PLAIDOYER POUR LA FIN DES HARICOTS ET LE RETOUR DES NAGEURS DANS LES PISCINES

Éric LAHMY

Samedi 28 Octobre 2017

C’est quoi une piscine ? Pour les nageurs, c’est une concavité, creusée ou non dans un stade nautique, emplie d’eau à une profondeur variable et dédiée à la nage. Un lieu de sport.

Définition. Évidence.  Élémentaire. Mais parfois oubliée. « Dans les années 2000, explique Basile Gazeaud, responsable fédéral équipements et territoires de la Fédération française de natation, on a eu l’époque des piscines haricots, et de toutes formes. » Une piscine, c’est devenu un plan d’eau utilisé pour tout autre chose que nager. Quelquefois, on n’y a plus vu, au mieux, qu’un terrain de jeu, une surface de loisirs. On en était à se demander si nager n’était pas en train de devenir démodé, anachronique.

PARADOXE : PLUS LA NATATION S’IMPOSE COMME LE SPORT FITNESS RÊVÉ, MOINS LES PISCINES SE TOURNENT VERS L’ACCUEIL DES NAGEURS

La natation est devenue pour des raisons complexes, partiellement liées à la fascination de l’eau, le sport qui maîtrise peut-être le moins son lieu d’expression naturel (et en l’occurrence artificiel). A ce que je sache, le football a son terrain de foot où personne ne vient pratiquer l’accrobranche, le vélo sa piste cyclable où les patineurs en ligne ne s’égarent pas, l’athlétisme son stade dont les pom-pom girls n’ont jamais revendiqué un bout de terrain ni les pêcheurs à la mouche la fosse du steeple ; le judo a son dojo et ses tatami n’ont pas à se défendre de l’invasion des trampolinistes, le ski a ses pistes, qui ne paraissent menacées que par le réchauffement climatique…

…Mais la piscine, l’endroit où l’on nage, est revendiquée, elle, par des légions d’envahisseurs, et j’avoue avoir été étonné par l’afflux du kayak dit de piscine, du step et du vélo immergés, des palmeurs de tous poils, de la planche à voile, du ski nautique et du hockey subaquatique !

Bien entendu, d’autres utilisations surprenantes a priori peuvent se développer en piscine

Bref, comme dirait Dupont la Joie, on n’est plus chez soi…

 

« CES BASSINS DANS LESQUELS IL NE MANQUAIT PLUS QU’UN PANNEAU INDIQUANT UNE INTERDICTION DE NAGER… »

Une telle tendance parait illogique, voire absurde. Elle devient surtout invivable pour les 314.000 nageurs licenciés et le million de non licenciés.

Si l’on ne savait pas combien une société est compliquée, on s’étonnerait de voir que le développement de la piscine où on ne peut pas nager s’est orchestré alors que la grande mode du sport mettait en avant les vertus de la natation, sport pour tous, sport complet, sport santé, sport fitness, sport quasi-parfait, pratiqué à toutes les saisons de la vie, depuis les « bébés-nageurs » à l’âge où on ne sait pas encore tenir debout, jusqu’au troisième voire au quatrième âge, où l’on ne sait plus marcher sans une canne.

Toute une population a été alors invitée par un complot de concepteurs de piscines et d’édiles à faire trempette sans surtout se fatiguer ! La piscine qui pouvait aider à combler le déficit d’activités physiques dans lequel sombre l’être humain du 21e siècle, fut invitée à accueillir une autre forme de paresse. Le plausible mammifère marin se pétrifie en inerte bouée… Pour soigner sa sédentarité terrestre, l’air du temps l’encourage à l’immobilité aquatique.

Que les piscines, en tant qu’ornements de jardin des personnes privées, aient pris cette allure, est le problème de ceux qui font un tel choix. Grand bien leur fasse. Et d’ailleurs, peu de gens disposent d’assez de mètres carrés de jardin pour accueillir une piscine assez grande pour nager.

