MINIMA: PETITS FRANCAIS ET GEANT AUSTRALIEN

MINIMA : FRANCE VOLONTARISTE,

AUSTRALIE REALISTE

Eric LAHMY

Les Australiens n’ont pas publié leurs minima pour les Jeux olympiques de Rio, mais c’est comme si. Ayant décidé de revoir leur copie après Kazan, ils ont décrété que leurs minima individuels pour Rio seraient les temps des huitièmes de Kazan. Il suffit donc de noter les temps correspondant au dernier finaliste en séries et demi-finales. Il apparait que les Australiens disposent, presque partout, de minima moins rigoureux que les Français.

Minima australiens et français :

MESSIEURS

50 mètres.    France, 21.82. Australie, 21.93

100 mètres. France, 48.13. Australie, 48.49

200 mètres. France, 1’46.06. Australie, 1’46.45

400 mètres. France, 3’46.66. Australie, 3’47.19

1500 mètres.France, 14’57.19. Australie, 14’57.82

100 m dos.  France, 53.29. Australie, 53.39

200 m dos.  France, 1’56.13. Australie, 1’57.12

100 m bras. France, 59.84. Australie, 59.75

200 m bras. France, 2’9.65. Australie, 2’9.64

100 m pap.  France, 51.61. Australie, 51.51

200 m pap.  France, 1’55.27. Australie, 1’55.75

200 m 4 n.   France, 1’58.09. Australie, 1’58.54

400 m 4 n.   France, 4’13.29. Australie, 4’15.47

DAMES

50 mètres.  France, 24.57. Australie, 24.52

100 mètres. France, 53.72. Australie, 53.92

200 mètres. France, 1’56.78. Australie, 1’56.95

400 mètres. France, 4’5.64. Australie, 4’7.58

1500 mètres. France, 8’24.47. Australie, 8’26.96

100 m dos. France, 59.48. Australie, 59.63

200 m dos. France, 2’8.44. Australie, 2’9.16

100 m bras. France, 1’6.93. Australie, 1’7.11

200 m bras. France, 2’23.78. Australie, 2’23.06

100 m pap. France, 57.67. Australie, 58.05

200 m pap. France, 2’6.62. Australie, 2’7.69

200 m 4 n.  France, 2’10.60. Australie, 2’11.39

400 m 4 n.  France, 4’35.40. Australie, 4’38.20

Qu’en dire ? Que les Français ont mis en place des minima plus volontaristes que les Australiens, et, donc, qu’ils seront plus difficiles à tenir et à justifier vis-à-vis de l’opinion. Mais aussi que de tels minima ont « fait leurs preuves » dans le passé, en contraignant entraîneurs et nageurs à devenir plus ambitieux. Il nous parait plus que plausible que les propos, à la fois lucides et courageux – quoiqu’impopulaires, mais on ne peut pas tout avoir – de Fabrice Pellerin aient porté, et coupé le chemin d’un certain laisser aller…

La question que je me pose est de savoir pourquoi une équipe plus conséquente fonctionne moins bien, de façon presque systématique. La volonté se dilue-t-elle, au-delà d’un certain nombre ? L’esprit « commando » s’évapore-t-il alors ? Les accompagnateurs disposent-ils de moins de temps et d’énergie pour soutenir les concurrents ? L’équipe de France avait effectué des parcours sans faute, ces dernières années, mais pas à Kazan. Que s’est-il réellement passé ? Peut-on proposer une explication globale ? Ou n’est-ce que des tas d’anecdotes individuelles qui s’additionnent et finissent pas faire nombre ? Béryl Gastaldello, par exemple, croit-on savoir, après ses brillants championnats de France de Limoges, était retournée aux USA. Mais les championnats universitaires achevés, elle a passé trois semaines sans entraînement et elle y a vraisemblablement laissé le tranchant de sa forme. Mais d’une autre côté, Kazan a vu la résurrection de Camille Lacourt. Alors ?

