RICHARD MARTINEZ: « DES MINIMA LOGIQUES ET COHERENTS »

Dimanche 10 Décembre 2017

SUITE À MON ARTICLE D’HIER SUR LES MINIMA (intitulé : l’abandon de la rigueur dans les minima français est bien confirmée), RICHARD MARTINEZ, DIRECTEUR TECHNIQUE NATIONAL ADJOINT CHARGÉ  DE LA NATATION, M’ÉCRIT POUR DÉFENDRE SON PROJET. COMPTE TENU DE L’IMPORTANCE DE CE QUE L’AUTEUR DE CE PROJET EXPRIME SA VISION, ET POUR LUI DONNER LE MAXIMUM DE VISIBILITÉ, CE TEXTE QUI AVAIT ATTERRI EN COMMENTAIRES DEVIENT UN ARTICLE. JE ME SUIS PERMIS D’Y RÉPONDRE NON POINT POUR LE CONTRER, MAIS BIEN POUR DÉFINIR LES LIMITES DE MES ARTICLES DANS CE BLOG. SELON L’EXPRESSION CONSACREE, LES INTERTITRES SONT DE LA REDACTION.E.L.

RICHARD MARTINEZ : « NE CONFONDONS PAS CHAMPIONNATS D’EUROPE ET DU MONDE »

Je trouve que vous y aller un peu fort quand vous dîtes : « Si on les compare aux résultats des Europe 2014, des Europe 2016 ou des mondiaux de Budapest, on s’aperçoit que l’idée de minima durs, l’une des croyances de Claude Fauquet, a été proprement bazardée. »

Bien entendu les minimas demandés ne souffrent pas la comparaison avec le niveau mondial, mais les championnats d’Europe constituent une confrontation continentale et non intercontinentale, il nous a donc semblé logique et cohérent d’évaluer et dynamiser nos forces à l’aune de cette première réalité et difficulté, avant de s’attaquer aux plus hauts sommets mondiaux et olympiques.

À bien y regarder, les minimas proposés pour les épreuves individuelles ne me semblent pas aussi faciles que vous voulez bien le laisser croire :

  1. ceux-ci ont été établis sur la base du 12ème meilleur temps des séries des deux derniers Championnats d’Europe (Berlin 2014 et Londres 2016) pour les épreuves de 50, 100, 200 NL et 100 & 200 m de spécialité, 200 4N inclus, du 10ème meilleur temps des séries pour les 400, 800, 1500 NL (excepté pour les filles où nous sommes alignés sur le temps de sélection proposé par l’Eau Libre) et 400 4N, et le 8ème meilleur temps des séries pour les 50 de spécialité (car nous ne souhaitions pas étoffer notre sélection au bénéfice de nageurs qui ne pourront pas participer au JO au titre de ces épreuves),
  2. ils sont à réaliser en série, ce qui est une première en matière d’exigence concernant notre discipline ; il y a eu par le passé des temps imposés en série mais jamais ne correspondant à ceux imposés à réaliser en finale pour se qualifier.
  3. cette condition bien que nécessaire, ne suffit pas, puisque l’après-midi il est demandé aux nageurs et nageuses ayant satisfait à cette première condition de se classer en finale dans les quatre premier(e)s pour valider définitivement leur sélection.

Quant aux épreuves de relais je vous laisse le soin d’apprécier la différence, il n’y en avait pas, puisque la règle de sélection était la suivante : « L’ensemble des relais, dames, messieurs et mixtes seront engagés aux championnats d’Europe. »

Pour une analyse un peu plus objective des critères que nous avons proposés concernant Glasgow 2018, je suis près à vous joindre, si vous voulez bien me communiquer une adresse mail, quelques chiffres comparatifs entre ces derniers et ceux de Berlin 2014. A la lecture des écarts chronométriques observés je ne pense pas que nous soyons dans « l’abandon de la politique des minima forts voulue par Claude Fauquet » si tant est que notre devoir et notre salut soient de s’y tenir. Car vous noterez bien que pour Berlin, outre le fait que les temps de qualification demandés étaient à réaliser en finale, il y avait de surcroit en fonction de l’âge des nageurs deux grilles de minimas pour se qualifier, ce qui de fait rendait ces critères beaucoup plus faciles que ceux aujourd’hui, que vous qualifiez de laxistes s’agissant de Glasgow.

De mon point de vue, à deux ans des JO 2020, il y a nécessité de confronter nos meilleurs nageurs au niveau international, c’est le moment de laisser une équipe se construire et c’est également un moment clé dans l’olympiade pour susciter de nouvelles ambitions, capter de nouveaux talents en vue des JO de Paris… après il sera trop tard. Qui se souvient me disait Denis Auguin, qu’Alain Bernard a connu sa première sélection en grand bassin en 2006… avant d’être champion olympique en 2008.