Que le détournement de fonction envahisse le secteur public et les piscines municipales en revanche intéresse tout le monde. Il peut avoir des résonnances inquiétantes pour le sport, et, surtout, ajouterai-je, pour la santé et la forme physique de générations. Bref, il importe qu’on interroge ce trend lamentable.

Or, me dit-on, « ces quinze dernières années, la Fédération française de natation a entériné ces bassins dans lesquels il ne manquait plus qu’un panneau indiquant une interdiction de nager… »

Celui qui m’affirme cela, Stéphane Bardoux, est un ancien entraîneur du Racing Club de France qui, depuis 2004, s’est recyclé dans la construction de piscines en France à travers Mission H20, un bureau d’études techniques expert de la programmation de piscines, qu’il a créé de concert avec Olivier Leroy, directeur technique du CNO Saint Germain en Laye entre 1991 et 2004. D’après Stéphane, Francis Luyce, le président de la FFN, avec une certaine naïveté, entérinait tous les projets qu’on lui soumettait sans distinguer les piscines où l’on nageait et les piscines ludiques à toboggans.  

POURQUOI TOUS LES SERVICES MUNICIPAUX ONT-ILS UN BUDGET, QUAND CELUI DE LA PISCINE S’APPELLE UN DÉFICIT ?

On est en train, d’aucuns m’affirment, de revenir sur cette fascination exercée par le « tout ludique » qui a culminé dans le bassin multiforme. Le haricot tendrait-il à flageoler, et se dirige-on vers la fin des haricots ? Oui et non, selon les personnes interrogées.

Ces piscines qui contingentent ou refoulent les nageurs ont été et continuent d’être vendues comme « originales et ludiques ». Je reconnais qu’elles proposent une esthétique souvent plus séduisante que le bassin rectangle. C’est mignon, un jet d’eau ! Mais leur originalité a été assez malmenée par le nombre considérable de bassins bâtis selon cette forme. Après que 1.000 bassins aient partagé la même originalité, on découvre qu’ils ne font autre chose qu’illustrer un autre conformisme.

Et leur caractère ludique ? Il reste à prouver. En quoi s’immerger dans une piscine haricot est-il plus amusant que de plonger dans un quadrilatère ? Y nager droit, effectuer des longueurs, devient impossible, c’est sûr. Sa forme d’humble légume  lui ôte donc une fonction essentielle. Et, à mon avis, elle ne lui en ajoute aucune. Quels enfants n’ont pas joué dans une piscine classique ? Avec des copains, dans un autre temps, on s’amusait dans une piscine « coque », rigoureusement rectangulaire, qui se trouvait être le bassin municipal (25 mètres) d’Issy-les-Moulineaux. On se disputait la propriété d’un pneu de camion et on « nageait » avec le chien de Christine Caron qui pesait 80 kg (pas Christine, le chien). Le bassin vient d’être reconstruit récemment. Et il est ? Ludique !

Donc tout ce que vous faites dans une piscine haricot, vous pouvez le faire aussi bien dans une « coque », mais vous ne pouvez pas faire dans un haricot tout ce que vous pouvez faire dans une « coque », et pour mon argent, son seul avantage est un inconvénient : pour y nager proprement, il faut être une loutre ou un poisson rouge. L’activité de piscine la plus normale, intelligente et formatrice y est interdite.

Mais je constate qu’il en est qui pensent différemment. Historiquement, ce sont des directeurs de piscines, souvent anciens nageurs ou entraîneurs, qui ont imaginé des bassins aux formes variées.

