraient pu mieux que Lucas, gérer cette fille au quotidien, la suivre du réveil matinal jusqu’à la fin de son deuxième entraînement, contraindre la nageuse qui n’aime pas nager à bosser à raison de seize kilomètres par jour pendant dix ans, la tenir à bout de bras et à coups d’encouragements et d’insultes, de caresses et de coups de pieds aux fesses à l’entraînement comme à l’approche de la compétition, la remonter comme une pendule avant les finales, lui donner ce masque de guerrière avant la bataille. Si vous avez un nom, je vous félicite, vous êtes beaucoup plus fort que moi, parce que je sèche.

Il est vrai aussi, Lucas n’a pas su négocier l’entrée de sa nageuse dans l’âge adulte. Un peu comme Pellerin avec Agnel puis Muffat. Mais, pour Philippe Lucas, il y a deux énormes circonstances atténuantes. La première, de caractère général, c’est que plus il aime ses nageurs, plus il les engueule. La seconde? Manaudou devient adulte, vit sa vie, s’octroie une vie privée pas si privée que ça, d’ailleurs, qu’elle affiche à coup de tatouages et de peintures sur doigts en plusieurs langues (love, amore, etc.) et, finalement, trahie il est vrai, par les assassines photos sur l’Internet. Mais il ne s’agit que d’une maturation biologique. Cette grande fille n’est grande qu’en partie seulement. Ce papillon est resté chenille dans sa tête. Et ce corps épanoui recèle un cerveau à maturation lente. Elle veut s’élancer dans les airs, mais n’a pas d’ailes, seulement des embryons d’élytres, la pratique intense de la natation y est sans doute pour quelque chose d’ailleurs; il faudra attendre Bousquet pour qu’elle commence à changer de statut. Lentement, douloureusement. Pendant ce temps, c’est Lucas qui lui donne ce qu’il peut…

Elle a bien raison, Laure, de lui dire : merci.

LAURE MANAUDOU A L’INTERNATIONAL SWIMMING HALL OF FAME!

Eric LAHMY

LAURE MANAUDOU ENTRE A L’INTERNATIONAL SWIMMING HALL OF FAME AU TITRE D’ « HONOREE ». ANNEE FASTE POUR LES FRANCAIS, PUISQU’ELLE REJOINT EN L’OCCURRENCE GEORGES VALLEREY ET ALAIN BERNARD, LES AUTRES CHAMPIONS RECONNUS EN 2017 PAR L’ORGANISME DE FORT LAUDERDALE ET DE SANTA CLARA. NOUS CONNAISSIONS DEPUIS PLUSIEURS MOIS CETTE SELECTION, MAIS ETIONS TENU AU SECRET EN RAISON D’UN « SPORT » MEDIATIQUE DIFFICILE QUI S’APPELLE L’EMBARGO SUR L’INFORMATION.

Née à Villeurbanne le 9 octobre 1986, Laure Manaudou est championne olympique, du monde et d’Europe, et recordwoman du monde du 400m. Elle fut sans aucun doute la meilleure nageuse française de tous les temps et peut être considérée comme la première nageuse du monde des années 2006 et2007.

Le palmarès de Laure Manaudou lui assure d’occuper la première place parmi les meilleures nageuses françaises de tous les temps. Elle a marqué sa place par ses triomphes olympiques, mondiaux, européens et ses records du monde du 200m et du 400m. Christine Caron a battu un record du monde, Catherine Plewinski, atteint plusieurs podiums mondiaux et olympiques, Roxana Maracineanu est championne du monde et médaillée (argent) olympique, Solenne Figues est championne du monde. Seule Manaudou a tout eu.

Elle a été élue meilleure nageuse du monde en 2006 en récompense de ses deux records du monde sur 400m et ses exploits à répétition des championnats d’Europe. Quelle sera sa place dans l’histoire. Si, comme on a pu l’espérer, elle avait réussi à conserver en 2008 le titre olympique conquis en 2004, elle se serait trouvée à un niveau que bien peu de nageuses, à travers le siècle, ont pu atteindre, juste derrière Dawn Fraser et Christina Egerszegi, « les » triples championnes olympiques de l’histoire.

Laure, en fait, est sûrement l’une des meilleures nageuses du monde. Qu’elle ait pu gagner les titres européens sur 100m dos, 200m quatre nages, 400m et 800m en 2006 montre l’éclectisme de son talent. Certes, cette capacité de briller dans deux styles et des distances allant du sprint au demi-fond n’est pas chose rare, en natation. Mais elle reste réservée aux meilleurs, aux Phelps, aux Coventry, aux Coughlin.

Peut-être l’héritage le plus précieux de Laure Manaudou est-il, grâce à son entraîneur, Philippe Lucas, d’avoir montré qu’une Française pouvait gagner, et ce, qui plus est, en demi-fond, dans un pays qui n’a fabriqué, jusqu’alors, à quelques exceptions près, que des nageurs de vitesse.

Enfin, au-delà des statistiques de records et de titres, Laure Manaudou a été une vraie star de la natation, un monument. Elle a su plaire aux foules, et faire craquer les limites d’un sport confiné, comme condamné à la discrétion.

En 2004, à Athènes, outre le titre olympique du 400m, elle enleva l’argent du 800m (qu’elle mena de bout en bout avant d’être ajustée par Shibata) et le bronze du 100m dos. Ce triple exploit mettait l’accent sur la diversité de ses dons et le caractère atypique, voire paradoxal (sprinteuse en dos, stayer en crawl) de son registre. Elle conserva en 2005 sa suprématie sur 400m (titre mondial), améliorant le record du monde en petit bassin (3’56’’79) et battant le 12 mai 2006, à Tours, au cours de championnats de France où elle avait pris le départ de dix-sept épreuves et remporté neuf titres, le record du monde de la course, en 4’3’’03 (détenu avec 4’3’’85 depuis 17 ans par Janet Evans). Trois mois plus tard, aux championnats d’Europe, elle gagnait le 100m dos, le 200m quatre nages et le 800m, finissait 3e du 200m et, le 6 août grappillait une seconde sur son record mondial du 400m (4’2’’13), passant en 57’’81, 1’59’’11, 3’1’’16. Installée en septembre 2006 à Canet en Roussillon, avec Philippe Lucas, elle continua de progresser. Encore remarquable deux mois plus tard aux championnats d’Europe en petit bassin d’Helsinki, elle y glana trois nouveaux titres, sur 400m (battant son propre record mondial en petit bassin, 3’56’’09), 800m et 100m dos. L’année 2007 la voit réaliser un doublé mondial, à Melbourne, 200m record du monde, 1’55’’52 et 400, 4’2’’61, et finir 2e du 800m qu’elle a mené tambour battant pour être devancée à la touche par Kate Ziegler, 8’18’’52 contre 8’18’’80. . Sur 100m dos, elle est aussi 2e derrière Natalie Coughlin, 59’’44 contre 59’’87. En revanche, elle est beaucoup moins éblouissante dans le relais quatre fois 200m, où ses équipières Alena Popchanka, Sophie Huber et Aurore Mongel, lui permettent de se lancer en deuxième position. Mais Manaudou, qui a fêté ses courses individuelles, termine à trois secondes, lancée, 1’58’’26, de son tout frais record mondial. Elle a nagé « petit bras » à une fréquence frénétique, sans poser sa nage. Cela ne l’empêche pas de connaître le triomphe d’une élection au titre de meilleure nageuse du monde de l’année. Après 2007, elle quitte Philippe Lucas et connaît une année trouble, s’entraîne en Italie, puis avec son frère, avant de rejoindre Horter à Mulhouse, mais perd toute son assurance en nage libre. Toujours performante en dos, elle amène le record de France du 200m dos (2’9’’59) à 2’6’’64 mais se qualifie de justesse pour les Jeux sur 400m et abdique sa chance sur 200m aux championnats de France qualificatifs pour les Jeux. Elle ne sera pas retenue pour le relais quatre fois 200m. Elle se qualifie de justesse avec le dernier temps pour la finale du 400m en 4’4’’93, et en finale, termine dernière en 4’11’’26, à huit secondes de la gagnante Adlington. Sur 100m dos, elle finit 7e en 1’0’’10.

