PATRICE PROKOP, LE D.T.N.QUI DÉCLARA LA PAIX

PATRICE PROKOP, LE D.T.N.QUI DÉCLARA LA PAIX

Lundi 17 Octobre 2016

  « …Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite Et recevoir ces deux menteurs d’un même front… »  (Tu Seras Un Homme, Mon Fils, Rudyard Kipling)

Éric LAHMY

Samedi 15 Octobre 2016

PATRICE PROKOP, QUI FUT DIRECTEUR TECHNIQUE DE LA NATATION FRANÇAISE ENTRE SEPTEMBRE 1982 ET SEPTEMBRE 1994 ALLIAIT, A SON POSTE, SI L’ON EN CROIT CEUX QUI ONT TRAVAILLÉ AVEC LUI, DEUX QUALITÉS RAREMENT ASSOCIÉES, UNE EXTRÊME BIENVEILLANCE ET UNE GRANDE EFFICACITÉ

On ne l’avait pas vu venir, et moi sans doute moins que les autres. Prokop n’était ni un brillant causeur comme Jean-Paul Clémençon, qui lui succèderait au poste, ni un grand entraîneur comme Lucien Zins, sans doute pas un fin politique à la Gérard Garoff. L’œil bleu et calme, parfois un brin amusé, il vous regardait en coin, sans aucune malveillance. On l’imaginait, enfant, sage comme une image, récolter des dix de conduite.

Mais à l’annonce de sa nomination, je marquais dans « L’Equipe » une réprobation sans fard. Un ou deux jours plus tôt, Patrice Prokop, lors d’un point presse, avait été le sujet d’une crise de dyslexie de plusieurs minutes, où il n’avait cessé de chercher ses mots et de s’empêtrer dans ses phrases. Il devait savoir qu’il serait nommé et montrait sans doute là une émotion forte.

Je sortais de neuf infernales années avec son prédécesseur Gérard Garoff et dans la nostalgie d’un Lucien Zins et je ne voyais aucune issue pour la natation française, emmenée par un adjoint assez peu impressionnant. Mon article fut ce qui pouvait se faire de mieux sans couteau ni revolver.

Je ne pus me rendre à la conférence de presse du nouveau DTN et me souviens que Pascal Coville, mon adjoint à la natation, rédigea un papier de présentation où il vanta la « diction impeccable » et la « richesse syntaxique » de l’impétrant, ce qui me fit sourire (jaune). Mais je me faisais un devoir de passer dans « L’Equipe » les articles qui me contredisaient. Ce journal n’avait pas de concurrent direct, et ne pouvait présenter une seule opinion, et je ne changeais jamais, ne serait-ce qu’une virgule, aux productions de Jean-Jacques Simmler comme de Coville, qui prenaient un malin plaisir (surtout Coville) à prendre le contrepied de ce que j’écrivais !

QUALITÉ: MODESTE, DÉFAUT: TROP MODESTE

Patrice paraissait assez peu fait pour la lumière, et gardait en toute occasion un self contrôle très britannique ; sans doute trop modeste, même pour mon goût, et le diable sait que je ne suis pas fasciné par les fiers-à-bras. Ce génie de l’effacement éclata, si j’ose dire, au cours d’un dîner donné sur la côte ouest de l’Australie, par la société Arena, commanditaire de l’équipe de France, aux dirigeants et aux journalistes français, présents aux mondiaux de Perth en 1991. Je me trouvais ainsi dans une estafette conduite par Patrice, auprès d’Alain Coltier, correspondant général de L’Equipe en Australie. Quelques jours plus tard, Coltier me demanda qui était le patron de la natation française, et je lui désignai Prokop. « Ah ! bon, me dit-il, je l’avais pris pour le chauffeur de l’équipe de France. » Prokop ne cherchait pas à impressionner, et y parvenait parfois trop bien !

Lors du départ de Garoff, même s’il avait été son adjoint pendant huit années, Prokop n’était pas forcément apparu comme un favori dans la course à la succession. « Henri Sérandour avait promis le poste à Gérard Hugon (créateur du club d’Antibes), et on trouvait sur les rangs Gilbert Seyfried (directeur de la piscine de l’INSEP et entraîneur de la Stella Saint-Maur), Jacques Lahana (directeur des sports de la ville de Nanterre) et Pierre Loshouarn » (un conseiller technique régional), se souvient Jean-Pierre Le Bihan, son collègue et ami.