Du moins d’aucuns le prétendent. Unis dans un syndicat (dont le premier président fut Gilbert Seyfried), ils phosphoraient pour combler le « déficit » des bassins qu’ils exploitaient. A mon avis, l’un des malentendus qui sévit autour de la piscine est lié à ce qu’on appelle son « déficit. » C’est en regardant un budget de mairie que j’ai trouvé cette notion de déficit des piscines. Or elle me parait assez douteuse, voire disputable…

Mais les maires en font des cauchemars. Je me rappelle essayant dans une autre vie de suggérer à André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux, que sa piscine ne lui coûtait que le prix de l’enseignement obligatoire de la natation aux élèves du primaire, et qu’il était injuste d’appeler déficit les 300.000 francs qu’elle coûtait annuellement en termes d’entretien, de personnel et de chauffage, alors que le service des fleurs et jardins, qui revenait à peu près au même prix, ne creusait pas un déficit, ô qu’en termes choisis, mais donnait lieu à un budget !

Les affaires culturelles, le patrimoine, l’animation des quartiers, les affaires sociales, la santé, le handicap, l’éclairage public, la circulation, la voirie, la police municipale, tout ça bénéficiait de budgets dont certains étaient des plus conséquents. Mais cette horrible, cette ignoble piscine, elle, souffrait d’un déficit !

 Santini n’en disconvint pas, mais le prix du fuel ayant grimpé démesurément suite à un conflit moyen-oriental, le maire n’en donna pas moins, un peu plus tard, la gestion de sa piscine à Forest Hill.

Pourquoi parle-t-on de déficit, et non de budget d’une piscine ? Parce qu’il y a un public, une caisse et des rentrées. La terminologie liée à un mécanisme comptable a eu raison de la notion de service rendu par une piscine en remplaçant la noble notion de budget dépensier par celle, intolérable, de déficit !

Revenons à la FFN. On ne sait trop ce qui bouillait dans la marmite de Francis Luyce, dont l’intérêt personnel gouvernait la pensée. En revanche, Gilles Sezionale a saisi l’importance de l’enjeu et entend utiliser le bras de levier fédéral pour remédier à la situation dans laquelle les piscines de la génération où l’on en a le plus construit sont menacées d’obsolescence.

Stéphane Bardoux a l’impression que « Sezionale a des idées, mais ne se rend pas compte de la difficulté de construire des équipements. C’est une question de culture. En Espagne, vous pouvez construire en utilisant des investissements privés concurremment à des investissements publics. En France, dès qu’il y a de l’argent public, vous êtes contraint à l’appel d’offre. Ce qui s’est passé pour Mulhouse ou pour Nice n’est pas reproductible facilement. Les seuls exemples de construction de piscines qui n’ont pas été aidés publiquement, c’est Marseille et le Racing. Au Racing, la construction du second bassin de la rue Eblé a été payée par les leçons de l’école de natation. A Mulhouse, ils ont réussi à disposer d’un centre d’entraînement remarquable, mais il y a eu beaucoup d’argent de la Fédération française de natation et un partenariat avec la ville.

« A Nice, ville riche, il y a de gros moyens financiers. Pellerin rêvait – comme tout entraîneur rêve – d’avoir une piscine où il pourrait entraîner en toute tranquillité et le maire Estrosi a suivi. Philippe Lucas avait réussi à capitaliser à Melun. En 1991, il y a eu des problèmes à Rouen : la ville avait consenti de gros travaux pour permettre à Stéphan Caron de s’entraîner, et c’est alors qu’il a choisi de partir étudier à Paris. La municipalité ne l’a pas facilement pardonné »

UN SUPER PROJET À SAINT MALO, À UN DÉTAIL PRÈS

Doit-on comprendre par là que le scénario niçois n’est pas facile à reproduire ?

