ROXANA MARACINEANU AUX COMMANDES DE L’AIRBUS

Eric LAHMY

Mardi 4 Septembre 2018

Je ne sais plus qui a dit un jour que pour être ministre des transports, il n’est nul besoin de savoir piloter un Airbus. Mais on peut transposer ce propos au sport. Ce n’est que mon point de vue, mais de tous les ministres des sports qui sont passés pendant que j’étais actif dans le journalisme, les purs sportifs (Mazeaud, Calmat, Drut, Bambuck et Lamour), équivalents sportifs du pilote d’Airbus, me marquèrent moins que les politiques Edwige Avice, Christian Bergelin et Marie-George Buffet, puis, plus tard, Valérie Fourneyron. Si je me souviens de Laura Flessel comme d’une championne très sympathique, je ne sais quoi en dire, comme ministre…

J’imagine que la nomination de Roxana MARACINEANU au poste de ministre des sports en étonnera plus d’un. Cela ne signifie pas que Roxana représente un choix aberrant. Je me souviens que la première championne du monde française de natation comme d’une femme intelligente et active. Polyglotte (comme beaucoup de Roumains), plus remarquable dans l’eau par sa volonté et son courage que par des dons innés exceptionnels, elle avait eu la chance d’arriver dans une époque de flottement dans le dos mondial, où après le fin du règne de Kristina Egerszegi, le niveau général avait quelque peu reculé et aucune personnalité n’émergeait.

Mais dans ce contexte où elle sut jouer sa carte avec opportunisme, il fallait quand même saisir cette possibilité, qui se présentait, de se distinguer. Roxana sut le faire, de remarquable façon.

Maracineanu a su, pratiquement la seule de son époque avec peut-être Virginie Dedieu, concilier la natation au plus haut niveau et des études sérieuses (1). Quand beaucoup d’autres jouaient la carte d’un professionnalisme qui n’offrait guère beaucoup d’issues, soit parce que le sport constituait leur seul recours, soit parce que très peu empressés de jongler douze mois sur douze avec un calendrier de fou, Roxana, elle, n’hésitait pas à s’acharner, à prendre des risques, à se couper du chemin des piscines pendant de longues périodes pour préparer tels examens indispensables.

C’est de cette façon qu’elle ne fut pas qualifiée aux championnats du monde 2001 pour avoir manqué de quelques centièmes de seconde l’un des trois temps requis pour chaque course (séries, demi-finales et finale) sur 200 mètres dos. Ces quelques centièmes manqués en demi-finale lui coûtèrent donc le voyage aux mondiaux de Fukuoka, cette année, et créa une formidable polémique entre elle-même et Claude Fauquet, le DTN de l’époque, qui avait pris et maintenu sa décision de ne pas l’emmener contre vents et marées.

Ce différend aliéna Maracineanu et Fauquet. Le hasard fit que je les rencontrais en 2012 je crois dans le cadre d’une émission, suite aux Jeux olympiques, organisée par l’excellent Jean-Philippe Lustyk. Roxana était déjà à l’époque semble-t-il une commentatrice télé des programmes de natation auprès de l’incontournable Alexandre Boyon en compagnie de Michel Rousseau. Elle commença très fort dans ce rôle, où son apport technique fut appréciable. Il semble ensuite qu’elle ait essayé d’élargir son assiette, donnant l’impression de vouloir concurrencer Boyon, ce qui rendit leur couple télé moins performant. Toujours est-il que dans l’émission de Lustyk, Roxana ne parut pas avoir pardonné à Fauquet son intransigeance…

Je ne sais pas si cette rancune exprimée pendant des lustres n’aliéna pas les quelques 80 « techniciens » de la Fédération, quand elle fut proposée comme directeur technique de la FFN. Toujours est-il que Roxana, passée au rang de favorite du ministère, fut attendue avec un mélange d’effroi et de mauvaise volonté qui s’entendait de loin, dans les nombreuses conversations que j’eus avec quelques CTR. A la Fédé, on craignait qu’elle ne devienne le cheval de Troie de Mulhouse, en raison de ses liens avec les Horter, alors que Lionel venait de débarquer du navire après avoir mené une politique très personnelle. On sait ce qu’il advint de sa candidature. Jacques Favre fut nommé par Luyce et au lieu de Mulhouse, on eut Marseille.
J’ai ouie dire que Roxana fut affectée par cet échec. Elle avait pas mal d’idées qu’elle aurait aimé appliquer à ce poste. Ce qu’on ne savait pas, c’est qu’elle saurait rebondit, quatre ans plus tard, à un poste ministériel…

