PORTRAIT UN PEU FLOU DE GILLES SEZIONALE

Éric LAHMY

Mardi 28 Mars 2017

Autant le dire tout de suite, je ne connais pas Gilles SEZIONALE. Je ne l’ai jamais vu, n’ayant pas suivi la natation après 1997 et jusqu’en 2011 à part de très petits apartés avec ce sport. Mes seuls contacts avec Gilles ont été téléphoniques ou informatiques, genre email ou, très récemment, Facebook. Donc je ne fais pas autorité sur le sujet et ne devrais pas trop parler de lui. Mais bon, on peut avoir son avis sur les mérites partagés de Napoléon Bonaparte et de Germaine de Staël sans les avoir jamais rencontrés. Ça tombe bien, c’est de Gilles Sezionale personnage historique que j’aimerais vous parler !

Je l’ai « rencontré » sur un incident. Claude Fauquet me l’avait cité comme un dirigeant actif, et je le savais vaguement « opposant » à Luyce, quand, l’an passé, je suis tombé sur un compte-rendu d’assemblée générale ou de Comité Directeur de la Fédé et je n’ai pas compris. Sezionale y expliquait que les résultats français aux Jeux de Rio étaient excellents (ça se discute) et surtout que les critères de sélection et toute la palinodie qui avait suivi étaient au-dessus de tout critique (là, c’était franchement des contre-vérités). J’ai donc pris mon bazooka ordinateur et j’ai rédigé sur mon site des causes perdues un point de vue désabusé sur le double thème : « même Sezionale » et « à qui se fier. »

Assez vite, je reçus un appel de Sezionale, qui m’expliqua comment cela se passait à la Fédé-Luyce. Après une assemblée ou un bureau, un certain Sauget, secrétaire général, réécrivait un compte-rendu menteur dans la grande tradition des dictatures militaires, où pas l’ombre d’une contestation ne dépasse; puis son fastidieux pensum était relu par le Signor Uno ! Il me paraissait incroyable que cela puisse aller jusque là ; en 40 ans, je n’avais pas tout appris sur ce défi au travail collectif et cette constipation cérébrale, cette occlusion au plan des idées qu’a pu représenter le système Luyce.

Depuis, on a parlé à quelques reprises, et il m’a donné des informations sur son background, sur ses ambitions, sur la façon dont il avait essayé de « fonctionner » avec, puis après des années de bonne volonté, contre Francis Luyce.

Je ne le connais toujours pas, mais je me suis fait une idée. J’ai décidé de demander à quelques personnes de me décrire Sezionale. Succès mitigé. J’ai dû mal m’y prendre, car deux des personnes sollicitées, sans doute occupées ailleurs, à moins que mon message n’ait pas abouti, Fabrice Pellerin et Bernard Dalmon, n’ont pas retourné mon appel.  Pendant ce temps, j’étais fort occupé moi-même et je n’ai pu insister ou interroger plus de monde, disgraziato !

Tant pis, j’ai un bon portrait que m’en a fait  Christiane Guérin, et un témoignage de Richard Papazian. Je l’ai complété avec des bouts d’entretiens téléphoniques avec Gilles, depuis octobre 2016.

J’ai jeté ça sans souci de forme. Je ne sais ni si c’est lisible, ni ce que cela vous inspirera, mais moi, je sais pourquoi j’écris ça. Parce que le temps presse et qu’il faut que ce soit Sezionale, ce 2 avril, qui sorte président de la FF Natation.

GILLES SEZIONALE EST NOTRE CHEF NATUREL

Christiane Guérin :

« Gilles, professionnellement, est le propriétaire de deux pharmacies, et le responsable d’une centrale d’achat régionale de produits pharmaceutiques. Il vient d’une famille aisée, et son hobby, son évasion, c’est le yachting. Sa mère vit aux USA, il s’y rend souvent.

« L’homme est proche de ses enfants. Sa fille, Carine Sezionale-Sollberger, est avocate. Carine est avec nous ; elle a travaillé à l’élaboration du programme de son père et se présente à l’élection. Gilles a aussi un fils de 29 ans, interne en médecine.

« Je décrirais Gilles comme quelqu’un qui, quand il accorde sa confiance, le fait complètement. Mais il faut montrer patte blanche.