Certes. Mais d’autres scenarii se développent, et d’ailleurs il n’est pas sûr que le président de la Fédération n’a pas compris de quoi il retourne. Récemment, M. Sezionale a reçu le maire d’une ville moyenne, Saint-Malo, pour ne pas la nommer. Le projet de la mairie était (et reste) flamboyant, en ce que la volonté du maire Claude Renoult est de réaliser une piscine capable d’accueillir des compétitions internationales – ou des championnats de France. Mais – un mais qui se trouve au cœur de notre sujet –, ce projet, baptisé « centre aqualudique, que M. Renoult présente comme « le projet-phare de la nouvelle équipe de Saint-Malo agglomération » avait pour ambition d’être « une référence parmi les équipements aquatiques en Bretagne et en France » et comme on va le voir ne l’était pas tout à fait…

Bassin sportif modulable, 2000 mètres carrés de plans d’eau sur 5 hectares et demi (coût :  trente millions d’euros), bref du solide. Les Malouins avaient travaillé depuis deux ans le bel objet dans ses moindres détails, pour recevoir les grandes compétitions, prévu même la salle antidopage, et la part du ludique n’était pas oubliée, avec  un bassin de nordique (utilisable en toutes saisons).

Et alors ? Il s’avère que les concepteurs ignoraient ou avaient oublié que la compétition aujourd’hui, à un certain niveau, exige la présence d’un bassin de récupération. Sezionale a dû expliquer que ce centre aquatique, tel qu’il était conçu, tout magnifique et rutilant, ne pourrait jamais recevoir de compétitions du niveau championnats de France ; que, pour cette raison, lui Sezionale ne puiserait pas dans les fonds de l’agence de développement fédéral (non encore existante) ou n’interviendrait pas auprès du CNDS pour subventionner ce projet (les espoirs de Saint-Malo s’élevaient à 4 millions).

LE VRAI PUBLIC DE LA PISCINE, C’EST DES FEMMES D’ÂGE MOYEN QUI VEULENT NAGER

Quoique déçu d’apprendre que son centre, ouverture prévue en 2019, ne pourrait jamais, tel quel, recevoir les France, M. Renoult a bien compris qu’il devrait revoir le projet et on sent qu’il va revenir à la charge (un breton ne se décourage pas aussi facilement).

Peut-être le nordique incriminé perdra-t-il sa forme de crapaud ludique, et s’inspirera-t-on du rectangle pour le transformer en un – irrésistible – bassin de récupération ?

Revenons à H²O. « Nous aidons à produire 10 piscines par an, explique M. Bardoux, qui brosse à grands traits la problématique. Une piscine, c’est de 2 à 30 millions d’Euros. A la construction, c’est entre 2300 et 3000€ au m². Ce n’est pas seulement là qu’elle coûte cher. L’eau, le chlore, abîment, et il faut entretenir et réparer. Le coût réel est important.  

« Maintenant, une piscine découverte économise la structure halle-bassin. En contrepartie, on va dépenser plus en énergie. D’où une nécessaire prudence sur le montage financier. Ce qui est cher, c’est au quotidien : coûts, charges, frais. Il est donc nécessaire de bien caler son business plan. La FFN, sous sa forme juridique d’association, bénéfice d’avantages, elle peut inverser le mouvement. Après quinze années de laisser-aller, on sent une réaction. »  

Bernard Boullé, qui enseigne aujourd’hui à Montpellier (et aura du mal cette année à défendre ses titres de champion de France master des 50 et 100 papillon, s’étant méchamment brisé deux métatarses dans un accident) avait créé en 2005 le service que dirige aujourd’hui M. Gazeaud. Il est sévère pour les Innovations des bassins ludiques, qui ne sont, défend-il, « derrière le concept de piscine, que des attrape-nigauds. Le populaire n’est pas intéressé par ce qui lui est vendu en l’occurrence. Le vrai public de la piscine, c’est des femmes d’âge moyen (disons autour de 50 ans), qui veulent nager. La piscine toboggan est une hérésie. Combien de fois n’a-t-on pas hésité, en outre, à faire déboucher le toboggan en plein milieu du bassin olympique ? Cette disposition  flingue bien sûr toute possibilité de nager sur les lignes concernées, et quand on sait le prix du mètre carré de bassin, c’est une aberration sans nom. Imagine des montagnes russes sur une piste d’athlétisme ! Il y a derrière ces fantaisies une capacité de n’importe quoi… »