Une coïncidence fit que depuis fort longtemps, j’habitais Clamart, dans les Hauts-de-Seine, où elle vint poser ses pénates avec mari et enfants, et se lança en politique (socialiste), ce qui nous donna une occasion ou deux d’échanger au téléphone. Elle avait lancé une opération me semble-t-il bénévole et en tout cas fort sympathique d’enseignement de la natation aux enfants. Ses séances se déroulaient dans le centre aquatique de Malakoff-Chatillon que je fréquentais ; par ailleurs, elle avait amené une jeune nageuse synchronisée et journaliste, Caroline Ragusa, avec qui j’avais pas mal échangé en vue d’un diplôme de fin d’études qu’elle préparait sur les ballets nautiques, à couvrir ce sport auprès d’elle lors des mondiaux de natation.

J’ai une anecdote amusante (même si elle ne m’amusa guère sur le moment) qui sonna le glas de nos relations.

Je lui avais offert (ainsi qu’à Claude Fauquet) un livre que j’avais écrit sur la natation synchronisée au cours de cette fameuse émission de Lustyk. Elle me rappela quelques temps plus tard, me dit qu’elle avait commencé à lire mon bouquin dont elle avait apprécié le style d’écriture ; l’étendue de mes sources la frappa, parce qu’elle cherchait, en bonne professionnelle qu’elle était, à se documenter ; elle me proposa, puisque nous étions voisins, de déjeuner et d’échanger un de ces jours…

J’adore partager sur la natation et Maracineanu n’était pas n’importe qui ; à quelque temps de là, je me dis qu’il fallait concrétiser ce projet. Je lui téléphonais pour lui assurer que je n’avais pas oublié sa demande d’informations. Je l’entendis comme dans un rêve me rétorquer qu’elle n’était pas ce genre de femme, qu’il valait mieux que je comprenne bien je ne sais plus quoi et me raccrocha presque au nez. M’avait-elle confondu avec Dominique Strauss-Kahn, et mes bouquins de natation avec des estampes japonaises ? Je ne saurai sans doute jamais quelle mouche l’avait piquée ce jour là… Mais ce jour là, madame la future ministre ne m’avait pas impressionné.

(1) Hormis les « Américains » comme Clément LEFERT


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2 comments:

  1. LEPAGE

    Pour ma part, je n’en attends rien. parce qu’il faut avoir une vision poitique de l’activité qu’on doit administrer, avoir un financement à la hauteur des ambitions ce qui pparemment n’est pas la volonté du Chef de l’Etat ou du 1 er ministre.
    La femme est de valeur et elle n’est donc pas personnellement mise en cause c’est tout un ensemble et dans un contexte de développement de gestion des piscines en DSP, la part du « politique » fond. Les Jeux de 24 qui devraient être un fouet stimulant seront un gouffre financier. Et puis je me méfie toujours de ces nomitations qui résultent souvent de magouilles et marchandages.

  2. 83passérieux

    Sachant ce qui lui est demandé (supprimer 1600 postes sur 3000 relevant du ministère des sports,du jamais vu dans toute l’histoire du sport français),je plains sincèrement Roxana Maracineanou qui est une grande championne et qui ne mérite pas de faire ce « sale boulot ». Elle sait très bien que le sport de haut niveau nécessite des compétences, des « postes à profil », des encadrants (stages de préparation, INSEP, …etc.) experts et recrutés avec soin, sans lesquels on ne peut pas préparer sérieusement des équipes destinées à disputer des compétitions d’un tel niveau que l’approximation est proscrite. Est-il programmé de liquider ou du moins d’amputer le sport de haut niveau en France ? Le gouvernement actuel s’en moque un peu car il ne sera plus au pouvoir en 2024, au moment des Jeux Olympiques organisés par… la France.

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