PROKOP DÉCLARE LA PAIX AUX CLUBS PAR UN VIRAGE A 180° DE LA DTN

Patrice avait été fortement recommandé par Gérard Garoff, selon une tradition, mise à mal trente ans plus tard par Francis Luyce, de passage de témoin entre le DTN et son successeur. Henri Sérandour, le président de la fédération, qui opéra ce choix, l’avait vu à l’œuvre à la Fédé. Prokop s’était fait apprécier, outre son côté apaisant, précieux, sans aucun doute, après l’ère d’affrontements tous azimut, voulus par Garoff, par sa capacité de travail.

Lui-même raconte les hésitations qui précédèrent son acceptation de l’un des postes les plus terrifiants du sport français : « Quand Gérard Garoff a annoncé qu’il voulait partir à l’issue de la saison 1981-1982, en septembre 1981, j’étais son adjoint depuis huit ans ; il m’a dit souhaiter que je prenne la place. Je connaissais la difficulté de la tâche. J’avais mesuré l’engagement de Gérard Garoff, et il n’avait pas réussi, comment imaginer que j’y parviendrais ? J’ai balancé pendant des mois avant de me décider ; mais quand en février 1982, Henri Sérandour a fait savoir qu’il recevrait les dossiers de candidature, le mien était prêt, et je l’ai envoyé. J’avais rédigé un document sur tous les aspects de ma tâche, concernant les quatre sports, les relations avec le président, etc. »

L’ENFANCE D’UN CHEF

Tchèque d’origine, père instituteur et directeur de l’école de Romainville et mère secrétaire chez Suchard (les douceurs ne manquèrent pas à la maison), « ses deux sœurs sont devenues l’une enseignante (professeur d’école), l’autre pharmacienne », raconte Jean-Pierre Le Bihan, qui  connait fort bien Patrice pour l’avoir assisté à la Fédération après avoir co entraîné avec lui un club de la banlieue parisienne. Comment, avec un tel background, échoue-t-il dans le sport ? « En 3e, au lycée Hector Berlioz, de Vincennes, j’ai été conquis par le charisme et l’engagement d’un professeur d’éducation physique, Mr Bosch. Cela s’est traduit par des activités UNSS, et après j’ai tout fait pour devenir professeur d’éducation physique. »

Il avait effectué sa préparation au professorat à l’ENSEP de Versailles entre 1967 et 1970, et Le Bihan délivre une anecdote de cette époque, révélatrice du caractère de Prokop, et des passions qui le poussent en profondeur, quand en surface il ne se départ pas d’un calme olympien. « A l’INSEP, c’était un nageur moyen, à 1’15s aux cent mètres, mais il a choisi l’option natation et il a commencé à s’entraîner avec Jacques Vallet à l’INSEP et Gilbert Seyfried à la Stella ; à la fin de sa scolarité, il a cassé la minute à l’examen du CAPEPS et il a fait partie du relais champion de France du dix fois 100 mètres quand cette épreuve était dans le programme.

Pendant un court laps de temps, Patrice enseigne, avant d’être, très tôt, pris par le national. Parallèlement, il entraîne : « trois clubs : d’abord, pour rendre service, à la Stella Sports de Saint-Maur, au CA Romainville avec Jean-Pierre Le Bihan, et au Stade Olympique Rosnéen. »

« Quand en avril 1973, dit encore Le Bihan, Garoff devint DTN, Patrice était déjà conseiller technique régional, Michèle Leclerc [conseillère technique de la ville de Paris] ayant sollicité sa candidature. Garoff avait été séduit par son enthousiasme. Il avait vu ce jeune entraîneur débarquer aux championnats du monde 1973 à Belgrade. Patrice avait voyagé à ses frais avec épouse, armes et bagages, pour suivre les compétitions. Garoff lui a demandé assez vite de devenir son adjoint à la formation des cadres et de faire le lien avec les maîtres nageurs sauveteurs, dont nous nous étions séparés en 1951, mais qui restaient les patrons dans les piscines. Il a travaillé aussi à mettre en place des « formations » avec Raymond Catteau, René Schoch, Jean-François Robin. Il est enfin responsable de la détection et de l’évaluation des jeunes, s’occupe des seize ans avec Gilles Vigne, Dominique Gindre (Mollier), Patricia Quint. »

« Auprès des maîtres-nageurs, explique Patrice, mon job d’abord était de trouver, entre les présidents Henri Sérandour pour la natation et Jean-Claude Letessier pour les maîtres-nageurs, un moyen de se rapprocher. Ensuite, on avait pour perspective  la création d’un brevet d’Etat qui unifierait les professions de maître nageur sauveteur et d’éducateur sportif. Un brevet d’Etat devait en être le trait d’union. »

Adjoint à la DTN, il ne s’était pas ménagé.