Je ne pense pas que les règles de sélection telles que nous les avons définies, soient une formalité pour tous nos nageurs et nageuses, et si tel était le cas, nous serions pleinement satisfaits qu’il en soit ainsi, car cela voudrait dire que nous sommes sur la bonne voie s’agissant de nos objectifs pour les prochaines échéances olympiques à venir : Tokyo et Paris.

Personnellement je suis toujours ouvert à la critique quand celle-ci est objective, mais dans le cas présent cela m’est vraiment difficile.

Richard MARTINEZ

LES MINIMA EN SERIES CHANGENT EN EFFET QUELQUE CHOSE

Bonsoir Monsieur Martinez,
Je sais qu’il n’est rien de plus impoli que de rebondir sur un droit de réponse. Cela dit, j’utilise cette prérogative non point pour me donner le dernier mot, mais pour expliciter mon article initial à la lumière de vos judicieuses explications.

Sachez d’abord que j’ai beaucoup d’estime pour vous, que vous avez accumulé beaucoup d’estime de la part de tous ceux qui oeuvrent dans la natation, et que cette estime, vous l’avez méritée par votre incontestable carrière.

Je vous remercie ensuite pour cette réponse que je range dans la catégorie: polémique polie!

Il me semble également important de dire que je puis passer au tamis critique un mode de sélection sans prétendre à l’objectivité ni même être sûr d’en saisir pleinement l’intelligence. Si je donne parfois l’impression de me croire infaillible, je puis vous dire qu’il n’en est rien. C’est un mode de l’expression écrite qui veut ça. Si vous m’aviez devant moi et si je vous disais mes sentiments, vous sentiriez mes doutes. Je ne prends presque jamais mes articles comme des codes de lecture incontournables : à un moment je les lâche dans la nature avec l’impression d’avoir dit ce que je voulais dire. Mais en l’occurrence, il s’agit d’ESSAIS, au sens premier du terme, de tentatives de comprendre la vérité, mais bon moi aussi je me plante (sans doute plus que vous d’ailleurs).

Je suis donc très conscient de la fragilité du témoignage journalistique.

Je suis d’accord avec le fait que ces minima, étant exigibles en séries, changent pas mal de choses (même s’ils n’en restent pas moins des minima dans l’ensemble plus abordables que ceux du temps dont je fais l’éloge). Sauf me semble-t-il encore en demi-fond, mais peut-être est-ce en raison de ce que je les ai comparés aux Europe 2014 (trop près des Jeux olympiques, les Euros 2016, comme ceux des autres années olympiques, me semblent assez dévalués) et que le demi-fond européen a beaucoup progressé depuis, rendant les places en finales plus chères ?

J’avais également noté que les accès aux courses non-olympiques étaient plus difficiles, ce qui me parait une bonne chose, comme vous le soulignez : ces courses ne préparent pas aux Jeux olympiques.

Je n’ai pas examiné dans mon article les risques que ces minima du matin feraient courir d’une sélection compliquée comme par exemple quelqu’un qui ferait les minima en séries et se ferait battre en finale par quelqu’un qui ne les aurait pas fait, avec tous les regrets et les sentiments que cela pourrait faire naître. Disons que je sens la possibilité d’ennuis, mais bien entendu d’ennuis dont on ne sait pas précisément lesquels avant qu’ils se produisent… et dont je souhaite, bien entendu encore, qu’ils ne se présenteront pas. On touche du bois.

Dans ce cas là, je suis tout à fait sûr que vous serez l’homme de la situation et que vous saurez décider pour le mieux dans l’intérêt des nageurs et de l’équipe. Même si je ne représente que moi-même, j’ai confiance en vous et en votre intégrité (et je ne crois pas être le seul de cet avis). Cela aussi je tiens à le dire.

Je crois aussi saisir l’intérêt de cette démarche qui est la vôtre, et peut-être aussi le caractère de réponse à un sentiment que j’éprouvais quand les championnats de France voyaient leur sens « bouffé » par les minima. J’ai encore cette image d’Anna Santamans, en 2016, battant son record sur 50 aux France, gagnant le titre national et offrant une mine attristée après avoir vu qu’elle avait raté les minima olympiques de centièmes ! Et cette idée qui m’a traversé : je n’aime pas voir ça.

Mettre les minima en séries, c’est effectuer les sélections le matin, et rendre la parole aux championnats le soir en finale. Je ne sais pas si c’est dans votre intention, mais je puis y ajouter cette grille de lecture (à tort ou à raison). Et trouver que cela peut être une bonne chose… Enfin, c’est intéressant. Je suis curieux de voir ça: cette libération du nageur de compétition, et non plus de performance, dans la finale.

Il y a aussi que si je prétends que les minima difficiles ont été abandonnés (pas tant que ça, selon vous) et que si je rappelle l’importance qu’ils ont eu, a-t-on dit, dans la relance de la natation française en 2001 (confère l’éclat Maracineanu) et après, et malgré le ton que j’ai employé, fautivement d’ailleurs, je vous donnerai toujours raison de chercher autre chose. Je suis d’accord que j’aurais dû vous parler AVANT d’écrire cet article ce qui nous aurait évité une commotion.

