PAOLO BARELLI CONTRE JULES CESAR MAGLIONE : L’EUROPE TENTE DE CONQUÉRIR LA FINA

SIMPLE BATAILLE  D’EGOS OU GRANDES QUESTIONS DE PRINCIPE ? UN PEU LES DEUX SANS DOUTE…

Éric LAHMY

Mardi 9 Mai 2017

Pour Stefano Arcobelli, Paolo Barelli, président des fédérations italienne et européenne de natation, en présentant sa candidature à la présidence de la Fédération internationale de natation, a convoqué « l’Europe pour une guerre cruciale contre l’actuel pouvoir de l’argent. »

Les jeux de pouvoir au niveau faitier du sport sont assez compliqués, parce qu’ils associent des désaccords sur les politiques à mener et des luttes d’egos. Ainsi, le Comité olympique australien vient d’échapper à une petite révolution ; son président, John Coates, autocrate à la barre depuis 27 années, ayant terrassé l’opposition en la personne d’une championne olympique de hockey, Danni Roche par 58 à 35 voix. Je vous passe sur les épithètes qui ont fleuri surtout au sujet de Coates et feraient passer celles que j’ai employées au sujet de Francis Luyce pour des amabilités… En gros, Roche représentait la nouvelle vague (elle était appuyée par les représentants des athlètes) et un autre type de gouvernance [elle avait promis, si élue, de se passer des émoluments (considérables) que s’était octroyé Coates, lequel, avec ses deux adjoints, ramassait un million de dollars annuels de salaires…]

Malgré un formidable tir de barrage médiatique à quatre-vingt-dix pour cent favorable à Roche, Coates l’a emporté haut la main.

Je dois au chroniqueur italien Stefano Arcobelli l’information selon laquelle la réélection de Coates est une bonne nouvelle pour Thomas Bach, le président du Comité olympique international. Coates, explique-t-il dans sa chronique est « un des dirigeants les plus influents et déterminants ainsi pour l’organisation des Jeux de Tokyo » alors que Bach ne s’est pas encore exprimé au sujet du Koweitien Husain Al-Musallam, vice-président mondial de la FINA et grand électeur de Jules Cesar Maglione, l’actuel président de la FINA, qui revendique à l’âge tendre de 82 ans un troisième mandat de président de l’institution.

L’Al-Musallam en question est accusé par le FBI dans une affaire de pots-de-vin dans le cadre d’un scandale de la Fédération internationale de football. Directeur général et directeur technique du comité olympique d’Asie, c’est clairement un dirigeant multicarte.

Il serait en fait, affirme le Times, le bras droit d’un membre important de la famille régnante du Koweit, Sheikh Ahmad Al-Fahad Al-Sabah, lequel vient d’abandonner sa place au conseil de la FIFA après avoir été identifié comme un autre conspirateur dans cette affaire…

Or voici que Maglione, lequel caracolait seul vers l’élection (à Budapest le 22 juillet prochain) se trouve un adversaire. Barelli s’est décidé en effet à se présenter. Le site anglo-saxon « Inside the Games », s’étant procuré la lettre que Barelli a envoyée à tous les présidents de fédérations nationales de natation d’Europe, a essayé en vain d’interviewer le dirigeant italien afin de le sonder plus avant. Barelli sait très bien que dans ce type d’élections à guichets fermés, ce ne sont pas les articles de presse qui font pencher la balance (comme on vient de le voie avec l’affrontement Coates-Roche en Australie), mais bien les manoeuvres de couloirs. Arcobelli suggère que Barelli « veut bien faire les choses et expliquer les lignes force de son programme qui l’on conduit à défier Maglione. »

Après la réunion de la LEN au palais du Pharo, à Marseille, ce 13 juillet, Barelli attendra la réponse à un recours auprès du tribunal arbitral du sport au sujet d’une ingérence d’Husain et de l’Américain Dale Neuburger, qu’il accuse d’avoir ourdi un renversement en Europe en poussant à la candidature du Hollandais Erik Van Heijningen.

Neuburger est non seulement membre de la FINA, mais aussi, entre autres, le patron d’une entreprise de consultants qui travaille pour une pléiade d’institutions sportives dont la FINA (d’où uneconfusion d’intérêts et haute volée).