« IL EST PAS MAL CE PROKOP. ON VA POUVOIR TRAVAILLER ENSEMBLE »

 « Pendant ces dix ans, il avait travaillé comme un fou, continue Le Bihan. Un jour, sa femme, Martine, nous avait demandé au téléphone si on savait où il était. Il courait entre ses missions. Lorsqu’une de ses filles (Karine et Alexandra) est née, c’est ma femme qui l’a accompagnée à la clinique, et Patrice n’a vu sa fille qu’à son retour. » (Patrice précise qu’il a réussi à être là à temps, à la naissance). 

On ne dira jamais assez la part que les épouses d’entraîneurs et de dirigeants jouent dans les succès du sport français, et l’abnégation dont elles font preuve. De temps en temps, leur courage est tant malmené qu’une d’entre elles laisse échapper la pression. Je cherchais un jour en vain à joindre mon ami Jean-Claude Perrin, l’entraîneur français d’athlétisme (le portable n’existait pas), appelais chez lui et tombais sur son épouse : « je ne sais pas où il est, me répondit-elle d’un ton que je qualifierais de pincé ; mais soyez gentil, si vous le voyez, rappelez-lui qu’il a une femme ? » 

Patrice Prokop, on l’a compris,  ne roulait pas les mécaniques, et s’il était le boss, il plaçait la charge sur ses épaules. Travaillant en bonne intelligence avec un président taillé dans un même bois tendre, il allait opérer une sorte de révolution tranquille, effectuant un virage à 180 degrés dans la politique fédérale.

Comment cela ? Arrivé en 1982 à la tête du secteur après avoir servi trois années comme conseiller technique national auprès de l’Île-de-France et huit ans comme adjoint de Garoff à la DTN, il avait vécu l’essentiel de la carrière agitée de l’ancien censeur de Font-Romeu à ses côtés.

Garoff avait mené une politique extrêmement volontariste et surtout soupçonneuse vis-à-vis des entraîneurs de clubs, et tout le monde craignait que Prokop ne perpétue ce système d’affrontement systématique avec la « base ».

« La méfiance était installée, et Guy était prêt à continuer le combat, » se souvient Catherine Grojean.

Guy Boissière était un des bons entraîneurs de l’époque, un héritier des Barbit, Garret, Zins, Menaud, qui, avec Bergamo, Bozon, Alex Ferenczi, Pierrette Gheysen, Alain Iacono et d’autres, tenait la boutique. Il avait entre autres préparé Michel Rousseau, médaillé d’argent des premiers mondiaux, en 1973, et allait emmener un autre talent, Stephan Caron, encore plus loin, au top européen et mondial. « Guy n’aimait pas Garoff et il craignait de trouver en Patrice les mêmes comportements que son prédécesseur, se souvient Catherine Grojean. Après l’avoir rencontré, il changea complètement d’avis : « il est pas mal ce Prokop. On va pouvoir s’entendre. » Il l’a énormément apprécié, finalement, et on est devenus des amis, en-dehors des piscines. Prokop est un humaniste, il aime les gens qu’il côtoie. On notait aussi qu’il prenait toujours du recul par rapport à ce qui était dit et qu’il l’examinait d’une façon toujours bienveillante. Il avait des contacts privilégiés avec les nageurs et les entraîneurs et les résultats ne se sont pas fait attendre : la natation française a renoué avec des résultats internationaux ; ce n’était pas une période facile, avec trois nageurs par nation et un dopage d’Etat d’abord dans les pays de l’Est, avec la RDA en pointe, qui, une fois leur système démantelé, allèrent enseigner les Chinois qui s’y mirent de bon coeur. »

« Ce qui est frappant aussi, c’est que Patrice n’a jamais ramené la couverture à lui. Il ne cherchait pas la gloriole, il mettait les autres en avant, » ajoute Catherine Grojean.