Ce furent ses parents qui lui apprirent à nager. Entraînée d’abord à Ambérieu-en-Bugey, elle devint en 59’’44, en décembre 2001, aux Interclubs, dans le petit bassin de Dunkerque, la première Française à nager un 100 mètres dos en moins de la minute. Elle s’arrêta un an, puis passa à Melun, où Philippe Lucas la soumit à un énorme volume de travail : six heures de nage et du travail à sec, chaque jour. Deux 2es places aux Championnats d’Europe juniors en 2001 à Malte, championne d’Europe juniors du 100 dos, 2e au 50 dos et au 200 4 nages en 2002 à Linz (Autriche) la lancèrent dans la haute compétition. Le reste appartient à l’histoire.

À ABOU DHABI, ÉTAPE COUPE DU MONDE, AURÉLIE MULLER ET DAVID AUBRY ASSURENT LA PRÉSENCE FRANÇAISE SUR LES PODIUMS H2O LIBRE

Éric LAHMY

FRANCE ET PAYS-BAS À ÉGALITE, ITALIE ET GRANDE-BRETAGNE TRÈS ASSIDUS ÉGALEMENT. FONTAINE ET CASSIGNOL NOUS PARLENT D’AVENIR

Dimanche 12 Mars 2017

Ça continue à performer très fort, pour l’eau libre française. A Abou Dhabi, où l’épreuve masculine a été gagnée par le Britannique Jack BURNELL devant le champion olympique néerlandais  Ferry WEERTMAN, David AUBRY a fini 3e des 10 kilomètres « marathon » à l’issue d’un « final » à cinq fort disputé. David, qui avait consenti un gros effort entre la 2e et 3e bouée et était revenu sur le leader, Axel REYMOND, suivi comme son ombre par Marc-Antoine OLIVIER. REYMOND s’effaçait et AUBRY devant OLIVIER traçait la route. Au dernier passage, il avait creusé un écart de huit secondes sur son compatriote et de dix-huit secondes sur BURNELL, alors 3e. Mais sorti du fin fonds où il avait économisé ses forces (respectivement 60e, 59e, 51e, et 34e aux différents passages, WEERTMAN s’approchait dangereusement, et quoique seulement 12e à ce moment, nageait alors plus vite que tous les leaders.

A l’arrivée, donc, AUBRY montait sur la dernière marche du podium et OLIVIER finissait derrière, à une main. Le jeune Logan FONTAINE, champion d’Europe et du monde junior, et qui s’était maintenu pratiquement, non sans panache, tout le temps de la course entre la 7e et la 8e place, devait céder quelques positions dans la phase finale, et écopait de la 21e place, juste devant Axel REYMOND.

S’il existe une école française d’eau libre, ses grands pontes, ses « professeurs du collège de France », s’appelleraient Philippe LUCAS, qui entraîne AUBRY et OLIVIER, et Eric BOISSIERE, qui entraîne LOGAN, mais a entraîné avant cela AUBRY et OLIVIER à Rouen… Si ces deux l’ont quitté, c’est qu’à Montpellier, ils ont trouvé les moyens nécessaires à leur pratique quasi-professionnelle, moyens que Rouen ne leur a jamais consentis.

Et si FONTAINE reste à Rouen, c’est qu’enfin BOISSIERE s’est vu aménager pour lui-même et son nageur des moyens de travailler, sans d’ailleurs, crois-je savoir que la mairie ou son club n’aient fait grand’ chose pour ça.

Il était temps, car Eric a dépassé l’âge de la retraite et il a fallu qu’à la DTN, Jacques FAVRE gratte un peu pour lui arranger le coup et lui permettre de continuer son « apostolat ». Très mérité car je ne crois pas qu’en trente ans, un seul cadre technique de la DTN ait autant produit que lui.

Mais le cador de l’eau libre de l’année reste Philippe LUCAS. On a pu le voir à l’issue de la course féminine d’Abou Dhabi. Les deux premières sont ses élèves. Et cette fois Aurélie MULLER a devancé Sharon VAN ROUWENDAAL. Lorsque l’affaire est devenue sérieuse, Sharon tenta de refaire le coup qu’elle avait réussi aux Jeux olympiques de Rio: elle s’extirpa du paquet de l’avant emmené par la British Alice DEARING, et se mit en devoir de semer tout le monde.

Mais ici, cela fonctionnait un peu moins bien qu’aux Jeux dans la mesure où elle ne parvenait pas à « faire le trou ». La suivait de très près cette redoutable Rachele BRUNI qui n’avait pas seulement enlevé l’argent à Rio, mais conduit MULLER à l’élimination.

L’AVENIR DE L’EAU LIBRE C’EST FONTAINE ET OCÉANE

Cette fois, MULLER montra la plus grande fraîcheur et l’emporta. Seule l’Italienne Ariana BRIDI finit plus vite qu’elle, mais partant de plus loin. Océane CASSIGNOL, pendant féminin de Logan FONTAINE et championne d’Europe juniors, et 17 ans le 26 mai prochain, s’est offert une place de 7e, parmi les « grandes ». « La valeur n’attend pas ». Océane la bien prénommée (Fontaine est, lui, bien nommé) est une autre élève de Philippe LUCAS à Montpellier, dont elle résume la plaisante méthode pédagogique : «Avec Philippe, tu marches, tu le suis ou tu crèves. Le reste, il s’en fout». [C’est rassurant : on ne nous l’a pas changé.]

Lara GRANGEON, récente championne de France des 5 kilomètres, goûtait la différence avec l’eau libre, ses difficultés spécifiques, et récoltait une 21e place. Débuts prometteurs, ou tentative sans lendemains ?