« Il se fie à son intuition. Il a beaucoup d’amis et cerne assez vite ceux qu’il ressent comme étant les bonnes et les mauvaises personnes.

« Sa tendance à faire confiance l’amène à vous laisser travailler en autonome. Sous ce rapport, je le trouve impressionnant.

« C’est un homme du Midi, très chaleureux, plein d’enthousiasme dans les relations, assez tactile. Il salue très volontiers, embrasse sans retenue. Je viens d’une région, Dijon, où les gens sont froids, et gardent leur quant-à-soi. Des bourgeois snob, si vous voulez, et parmi eux, il tranche. Mon mari et moi, il nous a fallu un peu de temps pour s’habituer.

« Il y a quatre ans, Gilles Sezionale disait que les choses n’avançaient pas à la Fédé. Il y avait eu un accord entre Luyce et lui. Luyce garderait les oripeaux du pouvoir, salaire, train de vie, LEN et FINA, et avait promis qu’il ne se mêlerait pas de la gouvernance. Luyce avait adoubé Sezionale, en quelque sorte, mais il n’a pas tenu parole. Les nominations des DTN, après la mort de Donzé et le départ d’Horter, il les a faites seules, passant en force. »

« Luyce refusa de faire voter le Bureau directeur, parce qu’il savait qu’il serait minoritaire. Et il désigna seul Lionel Horter puis Jacques Favre…

« Nous, on n’avait pas de doutes sur Sezionale. Il est notre chef naturel. Jean-Jacques Beurrier aurait pu logiquement s’imposer, étant le président de la plus grande région. Mais il n’a pas fait le match. Il estimait ne pas être un meneur.

« Sezionale est rapide. Il a mille idées à la seconde. Il foisonne, fait énormément de choses. Il est intelligent, a une capacité de travail énorme. Il s’adapte aux défis, n’hésite pas à se remettre à flot quand il estime qu’il lui manque un savoir. Il est docteur en pharmacie, mais ça ne lui suffisait pas, il est allé se former en écoles de commerce, a appris à gérer ses pharmacies et à diriger sa centrale d’achats. Il n’est pas du genre à reculer devant des difficultés.

« De plus, il est très ordonné, organisé ; ce n’est pas un homme bordélique.

« Sur la Côte d’Azur, sa région, il a su poser les choses. Pour son plan « j’apprends à nager », il a acheté des bassins itinérants ; ils se sont promenés sur les plages, ça a attiré 2.000 licenciés. Il en a fait un gros truc. »

Homme d’initiatives, « Sezionale est à l’origine du bassin du club de l’Olympic de Nice. Il a réussi à convaincre le maire Estrosi de faire quelque chose. A Antibes, il a développé des relations particulières avec Denis Auguin, auquel il a sauvé la mise – avec Claude Fauquet – quand Denis cherchait un point de chute après avoir été évincé de Marseille. »

Trois champions olympiques individuels français, Alain Bernard, Yannick Agnel, Camille Muffat, ont donc fleuri sur la Côte d’Azur…

« Gilles est un vrai passionné. Aujourd’hui encore, il continue d’entraîner des groupes de nageurs.

« La réforme régionale unifiait Provence et Côte d’Azur, et là encore il a pris les choses en mains. Il a travaillé à fédérer les clubs, il a commandé des bus et emmené les gens voter. En face, il n’y avait personne. Raymond Tappero, le président sortant de la Provence, ne s’y est pas risqué. »

Maintenant, requinqué par l’appel du Phare de Dunkerque, Tappero monterait à Paris, défendre le président sortant… Bon vent !

Sezionale, « son but est de reproduire à la fédération cette « gouvernance » testée sur la côte. On peut le prendre pour l’envers de Francis, en ce sens qu’il est resté un vrai bénévole, désintéressé. Il a annoncé la couleur au sujet de tout ce qui passionne Luyce, compléments de salaire, appartement parisien, frais, ça ne l’intéresse pas. Il n’a pas besoin de ça. » 

LE SCANDALE DE LA FÉDÉ LUYCE: SEULEMENT 14% DU BUDGET RETOURNE AU SPORT

Pour Richard Papazian, le président de Nice :

« Sezionale, je suis dans le coup, même si je ne cherche pas un poste au comité directeur. Il faut un changement de gouvernement. Luyce ne s’en rend pas compte. Il aurait pu être un président exceptionnel pour la Fédération, quelqu’un d’adulé, dont on se serait souvenu. Là, il va sortir par la petite porte.