RECONNAÎTRE LA VALEUR DES ENTRAÎNEURS

Quand Prokop a débloqué le système et ouvert la porte de l’international aux entraîneurs des nageurs, il a créé un effet de courant d’air bénéfique : « Patrice, continue Catherine Grojean, s’est appuyé sur les entraîneurs en les faisant progresser. C’était un changement bienvenu. Le système de Garoff de non implication des entraîneurs de clubs avait tué professionnellement nombre d’entre eux, comme Pierrette Gheysen, qui avait amené Ivan Boutteville, et dont les coaches nationaux n’ont pas su tirer la quintessence. Elle s’en plaignait, était convaincue des dons d’Ivan et de ce qu’elle aurait pu l’amener plus loin. Elle a été dégoutée et n’a plus sorti de nageurs. » Parmi les victimes de ce système de rejet des coaches institué par Gérard Garoff, on se souvient d’Alain Iacono, qui amena son fils Franck aux records en demi-fond, et que le système n’eut de cesse de le séparer de son nageur.

« –  J’ai beaucoup parlé avec lui de ce que nous ressentions comme une injustice, la non-sélection des entraîneurs des nageurs internationaux, se souvient l’ancien entraîneur national  Michel Scelles, aujourd’hui reconverti avec bonheur coach des masters de Viry-Châtillon. Michel avait rejoint « Pedro et Giaco » comme entraîneurs de l’INSEP et de l’équipe de France. On ne trouvait pas normal, explique-t-il aujourd’hui, qu’à l’issue des sélections seulement deux ou trois entraîneurs encadraient les vingt-trois à vingt-cinq éléments qualifiés pendant que leurs entraîneurs étaient laissés sur le quai et envoyés en vacances. Patrice a changé la donne, et c’est comme ça que Boissière, qui coachait Caron, Begotti, qui avait amené Plewinski, et tant d’autres purent accompagner jusqu’au bout leurs protégés. »

Parfois, des décisions très simples impactent le réel plus que bien des finesses et des complications. La sagesse de Prokop provoqua un fort appel d’air. Il éteignit d’un seul coup la querelle entre la natation nationale et les clubs.

STEPHAN CARON ET CATHERINE PLEWINSKI LOCOMOTIVES

Est-ce un résultat de cette ouverture? « Des Jeux olympiques de 1984, les Français ramenèrent quatorze records nationaux, »(2) dit Scelles. Jusqu’en 1992, l’équipe de France, sans être exceptionnelle, va tirer son épingle du jeu, grâce surtout à deux locomotives, Stephan Caron et Catherine Plewinski. Mais le renouvellement ne se fait pas, et en 1994, les Français rentrent bredouilles, en termes de médailles, des championnats du monde de Rome.

La compétition a atteint il est vrai des sommets, non seulement parce qu’à l’étranger on s’entraîne bien, mais aussi parce qu’on se prépare encore mieux – et quelques fois, les guillemets s’imposent pour entourer le verbe se préparer. Il y a bien sur les Allemands de l’Est et leur dopage d’Etat. Mais ils ne sont pas les seuls, l’Allemagne de l’Ouest s’y est mise. On peut nourrir des doutes sur les pratiques des Russes. Les Chinois vont bientôt s’y mettre. Des Italiens sont boostés par le Pr Conconi. Les Français apprennent d’une transfuge de Roumanie, Noémie Lung, qui lors d’un meeting en France choisit la liberté, comment elle était assistée médicalement, avec Tamara Costache et autres au centre de Baia Mare. Mais il n’y a pas que ça.

On se rend compte aussi à l’époque de notre retard dans le suivi médical. « Un accompagnateur des équipes de France revient du Canada avec des informations à l’époque assez déroutantes sur les modes de préparation de leurs meilleurs éléments, témoigne Scelles, ainsi le protocole de Mark Tewksbury, qui utilise les techniques de pointe de l’époque, de corticol [hormone de stress] et dosage d’érythropoiétine » [NDLR : afin de vérifier la bonne adaptation à l’altitude, les bons répondeurs produisant de l’EPO en arrivant en altitude, les mauvais répondeurs n’en produisant pas] .

