RETRAITE DE KANETO, LA CHAMPIONNE OLYMPIQUE JAPONAISE DU 200 BRASSE : RIE, LA FILLE QUI RIAIT A RIO

Eric LAHMY

Mercredi 7 Mars 2018

On ne peut pas dire qu’elle est la nageuse la plus connue des Français. Mais Rie Kaneto, qui vient d’annoncer qu’elle prenait sa retraite sportive à 29 ans, n’est pas une petite championne. Elle devrait s’expliquer sur les raisons de son abandon de carrière lors d’une conférence de presse programmée pour le 16 mars prochain. Entre-temps, elle a rempli les papiers concernant son adieu au monde olympique – nécessaires en raison des formalités complexes liées au contrôle anti-dopage. On le comprend : plus besoin de se faire réveiller à six heures du matin pour répondre aux passionnantes obligations issues d’un contrôle d’urine ou du sang, ni de donner les lieux où elle se trouve à chaque minute des trois cent soixante-cinq jours de l’année. Ces à-côtés passionnants de la carrière d’une championne lui seront désormais évités…

C’est de façon tardive, dans sa carrière, que Rie Kaneto signa l’exploit de sa vie, enlevant le titre olympique du 200 mètres brasse à 27 ans. Pourtant, elle fut un talent relativement précoce, 2e du 200 brasse des Universiades de Bangkok (2007) à 17 ans, victorieuse de cette même épreuve à Belgrade deux ans plus tard, et sélectionnée pour les Jeux de Pékin (2008). Là, qualifiée pour la finale du 200 mètres brasse, elle termina 7e de la course.

On pouvait remarquer cette fille grande pour une Japonaise, 1,75m et, comme dans l’ensemble, ses congénères, maîtrisant parfaitement sa technique. 5e en 2009 du 200 brasse des mondiaux de Rome, elle établissait au cours de la saison, dans une tenue, interdite depuis, un record japonais à 2’20s72. Mais l’interdiction du polyuréthane dut lui poser quelques soucis, car elle régressait en 2010, seulement 7e des PanPacifics (et 12e sur 100 brasse) ; elle ne montrait aucun progrès, même si elle atteignait la finale de son épreuve fétiche aux mondiaux 2011 de Shanghai (5e). En 2012, elle ne parvenait pas à se qualifier dans l’équipe du Japon, où Satomi Suzuki, médaillée d’argent olympique derrière Rebecca Soni,  et la toute jeune Kanako Watanabe, 16 ans, parurent l’avoir ringardisée.

La course des mondiaux 2013, à Barcelone, fut l’objet d’un fascinant duel entre Julia Efimova et Rikke Moller Pedersen, et on ne remarqua guère trop que, derrière, Kaneto, quoique seulement 4e, réussit là sa plus belle course depuis cinq ans. L’année suivante, elle fut près de l’emporter aux Jeux asiatiques d’Incheon, où Watanabe la devança d’un dixième, 2’21s82 contre 2’21s92. A ces Jeux, où seuls les mauvais esprits diront que les nageuses chinoises, qui firent un ravage de titres, étaient dopées jusqu’au trognon, les Japonaises n’enlevèrent que trois épreuves : celles de brasse. Aux PanPacifics, un mois plus tôt,  Kaneto avait été déjà devancée par Watanabe, en 2’21s41 contre 2’21s90.

2015 fut l’année Watanabe qui, aux mondiaux, à 19 ans, enleva le 200 brasse et fut seconde du 200 quatre nages. Kaneto parvint en finale, mais se contenta d’y figurer, 6e à deux secondes de la gagnante. Elle qui, bon an mal an, était tentée par la retraite, encaissa là une nouvelle frustration et songea faire ses adieux à la natation.

Mais tout à coup, en 2016, elle réussit quelques temps prometteurs et pour ainsi dire inattendus. Tellement qu’elle en fut la première étonnée. D’abord elle effaça en 2’20s04 son vieux record polyuréthane du Japon, établi sept ans plus tôt, à l’occasion des SuperSéries aquatiques opposant à Perth, en Australie, le Japon, la Chine et le pays hôte. Ensuite, début avril, elle enleva le titre des championnats du Japon avec cette fois un temps de 2’19s65. A vingt-sept ans, ragaillardie par ce retour de flamme, elle se donna pour ambition de battre le record du monde en finale des Jeux !

Si, à Rio le record mondial resta debout, Rie Kaneto, en 2’20s30, devança nettement Julie Efimova, laquelle avait été copieusement sifflée constamment pendant la compétition, en raison de ses épisodes de dopage et de la façon honteuse dont elle fut récupérée par la FINA et le CIO, et n’aurait d’ailleurs pas dû se trouver là.

Après cette saison olympique marquée par de tels exploits, Rie Kaneto opta pour une année sabbatique et décida qu’elle ne nagerait dans aucune grande compétition en 2017, ni championnats du monde (de Budapest), ni Coupes du monde, ni même rencontres de l’élite au Japon, et se livra aux délices des hommages qui pleuvaient, médailles d’honneur ou autres, et inauguration de sa statue de bronze dans la préfecture d’Hiroshima, à laquelle elle appartient.

Elle s’amusait encore récemment à évoquer l’idée de continuer encore et de n’arrêter sa carrière qu’après les Jeux de Tokyo, en 2020, et on peut comprendre que ce rêve l’ait habitée. Cinquième championne olympique de l’histoire après Mayumi Aoki, sur 100 papillon, en 1972, Aï Shibata, sur 800 mètres en 2004, et 3e sur 200 brasse après Hideko Maehata en 1936 et Kyoko Iwasaki en 1992, elle imaginait pouvoir conserver son titre à domicile, devant son public. Mais sans doute a-t-elle pensé qu’elle aurait trente deux ans en 2020 et qu’il pouvait y avoir autre chose dans sa vie…

*****Ont également annoncé leur retraite Jennie Johansson, championne du monde du 50 mètres brasse à Kazan en 2015, recordwoman de Suède du 100 mètres brasse, et  Hrafnildur « Hida » Luthersdottir, finaliste olympique islandaise et nageuse étudiante en criminologie des Florida Gators…


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