Bernard Boullé partage le sentiment de plusieurs personnes impliquées dans cette réflexion sur un point : Francis Luyce ne différenciait pas les divers types de piscines qui se créaient. Il soutenait également la construction de bassins ludiques ou sportifs, sans en mesurer la différence fondamentale. Il s’agissait d’une piscine, c’était tout bon. La FFN appuyait le projet, cela signifiait que des subventions venaient au secours, par la Fédération, le Centre National de Développement du Sport. C’est comme ça que les Grecs s’introduisirent à Troie en utilisant le mythique cheval.

Gilles Sezionale, lui, voit clairement la différence de concepts, et, on l’a compris, les projets ludiques ne devraient plus compter à l’avenir sur l’aide et les moyens dont dispose la FFN…

Bien entendu, tout le monde ne pense pas pareil.

Il y a trop d’intérêts divergents.

Personnellement, le principe de l’Aquaboulevard me sidère en ce qu’il offre au public me parait, sous les jets d’eaux, appauvrissant. Les jours de grande chaleur, j’y vois à travers les larges baies vitrées, toute une jeunesse assez inerte, les pieds dans l’eau jusqu’aux genoux et jamais plus haut ou piétinant en file indienne avant de glisser sur le toboggan.

Je vous dis ce que j’en pense, mais pourquoi interdire à qui que ce soit d’aimer ce lieu privilégié de drague, Luna Park faiblement inondé ? Surtout que c’est vraiment pour rien : hors l’accès à des tarifs préférentiels, l’entrée d’un adulte est à 29€ et celle d’un jeune 15€. Seulement de trois à six fois plus cher que la piscine lambda. A ce tarif là, on a envie d’y aller en famille tous les week-ends et d’amener aussi les grands parents ! Un mois d’Aquaboulevard coûte à peine plus cher que deux ans de cotisation au CNP ou au Racing.

70% DES CLUBS ENTRAÎNENT DANS DES PISCINES OBSOLÈTES ET QUI MENACENT D’ÊTRE FERMÉES

Et l’avenir? Il n’y a pas lieu de pavoiser. Basile Gazeaud confirme la vétusté et le rabougrissement du parc piscines. « On estime que 72% des piscines sont à la limite d’âge, menacées de vétusté, chose qui en moyenne survient à partir de 30 ans d’existence. Et 70% des clubs entraînent dans des piscines de cet âge.

« En 2000, la part du ludique dans les piscines, avec les haricots (toutes formes), ou ces équipements tournés vers les loisirs, les toboggans, les glisses, a atteint son sommet…

« Aujourd’hui, détaille M. Gazeaud, on comprend qu’au prix où sont les piscines, il faut absolument proposer des plans de nage. Il est très rare désormais que l’on construise un bassin privé d’un quadrilatère de nage. Par rapport à ce qui s’est construit dans les mille piscines, on ajoute maintenant au bassin classique, de vingt-cinq ou cinquante mètres, des offres diverses. On s’aperçoit d’ailleurs que la dimension sport est ce qui coûte le moins cher dans un bassin. »

Si l’on entend bien ce que dit M. Gazeaud, les fameuses « piscines cathédrales » ne coûtent pas aussi cher qu’on le dit. Une part très importante du prix de construction, c’est ce qu’on greffe autour : « le restaurant, la patinoire, etc. C’est ainsi qu’à Chartres, le sportif ne représente qu’un tiers du prix total, la remise en forme un autre tiers, le reste est représenté par la patinoire. La politique de la démesure a un autre effet, dans sa rentabilisation. Chartres, par exemple, c’est un million d’utilisateurs par an. Cela peut être rentable, et représente une réussite incontestée, mais attention, plusieurs Chartres se concurrenceraient et s’empêcheraient d’être rentables.