Rapport à ces minima, Fauquet lui-même n’avait-il pas évoqué une fois l’idée que la natation française pourrait un jour s’en passer ?

Le seul point sur lequel j’hésite à vous donner raison est celui concernant le caractère des championnats d’Europe. Bien sûr, c’est une compétition continentale, et non intercontinentale. Mais je me permettrai de vous dire que j’ai comparé vos minima à la compétition qui se préparait. On ne sait jamais parfaitement ce qu’on va avoir devant soi, (et, étant depuis toujours un fieffé ratiocineur, je me souviens d’avoir un jour beaucoup fâché Patrice Prokop qui n’avait pas sélectionné un relais féminin dont il apparut après la bataille qu’il était compétitif pour une médaille européenne) mais c’est bien par rapport à la compétition européenne que j’ai mesuré la « difficulté » des minima français et que je les ai trouvé, peut-être ai-je faux, « en dents de scie ».

Quoiqu’il en soit, il me reste à vous souhaiter bonne chance, ainsi qu’à la natation française, et à espérer que les nageurs fassent des étincelles.

Bien à vous

Eric LAHMY


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2 comments:

  1. Jean-Pierre Le Bihan

    eh oui il faudra compter sur un professeur de sport qui a fait des études ,lui.
    Eric,les temps de qualif de Claude F.ont écoeuré des dizaines d’espoirs. Tu en fait un axiome, mais c’est le hasard de la rencontre de Laure et de Philippe qui est à l’origine du renouveau de la Natation française. Continuez à débattre. Amicalement

    1. Eric Lahmy *

      C’est un point de vue qui mérite d’être retenu. Je me souviens des colères de beaucoup de monde contre les minima de qualification de Fauquet, qui ont été imaginés après un entretien de Franck Esposito, lequel racontait comment, dans une équipe de France sans ambitions, il s’était senti tiré vers le bas.
      Quand je dis que les critères de Fauquet sont abandonnés, je ne crois pas insulter qui que ce soit. Et puis je n’en fais pas une obligation, seulement j’en tiens compte, parce que contrairement à d’autres, je crois qu’ils ont joué un certain rôle dans la progression de la natation française… Cela n’a pas été une coïncidence… Plusieurs entraîneurs m’ont confié que ces minima les ont électrisés…
      Mais je me souviens les avoir trouvés excessifs…
      Sans doute la rencontre de Laure Manaudou et de Philippe Lucas a-t-elle été fondamentale, comme celle de Bernard et d’Auguin, de Muffat et Agnel avec Pellerin, et Florent avec Gibson, parce que toujours, c’est le nageur et l’entraîneur qui sont la base de tout, mais peut-on écarter l’idée que sans ces minima « sauvages », Laure aurait été dérangée au milieu d’une équipe pléthorique où les trois-quarts des nageurs auraient eu comme ambition de nager en séries et d’envoyer des cartes postales, même chose pour Alain Bernard, Leveaux, Lacourt, les relais, etc. ?
      En plus, on oublie que ces minima concernaient le rendez-vous sommet de la saison. Peut-être des nageurs ont été « dégoutés », mais de quoi, de ne pas faire le déplacement olympique ? Mais il y a d’autres déplacements. Nombre de nageurs qui n’ont pas fait les mondiaux de Budapest auraient pu disputer les championnats des USA et ont préféré prendre des vacances, c’est leur droit, mais s’ils voulaient nager bien l’été, ils en avaient la possibilité…
      En 2018, bien sûr on ne peut pas sélectionner tout le monde, la compétition ne le veut pas, mais il y a au programme les Europe en 25m de Copenhague qui commencent le 13, la Coupe de la Comen à Limassol, les Jeux méditerranéens à Tarragone, les Europe juniors à Helsinki, une sélection équipe de France A’, peut-être aux championnats US, les championnats d’Europe de Glasgow, les Jeux olympiques de la Jeunesse à Buenos Aires, les mondiaux petit bassin à Hanzou, les mondiaux juniors à Budapest… Sur 100, les minima sont 49s17 pour Glasgow, 49s65 pour les USA et les Jeux méditerranéens, 50s65 pour les Europe juniors, etc.
      Et au bout de ça, il y aura TOUJOURS des gens déçus qui vont rater les équipes pour moins que rien. Pour éviter cela, un seul moyen: il faut abandonner l’idée même de compétition.
      Alors on peut ouvrir plus, ça ne me dérange pas, ce n’est pas moi qui paie les billets d’avion et les nuits d’hôtel, mais emmener des gens qui n’ont guère de chance à une compétition a rarement été une attitude productive…
      …L’idée de Fauquet, c’était engager des nageurs là où ils avaient leur mot à dire, ce n’était pas de « dégouter les nageurs. »
      Amitiés.

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