Si la liste des candidatures à la FINA n’a pas été publiée, Inside the Games prétend l’avoir déjà en mains et a révélé quelle serait la distribution des rôles. Husain Al-Musallam et Sam Ramsamy s’y présentent aux titres de 1er et 2e vice-présidents, etc…

Barelli croit pouvoir compter sur une majorité de nations européennes, en-dehors des Pays-Bas de Van Heijningen et de la Russie de Vladimir Salnikov. Mais encore faut-il faire le plein des voix au-delà du vieux continent, ce qui ne sera pas une mince affaire.

L’enjeu ? Politique et financier. La FINA pèse 350 millions de dollars en termes de patrimoine, et la gestion de Cornel Marculescu consiste à l’accroître toujours plus. Le Koweit a beau être un poids plume au plan natation, il représente un « bloc de pouvoir » qui lui permettrait aujourd’hui de s’emparer de la FINA, corps et biens, à condition de ne pas rater la manoeuvre.

Laquelle? Derrière la candidature d’un homme très âgé, Maglione, qui a fêté ses 81 ans le 14 novembre, l’idée était, en offrant la place de premier vice-président au dirigeant koweitien, d’assurer sa future présidence. Encore fallait-il qu’un changement des règles opportun prévoie qu’en cas d’empêchement du président – rien de moins hypothétique  compte tenu de l’âge du capitaine – le poste serait automatiquement attribué au dit premier vice-président.

Barelli a bien sûr posé la question de savoir si un rôle aussi important pouvait être confié à Al-Musalam, un homme menacé de procès pour prévarication. Husain nie toute culpabilité, mais le comité d’éthique du comité olympique asiatique a bien été contraint de se prononcer sur son cas épineux. L’avenir de Cornel Marculescu – 75 ans sonnés – est également en jeu, le groupe soutenant Maglione ayant déjà désigné son successeur. Barelli, lui, ne risque rien à se présenter contre Maglione. Battu, il resterait vice-président de la FINA, au titre de président de l’Europe.

On peut comprendre les aigreurs de Barelli. En 2015, à Kazan, il s’est trouvé la « victime » d’une modification statutaire décidée afin de favoriser Husain. Secrétaire honoraire de la FINA, il a appris que son poste allait disparaitre. Après quoi, il avait eu droit à la tentative de le renverser en Europe, orchestrée par Husain. L’accusation de ce dernier par le FBI a mis tout à coup Barelli en situation d’attaquer, et de demander un changement dans la gouvernance du sport ; ce qu’il a fait en se présentant tout en portant l’affaire sur le plan éthique devant le TAS.

Il y a haut risque, car si l’Europe est sportivement le continent le plus médaillé, le projet FINA prévoit d’augmenter les contingents africain et asiatique au bureau, confortant encore un peu plus la mainmise de l’équipe actuelle. Aujourd’hui, Barelli dispose au moins en théorie de 104 voix sur 400… Avec l’Asie et l’Amérique derrière Maglione, la pêche aux autres voix nécessaires pour se faire élire sera difficile.


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2 comments:

  1. LEPAGE

    Milieu de requins et de crocodiles, le seul moyen pour assainir serait la sulfateuse.
    c’est pas demain la veille. bel avenir aux voyous.

    1. Eric Lahmy *

      Ce que j’en pense est purement subjectif mais… Il se pourrait que le pire soit seulement en train d’arriver. La FINA est devenue 100 % mercantile, mais aussi elle essaie de fonctionner en circuit fermé, en-dehors du contrôle des forces vives de la natation, et de ne faire entrer que des cooptés, qui suivront les ordres des stratèges en chef, pour mettre au-dessus de tout leurs opérations financières. La combine Maglione-El Musallam semblait devoir boucler la boucle, ou du moins assurer la perpétuation en vase clos de l’espèce, les comploteurs en place se distribuant les postes clé.
      Celles et ceux qui suivent sont des nageurs FINA et des dirigeants FINA. Les autres sont négligés ou méprisés. C’est comme ça, entre autres, qu’une opération sportivement secondaire comme la « FINA World Cup » désigne en fait, patiquement,la professionnelle Katinka Hosszu meilleure nageuse du monde, chaque année, aux dépens de Katie Ledecky, laquelle, universitaire amateur NCAA, absente du circuit, ne représente aucun intérêt pour le business malgré ses performances hors normes, qui devraient la classer, de peu, peut-être, mais clairement devant Hosszu !
      Je ne sais pas si Barelli représente des garanties sportives sérieuses, mais par rapport à la FINA, il me parait comparativement sain. Est-ce pour cela qu’il va au-devant d’une défaite assurée?

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