« D’un autre côté, l’on a les solutions proches de celle de Nice, avancée par Sezionale. Des clubs comme Nice, Mulhouse, le TOEC qui nage à Castex. La région carencée en piscines d’entraînement, c’est la Nouvelle-Aquitaine.

« Les fameuses 1000 piscines sont 750 qui arrivent aujourd’hui à saturation. Vu le boom démographique, les besoins doivent être vue à la hausse, or on en est en France à 70 ou 80 bassins par an dont une quarantaine sont couverts par la Fédération.

« Les piscines deviennent obsolètes au maximum au bout de trente ans, et les changements de normes rajoutent à cette obsolescence. Lors de leur construction, dans les années 1970, tout un ensemble de règles, ainsi concernant l’accès des handicapés, n’existaient pas. Tout cela fait qu’on ne peut plus se contenter de bassins de 25 mètres quatre couloirs. »

Les questions liées à la construction de piscines sportives et ludiques passent aussi par la formation de directeurs de piscines. Si la natation sportive veut continuer d’exister, il lui faudra également qu’on arrête de donner la gestion des bassins à des délégataires (privés) de services publics, lesquels sont menés par une politique purement économique, pour ne pas dire mercantile, éloignée de tous soucis de sport, de bien-être, de santé publique, et trop occupée à exploiter pour entretenir les bassins.

Mais ceci est une autre histoire…


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9 comments:

  1. Eric Lahmy *

    JEAN-PIERRE LE BIHAN
    Eric, Bonsoir

    Excellent, vraiment excellent, ton article sur les piscines. Cela vaudrait une reprise par le journal « Natation » avec Bouet (l’architecte), Bardoux (qui a benéficié de structures plus ou moins privées : Vittel et le Racing) et les différents utilisateurs : UNSS, Clubs, public, pompiers, handicapés, scolaires and so and so.
    Je ne connais pas Basile et son analyse me semble pertinente, à deux exceptions près : le rejet des bassins 25x 10. Sait-il combien de sélectionnés olympiques ont commencé leur carrière dans ces « mille piscines »
    Quand aux femmes de 50 ans qui seraient les variables de la courbe de Gauss, je demande à voir ! Fréquentant avec mon petit-fils la piscine (et non le stade nautique) « Alain Bernard » à Saint-Sébastien près de Nantes, pendant les vacances scolaires d’hiver et un autre bassin découvert de 25×15, l’été dans le vignoble nantais, où j’ai pris beaucoup de plaisir, dans une ligne d’eau réservée, à essayer de suivre un handicapé !…et il y avait effectivement des ados qui se prenaient pour Aldo (pas Eminente) Maccione, et se disputaient la conquête, non d’un pneu de camion, mais d’un tapis flottant ,sous les yeux curieux de jeunes filles pas effarouchées.
    Je croyais revivre les baignades avec Gérard Chatry le dimanche sur la Marne.
    Comme tu dis par ailleurs : « c’était le bon temps. »
    Continue Eric …Cordialement
    Jean-Pierre Le Bihan

    1. Eric Lahmy *

      Merci, Jean-Pierre, de tes remarques. Je suis moi-même un peu étonné de la réflexion de Bernard au sujet des femmes d’âge moyen plus forts clients potentiels des piscines, mais je me demande si ces demandes ne fluctuent pas avec des modes. Je te rappelle quand même que la natation, pendant des dizaines d’années, a été l’activité sportive numéro un plébiscitée en France, et il est possible qu’elle le soit encore aujourd’hui. Peut-être que les femmes de 50 ans sont « leaders » dans ce domaine ? Peut-être qu’à force de se blesser en sous-bois ou dans des cours fitness un peu durs, elles se disent que nager aura au moins l’avantage de ne pas les blesser ? On peut imaginer 36 raisons, la natation a beaucoup d’arguments favorables… Bernard s’appuie je crois sur des analyses faites quand il était aux affaires.
      De toute façon, son opinion me semble importante, compte tenu des années qu’il a passé à bosser le sujet…
      Je voudrais aussi bien cerner le caractère limitatif de la réflexion de Basile Gazeaud. Il n’attaque pas les bassins à quatre ligne d’eau en soi, mais il prétend avec arguments à la clé qu’ils ne sont ni souhaitables, ni possible aujourd’hui en raison des changements dans les cahiers des charges des piscines. Ces bassins, dit-il si j’ai bien compris son propos, ont été utiles, mais ne sont plus dans le coup.
      Bien à toi, cordialement, Eric

