PELLEGRINI « LA DIVINA » TOMBE LEDECKY (ET MCKEON) ET LANCE UNE GRANDE JOURNEE DE NATATION ITALIENNE

Eric LAHMY

Jeudi 27 Juillet 2017

Ce mercredi fut une grande journée italienne, inaugurée par une formidable Federica PELLEGRINI, tombeuse de Katie LEDECKY sur 200 mètres, continuée par ce podium du 800 mètres aux deux tiers italien où Gabriele DETTI, vainqueur en 7’40s77, record d’Europe, et Gregorio PALTRINIERI, bronzé en 7’42s44 n’étaient séparés que par un solide Wojciech WOJDAK.

Bien entendu, la tentation de traiter le 200 mètres dames sous l’angle d’une contre-performance de Katie LEDECKY est forte. D’autant plus qu’après ses courses d’avant-hier, entre les séries du 200, la finale du 1500 où elle s’était donnée comme habitude sans retenue, et retour à la demi-finale du 200 mètres, où elle s’était arrachée pour interdire à MCKEON de la devancer, elle s’était montrée aussi peu partageuse qu’à l’habitude.

De ce fait, bien entendu, qu’elle ait connu le lendemain de cette débauche un petit coup de moins bien peut étonner ou pas, selon qu’on considère le comportement aquatique féroce de la demoiselle ou le fait que l’invincibilité est une notion flottante.

Donc, voilà, LEDECKY peut être battue, parce qu’elle est humaine. Et parce qu’elle est humaine elle aussi, Ô combien, mais aussi combative et compétitive jusqu’à l’os, Federica PELLEGRINI a réussi à lui arracher le bout le moins solide de son domaine. LEDECKY peut être battue, mais il fallait une PELLEGRINI pour en administrer la preuve…

L’Italienne, huit années après avoir amené le record du monde de la course en combinaison polyuréthane à un niveau toujours hors de portée aujourd’hui, avec 1’52s98, est redevenu la reine de la course et je crois sincèrement que si je nourris un regret, de ne pas être à Budapest, c’est pour ne pas avoir pu vivre l’événement au milieu des journalistes italiens présents, tant ça devait être joli à voir, à entendre, riche en mouvements et en invocation surnaturelles !

La course, en soi, vu dans la froideur des chiffres, n’a rien d’extraordinaire, si ce n’est que c’est un championnat du monde, avec les enjeux que cela suppose. LEDECKY a suivi les schémas qu’elle respecte, dans une course lancée par une Emma McKEON, toujours aussi intrépide et batailleuse, en 26s55 et 55s83, qui tentait son va-tout et précédait Katinka HOSSZU (27s, 56s32) et Charlotte BONNET (27s01).  PELLEGRINI et LEDECKY suivaient à un mètre, qui viraient dans le même centième au premier virage, 27s22.

L’Américaine passait la vitesse supérieure, lâchait l’Italienne ; à mi-course, c’était McKEON-LEDECKY, 55s83 contre 56s09. PELLEGRINI, qui nageait dans une ligne d’eau adjacente à celle de MCKEON, semblait perdre peu à peu du terrain, 4e en 56s41. Aux 150, LEDECKY continuait de revenir sur MCKEON, et au dernier passage, n’était plus précédée que d’un centième, 1’25s43 contre 1’25s42, par la teigneuse Australienne ! Les haruspices pouvaient alors chanter « alléluia » et attendre l’envolée un peu besogneuse mais fatalement victorieuse de super-Katie, mais ils en eurent pour leur argent, d’abord parce que MCKEON, un peu comme les porosus, ces redoutables crocodiles d’eau salée de son pays-continent qui, une fois mordue une proie, ne desserrent plus les mâchoires, s’accrochait comme une démente ; ensuite et surtout parce que PELLEGRINI, que le mur du dernier virage laissait s’échapper en quatrième position, derrière les deux  susnommées et cette fine ondine russe qu’est Veronika POPOVA (1’25s71), jamais vue à pareille fête, PELLEGRINI donc se souvenait qu’elle était la plus rapide finisseuse du monde.

On se souvient qu’elle était ainsi revenue, aux mondiaux 2013, dans le 200 mètres, brûlant la politesse à tout le monde, y compris Camille MUFFAT, à l’exclusion de Missy FRANKLIN et qu’on s’était dit alors que si elle était partie plus tôt…

Cette fois, reprenant trois quart de longueur à LEDECKY, en 1’54s73, « la divina » déposa tout son monde… L’Américaine dut concéder l’ex-aequo à MCKEON, en 1’55s18, tandis que POPOVA les menaçait de très près (1’55s26) et devançait Siobhan HAUGHEY, une Hongkongaise dont on devrait entendre parler à l’avenir.

Que dire d’autre ? Qu’en demi-finales, LEDECKY et MCKEON avaient nagé, respectivement en 1’54s69 et 1’54s99, mais qu’on ne peut comparer l’état d’esprit d’une qualification et d’une finale !

Le site italien Federnuoto passait hier soir ce qu’il appelle les 7 merveilles, mondiale, de Pellegrini, ses sept places de podium mondial en douze ans. Je ne résiste pas en l’occurrence au plaisir du copié-collé, parce que cette collection de résultat, mieux qu’un long discours, résume la carrière de « la divina » :

Montréal 2005
1. Solenne Figues (Fra) 1’58″60
2.
Federica Pellegrini (Ita) 1’58″73
3. Yang Yu (Chn) 1’59″08

Melbourne 2007
1. Laure Manaudou (Fra) 1’55″52 RM
2.
Annika Lurz (Ger) 1’55″68
3.
Federica Pellegrini** (Ita) 1’56″97
** en demi-finale, record du monde en 1’56″47

Rome 2009
1. Federica Pellegrini (Ita)* 1’52″98 RM
2.
Allison Schmitt (USA) 1’54″96
3. Dana Vollmer (USA) 1’55″64
* en demi-finale record mondial en 1’53″67

Shanghai 2011
1. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″48
2.
Kylie Palmer (Aus) 1’56″04
3. Camille Muffat (Fra) 1’56″10

Barcelone 2013
1. Missy Franklyn (USA) 1’54″81
2. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″14
3.
Camille Muffat (Fra) 1’55″72

Kazan 2015 
1. Katie Ledecky (USA) 1’55″16
2. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″32
3.
Missy Frankyn (USA) 1’55″49

Budapest 2017
1. Federica Pellegrini (Ita) 1’54″73
2.
Katie Ledecky (USA) 1’55″18
2. Emma McKeon (Aus) 1’55″18

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