« D’un autre côté, Luyce sait… faire de la politique. Se servir. Il ne s’est jamais intéressé à la natation. Ne supporte pas la critique, la discussion. En 2001, j’avais émis l’idée que le système était archaïque. Que n’avais-je pas dit. Il ne m’a plus parlé pendant quinze ans. Or qu’est-ce qu’une fédération dont seulement 14% du budget retourne au bénéfice du sport ? Car tels sont les chiffres, 14 millions de budget, 14% au sport. Un scandale.

« Gilles Sezionale, lui,  travaille collectif. Il est ouvert, à l’écoute. A Nice, on est le club qui fait remonter le plus d’argent, de toute la France, avec nos 2.000 licences. Pourquoi ? Parce qu’on marche main dans la main avec Sezionale… Et il y a un retour de la région. Un esprit… L’argent ne sert pas seulement à faire fonctionner le comité régional. Au comité de la Côte d’Azur, nous avons mis l’argent à la disposition du sport : de toutes les disciplines… L’esprit de la Côte d’Azur, c’est de faire rentrer de l’argent pour le rendre à toutes les disciplines, des jeunes aux filières de haut niveau. Et cet esprit, il faut le copier coller à la Fédération.

« Sezionale a prouvé son intérêt pour toutes nos disciplines sportives, ceci en faisant confiance aux gens qui démontrent leur passion. Son programme est un vrai programme, pas des paroles « politiques ». J’en sais quelque chose, je le vis avec lui. »

 « QUE LES COMITÉS RÉGIONAUX GÈRENT LES BASSINS »

Sezionale speaking :

« Il faut essayer que les comités régionaux gèrent des bassins. Francis Luyce ne croit pas aux investissements qui peuvent rapporter. Lui met de l’argent à la banque. Sortir de l’argent pour investir, ça ne lui ressemble pas. Ici, on voulait gérer la piscine de Nice. Cela a été refusé. Fabrice Pellerin a utilisé la piscine trois à quatre heures par jour. L’opposition réclame une redistribution des lignes d’eau : la piscine, c’est 500.000€ de déficit. Le comité de la Côte d’Azur s’est développé sur les clubs d’été, avec des licences à 15€. Luyce m’a dit : les bassins d’été, ça ne marche pas. C’est ce qui marche le mieux. »

Ces différences dans les façons de fonctionner se retrouvent ailleurs. Quand il s’est emparé de la nouvelle grande région d’Occitania, Bernard Dalmon a, immédiatement, signé l’achat de deux bus pour  Font-Romeu. Cela a été son premier geste, symbolique, présidentiel… L’ancien président du Languedoc-Roussillon, avait bloqué, on se demande bien pourquoi, 40.000€ envoyés par la Fédération et destinés au centre climatique et sportif.

« Luyce est entré dans le programme World Cup pour se dorer la pilule à la FINA. Cette plaisanterie nous a coûté 500.000€ ; en plus, il s’est fait refourguer la date que personne ne voulait, juste après les Jeux, quand les nageurs ne songeaient qu’à partie en vacances. Avec ça, le Golden Tour risque de disparaître. L’argent va à Katinka ! Maintenant, Chartres, c’est mort, et le ministère donne moins d’argent… »

COUP D’OEIL SUR TÊTES DE LISTES

L’équipe fantôme qui partait à la conquête de la Fédération s’est mise à exister sur le papier en fonction des compétences et de la stratégie. Bien sûr, tout le monde est conscient qu’il faudra d’abord être élus. Mais on n’a pas « vendu » des places à des « appétits », la Fédération ne sera pas un « fromage ». On s’est efforcé de mettre « the right (wo)man in the right place » réunissant un désir, un savoir-faire,  un caractère consensuel.
Si tout se passé bien, Jean-Jacques Beurrier sera président délégué, Christiane Guérin secrétaire générale, Bernard Dalmon trésorier, Patrick Perez son adjoint et bien sûr Gilles Sezionale le président. 

 

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