  2. Laurent MYLAH

    Il me semble que la température de l’eau dans les bassins est un paramètre clé qui conditionne l’usage sportif ou loisir des bassins.

    Pour avoir fréquenté le centre sportif Pailleron (Paris 19è, UCPA) qui offre deux bassins, un « haricot » (loisirs) et un « sportif », je ne peux que constater la différence d’usage entre les deux.

    Le bassin « haricot » offre une température d’eau bien supérieure au bassin sportif, et invite à la détente et au prélassement. L’eau est ressentie comme chaude dès le premier pied posé sur la première marche de l’escalier, et le confort de baignade est notable. En revanche, l’effort physique est sanctionné par une sensation de chaleur trop forte.

    Le bassin « sportif », avec son eau fraîche, incite et récompense l’effort physique, seul à pouvoir rendre la baignade agréable en sollicitant le métabolisme pour ressentir une température de baignade agréablement raffraîchissante.

    En revanche, le rutilant centre aquatique de Neuilly, qui lui aussi offre deux bassins, commet l’erreur de lésiner sur le chauffage de l’eau dans le bassin ludique, et rend la baignade franchement désagréable. La fréquentation s’en ressent, et on ne peut s’empêcher de se demander comment une telle déconnection est possible.

    1. Eric Lahmy *

      J’ai nagé à Neuilly et une fois, ayant oublié mon bonnet et celles prêtées par la piscine étant toutes en mains, j’ai « trempé » dans le bassin baignade. Je ne me souviens pas de la température, peut-être 26° comme le bassin, mais en effet il n’y avait presque personne. Je dirais, 90% de nageurs.

  3. A. ZOUGS

    Bonjour Eric LAMY,
    J’approuve et confirme une grande partie de ce qui à été écrit mais j’ai quelques réserves ou corrections à faire.
    Un petit résumé.
    Je suis arrivé à la fédération, en 2001, en étant un élu régional et architecte, pour essayer de réfléchir aux moyens de faire connaitre la Fédération auprès des collectivités ayant des projets de piscine.
    Une commission Equipement à été créée dont j’étais le Président et le représentant de la DTN était Patrick Gastou. Bernard Boullé était à l’époque au marketing mais comme nous nous réunissions dans l’espace de travail du marketing il s’est intéressé à nos travaux.
    Suite aux travaux et réflexions de la commission, en 2004, le service Equipement a été crée, Bernard y a participé mais n’en est pas le créateur unique. Il a par contre été nommé représentant de la DTN pour ce service. Il l’a quitté en 2010, je crois, et Joachim Arphand, arrivé comme stagiaires en 2003, est devenu le responsable du service. Basile Gazeaud est lui arrivé en 2012. J’ai la fierté d’avoir participé à la formation de ces deux personnes reconnues maintenant pour leurs compétences en la matière.
    Il est faux de dire (ST. Bardoux) que ces « quinze dernières années, la Fédération française de natation a entériné ces bassins dans lesquels il ne manquait plus qu’un panneau indiquant une interdiction de nager… » depuis mon arrivé à la Fédé je n’ai cessé de me battre contre cette promotion de la piscine haricot. Il a fallu se battre contre les programmistes nés, pour beaucoup, de sociétés financières intéressées par la gestion des piscines (DSP) en les transformant en équipement ludique genre Aqualand, en plus petit. Les collectivités se sont laissées prendre à ce miroir de la rentabilité et les programmistes s’y sont empressés d’y répondre.
    La Fédération n’a pas fermé les yeux sur ces programmes mais s’est efforcé de défendre au moins une partie sportive dans chaque projet, cela n’a pas toujours été accepté. Pour les subventions, la force des politiques à travers le ministère est incontrôlable, et je ne suis pas sur que G. Sezional arrive à évincer St Malo de la subvention si le projet n’est pas conforme aux souhaits de la Fédé. Je peux assurer que 90% des projets soutenus par la Fédé étaient à caractère majoritairement sportifs.
    Depuis toujours j’ai évacué le mot « déficit » et je parle de « coût social » comme pour une école. La piscine avec le gymnase et l’équipement qui coûte le moins cher par usager.
    Comme vous je distingue les baigneurs des nageurs et une piscine n’est pas une baignade. Des années de ludique, de toboggan et vous ne savez toujours pas nager.
    Je reviens aussi sur les bassins de 25×10 (4 lignes d’eau) qui ne sont plus soutenus par la Fédé parce qu’ils ne sont plus adaptés (Basile Gazeaud) mais à mon avis parce que pour absorber le coût social d’une piscine il faut au moins une collectivité de 20 à 25000 habitants le minimum nécessaire est une surface de 25×15 (6 lignes). Bravo aux « 1000 piscines » qui ont développé la natation hivernale mais arrêtons de les reproduire.