 MESSIEURS.- 10 kilomètres : 1. Jack BURNELL, GBR, 1h45’54s6 ; 2. Ferry WEERTMAN, Pays-Bas, 1h45’54s9; 3. David AUBRY, France, 1h45’55s; 4. Marc-Antoine OLIVIER, France, 1h45’55s1; 5. Rob MUFFELS, GER, 1h45’55s5;… France: 21. Logan FONTAINE, 1h46’10s7; 22. Axel REYMOND, 1h46s11s1; … 39. Anis CHENITI, 1h48’34s; … 45. Hugo CHOPINEAU, 1h48’40s2; … 51. Clément BATTE, 1h50’35s9; 52. Naïm MOKHFI, 1h51’2s3; … 54. Jean-Baptiste CLUSMAN, 1h51’40s1; 55. Aubin COCORDANO, 1h51’54s7; … 61. Hugo SAILLARD, 1h55’3s.  

DAMES.- 10 kilomètres: 1. Aurélie MULLER, France, 1h52’35s3 ; 2. Sharon VAN ROUWENDAAL, NED, 1h52’35s4; 3. Arianna BRIDI, ITA, 1h52’35s6; 4. Finnia WUNRAM, GER, 1h52’37s2; 5. Rachele BRUNI, ITA, et Chelsea GUBECKA, AUS, 1h52’37s3; 7. Océane CASSIGNOL, France, 1h52’38s5; … France : 31. Lara GRANGEON, 1h54’7s6 ; … 40. Lisa POU, 1h58’49s6 ; … 47. Lila LANGLAIS, 2h7’38s6 ; 48. Elaine Claire SIX, 2h8’55s ; 49. Inis IDIER, 2h9’3s1.  

GABRIELE DETTI, 14’48s21, EN FORME PRÉCOCE, DÉMOLIT GREG PALTRINERI SUR SA DISTANCE FÉTICHE

Éric LAHMY

Samedi 11 Mars 2017

J’écrivais hier, à l’issue de la première journée du meeting de la Cité de Milan, que Gabriele DETTI, lequel venait de nager le 400 mètres le plus rapide de ce début d’année, abandonnerait en 2017 le 1500 mètres. Il en avait fait la promesse, fin août dernier.

Mais cette promesse d’abandon, contingentée au cadre de la haute compétition, style championnats du monde et Jeux olympiques, ne s’appliquait pas aux meetings, que les nageurs prennent le plus souvent comme une préparation, des tests effectués dans le cadre d’un programme d’entraînement.

Et donc, DETTI risquait de tirer dans les pattes de son camarade d’entraînement Gregorio PALTRINERI, dans ce meeting milanais, et, compte tenu de leur degré de préparation respectif, d’être en mesure de lui faire mordre la poussière. PALTRINERI avait affiché, sur 400 mètres, un retard de neuf secondes sur DETTI, impossible à rattraper sur un garçon certes moins endurant que lui, mais capable quand même de tenir le choc du long, comme l’avait démontrée sa médaille de bronze olympique de Rio de Janeiro.

Non seulement DETTI a gagné, mais cela n’a pas été une victoire difficile. Gabriele, 14’48s21, « Greg » 15’2s67, il n’y a pas eu rencontre… D’ailleurs, rien n’interdit de penser que cette domination pourrait faire revenir Detti sur la promesse d’abandonner le 1500 mètres ! Notons que Damien Joly a terminé 4e avec 15’18s98.

Ces 14’48s21 de Detti, s’ils ne valent pas les 14’40s86 qui lui offrirent la médaille de bronze aux Jeux de Rio en août dernier, reproduisent son effort des séries olympiques, 14’48s68. Il est remarquable qu’en valeur absolue, il est de deux secondes moins vite qu’à Rio sur 400 mètres et huit secondes moins vite sur la distance (presque) quadruple, et donc n’a rien perdu de ses facultés d’endurance. A défaut d’avoir le 1500 dans la tête, il l’a toujours dans les bras, et les jambes…

Que dire d’autre? Sans doute que les deux bronze olympique de Detti l’ont moins satisfait que Paltrinieri ne l’a été de l’or du 1500, et ont plutôt aiguisé son appêtit de conquète. Faut-il s’inquiéter au sujet de Paltrinieri, en revanche? Chi lo sà? Greg s’est bien aéré l’esprit depuis les Jeux et a profité de sa popularité, mais il est sûr que s’il veut revenir à son meilleur aux mondiaux de Budapest, cet été, il est temps qu’il s’y mette.

Hormis Detti, il n’y a pas eu de gros truc, de perf qui ressorte. Rien de mauvais non plus certes, disons des performances de saison. Sara Franceschi a peut-être réussi ce qui s’est fait de mieux, côté filles, avec 4’41s13 sur 400 mètres quatre nages, à l’issue d’une haletante bataille à trois,  tandis que Federica Pellegrini a gagné le 100 mètres et perdu le 100 mètres dos, et que l’Antibois Nans Roch a lutté pour l’or sur 100 papillon, et obtenu le bronze.

 MESSIEURS.- 50 libre : 1. Luca Dotto (CS Carabinieri/Larus), 22s43 ; 2. Marco Orsi (Fiamme Oro Roma/Uisp Bologna), 22s44; 3. Piero Codia (Esercito), 22s68.

200 libre: 1. Filippo Magnini (CC Aniene), 1’49s36 ; 2. Alex Di Giorgio (CC Aniene), 1’49s97; 3. Matteo Senor (CN Torino), 1’50″37.

1500 libre : 1. Gabriele Detti (Esercito/Team Lombardia), 14’48s21 ; 2. Gregorio Paltrinieri (Fiamme Oro Roma/Cooprenuto), 15’02s67 ; 3. Domenico Acerenza, 15’17s85.

50 dos: 1. Simone Sabbioni (Esercito/Swim Pro SS9), 25s48; 2. Apostolos Christou (Grèce), 25″64; 3. Matteo Milli (Team Lombardia), 25″83.

200 dos: 1. Christopher Ciccarese (Fiamme Oro Roma/CC Aniene), 2’00s41; 2. Giorgio Gaetani (Esercito), 2’1s30; 3. Matteo Ciampi (Nuoto Livorno), 2’1s59.

100 brasse: 1. Andrea Toniato (Fiamme Gialle), 1’2s18; 2. Luca Pizzini (CS Carabinieri), 1’2s54; 3. Federico Poggio (Team Insubrika), 1’2s89.

100 papillon : 1. Daniele D’Angelo (CC Aniene), 53s70 ; 2. Kregor Zirk (Estonie), 53s88; 3. Nans Roch (France), 53s89.

200 quatre nages: 1. Luca Angelo Dioli (CS Carabinieri), 2’3s57; 2. Lorenzo Glessi (Esercito), 2’3s79; 3. Federico Turrini (Esercito/Nuoto Livorno), 2’4s57.

