PLUS DE 10.000 DOPÉS EN CHINE ENTRE 1980 et 1999. LE SPORT CHINOIS, C’EST UN POUR TOUS, TOUS POURRIS?

Éric LAHMY

Lundi 23 Octobre 2017

C’est une madame Xue Yinxian, 79 ans, ancienne médecin de l’équipe olympique chinoise qui le dit : toutes les médailles remportées par les sportifs de son pays lors des années 1980-1990 ont été obtenues à travers un dopage systématique qui s’étendait sur l’ensemble des sports.

Installée en Allemagne où, ayant demandé l’asile politique, elle s’est installée après avoir quitté son pays voici deux ans, elle a expliqué dans une interview recueillie par la chaîne allemande ARD que dès l’âge de onze ans, les jeunes sportifs étaient engagés dans un système de dopage obligatoire qui s’étendait sur tout le pays.

Plus de 10.000 athlètes de tous les sports, « football, volleyball, basketball, tennis de table, badminton, athlétisme, natation, plongeon, gymnastique et haltérophilie » étaient inclus dans ce merveilleux programme d’excellence.

« Dans les années 1980-90, les athlètes chinois de toutes les équipes nationales firent un usage extensif de toutes substances dopantes ; toutes les médailles, or, argent, bronze, ont été teintées de dopage. Toutes les médailles internationales remportées par les athlètes chinois de l’époque devraient être rendues. Plus de 10.000 athlètes ont été ainsi impliqués. Les gens ne croyaient à rien d’autre qu’au dopage, tous ceux qui prenaient des substances dopantes étaient considérés comme engagés dans la défense du pays. Toute personne qui s’opposait au dopage des athlètes nuisait au pays et se retrouvait en prison. »

Les sujets de ce vaste programme – tous les internationaux chinois – étaient testés régulièrement jusqu’à qu’ils soient négatifs au contrôle, après quoi seulement ils étaient envoyés en compétitions internationales. Le signe « grand’mère est à la maison » était poétiquement appliqué à ces athlètes, dès qu’ils n’avaient plus de traces des produits dans leurs organismes.

« Si vous refusiez de doper, vous deviez quitter l’équipe », ajoute Xue. « Au départ, les jeunes groupes d’âge utilisaient les produits – les plus jeunes avaient onze ans. »

« La Chine enregistra des progrès énormes dans ses résultats sportifs après sa première apparition aux Jeux olympiques, après 32 années d’absence, en 1984 à Los Angeles, note Nick Butler, du blog Inside The Games. Ils finirent 4e avec 32 médailles dont 15 en or. Mais ils ne furent que 11e  à Séoul en 1988, avec cinq médailles d’or. Puis ils remontèrent à 16 médailles d’or à Barcelone en 1992 et Atlanta en 1996. Le chiffre atteignit 28 médailles à Sydney 2000 et 32 à Athènes 2004. A Pékin en 2008, ils finirent premiers avec 100 médailles dont 48 d’or, 22 d’argent et 30 de bronze. »

La chute de 1988 s’explique par le fait que ces Jeux avaient été marqués par un boycott de toutes les autres nations de l’est, autres consommatrices friandes de la potion magique systématique. Les Chinois n’étaient pas les seuls à considérer le sport comme la continuation de la guerre, et la victoire comme devant être atteinte à n’importe quel prix.

L’accusation du docteur Xue YinXian ne fait que corroborer les soupçons qui ont constamment accompagné les succès chinois, marqués par la vitesse avec laquelle ils ont été obtenus; on s’étonnait d’entendre tel entraîneur d’athlétisme vanter les mérites du sang de tortue, d’une moisissure de chenille, ajoutés à l’interdiction des relations amoureuses et des cheveux longs, autant de secrets censés permettre de courir plus vite les sportifs. Il rejoignait entraîneur bulgare expliquer les barres que soulevaient ses jeunes élèves par la consommation de « lait d’abeille » (sans doute de la gelée royale ?). C’était poudre de perlimpinpin et poudre aux yeux. Ah ! Il est beau le sport !

En février dernier, une lettre de Wang Junxia, qui aurait été écrite en 1995 a été finalement publiée… après 22 ans donc. Wang, en 1993, avait battu le record du monde des 10.000 mètres de quarante-deux secondes. Elle détenait les records mondiaux ou asiatiques du 3000 m au marathon, et faisait partie d’une équipe qui cette année là avait battu 66 records nationaux et du monde.

Dans cette lettre, elle reprochait à son entraîneur de l’avoir dopée.