    1. Eric Lahmy *

      Merci André Zougs, de ces éclaircissements. Bien entendu, je ne prétends pas détenir la vérité, seulement essayer de donner un aperçu de ce qui est et peut-être de ce qui pourrait être. Partant de la question des piscines, j’essaie maintenant de donner un éclairage sur la triple question de la gestion des piscines, des délégations de services publics et de l’entraînement des nageurs de compétition. D’aucuns me disent que la situation est très dégradée.

  4. A. ZOUGS

    Mon commentaire n’était pas une critique des articles précédents, qui posent bien le problème. Ma présence à la Fédé pendant 16 ans, dont 14 au comité directeur en charge des Equipements , me permettent d’apporter quelques précisions utiles à la vérité. Au renouvellement d’avril, conseillé par l’un et l’autre des deux postulants à la présidence, j’ai retiré ma candidature. Sans doute mon âge aurait fait gravement monter la moyenne du CD alors tant pis pour la compétence.
    Pour la deuxième partie de votre réponse et concernant « la triple question de la…. »
    j’ai un avis personnel et j’aurais peut être l’occasion d’en parler.

    1. Eric Lahmy *

      Croyez que je ne suis pas contre la critique de mes articles par principe. Bien au contraire. Il ne fait aucun doute à mes yeux que vous connaissez infiniment mieux le problème que moi. Et comme je n’ai aucune raison de mettre votre bonne foi en doute, vous êtes le bienvenu.

  5. Doug

    Si vous le permettez je ne comprends pas le « bravo aux 1000 piscines, mais arrêtons de les reproduire ». Les bassins 4 couloirs rénovés avec les matériaux récents et répondant aux dernières normes bâtiments sont des piscines qui deviennent abordables pour des communes de moins de 10 000 habitants. Elles permettent d’accueillir les scolaires des alentours, aux gens de venir faire des longueurs entre les midis et le soir. Elles accueillent souvent de petits clubs formateurs, vitaux pour les plus grosses structures. Ces petites piscines, souvent encore de régie communale, fonctionnent avec peu de personnel, et un management bien moins problématique ou conflictuel que les plus gros établissements. Enfin les entrainements après les heures d’ouvertures publiques se règlent en deux coups de téléphone avec le maire et le directeur, sans parler $. On arrive le soir, on fait la bise aux maîtres nageurs, on s’entraine, on range le matos, un gardien arrive derrière nous pour fermer. Bref, j’aime bien les 25X10 et j’espère qu’elles existeront encore longtemps.

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