DAMES.- 100 libre: 1. Federica Pellegrini (CC Aniene), 54″77; 2. Erika Ferraioli (Esercito), 55s41; 3. Aglaia Pezzato (Esercito), 55s65.

400 libre: 1. Simona Quadarella (VV.F Fiamme Rosse/CC Aniene), 4’8s62 ; 2. Erica Musso (Fiamme Oro Roma), 4’13″55; 3. Alice Mizzau (Fiamme Gialle), 4’14″11.

100 dos : 1. Carlotta Zofkova (CS Carabinieri), 1’1s35 ; 2. Federica Pellegrini (CC Aniene) 1’1s59; 3. Margherita Panziera (CC Aniene) 1’1s72.

50 brasse: 1. Martina Carraro (Fiamme Azzurre), 31s39; 2. Arianna Castiglioni (Fiamme Gialle) 31s64; 3. Nicol Valentini (Roma Nuoto), 32s51.
200 brasse: 1. Giulia Verona (Team Lombardia) 2’28s81; 2. Lisa Fissneider (Fiamme Gialle) 2’30″16; 3. Francesca Fangio (Team Lombardia), 2’30″27.

50 papillon: 1. Silvia Di Pietro (CS Carabinieri/CC Aniene), 26s16 ; 2. Elena Gemo (CS Carabinieri), 26s57 ; 3. Ilaria Bianchi (Fiamme Azzurre), 26s83.

200 papillon : 1. Stefania Pirozzi (Fiamme Oro Roma/CC Napoli), 2’9s60; 2. Aurora Petronio (RN Torino), 2’10s39; 3. Ilaria Cusinato (Team Veneto), 2’11s92.

400 quatre nages : 1. Sara Franceschi (Fiamme Gialle/Nuoto Livorno), 4’41s13 ; 2. Stefania Pirozzi (Fiamme Oro Roma/CC Napoli), 4’41s78 ; 3. Luisa Trombetti (Fiamme Oro Roma), 4’42s48.

MAURICE LUSIEN (1926-2017) : UNE VIE DANS L’EAU

Samedi 11 Mars 2017

Maurice LUSIEN, l’un des meilleurs nageurs français de l’immédiat après-guerre, est mort ce vendredi matin, des suites d’une grippe contractée cet hiver, nous signale son fils Patrick. Né à Paris le 17 août 1926, il était dans sa 91e année.

Maurice était un nageur de cette époque, loin des gabarits d’aujourd’hui. Doté de capacités cardio-pulmonaires hors-normes, il était d’une taille médiocre, 1,67m, et compensait par une volonté sans faille.

Il avait participé aux Jeux olympiques de Londres, en 1948, puis d’Helsinki en 1952 ; éliminé en séries la première fois, il avait atteint la finale du 200 mètres brasse (papillon) , et terminé septième, la seconde.

Les « stars » de l’époque s’appellent Jany, Boiteux, voire Vallerey et Bozon, mais Lusien, sans atteindre leur statut, est un membre éminent des équipes de France. A deux reprises, il établira le record du monde du 400 mètres quatre nages, une épreuve créée en janvier 1953, non olympique (elle le deviendra en 1964) en 5’35s6 (1953) et 5’27s3 (1954).

Médaillé d’argent du 200 mètres brasse aux championnats d’Europe en 1950, il est vainqueur de la même épreuve et du relais trois fois 100 mètres trois nages aux Jeux méditerranéens, l’année suivante; il gagnera aussi le 200 mètres papillon et le quatre fois 100 mètres quatre nages aux Jeux méditerranéens en 1955, et sera encore médaillé d’argent du quatre fois 100 mètres quatre nages aux Jeux méditerranéens 1959, il est champion de France du 100 brasse en 1958, du 200 brasse de 1947 à 1952 et en 1959, et, au moment de la partition entre la brasse et le nouveau style, le papillon, du 200 mètres papillon en 1953 et 1954, et il devient recordman du monde du quatre fois 100 mètres quatre nages (4’32s2) en 1953 avec Gilbert Bozon, Pierre Dumesnil et Alex Jany.

Avec son épouse Odette-Aimée (Casteur), championne de France à 16 ans et elle aussi recordwoman du monde (en relais, en 1954, à Marseille, avec Josette Arène-Delmas, Marie-Laure André et Françoise Derommelaere), ils vont devenir des nageurs impénitents, et disciplinés. De plus, il l’entraîne. Quand leur nait un fils, Patrick, en 1951, la natation reste leur premier souci, et ce garçon sera élevé par ses grands-parents jusqu’à l’âge de cinq ans.

Ils vont d’ailleurs devenir les premiers masters « sérieux » de France après que Patrick, retour d’Allemagne, leur raconte qu’on a mis en place outre-Rhin des compétitions de natation pour les vieux.

Pas étonnant que ce couple fusionnel ait laissé le souvenir de véritables fanatiques hors-normes du sport. Lui a été bottier à ses débuts, et quoique fort peu manuel, « incapable de planter un clou », se souvient en souriant son fils, il aurait été meilleur ouvrier de France dans sa spécialité. Il abandonne assez vite la profession, devient maître-nageur, puis, beau parleur, effectue une carrière de commercial. Mais sa seule passion, nager, le reprend avec Odette, et ils consacrent leur retraite à l’entraînement et à la compétition. Ils accordent à cette pratique une attention, un intérêt extraordinaires, que les autres nageurs eux-mêmes n’approuvent pas toujours, estimant qu’ils en font trop.

Ils enlèveront de nombreux titres internationaux de vétérans. Lui-même aura été licencié au Cercle des Nageurs de la Marne, au Paris université Club et au Cercle des Nageurs de Marseille. Odette, née en 1927, disparait en 2007, à 79 ans et 4 mois, victime d’un lymphome de Hodgkin qui se développe lentement mais inexorablement et contre lequel elle se battra pendant quinze ans.

Dès la mort de cette compagne et complice, Maurice abandonne tout désir de nager. Il n’y reviendra plus. Depuis six ans, il vivait en maison de retraite. Victime d’une grippe cet hiver, il est hospitalisé, et ne s’en remettra pas. Odette s’était éteinte le 12 mars 2007. Il disparait dix ans après, moins deux jours…

 Éric LAHMY

DETTI, 3’45s28 SUR 400 MÈTRES A MILAN

Éric LAHMY

Vendredi 10 Mars 2017

Italie. Première journée du Trophée (7e meeting du nom) de la cité de Milan. Gabriele Detti en a été le héros. Le médaillé de bronze olympique du 400 mètres des Jeux de Rio (derrière Mackenzie Horton et Yang Sun) et du 1500 mètres (derrière Gregorio Paltrinieri et Connor Jaeger) a signé un 3’45s28 que l’on signale comme la meilleure performance mondiale de la saison. C’est un temps, à deux secondes de son record, qui aurait été suffisant, aux Jeux de Rio, pour le qualifier en finale.