Ces techniques avancées, banalisées aujourd’hui, inquiètent les Français. « On se dit qu’en face de ça, notre suivi médical est dépassé. Que Caron et Plewinski, s’ils avaient disposé de tels plus, auraient ramené de l’or, au lieu de l’argent ou du bronze… Patrice a été déçu d’apprendre tout ça, mais a maintenu le silence et a continué le métier comme si de rien n’était. On n’était pas si mauvais, à l’époque, et les records de France des Caron, Plewinski, Esposito, Marchand, il a fallu les combinaisons pour les battre. De vous à moi, je crois que Stephan Caron était plus fort que tous les cracks français qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui, je suis persuadé qu’il les aurait battus… »

Prokop croit lui aussi que des nageurs français ont souffert de ce genre de compétitions soit déloyales, soit avant-gardistes. « La natation féminine, surtout, a souffert. Plus particulièrement Catherine Plewinski parce qu’elle a dû affronter d’abord les Allemandes, ensuite les Chinoises. Ce qui ne l’a pas empêchée de gagner ainsi des titres européens en face de Kristine Otto. »

Mais il n’y a pas que ça. Le management de l’équipe de France n’est pas au point, et un certain Claude Fauquet, observateur des équipes de France, note tous les détails qui vont faire la différence, et prépare une révolution qui va donner, entre 2004 et 2014, à l’ équipe de France le taux de réussite le plus remarquable et le plus élevé en compétitions mondiales.

 « SON VISAGE EST VERT. UN TEINT DE D.T.N. »

Aujourd’hui, loin de ces considérations, Patrice Prokop, se souvient que, cramé par douze ans à tenir les rênes, il décide de rendre son tablier. Il se sent très fatigué. Sa femme, parfois, s’amusait, regardant un collègue de son mari, à déclarer : « Ah ! Il a un joli teint. Son visage est vert. Un teint de DTN. » On imagine qu’elle avait dû avoir du vert à la maison, pendant douze ans! Vingt-deux ans plus tôt, Lucien Zins,DTN de la natation, au sortir des Jeux de Munich, croise Robert Bobin, DTN de l’athlétisme, qu’il décrit comme « écrasé » par treize ans au poste le plus exposé, et se dit : « Quand je l’ai vu, je me suis vu. Je me suis dit : Bobin, c’est moi. Il faut que j’arrête. »   

Patrice est remplacé par Jean-Paul Clémençon, lequel s’installe aux commandes, au siège fédéral, Stade nautique Georges-Vallerey, au 148 avenue Gambetta, à Paris…

Si c’est la fin de son aventure en natation, le parcours professionnel de Patrice Prokop continue. L’année même, il entre à la préparation olympique, dit « le cimetière des éléphants » (lisez: les grands serviteurs du sport) en compagne de Joël Delplanque et de Bernard Bourandy. Deux ans plus tard, il dirige le CREPS de Dijon, une aventure de dix années où il conduit un gros travail de rénovation, et aux treize pôles France existants ajoute par création celui de judo. Il achève sa carrière au CREPS de Macon. C’est à cette époque qu’il est élu président de l’association des directeurs techniques nationaux, où son tempérament fédérateur fait une fois de plus l’unanimité.

En-dehors du parcours de l’équipe de France où il sut apaiser les conflits et orchestrer une natation décrispée et, je dirais, heureuse, Patrice mit le pied à l’étrier à toute une génération de jeunes coaches qui ne demandaient qu’à apprendre en les confrontant aux grands rassemblements, Jeux olympiques, mondiaux et championnats d’Europe : les Marc Begotti, Lucien Lacoste, Sylvie Bozon-Le Noach. En outre, « Prokop a fait le statut des entraîneurs de haut niveau. C’est ce qu’il a mis en place qui a permis tout ce qu’il y a de bons entraîneurs de valeur chez nous », estime Scelles.