Wang s’était élevée aussi contre le comportement de sa fripouille d’entraîneur, Ma Junren, qui, odieux sur toute la ligne, s’accaparait les primes et gains financiers de ses athlètes, n’hésitait pas à les battre comme plâtre quand cela ne marchait pas comme il lui convenait, et avait mis la main sur les Mercedes attribuées par la IAAF à chaque vainqueur des mondiaux de Stuttgart ! Dans sa lettre, publiée originellement dans Tencent Sports, Wang se révoltait : « nous sommes des êtres humains, pas des animaux. Pendant des années, nous avons été forcées de prendre de fortes doses de drogues illégales – c’était vrai. »

 En 1994, onze Chinois, nageurs et cyclistes, totalisant 15 médailles d’or des Jeux asiatiques d’Hiroshima, au Japon, furent disqualifiés après avoir failli à des tests de dopage : ils avaient pris de l’androstanolone, un stéroïde anabolisant. En fait, des dizaines de sportifs chinois ont été contrôlés positifs, laissant deviner une pratique importante du dopage, si l’on admet que ceux qu’on attrape ne forment que la partie émergée de l’iceberg !

Récemment la chute d’une haltérophile chinoise, championne olympique, Xiexia Chen (48kg), qui avait gagné aux Jeux de Pékin en 2008, s’ajoutant à celles de Chun Hong Liu (69kg), et de Lei Cao, (75kg), autres athlètes démasquées par les progrès des contrôles, a conduit au bannissement de toute l’équipe chinoise par la fédération internationale d’haltérophilie. Neuf pays ont été bannis de la même façon, dont la Chine et la Russie/ Ce n’est pas un souci de propreté de la part de l’institution internationale (l’haltérophilie est vérolée par le dopage anabolisant depuis soixante années sans que rien n’ait été fait, notamment par le sempiternel président hongrois Tamas Ajan, secrétaire général puis président de la Fédération internationale depuis 42 ans), mais la crainte pour son statut olympique, souvent menacé, qui la fait agir.

Si Chen Zhanghao, le médecin chef des équipes olympiques chinoises des Jeux de Los Angeles 1984, de Séoul 1988 et de Londres 2012, a avoué au The Sydney Morning Herald, en 2012, qu’une cinquantaine d’athlètes chinois avaient ingéré diverses substances pendant ce temps, les affirmations de Xue Yinxian remettent en cause ce petit nombre. Des milliers de sportifs de haut niveau ont été FORCES de se doper pendant des dizaines d’années…

…Je serais étonné qu’il n’y ait eu que 50 NAGEURS dopés pendant ces années, il pourrait y en avoir des centaines, car il semble que la pratique était généralisée, comme calquée sur le système également cynique (et criminel)  d’Allemagne de l’Est…

Xue affirme avoir été écartée quand, en 1988, travaillant avec l’équipe de gymnastique, elle refusa de doper une gymnaste des Jeux de Séoul. Elle travailla une autre dizaine d’années avec d’autres organisations en Chine mais fut inquiétée vers 2008, année des Jeux olympiques de Pékin, recevant de menaçantes visites d’officiels du gouvernement pendant que des voitures de police stationnaient ostensiblement devant sa maison. « Ils m’avertirent que je ne devais pas parler du dopage. Après la mort de mon mari, ils venaient me voir constamment avant une compétition sportive, et téléphonaient parfois à 5heures du matin. Mes deux enfants ont perdu leur travail, » a-t-elle dit aussi, reliant ces événements à son opposition au dopage systématique chinois.

Comme cinq Chinois ont été, sont, ou seront annoncés positifs en 2017, on voit que le problème reste actuel…

Heureusement, la natation est défendue par les sublimes dirigeants Marculescu et Maglione, personnages lumineux qui ont réintroduit dans le circuit, en 2015, les dopés russes et chinois, permettant ainsi aux champions du monde du 400 messieurs, SUN Yang et du 100 brasse dames, Julia EFIMOVA, d’enlever leurs titres alors qu’ils auraient dû être bannis, tandis que le vainqueur du 100, NING Zetao avait été positif au clenbutérol en 2011. Grâce à la FINA, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, l’intégrité du sport est protégée, quoique sans doute un peu moins bien que ses comptes en banque.

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3 comments:

    1. Eric Lahmy *

      Oui, en 1984, la compétition était facilitée par l’absence des Russes et de leurs satellites. J’avoue que je ne suis pas allé revoir les résultats, mais les absents ont fait que les médailles étaient plus faciles, ce qui bien entendu ne change rien au dopage…

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