Detti n’avait pas d’adversaire à sa mesure, le second de la course étant… Damien Joly. L’Antibois finissait à six secondes du vainqueur. Et Paltrinieri, s’il s’était qualifié en finale, ne pouvait finir mieux que 5e, en 3’54s62.

On ne devrait pas voir Detti sur 1500 mètres, car il a clairement annoncé fin août dernier qu’il abandonnait toutes prétentions sur la distance, où Paltrinieri domine le monde. De ce fait, il pourrait nager de façon intéressante sur 200 ? En revanche, sur 1500, il serait intéressant, le cas échéant, de voir ce que Joly pourrait faire en face du champion olympique en l’état actuel des choses, Paltrinieri ayant l’air fort éloigné de sa meilleure forme.

Côté filles, ce meeting de reprise a donné une performance intéressante d’Alice Mizzau, 1’58s70 sur 200, nettement devant la Française Camille Gheorghiu. A noter également le 200 dos de Federica Pellegrini, qui a snobé le 200 libre, tandis que Sara Franceschi, 16 ans, fille de son (très bon) entraîneur livournais Stefano, améliore son record italien cadettes sur 200 quatre nages. Jordan Coelho a gagné le 200 papillon, réalisant la meilleure performance d’un groupe du pôle France d’Antibes.

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Alessandro Miressi (Fiamme Oro Roma/CN Torino), 49″44 ; 2. Marco Orsi (Fiamme Oro Roma/Uisp Bologna), 49″85 ; 3. Filippo Magnini (CC Aniene), 49″87 ; 3. Ivano Vendrame (CS Esercito/Larus), 49″87.

400 libre: 1. Gabriele Detti (CS Esercito/Team Lombardia), 3’45″28; 2. Damien Joly (Pôle France Antibes), 3’51″83 ; 3. Domenico Acerenza (CC Napoli), 3’52″38.

100 dos : 1. Simone Sabbioni (CS Esercito/Nuoto Livorno), 54″85 ; 2. Matteo Milli (Team Lombardia), 55″63; 3. Christopher Ciccarese (Fiamme Oro Roma/CC Aniene), 55″81.

50 brasse:1. Andrea Toniato (Fiamme Gialle/Team Veneto), 28″26; 2. Nicolò Ossola (CS Carabinieri), 28″74; 3. Federico Poggio (Team Insubrika), 28″82.

200 brasse : 1. Luca Pizzini (CS Carabinieri/Fondazione Bentegodi), 2’14 » ; 2. Christopher Rothbauer (SVC Nuoto Austria), 2’15″07; 3. Riccardo Cervi (Team Veneto), 2’16″01.

50 papillon: 1. Andrea Farru (Sport Full Time Sassari), 24″05; 2. Apostolos Christou (Federazione Nuoto Grecia), 24″21; 3. Matteo Rivolta (Fiamme Oro Roma), 24″41.

200 papillon: 1. Jordan Coelho (Pôle France Antibes), 1’58″89; 2. Giacomo Carini (Fiamme Gialle/Vittorino Da Feltre), 1’59 »; 3. Athanasios C. Kynigakis (Federazione Nuoto Grecia); 2’0″39.

400 4 nages: 1. Federico Turrini (CS Esercito/Nuoto Livorno), 4’20″77; 2. Giorgio Gaetani (CS Esercito/Larus), 4’21″74 ; 3. Claudio Fossi (Team Lombardia), 4’28″10.

DAMES.- 50 libre : 1. Silvia Di Pietro (CS Carabinieri/CC Aniene), 25″18 ; 2. Erika Ferraioli (CS Esercito/CC Aniene), 25″56 ; 3. Agaia Pezzato (CS Esercito/Team Veneto); 25″67.

200 libre: 1. Alice Mizzau (Fiamme Gialle/Team Veneto), 1’58″70; 2. Camille Georghiu (Pôle France Antibes), 2’1″06; 3. Stefania Pirozzi (Fiamme Oro Roma/CC Napoli), 2’1″23.

800 libre : 1. Simona Quadarella (VV.F Fiamme Rosse/CC Aniene), 8’32″12 ; 2. Martina Caramignoli (Fiamme Oro Roma/Aurelia Nuoto), 8’37″07 ; 3. Martina De Memme (CS Esercito/Nuoto Livorno) 8’38″36.

50 dos : 1. Arianna Barbieri (Fiamme Gialle/Azzurra 91), 28″82; 2. Silvia Scalia (CC Aniene) et Veronica Neri (Team Lombardia), 29″03.

200 dos: 1. Federica Pellegrini (CC Aniene), 2’10″20; 2. Margherita Panziera (CC Aniene), 2’11″20; 3. Giulia Ramatelli (Fiamme Gialle), 2’14″84.

100 brasse: 1. Martina Carraro (Fiamme Azzurre/Azzurra 91), 1’8″02 ; 2. Arianna Castiglioni (Fiamme Gialle/Team Insubrika), 1’8″30; 3. Ilaria Scarcella (CC Aniene), 1’9″11.

100 papillon : 1. Ilaria Bianchi (Fiamme Azzurre/Azzurra 91), 58″16 ; 2. Silvia Di Pietro (CS Carabinieri/CC Aniene), 59″06 ; 3. Elena Di Liddo (CC Aniene), 59″30.

200 quatre nages: 1. Sara Franceschi (Fiamme Gialle/Nuoto Livorno), 2’12″24, record italien cadettes; 2. Ilaria Cusinato (Team Veneto), 2’14″84; 3. Anna Pirovano (Team Lombardia), 2’15″67.

KATHLEEN LEDECKY CONTRE SIMONE MANUEL, DUEL CARDINAL SUR 200 YARDS DANS L’INDIANA LE WEEK-END PROCHAIN AUX NCAA FÉMININS

Éric LAHMY

Kathleen Ledecky est en tête de liste (en bassin de 25 yards) sur deux courses, dans les prochains championnats NCAA. La meilleure nageuse du monde étudie à Stanford, et sa prestation, lors des prochaines finales NCAA, qui se tiendront du 15 au 18 dans l’IUPUI Natatorium d’Indianapolis (pour IUPUI, lisez : Indiana University-Purdue Université Indianapolis) risque de constituer le grand moment des compétitions.

Sur 500 yards, où elle détient les dix meilleures performances, on ne voit qui pourrait battre l’impératrice du crawl. Même si on peut imaginer une Leah Smith (Virginia) en sous-marin, périscope descendu et armant ses torpilles, cette petite fille d’un boxeur poids lourd aura du mal à atteindre l’adversaire à la mâchoire.

Sur les « psych sheet », Leah, qui devance elle-même sa suivante, Ryan Gillian, 4’34s28, de trois secondes et demie, se situe à plus de cinq secondes, 4’30s81 contre 4’25s15, de l’incomparable.