« C’était un travailleur infatigable, ajoute Scelles. Il partait de loin vu l’état de la natation française, il a réorganisé le côté administratif.  On a continué de tenir l’INSEP et peut-être a-t-on été trop gentils, trop timides et trop dans le social. On a conservé des éléments qui n’avaient plus le niveau. On ne se sentait pas de les laisser tomber, tout en sachant qu’ils n’avaient plus la valeur. On se voyait mal les abandonner dans la nature, et ils ont pu achever leurs études. Bien sûr ils bloquaient des places à l’internat qu’on aurait mieux utilisées en renouvelant les effectifs, mais je ne suis pas mécontent d’avoir agi ainsi et Patrice non plus. »

Même son de cloche chez Laurent Neuville, l’un des éléments du relais quatre fois 100 mètres, qui se souvient d’un Prokop « honnête, tranquille et bosseur, proche et à l’écoute des nageurs », rappelle que Patrice le fit entrer à l’INSEP en tant qu’entraîneur adjoint. « C’est lui qui, en tant que responsable de la formation des cadres, a formé Claude Fauquet, rappelle-t-il. Mais surtout c’était un homme qui trouvait des solutions. »

« Quand il avait un problème à résoudre, une décision à prendre, Patrice se mettait à réfléchir. Il plissait alors les yeux, et ne disait plus rien. Cela pouvait durer une journée entière. Quand ça lui prenait, Michel Guizien l’appelait Le Sphinx, » se rappelle Marc Begotti. 

Toujours pacificateur, « quand les entraîneurs s’enguirlandaient, il nous disait : ne vous asticotez pas », raconte encore Marc. Aujourd’hui, alors que les nouvelles qui nous viennent des bureaux de la Fédération ou des plages des piscines semblent contenir leur part de rancœurs, de colères, de portes qu’on claque et d’affrontements parfois brutaux, on se dit qu’y manque l’esprit  de Patrice Prokop.

(1).Pour tout savoir sur Michel Scelles, lire le formidable dossier que lui a consacré Chronomaîtres, http://www.chronomaitres.fr/_media/n4-michel-scelles.pdf 

(2).16 records en fait : DAMES.- 100m, Sophie Kamoun, 57s49 ; 100m brasse, Catherine Poirot, 1’10s69; 4 fois 100 m libre, Carolle Amoric, Sophie Kamoun, Véronique Jardin, Laurence Bensimon, 3’52s15. MESSIEURS.-100m, Stephan Caron, 50s70 ; 200m, Stephan Caron, 1’50s99 ; 400m, Franck Iacono, 3’55s07 et 3’54s58; 1500m: Franck Iacono, 15’27s27, 15’26s96; 200m dos, Frédéric Delcourt, 2’1s59; 2’1s75; 200m brasse: Thierry Pata, 2’20s14, 2’20s05; quatre fois 100m: 3’24s68 et 3’24s63 (Stephan Caron, Laurent Neuville, Frédéric Bataille, Bruno Lesaffre) ; quatre fois 200m : 7’27s40 (Pierre Andraca, Dominique Bataille, Lionel Pou, Stephan Caron). Cette année, on enregistra 56 records de France, près de deux fois plus que de records du monde (31). Informations issues de la formidable banque de données fédérale :  http://ffn.extranat.fr/webffn/nat_records.php?idact=&idyear50=1984


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6 comments:

  1. DANDRIMONT (Ducongé)

    Excellent souvenir de Patrice, même si j’étais déjà « hors-jeu » de la formation de cadres. J’étais déjà reconvertie au volley où ils avaient été beaucoup plus « accueillants
    !

  2. DANDRIMONT (Ducongé)

    Excellents souvenirs avec Patrice! Dommage : j’étais déjà « hors-jeu » de la formation de cadres malgré un BE2, et reconvertie au volley-ball qui a été beaucoup plus accueillant.

  3. BERNAVON Madeleine

    Elue au Comité Directeur en 1985 et Présidente de la Commission technique Fédérale de Natation Synchronisée durant 24 ans A nos débuts , nous n’avions qu’un puis deux cadres techniques et la commission a eu un rôle capital dans la progression de la discipline) , j’ai eu la chance et le plaisir de côtoyer Patrice PROKOP. Effectivement il fut un grand DTN, Il était à notre écoute, , c’était un « SAGE « , ‘un grand humaniste , Honnête et surtout un homme de parole . Je suis d’ailleurs restée longtemps après son départ, en relation avec lui et son épouse Martine.

  4. Philippe Le Dily

    Oui c’est un excellent article objectif à tous points de vue.
    Comment vas tu Marc, j’aimerai avoir de tes nouvelles
    Philippe

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