Alors, de toute façon, le choix d’un groupe resserré est un moindre mal. Bien entendu, comme le disait, encore Pellerin, et le pensent beaucoup de techniciens, c’est un choix : on peut faire de la présence aux Jeux une récompense pour des garçons et des filles sympathiques et courageux (ce n’est pas ça qui manque), mais qu’on ne vienne pas pleurnicher ensuite sur « pas de médailles ».

Il y a aussi que cette dernière position (l’important est de participer) est pour ainsi devenue intenable, en raison de tout un engagement politico-financier. Le sport représentatif coûte cher, draîne de l’argent public, et l’exigence de résultats est pour ainsi dire dans la logique des choses…

Quoi d’autre ?

Les minima australiens sont plus adaptés à la puissance de la natation des Antipodes. A Limoges, auraient réussi les temps éliminatoires olympiques Florent Manaudou et Yannick Agnel, un point, c’est tout. Aux championnats d’Australie 2015, avaient réalisé les minima olympiques Cameron McEvoy (100-200), James Magnussen (100), David McKeon (200-400), Mack Horton (400-1500), Grant Hackett (400), Mitch Larkin (100 dos, 200 dos), Joshua Beaver (200 dos), Thomas Fraser-Holmes (400 4n). Soir 8 garçons, 12 minima.

Chez les filles, aucune Française n’aurait atteint les minimas. Côté australien, Bronte Campbell (50-100), Cate Campbell (50-100), Brittany Wright (100), Brittany Elmslie (100-200), Emma McKeon (100-200-100 papillon), Kylie Palmer (200), Jessica Ashwood (400-800), Leah Neale (400), Tamsin Cook (400), Emily Seebohm (100 dos-200 dos-2004nages), Madison Wilson (100 dos-200 dos), Hailey Baker (200 dos), Taylor McKeown (100 brasse), Madeline Groves (100 papillon-200 papillon), Alicia Coutts (100 papillon), Brittany Elmslie (100 papillon), Brianna Throssel (200 papillon), Kerin McMaster (400 4n). Soit 18 filles, 28 minima…

 DEMI-FOND MAL PAYÉ…

Avec les minima, ce sont les nageurs de demi-fond qui souffrent.

Quand un relais à 3’15.52 est qualifié pour les Jeux, qu’est-ce que cela signifie. Qu’un nageur de 100 mètres à 49.5 est qualifiable pour les Jeux. Alors que le minimum de qualification de l’épreuve individuelle est 48’13.

3’15.5 plus les temps de prises de relais, c’est une moyenne de 3’17.6, soit une moyenne de 49.4 par nageur. Bien sûr, il s’agit d’une moyenne. Donc il y aura des nageurs en-dessous et des nageurs au-dessus de la moyenne, voire un nageur à 50.

En revanche, quand on demande à un nageur de 1500 de nager 14’57.19, et qu’il nage 14’58.5, il n’a pas de seconde chance par le biais d’un relais. 50 secondes sur 100 mètres, cela équivaut à 15’15.00 ou 15’20.00 sur 1500 mètres. C’est comme cela qu’à Kazan, deux nageurs classés dans les 39e et 69e mondiaux, ayant réalisé 49.11 et 48.79 lancés, ont été champions du monde par le biais sur 4 fois 100 mètres (félicitations) – où 15 nageurs ont été médaillés, tandis que des nageurs équivalents, en valeur, de ces garçons, sur 1500 mètres, n’auront jamais la chance de faire les Jeux ou les mondiaux.

Tout cela ne parait pas du tout équitable…

4 comments:

  1. Pierre

    Sur votre dernière remarque au sujet des relais, je ne sais pas si vous êtes cohérent. Il y a quelques semaines, vous sembliez regretter que les critères de sélection ne soient pas plus exigeants.