Sur 1650 yards, l’avance théorique de Ledecky se porte à près d’une demi-minute sur la même nageuse, ce qui signifie qu’elle pourrait bien avoir fini sa course pendant que sa meilleure rivale sera occupée à négocier son avant-dernier virage.

Ledecky, l’une des meilleures « medleyers » universitaires US, ne s’alignera pas sur 400 yards quatre nages, et sera lancée sur 200 yards libre, où son équipière de Stanford, Simone Manuel, la devance sur le papier des psych sheet d’un petit rien.

Ce 200 yards pourrait bien être le point de rencontre de l’ouragan Simone et du typhon Katie, le lieu du « perfect storm », la tempête parfaite, où se décidera qui est la meilleure nageuse des NCAA.

Entendons-nous bien. J’ai parfaitement enregistré que les NCAA sont une compétition par équipes. Mais d’abord Stanford a tellement d’avance que ce match là est en quelque sorte joué d’avance. Ensuite, si l’on admet que Ledecky triomphera dans le long et Manuel dans le court (quoique ça sera plus difficile pour celle-ci), le 200 sera le point de rencontre de ces deux dominatrices. Enfin, je ne m’intéresse pas de savoir si Ledecky nage avec Stanford, ou à Kalambong, à Kalamazoo port de pêche ou encore à Papaillous-les-Fossés. Je m’intéresse à Ledecky la nageuse dans tout plan d’eau où elle se trouve, un point c’est tout… et je ne dois pas être le seul!

Ledecky, championne américaine, mondiale et olympique se joue de Manuel sur 200 mètres en grand bassin (1’53s73 contre 1’57s82, goûtez la différence), mais depuis toujours, à égalité sur la distance, les nageurs de 200 mètres qui « viennent » du demi-fond se font ratiboiser par ceux qui excellent plutôt en sprint, dès qu’il s’agit de se mesurer en yards et en petit bassin : quatre virages en plus et dix-sept mètres douze centimètres en moins à accomplir font des 200 yards une course différente, plus proche techniquement… du cent mètres que du deux cent, en grand bassin!

Pour donner une idée, si vous nagez 1’55s sur 200 mètres grand bassin en venant du 1500 mètres, vous vaudrez autour de 1’41s ou 1’42s sur 200 yards petit bassin ; partant du 50 et du 100, vous serez plus près de 1’39s ou 1’40s.

Maintenant, dans l’absolu, Ledecky a signé un meilleur temps, 1’41s04, que Manuel, 1’41s16, sur 200 yards; c’était en 2015. Où en seront-elles la semaine prochaine? Sans doute pas très loin. La forme du jour devrait jouer dès lors un rôle essentiel.

Les règles NCAA interdisent à tout nageur de s’aligner sur plus de trois courses, et donc des grands voraces, un Phelps, un Lochte, une Hosszu, n’y peuvent effectuer les mêmes ravages qu’en courses FINA. D’ailleurs, l’équipe de l’Université de Stanford, à laquelle appartient Ledecky, n’a pas besoin d’un one-woman-show, tant elle est solide, voire hégémonique.

Avec Manuel (trois courses), Ledecky (deux courses), Ella Eastin (trois courses), Janet Hu et Ally Howe (une course chacune), les « Cardinales » sont têtes de liste dans dix des treize épreuves individuelles. Elles ne laissent le haut de la feuille qu’à Kathleen Baker, de California, sur 200 dos, et à Lillian King, d’Indiana, la championne olympique de Rio, sur 100 et 200 brasse.

La Française Béryl Gastaldello, étudiante en 3e année à Texas A&M, est engagée sur trois courses, 50 yards (15e), 100 dos (51e), 100 libre (19e), mais parait assez éloignée de la valeur qui en faisait, voici deux saisons, une concurrente pour les finales.

 Pour l’ensemble des « psych sheet » des NCAA féminins :

http://www.usaswimming.org/_Rainbow/Documents/cde044f3-7d3d-4cc1-a933-50ac4f6e1f35/17-3-1_W_Psych%20Sheet.PDF

 LES MEILLEURES ENGAGÉES.- 50 yards: 1. Simone Manuel, Stanford, 21s29; 2. Abbigail Weitzeil, 21s40; 3. Zhesi Li, Ohio, 21s48.

100 yards: 1. Simone Manuel, Stanford, 46s36; 2. Mallory Comerford, Louisville, 46s75; 3. Oliva Smoliga, Georgia, 46s95.

200 yards: 1. Simone Manuel, Stanford, 1’40s37; 2. Kathleen Ledecky, 1’40s50; 3. Mallory Comerford, Louisville, 1’41s70.

500 yards: 1. Kathleen Ledecky, Stanford, 4’25s15; 2. Leah Smith, Virginia, 4’30s81; 3. Gillian Ryan, Michigan, 4’34s28.

1650 yards: 1. Kathleen Ledecky, Stanford, 15’3s92; 2. Leah Smith, Virginia, 15’31s49; 3. Brooke Zeiger, Minnesota, 15’44s.

100 yards dos: 1. Ally Howe, Stanford, 49s69; 2. Kathleen Baker, Californie, 50s27; 3. Janet Hu, Stanford, 50s29.

200 yards dos: 1. Kathleen Baker, California, 1’48s33; 2. Janet Hu, Stanford, 1’49s36; 3. Alexia Zevrik, NC State, 1’49s61

100 yards brasse: 1. Lillian King, Indiana, 56s30; 2. Natalie Pierce, Florida state, 58s37; 3. Laura Simon, Virginia, 58s41

200 yards brasse: 1. Lillian King, Indiana, 2’4s03; 2. Kierra Smith, Minnesota, 2’4s37; 3. Emily Escobedo, UMBC, et Riley Scott, Couthern Cal, 2’6s20.

100 yards papillon: 1. Janet Hu, Stanford, 50s38; 2. Louise Hanson, Southern Cal, 50s39; 3. Farida Osman, California, 50s40

200 yards papillon: 1. Ella Eastin, Stanford, 1’51s85; 2. Sarah Gibson, Texas A&M, 1’52s64; 3. Madison Wright, Southern Cali, 1’52s67

200 yards quatre nages : Ella Eastin, Stanford, 1’52s34 ; Kathleen Baker, Californie, 1’52s74, Madysin Cox, Texas, 1’52s82.

400 yards quatre nages: 1. Ella Eastin, Stanford, 4’0s38; 2. Madysin Cox, Texas, 4’1s15 ; 3. Sydney Pickrem, Texas A&M, 4’2s25.

RUTA MEILUTYE, ADIEU PLYMOUTH, MULTIPLIE LES TITRES EN LITUANIE

Éric LAHMY

Vendredi 10 Mars 2017

Swim Vortex nous donne des nouvelles de Lituanie, où Ruta Meilutyte a dominé les championnats nationaux. Elle a nagé les 50 et 100 mètres brasse en 30s73 et 1’7s47, alors qu’elle avait accompli la distance en 1’7s juste en janvier lors de la Coupe de Flandres. Meilutyte a également gagné 50, 100 et 200 mètres crawl et 50 mètres dos, en respectivement 25s98, 55s81, 2’3s48 et 30s13. Meilutyte s’est toujours imaginé crawleuse, et elle s’y débrouille bien.

Danas Rapsys, pour sa part, s’est imposé sur 200, 400, 800 et 1500 mètres, en 1’47s62, 3’53s33, 8’15s76 et 15’56s84 ; il a gagné aussi le 100 mètres dos en 54s83. Andrius Sislauskas réalisait la rafle des courses de brasse, en 27s88 (50 mètres), 1’1s13 (100 mètres) et 2’16s81 (200 mètres). En dos, Gytis Stankevicius s’est imposé en dos sur 50 (25s21) et 200 (2’4s67) mais a été battu sur la distance intermédiaire, le 100, en 55s82. Tandis que Deividas Margevicius, 23s97 et 53s25 sur 50 et 100 mètres papillon, gagnait également en libre le 50 mètres en 23s06 et nageait 50s21 au 100.

Pour en revenir à Meilutyte, celle-ci a décidé de retourner dans sa Lituanie natale, après avoir effectué toute sa carrière à Plymouth, en Grande-Bretagne, sous l’expertise de John Rudd, au Plymouth Leander club. Cette décision a été prise lorsque Rudd a quitté son poste pour diriger la fédération irlandaise, Swim Ireland. Ayant perdu son mentor, Ruta a pris sa décision, alors qu’elle s’était octroyé une coupure post-olympique de quelques mois, dédiée à des voyages en Amérique et en Europe en compagnie de ses deux frères. A Kaunas, sa ville natale, ancienne capitale temporaire de Lituanie, elle sera entraînée par un nageur, Pauliumi Andrijausku, toujours recordman national du 200 mètres papillon.

Meilutyte s’était imposée de façon surprenante aux Jeux olympiques de Londres, enlevant le 100 mètres brasse à l’âge de seulement quinze ans, aux dépens de la favorite américaine Rebecca Soni. Elle avait, en 2011, écrasé l’adversité aux Jeux Européens de la jeunesse, 1’7s96, record national, contre 1’11s25, jolie performance encore insuffisante pour en faire une championne olympique ! Mais Ruta a bien occupé l’année de ses quinze ans.

L’année de ses seize ans aussi. Elle avait, en 2013, confirmé son talent, gagné la course des mondiaux de Barcelone avec un nouveau record du monde, 1’4s35, laissant sa seconde, Yulia Efimova, à presqu’une seconde (1’5s29). Toujours junior, elle effectuait un ravage aux championnats du monde juniors, or sur 50 et 100 brasse, 50 libre, 200 mètres quatre nages, argent sur 100 libre, En 2014, aux championnats d’Europe de Berlin, Ruta avait décidé de s’amuser un peu en variant les plaisirs. Et sprinté ! Gagné le 50 brasse, sans nager le 100 brasse, sa distance reine en quelque sorte, nagé les séries du 50 mètres libre où elle n’a pas été ridicule (17e en 25s54). Elle réussit aussi cette année de bons résultats aux Jeux olympiques de la Jeunesse…

Les affaires sérieuses reprennent en 2015, mais après avoir mené follement la première longueur du 100 mètres brasse, en finale, elle finit sur les jantes, effectue une superbe contre-performance, « nage debout » les derniers mètres (1’6s36 contre 1’5s64 en qualifications) et se laisse déposséder par Yulia Efimova (1’5s66, laquelle gagne tout en étant moins vite de deux centièmes que Ruta en demis). Yulia est devenue son ennemie privilégiée après ses affaires de dopage, et Ruta clame sa déception.

Peu de temps après, en septembre, elle est victime d’un accident de vélo: fracture à un coude. Elle ne se remet pas complètement de cet accident et finit 7e de la finale du 100 brasse aux Jeux olympiques de Rio.

Aujourd’hui, on ne peut dire si la grande époque de Meilutyte est achevée. On doit admettre que ses records datent de 2013, quand elle avait seize ans… Annoncée, à Londres, à 64kg pour 1,73m, ses mensurations officielles (sources FINA) sont aujourd’hui 1,76m pour 75kg… Onze kilos supplémentaires qui, même si de « bons muscles », ne constituent pas forcément un  avantage. Mais elle reste une nageuse redoutable, comme le montrent ses récentes performances.

Meilutyte aura 20 ans ce 19 mars.

GILLES SEZIONALE ENTEND RÉFORMER LA « GOUVERNANCE » DE LA FFN

Mardi 7 Mars 2017

M. Gilles SEZIONALE, candidat à la présidence de la Fédération française de natation, a fait connaître un premier volet de ce qu’il entend être son action, s’il est élu. Ce volet concerne la façon de gouverner de la Fédération. Forte aujourd’hui d’environ 300.000 licenciés, M. Sezionale pense, comme d’autres bons esprits, que la « gouvernance » doit être changée, de façon à correspondre à un modèle démocratique. Nous examinerons sans doute ultérieurement ces propositions, mais on peut d’ores et déjà dire qu’elles rendent périmé, obsolète, le mode de gouvernance actuel, que Francis Luyce n’a jamais tenté de réformer, après 24 années de mandat présidentiel. Ce n’est pas être soupçonneux de dire que si M. Luyce a conservé ce mode électoral injuste, c’est tout simplement parce que son absence de démocratie lui convenait. Il est facile de « tenir » quelques poignées de grands électeurs en les flattant et en les achetant.

Par ces seules propositions, mon sentiment personnel est que M. SEZIONALE a ringardisé la présidence de Francis LUYCE. Mais bien entendu, libre à tous de penser diffremment!Eric LAHMY

PRÉSENTATION DU PLAN DE GILLES SEZIONALE SUR LA GOUVERNANCE

Chers Présidentes et Présidents de Ligues Régionales, Chères amies, chers amis,

 L’échéance électorale approche et même si elle ne peut pas être une fin en soi, elle conditionne toute notre action jusqu’au 2 avril prochain. A cette date, le nouveau président de notre Fédération sera désigné par le nouveau comité directeur élu et j’ai la conviction que votre choix sera le bon.

 Dans la lettre que je vous ai fait parvenir, je m’étais engagé à vous fournir des fiches thématiques qui doivent appuyer la politique que je défendrai avec toute mon équipe.

 Pour mémoire, mon engagement principal est le suivant : «  Fédérer l’ensemble des acteurs au service de nos pratiquants avec un projet partagé »

 La première thématique que je soumets à votre jugement porte sur :

LA GOUVERNANCE 

 Une évolution du mode de gouvernance à la hauteur des enjeux actuels est indispensable au développement des activités fédérales en tenant compte des enjeux sociétaux actuels.