    Si les critères de sélection sont orientés pour qu’il soit aussi facile de se qualifier sur 1500 NL qu’en relais 4*100 NL hommes, les critères ne sont pas plus exigeants qu’à Kazan. Et il serait évidemment absurde de renoncer au 4*100 NL à Rio pour des raisons d’équité, alors que ce relais est champion olympique et du monde en titre. La situation peut sembler injuste, mais je ne vois pas d’autre solution si les critères de sélection doivent être plus difficiles.

    1. admin *

      Ma remarque est une remarque de caractère général, je veux seulement suggérer une autre façon de voir les choses, un autre point de vue; dire que la façon dont les choses s’emmanchent rend une qualification, pour un sprinteur, beaucoup plus aisée que pour un nageur de demi-fond, c’est proférer une évidence. Même si j’ai l’air de « dénoncer » un double standard, je n’inscris ce point de vue dans aucune politique et ne propose, ni ne suggère, ni même ne souhaite aucun moyen de contourner la situation. C’est un constat sans suite, les choses sont comme ça.
      Pour un sprinteur, vous avez une série de façons d’entrer dans une sélection: courses individuelles et relais divers. La FINA a ajouté d’ailleurs, dans son programme hormis les Jeux olympiques, où elle ne peut faire ce qu’elle veut, une kyrielle de courses de sprint, avec les 50 de spécialités, et aux six relais olympiques des relais mixtes.
      Dire que Joly ou D’Oriano sont largement d’aussi bons nageurs que Loris Bourelly ou Clément Mignon mais ne seront jamais champions du monde ne conduit pas à une réforme de la natation, ni à un refus d’engager des relais qui peuvent gagner, c’est seulement dire à ces nageurs de distance que l’estime qu’on porte aux nageurs ne se réduit pas aux médailles.
      Mais je ne souhaite pas qu’on les repêche, ou qu’on facilite leur sélection. C’est au sélectionneur de faire ce qu’il croit bon de faire.
      Autre chose: si l’on savait sélectionner large et amener des nageurs de valeur un peu inférieure à performer par rapport à eux mêmes aux Jeux, j’applaudirais à une sélection large. Mais cela n’a pas l’air de marcher comme ça, et Pellerin ne disait pas autre chose… Claude Fauquet appelait ça: « dire la vérité aux nageurs. »

      1. Pierre

        Vous avez tout à fait raison. Tout cela est sans doute tiré par la recherche de recettes télévisuelles, la FINA ayant l’impression que les 50 sont plus télégéniques que de nouvelles courses de demi-fonds (quoi qu’ils ont bien ajouté le 800 masculin et 1500 féminin) ou un relais 4*400NL. Cela peut être discuté (l’intensité dramatique d’un 50 est évidente, mais allez comprendre ce qu’il se passe…). De nos jours, les sportifs sont payés à niveau de recettes télévisuelles crées (ou de yaourts vendus).

        1. admin *

          Oui, c’est le « spectacle » où il est vrai comme vous le dites on ne voit rien, non pas contre l’éducatif, mais à côté et en concurrence. Je crois que la télé est elle-même demandeuse de ces courses ultra courtes et nerveuses. Quant à l’ajout des 800 et 1500, j’y vois autre chose, cette volonté de rajouter et de rajouter au programme, le plus souvent sans rime ni raison (regardez les ballets nautiques), parce que c’est un business pour la FINA. Maintenant, toutes les compétitions ne sont pas télévisées, et les institutions font leur beurre avec des engagements, et cela à tous les niveaux, les championnats de l’Ile-de-France, m’a-t-on affirmé, c’est 30.000€ de chiffre d’affaires pour le Comité de l’Île-de-France, à raison de 9€ l’engagement individuel. C’est beaucoup plus rentable de faire passer dix séries de 50 mètres, 72€ toutes les minutes, que dix séries de 1500 mètres, 72€ toutes les dix-huit minutes! Bon, il doit y avoir une logique là-dessous, mais où se situe le sport?

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