 Voilà une phrase qui, à elle seule, résume l’ampleur du programme qui nous attend.

 Vous aurez pu lire au détour d’articles de presse parus très récemment et qui ne partagent pas nos convictions, des expressions fortes et dont le pouvoir de résonnance ne doit pas nous faire oublier le constat actuel.

 Faut-il vraiment se montrer confiant actuellement et prolonger cet état encore 4 ans au point de voir nos projets disparaître dans la brume d’une gouvernance qui n’en finit plus de « laisser le temps au temps ». Certes un bilan s’inscrit dans la durée mais au bout d’une trop longue période, le temps fait son office et l’expérience finit par ressembler à de l’obstination.

La société évolue et le mouvement sportif ne fait pas exception. Ce qui était bien il y a 24 ans ne l’est pas forcément maintenant et même s’il faut savoir se servir des expériences passées il faut aussi savoir en tirer des leçons pour l’avenir. 

Des acteurs nouveaux apparaissent dans notre périmètre (partenaires privés…) et d’autres nous quittent progressivement (partenaires institutionnels) et il convient de négocier le virage qui s’impose à nous intelligemment. On appelle ça de la gestion prévisionnelle à plus ou moins long terme.

Notre Fédération est à un tournant de son existence et si nous voulons rester dans le panorama français, européen et mondial nous devons la faire évoluer. Ce changement passera par une remise en cause de notre mode d’élection de nos représentants. Impossible me direz-vous ? 

Pourtant autour de nous des exemples existent et fonctionnent alors pourquoi pas nous ? On appelle ça la vie démocratique et nos clubs la réclament alors il faut les écouter et trouver les solutions qui nous rapprocheront d’eux.

Tous les acteurs de cette grande Maison Fédérale sont des richesses qu’il faut exploiter. Les élus, les salariés et les cadres techniques qui la composent doivent poursuivre le même but et c’est avec une grande réflexion sur  le « Travailler ensemble » que nous atteindrons nos objectifs.

Les circuits de l’information, les nouvelles technologies et l’évolution des utilisateurs seront un axe essentiel de la modernisation de notre fédération. Nous vivons au 21ème siècle et  nous seront acteur de cette marche en avant.

Bien sûr, je ne répèterai jamais assez que ce projet est celui d’une équipe forte sur laquelle je peux compter et qui croit en notre avenir.

Avant de travailler dans la stabilité, la continuité et la sagesse il faut construire les bases de notre projet fédéral que chacun d’entre vous devra s’approprier pour le décliner.

Vous trouverez le premier axe de travail sur la gouvernance, j’espère qu’il contribuera à fortifier votre conviction dans le besoin de changement. 

Bonne lecture à tous en attendant de concrétiser rapidement nos convictions. Gilles SEZIONALE

UN PROJET PORTÉ PAR MONSIEUR GILLES SEZIONALE

Président de la Ligue PACA de Natation

LA GOUVERNANCE

Une évolution indispensable du mode de gouvernance

Après avoir recueilli la confiance des délégués lors de l’élection à la présidence de la Fédération Française de Natation, je m’engagerai pleinement pour conduire les réformes indispensables destinées à faire face aux données de notre environnement sportif en perpétuelle évolution, contribuer au développement des activités de la natation et permettre à nos équipes nationales de briller lors des grandes compétitions internationales.

A titre personnel, je saurai être en phase avec ce nouveau défi, en m’organisant sur le plan professionnel pour me consacrer pleinement à mes activités fédérales. Une gouvernance à la hauteur des enjeux actuels impose une réforme des statuts. Elle sera proposée et appliquée au cours de l’Olympiade 2016-2020.

 – Permettre à tous les Présidents de Ligue d’être membres du Comité Directeur de la Fédération Française de Natation

 Reconnaître le rôle essentiel joué par les Ligues dans la mise en œuvre du projet fédéral me semble indispensable à notre réussite.

*** Mon objectif est d’associer l’ensemble des Présidents des Ligues dans la gestion de notre Fédération.

Permettre à tous les Présidents de Ligue ou de son représentant d’être membres du Comité Directeur de la Fédération Française de Natation me semble être un gage de démocratie.

– Donner une plus grande autonomie aux Ligues

 Dans la continuité de la formalisation du projet de développement Fédéral, je formaliserai un cadre stratégique pour donner la possibilité aux Ligues de concevoir leur propre projet de développement tout en contribuant au projet d’ensemble.

*** Mon objectif est de contractualiser avec les Ligues afin de les fédérer dans un projet partagé au service de nos pratiquants.

Cette contractualisation pourra inclure des aides matérielles, en ressources humaines et financières.

 – Le mandat du Président limité à deux Olympiades

 La modernisation de la vie démocratique au sein de notre Fédération est devenue une nécessité.

*** Mon objectif est de favoriser le renouvellement des élus pour une meilleure efficience de notre projet fédéral.

– Réorganiser l’ensemble des services de la Fédération avec pour chacun d’entre eux, nomination d’un élu-référent

Une répartition adéquate des rôles de chacun des acteurs – élus, salariés, cadres techniques – est un gage de réussite du projet.

*** Mon objectif est d’optimiser le fonctionnement des différents services de la Fédération au travers l’amélioration des « process ».

– Permettre aux clubs de voter directement pour l’élection du Comité Directeur et du Président de la Fédération Les clubs affiliés, membres de la Fédération Française de Natation, sont actuellement représentés à l’Assemblée Générale par les délégués élus dans chacune des ligues.

*** Mon objectif, en permettant aux clubs de voter directement pour l’élection du Comité Directeur et du Président, est de créer un lien de proximité avec l’appareil fédéral, de favoriser une démocratie directe, de permettre à chaque club de pouvoir s’exprimer.

-Permettre aux clubs d’avoir une participation active à la vie Fédérale

Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui une participation active des clubs dans la vie fédérale. Une réflexion sera menée pour la mise en place d’un système électronique permettant l’organisation des votes et consultations référendaires.

***Mon objectif est une modernisation de la gouvernance.  Des consultations plus régulières seront mises en place. Nous devons gagner en réactivité dans nos actions.

– Assurer la pérennité économique des Clubs, Ligue et Comités

La diminution des ressources publiques nous amène à réfléchir sur l’évolution de notre modèle économique et sur sa viabilité. Un service spécifique sera créé au sein de la Fédération.

***Mon objectif est d’apporter à nos Clubs des solutions concrètes assurant leur développement et la pérennisation de leurs activités. Ces apports concerneront des outils pour améliorer la gestion générale.

– Création d’un Conseil de Surveillance totalement indépendant

Je propose la création d’un Conseil de Surveillance indépendant, composé de personnalités issues du monde sportif et y siégeant pour leurs compétences.

*** Mon objectif est de séparer les fonctions de gestion, de décision et de contrôle pour une transparence totale des activités économiques et financières (avec la mise à disposition des pièces comptables) de la Fédération.